CHAPITRE V
MYSTÈRES DES INITIATIONS ANTIQUES. -» LES ÉVO- CATIONS PAR LE SANG. — LES RITES DE LATHÉUR* GIE. ~ LE CHRISTIANISME ENNEMI DU SANG.
Les mystères de la folie sont les mystèi^es do sang. Ce sont les mouvements déréglés du sang qui troublent la raison des gens éveillés, oonmie ils produisent, pendant la nuit, le dérèglement des rêves. La folie et certains vices sont héréditaires, parce qu'ils résident dans le sang : le sang est le grand agent sympathique de la vie ; c'est le moteur de l'imagination, c'est le substratum animé de la lumière magnétique ou de la lumière astrale polarisée dans les êtres vivants ; c*est la pre« mière incarnation du fluide universel, c'est de la lumière vitale matérialisée. Il est fait à l'image et à la ressemblance de l'infini ; c'est une substance négative dans laquelle nagent et s'agitent des milliards de globules vivants et aimantés , globules gonflés par la vie et tout vermeils de cette insaisissable plénitude. Sa naissance est la plus grande
de toutes les merveilles de la nature. Il ne yit que pour se transformer ; c'est le Protée universel : il sort des principes où il n'était pas contenu , il devient de la chair, des os, des cheveux, des tissus particuliers et délicats, des ongles, de la su^ur, des larmes, il ne s'allie ni à la corruption ni à la mort : quand la vie cesse, il se décompose ; qu'on parvienne à le ranimer, à le refaire par une aimantation nouvelle de ses globules, et la vie recommencera. La substance universelle, avec son double mouvement, est le grand arcane de l'être; le sang est le grand arcane de la vie.
Aussi, tous les mystères religieux sont aussi des mystères de sang. Il n'y a pas de cultes sans sacrifices , et le sacrifice non sanglant ne pouvait exister que comme transsubstantiation d'un sang véritable, toujours fumant, toujours parlant, toujours criant, dans sa vertu divinement expiatoire, sur l'autel comme sur le Calvaire. Les dieux de l'antiquité aimaient le sang , et les démons en avaient soif. C'est ce qui a fait penser au comte Joseph de Maistre que le supplice supplie, que l'échafaud est un supplément de l'autd, et que le bourreau est un appendice du prêtre.
C'est à la vapeur du sang, dit Paracelse, que
l'imaginatioo emprunte tous les fantôuwa qu'elle eafante. Les visions sont le délire du s&ng : agent secret des sympathies, il propage ThalluciniUion» comme un yirus subtil ; lorsqu'il s'évapore , son sérum se dilate, ses globules se gonflent, se défor<ment et donnent des corps aux fantaisies les plus bizarres; lorsqu'il monte au cerveau eialté de saint Antoine ou de sainte Thérèse, il leur apparaît en réalisant pour eux des chimères plus étraur ges que celles de Gallot, de Salvator ou de fioya. Personne n'inventerait les monstres que sa surexdtation fait éclore : c'est le poëte des rêves; c'est le grand hiérophante du délire.
Aussi , dans l'antiquité comme au moyen âge, éroquait-on les morts par l'effusion du sang. On creusait un fossé, on y versait du vin, des parfums enivrants et le sang d'une brebis noire ; les horribles sorcières delà Thessalie y joignaient le sang d'un enfant. Les hiérophantes de Baal ou de Nisroch, dans une eacaltation furieuse, se faisaient des incisions par tout le corps et demandaient soit des apparitions, soit des miracles, aux vapeurs de leur propre saiig : alors tout conmiençait à tournoyer devant leurs yeux égarés et malades ; la lune prenait la teinte du sai^ répandu , et ils croyaient la
voir tomber du ciel ; puis commençaient à sortir de terre , à voltiger , à ramper , à se traîner des choses hideuses et informes : on voyait se fonner des larves et des lémures ; des têtes pâles et sordides comme les vieux suaires, et toutes barbues des moisissures de la tombe, venaient se pencher sur la fosse et tiraient leur langue sèche pour boire le sang répandu. Le magicien, tout afTaibliel tout blessé, s'escrimait contre elles avec le glaive jusqu'à Tapparition de la forme attendue et de l'oracle. C'était ordinairement le dernier rêve de 1 épuisement, le paroxysme de la démence ; c'est alors que l'évocateur tombait souvent comme foudroyé, et, s'il était seul, si de prompts secours ne lui étaient administrés, si un puissant cordial ne le rappelait à la vie, le lendemain on le trouvait mort, et l'on disait que les esprits s'étaient vengés. Les mystères de l'ancien monde étaient de deux sortes. Les petits mystères concernaient l'initiation au sacerdoce ; les grands étaient l'initiation au grand œuvre sacerdotal, c'est-à-dire à la théui^ gie. La théurgie, mot terrible, mot à double sens, qui veut dire création de Dieu. Oui, dans la théurgie on apprenait au prêtre comment il doit créer les dieux à son image et à sa ressmiblance.
en les tirant de sa propre chair et eu les animant de soa propre sang. C'était la science des évocations par le glaive et la théorie des fantômes san^ glants. C'est là que l'initié devait tuer l'initiateur; c'est là qu'QEdipe devenait roi de Thèbes en donnaint la mort à Laïus. Nous tâcherons d'expliquer ce que ces expressions allégoriques ont d'obscur. Ce qu'on peut entrevoir déjà, c'est qu'il n'y avait pas d'initiation aux grands mystères sans effusion de sang, et sans l'effusion du sang même le plus noble et le plus pur. C'est dans la crypte des grands mystères que Ninyas dut venger sur sa propre mère le meurtre de Ninus. Les fureurs et les ^lectres d'Oreste furent l'œuvre de la théurgie. Les grands mystères étaient la sainte vehme de rantiquité, ot les francs-juges du sacerdoce pétrissaient de nouveaux dieux avec la cendre des anciens rois détrempée dans le sang des usurpateurs ou des assassins. Étaient-ils donc eux-mêmes des assassins, ou du moins des bourreaux? Non ; car le driHt au sacrifice leur était dévolu par le consent^nent universel des nations. Le prêtre n'assassine pas, il n'exécute pas, il sacrifie; et c'est pour cela que Moise, nourri du dogme des grands mystères, choisissait pour tribu sacerdotale celle
qui avait su le mieux, suivant Texpression m^oq de la Bible, consacrer ses mains dans le sang^. G n'étaient pas seulement Baal et Nisroch qui de mandaient alors des victimes humaines; le Die^ des Juifs aussi avait soif du sang des rois, et Jo sué lui offrait des hécatombes de monarques vain eus. Jephté sacrifiait sa fille ; Samuel coupait ei morceaux le roi Agag sur la pierre sacrée di GalgaL Moïse, comme les anciens initiateurs aux grands mystères, était allé avec Josué, son successeur, dans les cavernes du mont Nébo, et Josut* était revenu seul. Jamais on ne retrouva le ca* davre, car, dans les grands mystères, on possédait le secret du feu dévorant. Nadab et Abiu< Corô, Dathan et Abiron en firent la triste expérience. Quand Sattl fut rejeté de Dieu, c'est-àdire condamné comme usurpateur du sacerdoce et profanateur des mystères, il devint le jouet des hallucinations, car les grands hiérophantes avaient le secret des fantômes. G est alors qu'Aebitophel lui conseilla le massacre de tous les prAtrès, comme si l'on pouvait jamais les massacrer tous. Le sang des sacrificateurs est une soseoce de nouveaux sacrifices. Vous faites le 2 septembre, et la Saint-Barthélémy est justifiée. Vous
ïroyee punir Torquemada, et voub préparez de iiautes Geuvres à TrestaiUon. Le prfitre qui conduit Louis XYI à l'échafaud, et qui lui dit airec l*autoriié suprême du pontife : m Fils de saint Louis, montez au ciel! » semble accomplir seul, a^ec la Convention pour ministre subalterne, le grand sacrifice de la Révolution. La victime même, en tombant, révèle et consacre le prêtre. Je mettrai sur toi un signe, dit Adonal à Caïn, pour te rendre inviolable et pour que personne n'ose porter la main sur toi. Abel fut la première victime, CaXn fut le premier prêtre du monde.
Abel, pourtant, avait exercé avant Caïn une sorte de sacerdoce, et il avait le premier versé le sang des créatures de Dieu. Il offrait au Seigneur, dit la Bible, les prémices de son troupeau; Gain, au contraire, ne présentait à Dieu que des fruits. Dieu repoussa les fruits et préféra le sang; nuds il ne rendit pas Abel inviolable, parce que le sang des animaux est plutôt la figure que la réalisation du véritable sacrifice. C'est alors que l'ambitieux Caïn consacra ses mains dans le sang d'Abel ; puis il bâtit des villes et fit des rois, car il était devenu souverain pontife. Si, plus tard, Judas Iscariote eût fait pénitence au lieu de se
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suicider, il eût fait une rude eoncurrence à saiol Pierre. Saint Pieri*e, en effet, était, après Jud» seulement, le plus sanguinaire des apôtres.
Est-ce pour celaseulementqn'il méritait d'être le premier pape? Loin de nous l'idée d'une sacrilège ironie ! Nous révélons la grande loi sacerdotale, et nous n'insultons pas pour cela à la papauté. Nous voulons dire que le sacrificateur assume sur lui et résume en lui tous les crimes du peuple, et qu'il est purifié le premier par le sang tout-puissant de la victime. C'est du moins ce que pensaient les hiérophantes de l'ancien monde, lorsque, dans la crypte des grands mystères, ils venaient s'offrir, la tète couverte d'un voile, au glaive de leurs successeurs. Œdipe avait tué Laius sans le connaître, et tous les grands initiés à la science d'OBdipe expiaient à leur tour le meurire symbolique de I^ïus. C'est ainsi que, dans la Maçonnerie, qui garde encore de nos jours la tradition symbolique des anciens mystères, on parie toujours de venger la mort du fabuleux Hiram. L'homme qui se sent malheureux sans avoir la conscience d'être juste, se croit facilement puni pour une faute involontaire; il croit avoir tué son propre bonheur : le besoin d'expiation lui fait
«ver le sMrifice, et c'est le sacrittoe qui fût U'k ^tw en ooiuacnuit l'autel sauguinairo des
ilieux.
Jésus, le seul initiateur qui n'ait tué itersunu», meurt pour l'abolitiou des sacrifices sanglautn. Ilnt alors plus grand que tous les pontifes; (*t ^serait-il donc, s'il n'était pas Dieu? 11 s'est fait Dieu sur le Calvaire ; mais ses disciples, en U' miiant et en le vendant, se «ont faits prêtres, vi iboDl continué le vieux monde, qui durera tant ^ue le prêtre aura besoin de *ivre de l'autid, r rst^à-dire de mai^er la chair é% victiine».
El il j a de piéleodB» sap» qui voo» dînent qu* lediristianisaie espire et que le niMide d« i^Mi»- «Irirt s'en «I C'«l le viem m0fuàK qui t!%^tr, r «s4 l'idoUklne fn > en va. L Évanunk « miUf Dpnt clé ammmeé: d m» pas t^if»^ *mr i» y^f, U cathofidlé. c'crt-4Hii.-^ I <ax^*:mi,Ak 4 ««^ -«de ni^Mn. n«sl «*tr,r» qn m t^-^r^^ «f^
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Nous lisons dans les Actes des apôtres qne saint Pierre eut une vision. Il voyait une grande nappe couverte d'animaux purs et impurs, et une voix lui disait : Tue et mange! Ainsi se révéla pour la première fois le mystèi-e de la papauté temporelle. Depuis lors les souverains pontifes ont cru pouvoir tuer pour manger. Jésus-Christ jeAnait et ne tuait pas ; il avait même dit à saint Pierre : Remets ton épée dans le fourreau, car celui qui fVappe de l'épée périra par l'épée. Mais c'est là une de ces paroles qui ne pouvaient être comprises avant la venue de Tesprit d'intelligence et d'amour qui, comme on le voit bien, n'a pas encore établi son règne définitif en ce monde.
Les souverains pontifes des anciens caltes étaient donc tous des sacrificateurs d'hommes, et tous les dieux du sacerdoce ont aimé la chair et le sang. Moloch ne différait de Jéhovah quf par défaut d'orthodoxie, et le Dieu de Jephté avait des mystères semblables à ceux de Bélus. Les moines du moyen âge se tiraient régulièrement du sang, comme les prêtres de Baal ; car la continence perpétuelle , cette divinité stérile, est une idole qui veut du sang : la force vitale qu'on veut soustraire à la nature, il faut la verser sur l'autel
de la mort. Nous ayons dit que le sang est le père des fantômes, et c'est par les fantOmes du sang que les prêtres de Babel et d'Argos troublèrent la raison de Ninyas et d'Oreste. Sémiramis et Glytemnestre avaient été vouées aux dieux infernaux ; et leurs l^endes se ressemblent de telle sorte qu'on les croirait calquées l'une sur Tautre. Ninus était le roi des prêtres : Sémiramis voulut être la reine des peuples, et s'assura, par un crime, la possession de la couronne de Ninus. Le monde politique n'avait pas alors de tribunal qui pût juger cette fenmie , tant elle se justifia par de grandes choses. Elle semait le monde de merveilles. Ses envieux soulevaient contre elle les multitudes : eOe venait seule , et les révoltes s'apaisaient. Mais elle avait un fils que les prêtres gardaient pour otage ! Ninyas était initié aux grands mystères ; et il avait juré de venger Ninus, dont il ne connaissait pas encore le meurtrier. Sémiramis , de son côté, était obsédée de fantômes et de remords^ La femme, chez elle, l'emportait secrètement sur Ik reine , et souvent elle descendait seule dans la nécropole pour pleurer et frémir sur les cendres de Ninus. C'est là qu'elle rencontra Ninyas, poussé par les hiérophantes : entre le fils et la mère se
dressa le «pecti-e du mi assassiué. Sémiramis étail voilée; le fantôme ordonna de frapper. Le jeune initié s'avance : Sémiramis pousse un cri et lève son voile, elle a reconnu Ninyas : « Non, tu nés plus Ninyas , dit le specti*e , tu es moi-même . lu es Ninus sorti de la tombe ! ») Et il sembla absorber le jeune homme en lui-même et se confondre avec lui de telle sorte que la reine ne >it plus devant elle que le spectre de Ninus, pâle et le glaive sacré à la main. Elle retira alors le voile sur sa tête et présenta son flanc, comme devait faii-e plus tard Agrippine. Quand Ninyas revint à lui , il était couvert du sang de sa mère : « Est-ce donc moi qui l'ai tuée? s'écriait-il avec ^rement. ^ Non, répondait Sémiramis en l'embras* saut pour la dernière fois, nous sommes deux victimes; et le sacrificateur, ce n'e«t pas toi : je meurs, assassinée par le grand-prêtre de Bélus ! » Tels étaient les prêtres de Babylone, tels furent ceux de Mycènes et d* Argos : Galchas demande le sang d'Iphigénie ; Glytemnestre maudit les prêtm^ et venge sa fille par le meurtre d'Agamemnon : Oreste , iKJUssé par les oracles , tue sa mère, et va chercher jusqu'au fond de la Ghei*sonèse Taurique l'idole sanglante de la Diane vengeresse».
fievous>-nouti être étounés de ces attentaU 601111*6 la famille, quand, des siècles plus tard et eu plein christianisme , nous voyons un prêtre romaiu , le terrible Jérôme, écrire à son disciple Héliodoi*e : u Si ton père se couche sur le seuil de la " porte, si ta mère découvre à tes yeux le sein u qui t*a nourri , foule aux pieds le corps de « ton père , marche sur le sein de ta mère , et. '« les yeux se^^s, accours au Seigneur qui t apu pelle! »
Tels sont les sacrifices de la chair et du sang qui consonmient le grand œuvre de la théui^ie. Le Dieu pour lequel on a marché sur le sein de sa mère , on doit le voir désormais l'enfer souh les pieds et le glaive exterminateur à la main. Il poursuivra l'ascète comme un remords, il im savourer dans la solitude les terreurs de l'enfer et les désespoirs de la pensée. Moloch ne brûlait les enfants que pendant quelques secondes ; il appartenait aux disciples du Dieu qui meurt pour racheter le monde de créer un Moloch nouveau dont le brasier est étemel !
M. Renan, dont nous ne voudrions pas avoir •x'rit le malencontreux ouvrage, y a nds cependant une bonne «parole, qui rachète, h nos yeux
bien des défauts. Cette parole, la voici : « Pera sonne ne fut moins prêtre que Jésus. » Distinguons toutefois, car il s'agit du prêtre de l'antiquité, qu'on retrouve malheureusement encore dans les temps modernes. Saint Jérôme était, *à son insu, un hiérophante des grands mystères ; saint Vincent de Paul est le type du nouveau prêtre , du véritable pi-être chrétien , celte réincarnation perpétuelle de Jésus-Christ.
L'Ëglise à horreur du sang. Dans cette ineffaçable maxime se résume tout l'esprit du christianisme.
L'Église a horreur du sang, et repousse loin de son sein tous ceux qui aiment à le verser. Le prêtre chrétien ne peut exercer les fonctions d'accusateur public, ou de juge, sans devenir irréguher , c est-à-dire incapable d'exercer le« fonctions saintes. Ainsi donc, les inquisiteui's meurtriers n'étaient pas des prêtres chrétiens, c'étaient des sacrificateurs de l'ancien monde qui mentaient au christianisme. Un pape ne peut condamner personne à mort. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, mais il ne sait pas les égorger. Un pape ne saurait faire la guerre. Quand Jules 11 faisait le soudard, il n'agissait plus
en pape, c'était encore un tyranneau du Ba^ Empire. Le bon Pie IX, qui a , dit-on , des disions, doit être obsédé par les spectres de Pérouse et de Castelfîdardo ; alors il doit avoir horreur de ses propres mains , lui qui est le chef suprême de TÉglise, car TÉglise a horreur du sang.
Sacrifier les autres pour soi, voilà le vieux monde, le monde de Jupiter et de Saturne, le monde des Césars et des augures. Se sacrifier pour les autres, voilà le monde nouveau, le monde du Christ, le monde de Tavenir. Tuer pour vivre, voilà la grande fatalité des grands mystères. Mou-^ rir afin que les autres vivent, voilà le droit divin et la liberté de Tinitiation humaine au triomphe de la raison. La divinité et Thumanité se sont étmitement unies en Jésu^-Christ, et qui frappe Tune blesse Tautre. Juges de la terre, prenez-y garde : tout homme désormais appartient au Christ ; il a payé de son sang innocent Thumanité coupable tout entière. Tout coupable est appelé au repentir, et tout homme qui peut encore se repentir doit être sacré comme Caïn. Savez-vous pourquoi Dieu gardait si précieusement le sang de Caïn? C*est que chacune des gouttes de ce
sang valait une goutte de sang rédempteur, et, pour que la rançon fût efficace , il ne fallait pas (lu'une seule parcelle de la chose rachetable se perdît.
Le sang d'Abel criait vers Dieu, dit la Bible. Qui donc pouvait le faire taire? Pour éteindre cette voix il fallait une voix plus puissante, celle du sang de Jésus-Christ. Le sang d'Abel demandait justice : Abel nétait qu'un homme, et le sang de Jésus avait seul assez de force pour crier quelajustice, chez Dieu, c'est le pardon. Qui donc avait pu lui dire cela? Jésus-Christ seul le savait pour le dire au monde, et, s'il le savait, c'est qu'il était Dieu !
Aussi pouvait-il seul abolir le sacerdoce de sang et instituer la prêtrise du sacrifice volontaire. C'est ce qu'il a fait, c'est ce que les martyrs ont compris, c'est ce que les saints comme Vincent de Paul ont essayé, non pas vainement, mais si difficilement encore sur la terre, et vous osez dire que le christianisme s'en va! Je vous demande s'il est venu au monde autrement que comme une pai-ole incomprise et un prodige contesté? Je vous demande si le sang d'Abel a cessé de couler, et si le sacerdoce a échappé définiti-
vement aux mains sanglantes des enfants de Cain?
On dit que tous les ans, à Naples, le sang du martyr Gennaro se liquéfie et bouillonne comme s'il ne pouvait se reposer; on dit qu'en plusieui*s endroits de la France le vin des calices est i*edevenu du sang, et que les hosties consacrées se sont rougies d^une sueur semblable a celle de l'agonie au jardin des Oliviers. C'est que les martyrs sont solidaires les uns pour les autres ; c'est que le sang non expié crie contre les effusions du sang nouveau. Le sang de saint Janvier proteste contre l'inquisition encore vivante dans la triste cervelle des Gaumeet des Veuillot. Le vin de l'Eucharistie redevient du sang pour défendre aux indignes prMres de le boire, et les hosties s'injectent des nuances du meurtre, comme si le Christ découragé renonçait à la transsubstantiation et redevenait un cadavre.
Quand le Christ devient un cadavre* c'est qu'il se prépare à ressusciter, et nous croyons que la résurrection du christianisme est prochaine; mais ce n'est pas ce que nous avons à prouver ici. Demeurons dans notre sujet et constatons seulement que le règne des dieux de sang est fini. Ne ver-
sons donc plus le sang, ne l'agitons plus, mdine pour en faire sortir des dieux. Laissons en paix les morts, car les oracles du sang répandu sont frères des oracles de la tombe. La table tourne parce que le sang sagite; laissez le sang se calmer, et les prétendus esprits se tairont.
Oui, spirites, les esprits qui parlent dans les tables sont les esprits de votre sang. Vous vous épuisez pour animer le bois, comme ces prêtres du Mexique qui croyaient donner une âme à leurs idoles en les barbouillant de sang fraJtobement répandu. Ce que vous faites, on le faisait avant la venue de Jésus-ChHst ; on Ta fait et on le fait peut-être encore dans Tlnde; on le fait surtout chez les sauvages, où les jongleurs entourent de chevelures saignantes Tautel de leurs manitous, qu'ils conjurent et font parler. Le magnétisme, c est la projection des esprits du sang, et vous mar gnétisez vos meubles en appauvrissant votre cerveau et votre cœur.