DIX-HUITIÈME LÉGENDE
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Jésus avait un disciple peu intelligent, maïs dont il se savait aimé, et qui croyait vaillamment en lui. C'était le caractère simple et ardent du travailleur ; il avait toutes les vertus et tous les défauts du peuple, aussiprompt au découragement qu'à l'entreprise, mais, au demeurant, toujours
ami de 9Dii mattre et dispo^ à donner sa vie potir InL Ce disciple était un homme du port, nommé Simon. Jésûs le prit pour le type vivant du travail courageux, et lui dit : Tu es la pierre sur laquelle je fonderai mon association (ecclesiam)^ et les portes (1) de Fenfer, c'est-à-dire les pnissances de ce monde, ne prévaudront jamais contre elle. La pierre brute qui a été rejetée par les afichliectes de la société présente deviendra la pierre angulaire d'une société nouvelle: je te donnerai les clés du royaume de l'intelligence et de Famour, qui est le royaume des deux, et c*est toi qui réa-^ Useras les volontés de Dieu sur la terre. Ceux-là seuls seront enchaînés, que tu enchaîneras, et ceoi-ià seront libres, que tu auras délivrés, car tu es lliomme du travail, et je te fais mon représentant devant l'avenir.
L'Église, avant la venue de Tesprit d'intellii.'ence, a cru voir dans ces paroles la consécration da pouvoir absolu et infaillible des papes, et un Alexandre VI s'est prétendu Théritier légitime des promesses faites à Pierre, Fhomme de foi, le
(4) c Forte » teat dire < puissance, gouTernement^ » etc., diti ie style orienul. Oo dit eneore « la pqrte ottomane » ^oor désigner le gouYemement turc.
travailleur et le martyr. Toutefois, les premiers papes n'étaient que les représentants du peuple devant Dieu, et, pour cela même, de Dieu devant le peuple, puisque c'était le peuple qui les choisissait; et c'est pour cela que les grands pontifes des beaux temps du catholicisme ont été des tribuns qui résistaient aux empereurs, châtiaient les crimes des grands, et défendaient les peuples contre les vices de leurs maîtres.
Tant que la papauté a régné, elle a été sainte; la corruption pour elle devait être la déchéance. Quand tu seras vieux, dit Jésus à Pierre, un autre te ceindra et te fera aller où tu ne voudras pas. Triste tableau de la servitude temporelle où est tombée la papauté déchue !
Cependant, la papauté est un principe, c'est la première monarchie chrétienne, et lechristianisme ne se régénérera point sans elle.
L'apôtre Pierre tut jusqu'au bout l'image du génie laborieux et méconnu ; on le crucifia comme son maître, et on lui mit la tète en bas, tant les bourreaux avaient peur de le voir debout. Jésus le lui avait miraculeusement prédit, à ce que raconte la l^ende, car lorsque Pierre sortait de Rome pour fuir la persécution de Néron, le Sau-
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Ypur lui apparut* portant sa croix, et lui dit : Je vais à Rome, oîi je dois être crucifié une seconde fdis. Pierre comprit que le christianisme devait conquérir sa délivrance par le martyre, il retourna donc sur ses pas et revint mourir.
Jésus avait un autre disciple qui est appelé le disciple de l'amour, et qu on représente toujours j^une parce que, suivant la légende, il ne devait pas mourir. Jean est Tévangéliste de la synthèse. *4 il rattache au christianisme tout le génie de Platon, dans la philosophie du Verbe. Jésus avait rfeumé toute la loi en deux paroles : Aimez Dieu, aimez-vous les uns les autres. Saint Jean fait tenir Faniour de Dieu dans Tamour du prochain, et affirme que personne n a jamais vu Dieu, mais que nous voyons les hommes, et qu*en eux nous devons aimer la divinité qui les anime. Aimer Di^u dans Thumanité, telle est donc toute la reli- :'i(»ii ; notre siècle, en adoptant cette formule, n*a fait que résumer la doctrine de saint Jean.
Saint Paul dit que la foi et Tespérance passen»Dt, mais que la charité ne passera point. Cette panile est la promesse du règne de la fraternité, H c'est parce que lavenir appartient à Tamour que le personnage mystique de saint Jean est sup-
posé immortel par les légendaires. Il dormait, disait-on, dans son cercueil, et son souffle agitait doucement la poussière de sa tombe.
Il attendait le retour de son mattre, semblable aux vierges sages qui ont eu soin de se pourvoir de Thuile de la charité pour rallumer leur lampe, quand il plaira à Dieu de se manifester de nouveau. On disait en effet qu'une huile merveilleuse suintait du tombeau de saint Jean et rendait la santé aux malades. C'est ainsi que la légende fait suite à l'Evangile et en adopte les images, comme TEvangîle reproduit, enlesexpliquant, les grandes figures de la Bible. Mais dans tout l'ensemble des livres sacrés et de la tradition mystique, un apôtre prend soin de nous en prévenir, la lettre tue, et Tesprit vivifie. C'est pourquoi, lorsque les cultes doivent mourir, ils se matérialisent en s'attachant à la lettre de la parole, et l'esprit leur échappe en agrandissant son expansion, comme l'homme fait abandonne les vêtements de son enfance.
Le signe caractéristique de saint Jean, le dernier des évangélistes, est un aigle, symbole de liberté, d'intelligence et de souveraineté, parce que le règne de l'amour, en facilitant le progrès, doit rendre tous les honmies affranchis pour leur tra*
mi et leur Tertu, tour à tour, les atnés de la f&« mille humaine, prêtres, rois et propriétaires un inonde.
Ftcbti nos reges et sacerdates et regnabimM iuperterram.
Vous nous avez fait prêtres et rois, et nous régnerons sur la terre. (Saint Jeak.)
C'est pour cela que, dans ces derniers temps, Taigle a reparu dans le monde.
C'est pour cela que la guerre ne sera que la préparation de Tempire universel.
Le véritable empire, c'est la paix ; l'aigle vain*queur se reposera sur le tonnerre et fixera le soleil.
Ce ne sera plus Taigie du conquérant, ce sera i*aigle de l'évangéliste.