CHAPITRE VII
LES ESPRITS AU MOYEN AGE. — LE DIABLE JOUE TOUJOURS LE PREMIER ROLE DANS LA COMÉDIE DES PRODIGES. — l'archevêque UDON DE MAGDE- BOURG. — LE DIACRE RAYMOND. — LES VAM- PIRES. -— LES MAISONS HANTÉES.
Tant que dure cette enfance de la raison modemequ on appellele moyen âge, les forces secrètes de la nature, les phénomènes de magnétisme, les hallucinations surtout, dont les cloîtres sont l'abondante pépinière, font croire à Tinfluence presque continuelle des esprits. Les fantômes aériens que Timagination crée et poursuit dans les nuages, deviennent des sylphes, les vapeurs de Teau sont des ondines, les vertiges du feu sont des salamandres, les émanations enivrantes de la terre sont des gnomes, les lutins dansent avec les fées au clair de la lune. Tout le sabbat est déchaîné. La raison sommeille, la critique est absente, la science est muette. Abeilard expie cruellement ses hom-
Le nécromancien n Vt-il pas la témérité de vouloir secouer Féchelle sainte afin de faire tomber les esprits qui montent? Gela ne se peut pas sans doute, et le sacrilège évocateur ne sera assailli que par ses propres vertiges. Aussi, les meilleurs théologiens du moyen âge ont-ils dit que les morts restent irrévocablement où la justice de Dieu les a envoyés, et que le démon seul répond à l'appel des magiciens et prend la forme des trépassés qu'on appelle pour égarer la conscience humaine, et faire croire aux sorciers qu'ils peuvent troubler h leur gré l'empire des âmes et de Dieu.
C'est dire , en termes allégoriques, précisément ce que nous disons dans le langage de la raison et de la science. Le démon, c'est la folie, c'est le vertige, c'est Terreur; c'est la personnification de tout ce qui est faux et insensé . Ici, nous tendons à M . de Mirville une main qu'il ne prendra certainement pas. Laissons-lui son diable de carton, qu'il fait jaillir de ses gros livres comme d'un joujou à surprise : M. de Mirville est un enfant.
Nous insistons ici sur l'autorité de l'Évangile et des théologiens, parce qu'il s'agit de choses qui sontezclusivementdu domaine de la foi. La science n admet rien qu'elle ne puisse démontrer : or, la
science ne saurait démontrer la continuation de la Tie humaine après la mort* Elle n'admet donc pas les esprits ; et le titre de notre livre, la SctMce des esprits^ serait un paradoxe s'il ne signifiait science des hypothèses relatives aux esprits.
La science est purement humaine, et la foi ne saurait raisonnablement s'affirmer divine, â elle n'est immensément collective. C'est cette collectivité qui mérite aux croyances le nom de religion , c'est-à-dire lieâ moral qui rattache les hommes les uns aux autres.
La science ne saurait nier le besoin qu'ont les hommes de religion, pas plus que le phénomène des grandes associations religieuses. En tant que la religion est dans la nature de l'homme, elle ap^ partient à la science qui étudie l'homme ; mais cette science doit se borner à constater, sans se laisser influencer par lui, le phénomène de la foi.
Une croyance isolée ne mérite pas le nom de foi, car foi signifie confiance : se défier de toute aatorité sociale et n'avoir confiance qu'en soi-même, c'est être fou. Le catholique croit à l'É-^ glise, parce que l'Église représente pour lui l'élite des croyants. Voilà ce qui justifie la foi du char-bonnier. Or, le charbonnier n'est pas seulement
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cmyant en matière de religion , il doit Tètre aussi en matière de science : ira4-il nier ou contester le génie de Newton , parce qu'il ne comprend rien à ses théorèmes ? Je ne suis pas expert en peinture, mais je m'en rapporterais volontiers à Ingres , à Paul Delaroche, à Gigoux ; et ces grands artistes, qui peuvent n'être pas experts en théologie , en exégèse , en kablmle , ne seraient pas raisonnables s'ils ne s'en rapportaient pas à ceux qui ont spécialement étudié ces hautes sciences. Je ne comprends i)eut-être pas loujoin-s ce qu'ils peuvenl dire sur les arcanef^ de la peinture , pourquoi s** fâcheraient-ils si mes livi-es ne sonl pa^ pour eux parfaitement clairs? Il me suffît que ilei^ homm**'^ de science spécialt* et de jugement les compi^HH nent,et il sera tivs-raisounable de s'en rap]ioiti*r à ceux-là.
Tel est donc le fond de la fui. C est ta tHititiatiet de ceux qui ne savent pas en ceux qui savi^t; iH comme la formule des croyance doit empruntera la science la base de f^*s hypotj comme on ne peut pas raisonnablement ( que la science démontiï' faux, comme il i cessaire que la science aciuietfe au moiiiM sibilité desh\pi^thèsc%^uûHtm^lf'^s h)p4i
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la foi sont celles que la science avoue ne pouvoir jamais transformer en axiomes ou en théorèmes, il s'ensuit qu en matière de foi surtout lautorité est nécessaire, et que cette autorité doit être col* lective, hiérarchique et universelle, en d'autres termes, catholique. C est ce que nous avions îi prouver.
Au moyen Age la foi est aveugle, parce qu*elle n admet pas la critique et ne s'appuie pas sur la M^ience, qui fait défaut. Il s'ensuit que le raison* oement est faible et que les rêveries abondent. La médecine, par exemple, n'ose pas s'occuper de l'âme, et c'est à Tâme qu'on attribue les afiTaiblissements du cerveau. Les hallucinés sont alors des inspirés, soit de Dieu, soit du diable; les Temmes hystériques sont des possédées ; les maniaques sont des âmes que Dieu conduit par des voies mystérieuses. Tout est possible alors, tout est permis dans l'ordre prétendu surnaturel, excepté pourtant les évocations auxquelles l'enfer seul peut obéir, et qui troublent inutilement Tordre immuable de la nature et le silence éternel destombeimx.
L'Évangile affirme que les âmes du ciel no peuvent redescendre et que les âmes de l'enfer
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ne peuvent remonter. Restent celles du pui^toire. Mais celles-ci, vouées à Texpiation, ne peuvent plus pécher, et n'ont par conséquent pas le pouvoir de tourmenter les vivants et de les induire en erreur. Le purgatoire, disent les théologiens, est un enfer résigné, parce qu'il y reste l'espé* rance. On y souffre, on y aime, on y prie, mais on ne peut pas en sortir avant le temps marqué par Téternelle justice. Que peuvent avoir de commun ces reclus de l'expiation et de la prière avec les divagations, tantôt stupides, tantôt grivoises, des tables parlantes? Gomment le démon même, cette personnification sauvage et grandiose de rincurable orgueil et du désespoir sans r^nède, descendrait-il à des lazzis d'arlequin ou à des mo* ralités de M. Prud'homme? Le diable du moyen Age est souvent narquois, nous voulons bien en convenir ; mais qui ne voit ici, derrière les cornes du bouc, passer les oreilles de la mère folle, de cette satire gauloise qui parfois s'en prend à Dieu même des sottises de ses ministres et fait le roman comique de Beelzébuth comme elle a fait le roman àultenard?
Le diable, d'ailleurs, n'a jamais cessé de faire sa demeure dans la conscience des mauvais prfi-
très, et les supercheries des vieux sanctuaires se reproduisaient souvent avec les anciens vices dans les temples du Dieu nouveau. Si des bruits inex* pliqués troublaient le silence des campagnes, c*é» laient des âmes qui demandaient des prières, et les prières, pour le prêtre, c*est de Taif^ent. D'autres fois aussi d'invraisemblables récits ne dénonçaient qu'un miracle et servaient à cacher un crime; nous n*en citerons pour exemple que la terrible légende d'Eudes ou Udo, archevêque de Magdeboui^. C'était un prélat trop savant pour son siècle, et qui semblait vouloir, avant Vépoque marquée par la Providence, commencer la révolution religieuse réservée au génie médiocre, mais opiniâtre, de Luther. Udo de Magdebourç; s'était déclaré contre le célibat des prêtres; il avait lire de son clottre une abbesse dont il Causait presque publiquement sa concubine, en attendant qu'il pût la nommer sa femme. Le jeane clei^é commençait à s'éparpiller dans la Toiedu scandale; les vieux prêtres étaient sombres et attendaient.
Yoili qu'un matin l'archevêque est trouvé sans vie dans le chœur de sa cathédrale; la tête, séparée du tronc, grimaçait dans une mare de sang;
Je corps était en chemise. Évidemment Tarche- Téque avait été arraché de son lit et ti'alné dans l'église, où on l'avait décapité. Quels étaient donc les bourreaux, ou, pour mieux dire, les assassins?
La femme qui partageait la chambre d'Udo raconta en tremblant qu'une voix terrible sVHail fait entendre. Elle disait, sur un ton de psalmodie :
Cessa de ludo, Lnsisti salit Udo ;
rimes barbares qu'on pourrait traduire par celles-ci :
Repose toi donc, Assez de plaisir Udon.
Puis une porte secrète de l'appartement s'ouvrit, et des hommes noirs se jetèrent sur rarchevAqu(\ qu'ils arrachèrent du lit et entraînèrent avec eux. La femme n'avait plus rien vu ni rien entendu : elle s'était évanouie de frayeur.
Or il y avait dans le chapiti'e de la cathédrale de Magdeboui*g un chanoine nommé Friedrich, qui passait pour un saint et menait la vie d'un ascète.
(> rhaiMMiie \eillait cetU^ nuit-là daiis Téglise, 'I priait Dieu de faire cesser les scandales de larihexcHiue. La ^nrande uef était silencieuse ; le ciel riait hans lune, et le Tieux prêtre frissonnait dans la profondeor de la nuit, lorsque tout à coup la |Hde de la sacristie soufre a?ec fracas, et l'on culend des hurlements étranges mêlés à des cris (it»uffés. Un personna^ fétu de blanc, et portant •u dus de grandes ailes, fient allumer les cierges tin maître-autel. Friedrich alors put >oir nu li(»iQme que des manières de dénions tenaient • litûteuient garrotté; puis sou attention fat attirée il^ uou\eau sur la p«>rte ou>erte de la sacristie : une pnK'ession sinfniliere entrait ilans IVglise.
En tète marchaient, rpcnunaissables à leur cf>t^ iiitnetraditioanei H ,i leurs iiuiinies léjrendaiivs. ■•"N saints prutecteuii^ tie r»nîtise de Mairdebtfuitv: |iiii.N des an|n*s ?etu.s «le blanr. pn*fP(tant iiue hiin)(' de liante taille ({ii .1 ^m mantenu bien et » SI couronne dor nu «^Mait iivnniialtn» p#mr la VM'iTpe; après elle venaient «1 .ujIi^ps ;inî.(»5; \Atii<i J»- uoir ot de rouge. ;ui milieu •Ie5;qne!s saint XiiMap|iaraissait.anné il'.iii .ni^re <-oritH;i< «Tttir» -uliiuréde rémfêrain's [niHaiit u*^ nrrlifKj ,ftif,
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portant une longue croix à la main. Tout ce clei^ré de l'autre monde prit place dans le chœur. Le Christ, ou du moins celui qui en faisait le personnage, s'assit à la place même et sur le trône de l'archevêque, et les démons commencèrent à accuser Udo, qu'ils tenaient au milieu d'eux lié et probablement bâillonné. Le coupable n'eut rien à répondre. La Mère de Dieu fit mine de prier pour lui ; puis, quand le démon parla des scandales du prélat et de la religieuse séduite, la Vierge abaissa son voile et se retira en faisant un geste de dégoût. Le juge alors fit signe à saint Michel; le coutelas flamboya et s'abattit, puis les cierges et les torches s'éteignirent, et tout disparut dans l'ombre.
Le chanoine Friedrich se demanda s'il n a>ail pas fait un rêve, et s'avança en tremblant dans le chœur. Arrivé au pied de l'autel, il sentit que la dalle était humide, et se heurta contre une masse inerte. La lampe même de l'autel était éteinte, et Friedrich dut retourner chez lui pour se procurer de la lumière ; mais l'émotion et l'épouvante l'empêchèrent de retourner à l'église, et ce fut seulement le matin que les servants de la cathédrale, en ouvrant les portes, virent le cadavre décapite.
Le corps du maudit ne fut pas inhumé on toi h' sainte; les taches de son sang ne furent pas lav^»i^H sur les dalles du chœur : on les couvrit soulcMnonl d*un tapis, et lorsqu'on installait un nouvel archevêque de Magdebourg, le chapitre ot le riorgrt le conduisaient solennellement à cette place; on levait le tapis et l'on faisait voir au prélul le Mung du sacrilège Udo.
Rien dans les s(»mbres légendaireH du moyen à|:e ne nous parait épouvantable comme att ahMit^ sinat attribué à Jésus-Christ ; et, cifrU*», si la réparation des deux mondes n'était paf» infranrbi^H sable pour ceux qui sont moutifs plus haut ; nï le Sauveur lui-même pouvait, san^ trtiubjer Tonlre éternel de la Providence- «f n^ndre fuc^ré* préM^iit parmi nous autrement que dan% M>n È\^stiilU* et son Eucharisfif*. ne y^i-HsiAl pa<> \é-uu lui-fiiiini' paralyser et terraKK*'r Je^ act^'ur^ de i-^^iU* tr;it^/'die infâme? ne M*rajt-iJ pa*- ^*^uu Aé-lUt H i«'l*'\<'i lir nudbeureux Vdfj ♦'u lui ii^ux.t^^muïi^'h U U-muiâ^ adultère : K\\*a. ^ u^ p*-' .W f/,-^»^ *' — ^, I- < <*prils de I aut'v hj.* j- ;#* -^i.*'i ♦ > i'-m f d •#« ulai^e maiérJvJ j^»^ * <••'- •'J**- .•-♦ ' .;.- ; ,* ^ 'î* î^^
(Ire yi, qui empoisonnait les hosties et se li\i*ait publiquement a des incestes, ne méritait pas bien mieux qu'Udo de Magdeboui^ d'être décapité par les anges, non pas la nuit et dans le secret d'une église déserte, mais en plein soleil, ttrbietorbi, devant Rome tout entièœ et devant l'univers entier? Mais il n'appartient qu'aux hommes, aux fléaux, à la vieillesse et à la maladie de donner la mort. Dieu est le pt^re de la vie; il ne chaîne pas plus ses anges d'être les valets de nos échafauds qu'il n'a chargé ses prêtres d'être les pourvoyeurs de l'enfer.
Supercherie intéressée d'une part, ignorance de l'autre, phénomènes inexpliqués mais nou inexplicables, voilà toutes les causes qui justifient Tintenention prétendue des esprits pendant tout le cours du moyen âge. L'étude de la nature était alors abandonnée pour une scholastiquc barbai'e; on jurait sur la foi d'Aristote et du maître des sentences; la peur de l'enfer empêchait qu'on ne s'occupât du monde, et la pensée de la mort faisait négliger la vie. On sait l'histoire de ce diacre Raymond, a qui la terreur de l'enfer causa «n cauchemar poslluinie, dout le résultat fut la fondation de la Grando-Gliartreuse par saint Bruno;
contagion de la peur, transmission épidémique du délire. Si la sainteté, dans ce temps-là, consistait en une plus grande frayeur de Tenfer, quel homme fut plus saint que le malheureux diacre Raymond? Tombé dans une léthai^e d*épou- \ante que tout le monde prend pour la mort, il se laidit trois fois dans son suaire et se redi^esse dans son cercueil en criant : Je suis accusé ! — • je suis jugé! — je suis damné! Puis il retombe, vaincu cette fois et véritablement tué par la terreur. On cesse alors la cérémonie funèbre, on éteint les rierges et Ton va jeter le corps dans quelque trou ci-eusé à la hâte. Qui sait si cette fois c'était bien définitivement la mort et si le malheureux ne se réveilla pas une quatrième fois sous terre pour se !>entir enterré vivant et se ronger les poings de désespoir !
Nous avons admis dans nos précédents ouvrages la possibilité du vampirisme» et nous avons même chei*chéàrexpliquer. Les phénomènes qui se produisent actuellement en Amérique et en Europe appartiennent certainement a cette horrible maladie. On appelle improprement vampires certains monomanes qui, comme le sergent Ber* traud, sont poussés fatalement à se repattre de la
chair des morts; mais les véritables vampires sont des morts qui aspirent et épuisent le sang des vivants. Les médiums ne mangent pas, il est vrai, la chair des morts, mais ils aspirent par tout leur organisme nerveux le phosphore cadavéreux ou la lumière spectrale. Ils ne sont pas vampires, mais ils évoquent les vampires. Aussi sont- ils tous débiles et malades, faibles d*esprit et de corps et fatalement enclins aux hallucinations et à la folie. Les pratiques énervantes de l'évocation les épuisent vite, et ils tombent dans une consomption lente comparable à celle que le docteur Tissot décrit comme une suite des habitudes solitaires. Le spiritisme c'est l'onanisme des âmes.
La loi de Moïse veut qu'on mette à mort ceux qui consultent les oboth, c'est-à-dire les fantômes de Yob ou de la lumière passive. Ce grand législateur voulait, par de rigoureux exemples, préserver son peuple de la contagion du vampirisme et des abtmes de l'hallucination spectrale. Nous ne croyons pas même que le simple somnambulisme magnétique eût trouvé grâce devant ses yeux. Nous ne sommes plus au temps de Moïse, et le Code pénal du prophète hébreu est heureu* sèment abrogé comme celui de Dracon. Nous ne
voulons certes pas qu'on tue les somnambules et les spi rites, mais si nos avertissements, fondés sur la science et sur la religion, pouvaient en détourner quelques-uns de se tuer eux-mêmes, nous n'aurions pas perdu nos recherches et notre labeur.
Venons maintenant aux lieux fatidiques et aux maisons hantées, et reconnaissons avant tout l'existence et la réalité d'un grand nombre de phénomènes qui, au moyen âge surtout, favorisaient la croyance à ce genre de superstition. M. de Mireille en cite beaucoup : nous renvoyons nos lecteurs à ses ouvrages, et nous nous contenterons d'une citation qu'il emprunte à un auteur estimé du quinzième siècle, Alexander ab Âlexandro. Voici comment parle cet auteur :
« C'est, dit-il, une chose bien notoire et connue de tout Rome, que je n'y ai pas craint d'habiter plusieurs maisons que tout le monde refusait de louer en raison des manifestations épouvantables de revenants qui s'y passaient toutes les nuits. Là, en outre des tapages, des tremblements et des voix stridentes qui venaient troubler notre silence et notre repos, nous y voyions encore un spectre hideux et entièrement noir, de l'aspect le plus
menaçaut. qui semblait implorer de nous assistance ; et pour qu'on ne me soupçonne pas d'avoir Youlu forger quelque fable, on me pardonnera d'en appeler au témoignage de Nicolas Tuba, homme de mérite et d'une grande autorité, qui me demanda u venir avec plusieurs jeunes gens de sa connaissance s'assurer de la réalité des choses. Ils veillèrent donc avec nous, et quoique les lumières fussent allumées, ils virent bientôt, et en même temps que nous, paraître ce même fautome avec ses mille évolutions, ses clameurs, ses épouvantements, qui firent croire mainte et mainte fois à nos compagnons, malgré tout leur courage, qu'ils allaient en être les victimes. Toute la maifum retentissait des gémissements de ce spectre, toutes les chambres étaient infestées à la fois; mais lorsque nous approchions de lui, il pai-aissail reculer, surtout fuir la lumière que nous portions à la main. Enfin, après un tapage imlicible de plusieurs heures, et lorsque la nuit tirait à sa fin, toute la vision s'évanouit.
« De toutes les expériences que je fis alors, une mérite surtout d'être citée, car, à mes yeux, ce fut le plus grand de ces prediges et le plus effmyant.... La nuit était venue, et, après avoir
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fermé ma porte avec un fort cordon de soie, je m'étais couché. Je n'avais pas encore dormi, et ma lumière n'était pas encore éteinte, lorsque j'entendis mon fantôme faire son tapage ordinaire à la porte, et, peu de temps après, la porte restant fermée et attachée, je le vis, chose incroyable ! s'introduire dans la chambre par les fentes et les serrures. A peine entré, il se glisse sous mon lit, et Marc, mon élève, ayant aperçu toute cette manœuvre, glacé d'épouvante, se mit à pousser des cris affreux et à appeler au secours. Moi, voyant toujours la porte fermée, je persistais à ne pas croire à ce que j'avais vu, lorsque je vis ce terrible fantôme tirer de dessous mon lit un bras et ane main avec lesquels il éteignit ma lumière. Celle-ci éteinte, alors il se mit à bouleverser nonseulement tous mes livres, mais tout ce qui se trouvaiit dans ma chambre, en proférant des sons qd nous glaçaient les sens. Tout ce bruit ayant réveillé la maison, nous aperçûmes des lumières dans la chambre qui précède la mienne, et en même temps nous vîmes le fantôme ouvrir la porte et s'échapper par elle. Mais voilà ce qu'il y a de plus étonnant : il ne fut aucunement vu partons ceux qui apportaient de la lumière !....»
M. de Mirrille, qui die aussi ce fait, ajoute: <( On sent combien il est facile d'expliquer en gros les phénomènes qu on rapporte en quatre lignes, mais nous voyons combien chacune ^ent ajouter à la difficulté de la solution. Alexandre était fou dans ce moment, soit; mais avec lui, son élève, son domestique, et Tuba, et les jeunes gens, et toute la maisonnée, et toute la ville de Rome qui ne voulait plus de cette maison..., il y avait donc dans cette maison une cause hallucinatrice pour tout le monde? Quelle était cette cause?. . . Une cause qui, ne pouvant ouvrir les portes du dehors, passait par les fentes, mais ouvrait très-bien de Fintérieur. »
Ce qui caractérise surtout cette histoire, et ce que M. de Mirville ne saurait voir, c'est le défaut absolu de logique et de vraisemblance qui caractérise les hallucinations et les rêves. Une porte fermée par un simple cordon de soie est plus facile à ouvrir du dehors que du dedans, en poussant de manière à rompre le cordon, et c'est le contraire qui arrive; TEsprit qui est entré par le trou de le serrure n'a pas besoin d'ouvrir la porte powi et il se donne cette peine inutile. Il n'c sible pour tout le monde, quoi qu'en
Mînrille qui^ ici, suivant une méthode qui est la sienne, semble n'avoir pas mèmelu la citation dont il fait usage. L'air de cette chambre devait être vicié, puisque la lumière s'y éteignait. Le bras du fantôme était une vision de l'asphyxie; la porte une fois ouverte et le courant d'air établi, le spectre a disparu. On pourrait rapprocher de cette histoire un fait tout récent que nous avons lu, il y a quelques années, dans les journaux.
Il y avait dans un endroit qu'on cite, et chez des personnes qu'on nommerait au besoin, une cham--» bre hantée. Un savant résolut d'y coucher et y coucha. Vers le milieu de la nuit il éprouve une oppression horrible, une douleur d'estomac pleine de déchirements et d'angoisses, et il voit, dans une lueur phosphorescente, un affreux démon vert pomme qui était accroupi sur sa poitrinQ et qui lui fouillait les entrailles avec ses ongles. Il pousse un ràlement qui est entendu, on vient à son secours, on donne de l'air h la chambre, et le savant, revenu à lui, se sent malade et reconnaît les symptômes de l'empoisonnement par l'arsenic. On le tire de la chambre fatale, des réactifs lui sont administrés, il se rétablit et peut se livrer à un «xamen sérieux et attentif de la chambre hanté6«
il reoonnatt qu'elle est tapissée d'un pi4[»ier vert pomme coloré au moyen d'une préparation arsenicale. Alors tout s'explique pour lui. En effet od changea le papier de cette chambre, et le fantôme homicide ne revint plus.
C'est en étudiant de près les prodiges qu'on découvre les lois secrètes de la nature.
Voilà, par exemple, une maison qui attire les pierres comme un fer aiounté attire la limaille de fer. C'est étrange, n'est-ce pas? mais c'est aussi ce qu'on devait dire lorsqu'on a remarqué, pour la première fois, les phénomènes de l'aimant. On découvrira bientôt qu'il existe des aimants spéciaux dans les trois règnes de la nature, et que la maison lapidée devait attirer les pierres comme le médium écossais Home ou la jeune paysanne Angélique Cotin attiraient les meubles. La vie de l'homme se répand sur les choses qui sont à son usage, et les prescriptions de la Bible prouvent que la contagion de la lèpre s'attachait aux maisons coDune aux hommes. Pouix^uoi n'y aurait-il pas des maisons malades d'aimantation déiY^li^ comme il y avait alors des maisons lépreuses ? Ce qui est certain, c'est que la nature est harmonieuse et i^ulière, c'est qu'elle obéit à des lois ri-
goureusemmt «actes dans le résultat de leur action et qu'elle ne donne jamais de démentis ni à son auteur, ni à elle-même. Son miracle permanent, c'est l'ordre étemel. Les prodiges passagers ^ ml des accidents prévus par l'harmonie universelle et ne prouvent pas plus l'intervention des esprits que les météores ne prouvent l'existence des astres. La raison suprême est comme le soleil : insensé qui ne la voit pas !
PHËN0MËNE8 MODERNES