SEIZIÈME LÉGENDE
G£ ÛU£ G*BST QUE LA GOIOIUMION.
Pour montrer que tous ont droit au pain qui nourrit et au Vm qui fortifie, Jésus, parlant au nom de l'humanité, a dit du pain : Ceci est ma chair, et du vin : Ceci est mon sang.
Et le pain est vraiment la chair de l'humanité, comme le vin est véritablement le sang de ceui qui en boivent; car le pain renouvelle la chair, et le vin réchauffe le sang.
Or, Jésus, parlant au nom de l'humanité même, a dit : Le pain que j'ai conquis par mes travaux et par ma mort, c'est ma chair, et je la donne à tous, afin que tous en mangent ; le vin est à moi, c'est mon sang, et je le répandrai pour tous, afin que tous en boivent et vivent de ma vie.
C'est ainsi que le Christ constituait l'unité
• divine et humaine, en lui donnant pour base la
communion du pain et du vin. à laquelle tous
sont appelés de la part de Dieu et qu'on ne peut
refuser à personne.
Ainsi, celui qui prive injustement son frère do sa part à la communion du pain, déchire et s'approprie un lambeau de la chair du Christ ; il mange ainsi ce qui devait êti*e la chair de son frère, et par cette anthropophagie déicide, au lieu de communier avec Thumanité, il communie avec ses bouiTeaux. Mais pour que la communion du pain soit possible en réalité et sans figures, il faut qa'il n*y ait plus de paresseux, a Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger. »
Et pour que la communion du vin ne soit pas uu désordre, il faut qu*il n'y ait plus dlvix)gnes. A^is au peuple !
DIX-SEFTIÈMi: LÉGENDE.
Nous ne répélei'ous \ms ici litf> i'ailH j:i(>|>iirtiîti K les quati-e évanj^i liKt*:^ , parce quiU vMfil nmnu8 de tout le mdiMJr.
Le grand drame de lu jiitssiou e&t, di*jiui- i huit sircles l'I demi, hi |iii:( un ul éctil de» |ji
et des rois, la gagiaiita coodainnatkiii des lois du Tien monde, et la protestatkHi îminorteUe des eondamnés contre une société dâcide.
Un seol des évangiles apocryphes ou secrets, odoi de Nicodtaie, ajoote an rédt des quatre qucAqaes ctroonstances trèfr-remarquables ; les fwd :
Lorsque PUate fit entrer Jésus dans le prétoire pour l'interroger, les aigles de Rome et les images des dieux que portaient les vexillaîres s'inclinèrent d'elles*-mémes detant le roi deTavenir.
Les Juifs irrités s'écrièrent : César est trahi. Voici qu'on rend à cet homme les honneurs de l'empire.
Pilate lui-même fut étonné, et demanda aux vexillaires ce que signifiait ce qui venait d'arriver : ceux-ci protestèrent que c'étaitcontreleurvolonté, et qu'ils n'y pouvaient rien.
Pilate fit venir les hommes les plus robustes du prétoire et les plus hostiles à Jésus (car ce furent eux qui, une heure plus tard, le flagellèrent et le couronnèrent d'épines), puis il leur confia les enseignes, en leur recommandant de les tenir ferme ; et les simulacres divins s'inclinèrent une seconde fois devant Jésus, à la vue de tout le tnonde, et
il fut prQttvé qiia la fbroB des homOMU m p^ut nsD wnire le ohangem^st d^ idées, et que l» signes religieux les mieux protégés par le pouvoir tonbent d eux-mêmes et s'inclinent deTaot les symboles proserits que le progrès révèle, protestent oQDlre Ifi jugemwt des hommes et sympathisent sree Tagonia des martyrs*
Jésus fut donc interrogé en seeiet par Pilat6| puis il fut ramené devant les Juifs, et ses accusarr ieuTi furent entendus ; c'étaient, comme on sait, les princes des prêtres, les anciens du peuple, les ^urisiMis, les scribes et les docteurs, c*est^-dire tout ce qu'il y avait de considérable et de respecté dans la nation juive.
Pilate demanda s'il n'y avait pas aussi quelques
témoins à décharge. D'abord, il se fit un grand
silence, car les rares amis de Jésus avaient peur.
Enfin Zachée, le publicain, éleva timidement
la voix pour dire que Jésus avait bu et mangé
dans sa maison, puis lui avait touché le cœur par
la sagesse de ses discours. Les rires et les huées de
la foule ne le laissèrent pas achever, car les pu-
Uicains étaient regardés comme des hommes in-
âmes, et les pharisiens firent valoir le témoignage
de Zachée comme une preuve de pluscontreiésns^
Après Zachée, ce fut une femme toute éplorée qui se jeta aux pieds du proconsul ; on ne lui laissa pas même proférer une seule parole : un cri de réprobation s'éleva de toute la foule : C'est Magdeleine la prostituée, c'est celle qui i^pand sur les pieds de ce vagabond les parfums précieux qu'elle paie de sa personne; elle est digne de lui, et il n'est pas indigne d'elle 1 Anathème sur les infâmes!
Cependant, l'aveugle de Jéricho venait de percer la foule et criait en étendant les mains pour se faire écouter : J'étais né aveugle, et Jésus m'a rendu la vue !
— C'est un raca ! crièrent les prêtres ; ne Té^ coûtez pas, il ne mérite aucune croyance : nous l'avons chassé de la Synagogue.
— J'étais mort, et il m'a i*essuscité, dit aloi*s un homîne de Béthanie nommé Lazare.
— Pilate et les Romains se mirent à rire : les Juifs sadducéens poussèrent des cris sauvages, et Lazat*e fut chassé par les licteurs.
Alors une dame riche et considérée s'avança et dit : Je suis veuve, je me nomme Séraphia, et j'étais affligée d'un tlux de sang qui me faisait lentement mourir.
Un jour, Jésus passait, accompagné d'une foule de pauvres qu'il instruisait, de femmes du peuple qu'il consolait, et de malades qu'il avait guéris.
Je m'approchai de lui sans rien dire, et je touchai seulement la frange de son vêtement : alors, je fus frappée de vénération et d'épouvante, car je me sentais guérie.
A ces paroles, les Juifs commencèrent à murmurer; toutefois ils contenaient leurs clameurs, parce que Séraphia était riche et généralement respectée.
Pilale alors prit la parole et dit : Faites retirer cette dame, elle ne peut être admise à témoigner dâoscette affaire, car, selon vos lois, qui sont celles de tout l'Orient, le témoignage d'une femme est nul en justice.
Après Séraphia, personne n'osa plus élever la voix en faveur de Jésus; ceux qu'on r^rdait comme les honnêtes gens l'accusaient, et il n'avait p<»ur le défendre que des personnes sans aveu, (H gens suspects de lèpre ou de débaucha, de la |Mip ulaee et des femmes.
Il fut donc condamné, et l'on ne tmuva pas JVxpression pour résumer ses crimes; on érrivil pardi^rision : C'est le roi des Juifs.
Séra{)hiâ, qui fut depuis nommée Véronique, voyant que son témoignage n'avait pu sauver son Sauveur, alla en pleurant lattendre au passage lorsqu'il sortait de la ville, chargé de sa croix, et malgré les cris des bourreaux et les bourrades des soldais, elle s'approcha de lui et lui essuya le visage avec un linge fin qui garda l'empreinte sanglante des traits de Jésus.
Et les martyrs des premiers siècles n'eurent point d'autre image de leur maître que les traces de sang qui marquaient la place des traits de Jésus sur le linge de Séraphia.