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Chapitre I

DES DETOmS DE UHOMME ENVERS DffiU.

DU CULTE REUGIEUX.

NOTIONS PRÈLDUNAIRES.

On pourrait dire en un certain sens qae tous les deroirs de rhomme, quels qu'ils soient, sont des devoirs envers Dieu, puisque tous ont en définitive la volonté de Dieu pour principe, et les rapports établis en vertu de cette même volonté pour objet. Néanmoins il est une classe spéciale de devoirs qui portent plus particulièrement le nom de devoirs envers Dieu, ce sont ceux qui ont Dieu lui-même pour objet direct et immédiat. C'est donc de cette classe de devoirs quïl s'agit dans ce chapitre.

La loi morale nous prescrit des devoirs particuliers envers Dieu, parce qu'il y a entre Dieu et Thomme, entre le Créateur et la créature intelligente et libre , des rapports personnels et directs fondés sur la nature, et dont elle doit commander le maintien. L'ensemble de ces devoirs est compris dans le culte religieux. Nous allons donc traiter rapidement du culte que l'homme doit à Dieu.

Le culte, à le prendre dans son expression la plus générale, est un honneur ou un hommage rendu à Dieu. Il nous faut montrer que l'homme doit réellement à Dieu cet hommage , et en même temps en définir la véritable nature et en marquer les formes essentielles.

Qne Hiomme doire à Dieu on colle , c'est one Téiilé qoî n'est point contestable. L'bomme n'existe que par Dien, fl tienf toot de loi; il lai doit donc Hiommage de toot son être. « Lliomme, dit M. Baatain, a reço de Dieo toot ce qoll est, toot ce qo'il a; donc il doit tout à Dieo. donc il doit réa^r Ters Dieo de toote son âme, de tout aob esprit, par tontes ses bcoltéSy poor loi reodre toot ce qoll tient de loi... Soondsâon libre de la créatore intelligente à son créateor. ofrande de son amoor et de son dérooement, on resHtutiàn ttMe-mUmt à son principe j poor ne virre qoe de loi, par loi et poor loi, Toilà le Téritable hommage de lliomme eoTers Dieo, le colle intérieor, l'adoration en esprit et en Térité (1). » Cette dépendance totale et absolue de llionune à Tégard de Dieo est le vrai fondement do culte religieux.

Ce culte se diTise en culte intérieur et culte extérieur. Parlons d'abord du culte intérieur; il constitue Tessence même de tout culte Téritablemenl religieux , et il est le principe et rame do coite extérieor.

$ 1. Ihf culte intérieur.

Par cela même qo'il est établi qoe l'homme doit ii Dieo on colte^ la nécessité do culte intérieur est démontrée. Et coMme Dieu est présent à nos pensées les plus intimes , nul doute qu'il ne puisse être honoré par des actes purement internes.

Afin de mieux définir la natore do coite intérieur, indiquons les principaux actes qui le constitoent.

Ce culte consiste principalement dans Tadoration , la prière et Tamour. C'est on devoir poor lliomme d'adorer Dieo, de le prier et de l'aimer. Disons un mot de ces différents actes en particulier.

4* Tout homme est obligé d'adorer Dieo. - L'adoration consiste à reconnaître par on sentiment pieux le domaine souverain et absolu de Dieu sur nous et sor tootes choses. Or 11 est manifeste que notre positÎMi ris-4-vis de Dieu réclame de

'1) Philoiophit morale, fhap. V. 56?.

nom « derair. NoQi somoiea, ayèe le reste def créatures, dans une complète dépendance de lut; nons devons donc reconaattre et proclamer cette dépendance , nous devons le faire, nonmilament par un acte purement théorique et superficiel de rintellîgenee, maïs par un mouvement pieux du coeur, par un ^sentiment profond de notre âme tout entière. Là est le vrai caractère de Tado^ation ; elle se confond avec Thumblc hi sincère aveu de notre entièi^e dépendance à l'égard de.Dieu; elle josujétit pleinement l'homme î son auteur^lluiinilitéde l'àme -en eist'la compagne obligée.

ir Tout homme doit prier Dieu. — La prière, envisagée dans ses triuts généraux, est une forme de Fadoratîon; elle est l'expression du sentiment de notre dépendance, c'est l'aveu d'une indigence qui espère. On peut la définir en général un- entretien pieux;de l'àme avec Dieu. L'homme s'entretient avec Dieu pour l'admirer, Je louer, le béni^, lui exprilner son amour, implorer son assistance et le remercier de ses bienftits. Nous voulons surtout parler ici de la prière considérée comme débande.

• La nécessité dé la 'prière n'est pas difficile à établir; elle résulte de la, nature dé Dieu et de la nature de l'homme considérées dans leurs rapports mutuels. D'un cèté, Dieu est le principe et la source de tout bien; d'un autre cèté^ l'homme ne se suffit point à lui-mémè, il est naturellement faible et indigent, deâ besoins et des périls de tout gçnre l'assiègent sans cesse. Ces périls et ces besoins éclatent surtout avec' une évidence trop réelle dans Tordre moral. L'homme est impuissant par luimême à remplir ses devoirs; livré à ses seules forces, il ne ferait'guère que tomber et se précipiter dans mille désordres. Cest là une vérité de fait que la conscience dé chacun de nousatteste, et qui n'est que trop démontrée par l'expérience de ceux qui veulent marcher saiis Dieu. L'homme ne saurait vivre de lui-même ni au moral ni au physique.

Dans cette situation, que lui réste-t-il à faire sinon à se tourner vers Dieu , à confesser humblement sa propre indigence et à Implorer pieusement l'assistance dé Celui qu'il sait être la source de toutdon parfait?-^ Nons dirons tout de suite, en répondant à quelques objections , pourquoi Dieu exige que

lliomme lai expose ses besoins et loi adresse des demandes dont il connaît 1- objet pararance;

ObjeciioM. Le rationalisme n'aime point la prière', da] la prière telle que nous venons de la définir , la prière dans le sens vrai et chrétien de cette expression. Se renfermant dans ce quils nomment fièrement leur indépendance personnelle, la plupart des rationalistes craindraient de se rabaisser en faisant à Dieu Taveu d'une indigence qui pourtant. n'est iqae trop visible. Aussi n'y a-t-il point de sophismes ni de stibtcr^ fuges auxquels ils n'aient récours pour discréditer la prière en essayant de montrer qu'elle tie saurait se justifier aux yeux de la raison. Écoutons quelques-uns de leurs raisonnements les plus spécieux.

4*" La prière, dit-on.^ entendue dans le sens de demande;, est toujours une chose inutile et souvent môme elle est répiéhensible. En effet, ou bien ce que nous demandons est. dans l'ordre, et alors notre demande est inutile; Dieu sait'ce qiOi nous convient, et il est infiniment bon, il nous l'accordera donc sans que nous le lui demandions. Ou bien ce que nous demandons.n'est point dans l'ordre ; et alors notre prière a-est pas seulement inutile, elle est impie. .

S^ Il est absurde de demander à Dieu qu'il change ses décrets. Or c'est pourtant oe que l'on fait fréquemment par la prière, comme ,> par exemple, lorsqu'on demande la cessation d'un fléau r d'une calamité...

Dans son cours de philosophie morale, M. Damiron a écrit sur la prière quelques pages empreintes d^un noble sekitiment de poésie religieuse; mais il condamne, sous des t^mes légèrement voilés, la prière telle que nous l'envisageons icL la prière, dit-il, « est. destinée à vivifier et à fortifier les àmea, et elle ne perd de sa vertu que lorsqu'elle, s'égare en aveugles et coupables superstitions... Qii'est-ce en effet que bien pcier? Ce n'est pas demander à Dieu qu'il change et se modifie au gré d'un vain caprice, qu'il défasse ce qu'il a fait, qu'il faase «ce qu'il n'a pas fait, qu'il, suspende ses lois et réforme ses oçoseils d'après les vœux qu'on lui adresse*: désirs d'enfaift que tout cela^ fantaisies folles et sans faison, jsources de mécomptes

et de déeeptions ! Prier ainsi n'est pis ispirer à on ordre Tfiî, i Tordre loi-ménie, mais à un ordre lanx^ au désordre; c'est ûnagino* des combinaisons arbitraires et absurdes et demander av Tont-Poissant qoil s'y prête et les appoie; c'est les eherdier , les souhaiter, les réaliser par la pensée, et si Tœu- ?re soit le dédr , les réaliser par l'action. Or, à eela il t a bi- Messe, ooMi du bien, liasse religion, sonrent même cmraptk» (I). » Tons ces traits, on l'aperçut sans peine, sont dirigés contre la prière chrétienne considérée comme demande. Répondons brièyement à ces objections.

BifuiatHm. i*La prière n'est point une chose inutile si Dieu a po régler qail accorderait un grand nombre de ses dons à condition que l'homme les demandât. Or c'est ce qu'U a dit en effet ; et nous trouvons bien des raisons de la conduite de Dieu à cet égard. D'abord il convenait que Dieu posât cette condition delà prière, afin que l'homme reconnût la dépendance absolue oà il est yis-à-yis de son auteur; il n'est rien qui fasse mieux sentir à l'homme sa dépendance que cette obligation où il est de confesser son insuffisance personnelle et de demander ce dont il a besoin. (^ c'est là un point capital dans l'ordre moral et religieux. Otez cet humble sentiment de notre indigence, que la prière nourrit et développe si admirablement, et Tordre religieux est détruit. L'exemple des rationalistes, qui ne prient point, est une éclatante confirmation de cette vérité.

En second lieu, la prière était nécessaire pour que Thomme, diligé d'avoir sans cesse recours à Dieu comme à la source de tout bien, n'oubliât point si facilement son auteur. Nous oublions si vite ce dont nous ne sentons pas un perpétuel besoin! Cette nécessité de la prière est un lien précieux qui nous rattache â notre créateur et nous empêche de le perdre trop longtemps de vue ; sans la prière nous ne penserions pas a Dieu, ou nous nj penserions que d'une manière superficielle et vaine, qui n'exercerait sur notre conduite aucune influence sensible. La prière est donc véritablement l'âme de Tordre moral et religieux.

(1) MwraU, chap. lY, p. 210-211.

QuanI à la seconde partie de la {>reiiiièi'e objection ^ elle ji'a rien de sérieux : tout le monde est d*accord'qu'iI n*eât pas. permis de demander à Dieu quelque chose dé contraire à Tordre absolu et essentiel , i^'est-àndlre qi]el<}ue chose de mauvais, oA. ne doit demander que ce que Dieu peut adcoHer.

^ Nous répondons à la seconde objection, que la prière n« demande point à Dieu de changer sesdécret^J Une pareille ob^ jection accuse un esprit bien peu philosophique , et il ne faut point une intelligence très^élevée pour en découvrii^ la fai-^ blesse. La prière entre dans: les décrets de Dieu, comme tout ee qui concerne le monde et son gouvernement : Dieu prévoit de toute éternité ce que les hommes lui demanderont dâàsT le cours du temps, et selon les qualités que doitént av6ij* leurs prières, il détermine celles qui sei'ont exaucées et celles qui ne le seront pas. Il décide^ en vertu dès lois de sa sagesse, qfie si rhomme, par exemple, pose tels actes de pénitence ^ pHe de telle manière, il cessera de le châtier et lui fera misërit* corde. Par conséquent , soit qu'il exauoe , soit qu'il n'exauce pas, il n'y a nul chang^ement dans ses c(écrets , il ne fait qiie ce qu'il a prévu et préordonné éternelleiKient.(l); « On objectera^ dit Leibniz, que les vioeux et les prièk*es , les mérites et leiM* mérites, les bonnes et Les mauvaises actions ne servent de rieii, puisque rien ne peut c}iangèr. Cette. objection emba^*rasse le plilsile viilgairp, et cependanX; «'est tin pur sopbîsméx Ces prières, ces vœux, ces bonnes ou mauvaises actions qui arrivent aujourd'hui, étaient déjà devant Dieu lorsqu'il prit la résolution de régler les choses. Celles qui arrivent dans ce monde actuel étaient représentées dans ridée de ce inémè monde encore possible, avec leurs effets et leurs suites ;.e]il«^

(1) « Considerandum eit, observe excellemment S. Thomas, quod ex diviiia Providentia non solttm disponitur qui effecttis fiaiit , sed etiain ex quibos eausis , et qno ^Mine prt>f enfant, foier allas autem causas sqnt etian qBoraiodaÀi causa» itetus liumani. ITiide oportet homf»f% agere aliqua ,. non ut per «nos actus diTiuam dispositiojDem immutept, sed vi fier açtus suos ippleaiit i^uotdam effectus secundum ordinem à Deo dispositum; et idem etiaoi est in n.aturalibus causis. Et simile etiam est de oratione; non eniin propter fioc oramiis ut divinam ditpotitionem immutemxa , sed ut id impetremus quod Deus disposuit per orationes esse impïendùm. n Sun\ma the9l., % ). q. êS^ a. 3.

y étaient représentées attirant la grâce de Dieu, soit naturelle, soit surnatûrelte, exigeant les châtiments, demandant les ré- Cioodpenses; tout comme il arrive effectivement dans ce monde après que Dieu l'a choisi. La prière et la bonne, action étaient dès lors une catise ou condition idéale , c'est-à-dire une raison inclinante qui pouvait. contribuer à la grâce de Dieu ou k la récompense, comme elle le fait à présent d'une manière actuelle, fit comme tout est lié sagement dans le monde, il est visible que Dieu^ prévoyant ce qui arriverait librement, a réglé làdessus encore le reste des choses par avance , ou, ce qui est la même chose , il a choisi ce monde possible où tout était réglé de cette sorte (i). » Voilà le langage de la vraie philosophie. Il serait superflu de nous arrêter davantage à réfuter dès objections de ce genre.

S"" Le troisième élément principal du culte intérieur est l'amour. L'amour entre nécessairement dans la prière et dans l'adoration, mais nous tenons à en dire un mot en particulier.

L'homme doit aimer Dieu. Quoi de plus manifeste et de plus doux à la .fois que ce grand dévoir ? Dieu est le Bien en soi,; le Beau absolu, la perfection souveraine; il mérite donc souverainement l'amour de toutes les créatures raisonnables , et cet amour doit primer tout autre amour : l'ordre' veut qu'il soit aimé souverainement et au-dessus de toutes choses. Ajoutons que l'homme, étant redevable à Dieu de tous les biens qu'il possède et dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce , la loi de la reconnaissance l'obligerait seule à vouer à son inépuisable bienfaiteur un amour sans bornes. Aussi l'amoiir doit-il pénétrer le culte tout entier , il en est le mouvement et la vie. «< II n'y a point d'autre culte que l'amour , dit Si Augustin : nec œliturnisi amando (â). C^est le règne de Dieu au^^iedans de nous; c'est l'adoration en esprit et en vérité; c'est l'unique fin pour laquelle Dieu nous a faits. Il ne nous a donné de l'amour qu'afin que nous l'aimions... Je ne raisonne point, je ne demande rien à l'homme, je l'abandonne à son

(1) Théodicée, part, l'*, n. 54.

(2) £p. CXL, ad Honorât, , cap. XVIII, n. 45.

amôiir^'qQ'ibaime de tout son* cœur ce qui est infinemeiit aimabl«r, et ^'il fa^se 'ce «foii' i^i plaira; ce qui lui plaira ne pourrai étreqiie la plus' pure religion; Voilà le culte parfait : Nec'^litur'hi$iamœndoi 11 ne fera qu'aiiner et obétr. La natùm des justes f dit VÈcriiuref n'est qu'obéissance et amoMr(i).n Quand on alb^ TéDitableinent Dieu, on ne peut pas ne pas chercher à flaire' sa rolonté et à observer tous ses commandements. C'est pourquoi Jéâus-<Christ nous cnsieigne dans TÉvangile que l'amour de Dieu' est le premier et le plus grand des commande^ metits. it est tout .ensemble le fondement et le résumé de la loi; "i -»• -i^ ■'.■•;•■ ■

Qui le croira néanmoins? La religion chrétienne est la seule qui Commande à l'homme d'aimer Dieu; dans les religions païennes on craignait la Divinité, on ne songeait point à l'ai* mer (2) r « La Vraie religion, dit Pascal, doit avoir pour marque d'obliger à aimer Dieu. Cela est bien juste. £t cependant aucune autre que la nôtre ne Ta ordonné (5). »

Voilà les éléments essentiels qui expriment, dans ses traita générau!sc , le culte intérieur que l'homme doit à Dieu. Avant d'aller plus loin; fàisotis rapidement justice de quelques objec« tiens que certains' esprits enfouis dans la matière élèvent parfois contre-le cuite. .

'T- On objecte donc que le culte de l'homme n'est pas digne de Dieu , que Dieu ne peut pas faire attention aux hommages d'un être aussi faible et aussi vil que l'homme.

Nous répondons que ce qui est dans l'ordre n'est jamais indigne de Dieu ^ dr le culte est prescrit par la raison comme un coiH)llairé obligé de k. nature de Dieu et de la nature de l'homme. Des objections de ce genre ne viennent que d'une âme abjecte et vile qui se plait, dans l'intérêt de ses passions , à méconnaitre kc sublime dignité à laquelle Dieu l'a élevée. « L'homme ^ en. se rabaissant ainsi, dirons-nous avecFéneioo»

(1) FéQelpQ^, JjeUres 9ur divers mjets de métaphysique et de religion, leltpell, chap. I, n. IJI.

(2) Voyez là-dessus nos Études sur la civilisation européenne, etc. p. 2tt el siiiv.

(3) Pensées, pari. II. art. IV.

ne cherche que l'indépendance; c'est une humilité trompeuse et hypocrite. On veut s'exagérer à soi-même sa bassesse ^ son néant, et la disproportion infinie qui est entre Dieu et soi, pour secouer le joug de Dieu , et pour derenir une espèce de p^te divinité à sa mode, en contentant toutes ses passions déréglées , et se faisant le centre de tout ce qui i«t autour de soi. On est ravi de mettre Dieu dans une supériorité et une disproportion infinie, où il ne daigne, ni nous observer, ni nous rapporter à sa gloire, ni s'intéresser à nous, ni nous redresser, ni nous perfectionner, ni nous récompenser , ni nous punir... En flEdsant semblant d'élever Dieu de la sorte, on le dégrade : car on en fait un Dieu indolent sur le bien et sur le mal , sur le vice et sur la vertu de ses créatures , sur l'ordre et sur le désordre du monde qu'il a formé. En faisant semblant de s'abaisser soi-même, on s'érige en divinité, on renverse toute subordination, on se donne toute licence, on veut se mettre audessus de la raison même (1). n

— On dit encore que Dieu n'a nul besoin de nos hommages...

Je réponds par une distinction qui est fort simple. Dieu n'a pas besoin de nos hommages, en ce sens qu'ils lui soient nécessaires pour être heureux, cela est évident; il se suflBt pleinement à lui-même. Mais il en a besoin en ce sens, qu'étant, la raison absolue, il doit prescrire tout ce que l'ordre réclame, tout ce que la raison demande , et punir tout ce qui y est opposé.

§ 11. Du culte extérieur.

Le culte extérieur n'est autre chose que le culte intérieur manifesté par des signes sensibles.

Ce culte extérieur est dû à Dieu , et il est nécessaire comme expression et complément du culte intérieur. En effet, 4 "" il est évident que l'homme doit à Dieu l'hommage de tout son être . puisqu'il le tient tout entier de lui. Or l'bompe est composé de deux substances; il n'a pas seulen^euit jine àme, ,il a aussi

(1) Zoe. cit., D. X.

— lîX —

lia eoq^ D fut donc ^H f«K. ca actes où le corps ail oBe port. 4» adi» :

anqaris le cpqns c o a c o ur e ,

2* ITafllevslecalteextériewdttMleaatBreaaHBtctK^ ififfiîrfnit du calte iafcriear: celû-ci i celoHà. 5o» SOMBCS constîtBês de UEa §orfe. qae i aifcstoos nattrdleaMBt par des sifa» esfaicars les menu qui aliedent notre âae. poor {ks fnlls aient de et d'intensité. Si dmie il est Trai qae notre àmt doit ( poor IMea de tîCs sentiaents de religioa. fl fant admettre aa qne ees sentiments doÎTcnt se prcdoire exténearement et revêtir une forme sensible. « Ce qne llmmme seat vîTement. dit M. Bautain. tend à se manifester par les moyens d'expresaon dont il est doné. Tonte impmtiam amène natnrellcmeat aae expression. Quand nous êpronrons pour qnelqo'an an sentiment de lûenTeillanoe on d'aTersrôn. noos sommes portés à le laisser paraître; il perce sooTent malgré nous, et le manifester nons est an sonlagement on nne consolation... La pensée est pressée de s'eiprimer par la parole... Plas les émotions sont prolmdes, mystérieoses , plosanssi, après la prenûère impression. -noos ayons besoin de les épancber... Le sentiment religieux et 4e coite de l'esprit qui en ressort, tendent donc spontanémejnt à se manifester. Cette tendance produit le cvfte extérieur^ forme du culte intérieur aussi ancienne que lui, comme la parole est contemporaine de la pensée...; et lun et 1 autre, conséquences nécessaires du rapport de rhumanité avec Dieu , ont commencé arec ce rapport (1). ^

Z* Le culte extérieur est nécessaire au culte intérieur luimême pour le nourrir et le soutenir. Lliomme y à cause de son corps, est toujours plus ou moins dominé par les choses sensibles , il a besoin de signes extérieurs qui le rappellent à Dieu et entretiennent ses sentiments religieux. Otez les cérémonies du culte, et bientôt tout sentiment religieux aura disparu. Le peuple , j'en conviens, en a un besoin plus grand que les hommes instruits, parce qu'il se conduit davantage par les sens; mais les hommes les plus cultivés et les plus méditatif en ont

(1) PA/tolopAi«morato, part. II, cbap. y, $63.

Umjoiin bescMn aossi . par la raison Irès-suiple q« Us dcaie« • rent toojoars hommes. Noos subissons tous lempire des dioses sensibles.

On sait que les Protestants ont beanooap déclamé eontre les eérémonies dn ealtecatholiqoe, et qoe plusieurs des réformatenrs auraient Toala supprimer entièrement le cnlte extérieur. Aotant Taadrait supprimer le corps de l'homme. « n ne faut pas se méconnaître, dit Pascal, nous sommes corps autant qu'esprit. >

Le culte exténeur peut être ou privé ou public. Il est priré. lorsqu'il est rendu par les indîyidus en tant qulndiridus. 11 est public, lorsqu'il est rendu en commun, au nom d'une société, selon des rites déterminés. C'est un culte solennel, qui demande une organisation extérieure; il lui faut des temples, des autels, des cérémonies, des prêtres.

Le culte extérieur ne saurait demeurer un culte privé , il devient nécessairement public, il prend naturellement une forme commune et sociale. L'homme n'est point fait pour vivre isolé ; il est naturellement social , et il Test dans Tordre religieux comme dans l'ordre civil et purement terrestre : la communauté ou la société religieuse est une conséquence nécessaire de sa nature essentiellement sociale. Mais dés qu'il y a communauté , société religieuse, cette société doit avoir une expression; il faut donc une expression publique, commune, des sentiments religieux des différents membres qui la composent. Dés lors apparaît le culte public avec ses cérémonies et ses rites solennels. Il est le lien religieux de la société. Le culte extérieur revêt donc nécessairement la forme d'un culte public et social.

Aussi chez tous les peuples et à toutes les époques de la vie du genre humain, nous trouvons un culte pubUc en l'honneur de la Divinité; partout nous rencontrons des temples, des autels, des prêtres, des cérémonies publiques et solennelles. Ce fait universel et constant suffirait à prouver que le culte public est réellement fondé sur les lois de la nature.

— On objecte contre le culte extérieur en général 4»que Dieu est esprit, et que par conséquent il doit être adoré en esprit

iî2.

et eni* vérité ; doac il suffit de Thonorer par un enlté iiftérieut.' ■,■''■'■ = '•"

,;^^p6M«e»nieu est esprit, et doit être adoré; en. esprit et en.Yéritéy rien de plus juste. Mais que suit -il de là? 11 s'ensuit qqe le culte extérieur, pour être digne de Pieu, doit être nm au eulte intérieur' et ^vivifié par lui, mais non que le ouUe extérieur soit inutile.

. . Ot^ objfiete 2*". Le corps , n'est capable ni de mérite ni de démérite : donc le culte extérieur ne peut être une obligation, pour i;bomm|?. ^ , . j,

' Bêponse. Je nie là conséquence, et je distingue Tantécédent. te corps par soi est incapable de mérite et de démérité, je raccorde volontiers , puisque pour mériter il faut être intel*li- ■gént et liljre; mais le corps, en tant que régi et dirigé par râm'e, peut mériter et démériter; ou plutôt, pour parler plus exactement, c'est Tàme qui alors mérite et démérité par le corips.

Nous n'en dirons pas davantage sur le culte tatit intérieur qu'extérieur que l'homme doit à Dieu , nous devons nous borner ià poser des principes. Plusieurs moralistes chrétiens placent en cet endroit de la morale une courte démonstration de la vraie irelîgîon. Ils recherchent quel est en particulier le culte que Dieu a prescrit à l'homme, et par conséquent quelle est là vraie religion ; car le culte n'est que l'expression pratique de la religion. Mais la démonstration de la vraie religion ne rentre point dans le cercle de la philosophie morale! Tout 'ce que noué pouvons dire ici, c'est que l'homme est tjenu d*embrassefia vraie Veiigîoh, et de rendre à ï)ieu le culte qu'il deinànde' et cénime il le demande.

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