‹ Philosophie occulte (volume 2)Chapitre 37 sur 62 · DERNIER MOT SUR LE SPIRITISME · texte numérisé non relu

DERNIER MOT SUR LE SPIRITISME

Quelque chose d'étrange et d'inouï se passe en ce moment «dans le monde. Le christianisme, en mettant toutes nos espérances dans la mort, avait dégoûté les hommes de la vie : et voilà qu'une croyance nouvelle semble vouloir nous rattadier à la vie en anéantissant la mort.

Pour la secte spirite, en effet, la mort n'existe plus. La vie présente et la vie à venir, séparées à peine par une mince cloison que peuvent percer les esprits, ne sont plus qu'une seule et même vie. Nous sommes entourés de ceux que nous avons ai-

mes, ils nous voient, ils nous touchent, ils nous font signe, ils nous écrivent, ils marchent avec nous et portent la moitié de nos fardeaux. Parfois même, leur main se rend visible et palpable pour s'unir à la nôtre. Le miracle se vulgarise et nous pouvons le reproduire à volonté. Plus de larmes coulant sur les tombes, plus de deuil, plus de couronnes funéraires en mémoire de ceux qui ne sont plus, car, en vérité, loin d'avoir cessé d'être, ceux-là sont plus vivants que nous. Le berceau du petit enfant se soulève de lui-même en se balançant et dit à la pauvre désolée que son pauvre ange est toujours resté près de son cœur. Le lieux mur écroulé qui séparait autrefois pour jamais les deux existences de l'homme est comme la cloison qui séparait les demeures de Pyrame et deThisbé, il laisse passer les paroles, il n'arrête même pas les baisers. Quel rêve divin, quelle douce folie! Aussi est-ce par milliers qu'il faut compter les adeptes de la science nouvelle. Ne leitit-il pas trop cruel de tes déln^mper si tou- («rois ils se ttrimpent/ear ils s appuient sur des raisoaiienieQtH auxquels on ne peut rien répondre 1*1 EUithimt eotoiir^' ~ Leur morale

m npiifiireitee e^t p) le ne contre-*

dit la doffm oatholique que pour oppcmr d'humbles espérauces à de trop escessives rigueurs. Tout cela est si précieux, si surprenant, si beau, qu'on se laisse facilement envahir par une credo- Uté flatteuse, et Ion ne réfléchit pas assez pour voir que la prétendue religion nouvelle anéantit le culte et la hiérarchie, rend la sacerdoce inutile, détruit le temple au profit de la tombe, substitue aux sacrements des vivants le contact douteux et problématique des morts. Dans ces évocations multipliées, la raison se fatigue, la foi sematéria* lise, les grandeurs sévères de la théologie se transforment en petitesses romanesques et sentimentales, on y parle d'un Christ presque aussi ridicule que celui de M. Renan et d'une Vieife llarid qui vient tous les soirs donn^ des baisers sur la bouche au vieux Girard de Gaudemberg. D'un autre côté, ce méchant IL de Mirville, ffd ■e nous pardonne pas de lavoir appelé bon, embouche la trompe infernale et proclame Le ri^goe de Satan. Sou Innlean. M. (jougeunl D^kuiuU!^ seiux, lui préâtiite le ^^uupillo» pour exorcisâr ie prinoedes ttoebi^s. Les injunes (jleuxMii aa^tin d'eau bénite. Lt's piud liomfflâMaU^ri bêtement les faib pont it'i

per dm cbusm. Le respectable M. Ve^peau explique par ua l^er craquemeat des muscle» du mollet des coups qui brisent les tables et semblent démolir les murailles. Pour beaucoup de gens, TAméricain Home n'est qu'un habile jongleur, un plus grand nombre encore rit, hausse les épaules et ne veut pas même entendre parler de tout cala, et au milieu de ce chaos la ^raie science, grave, silencieuse et tnste, étudie, observe et attend.

Elle ne saurait toutefois garder un étemel silence, autrement elle serait la mort. Le temps arrive où il faut nécessairement qu'elle parle pour prendre la défense de cette étemelle raison qui est la base de toute Justice. 11 faut qu'elle parle pour annoncer au monde la plus grande et la plus nécessaire de ses révolutions, celle qui doit renverser le despotisme de la folie pour fonder Tempire de la sagesse, cello qui doit réconcilier k jamais l'intelligence avec la foi.

L'adhésion ferme de l'esprit aux hypothèses nécessaires et raisonnables, c'est la foi, et cette foi, on peut dire aussi que c'est la raison.

L'adhésion obstinée de l'esprit aux hypothèses '"opossibles et déraisonnables, c'est la supeivtîon, c'est le fanatisme, c'est la folie«

Le Dieu des sages, c'est la raison vivante el universelle; le Dieu des fanatiques et des superstitieux, c'est la folie absolue.

Mais la folie absolue, c est le mensonge ai)solu, c'est le mal, c'est le diable: les superstitieux adorent le diable.

La religion des superstitieux peut donc être r^ jetée sans examen.

Lorsqu'on dit que le vrai chrétien doit sacrifier la raison à la foi, ou ne parle pas d'une manièiv exacte. Sacrifier sa raison à la foi, c'est soumetti^ en matière de religion son propre jugement à l'autorité universelle, ce qui est très-sage et ti-èsraisonnable. Saint Paul ne demande-t-il pas mw obéissance raisonnable? Tout le monde sait cela. mais personne ne veut le comprendre, et de tout temps les hommes de mauvaise foi, pour avoir iv prétexte de se battre entre eux, ont cultivé le malentendu.

La foi sans raison , c'est la folie. Tel pensionnaire de Bicêtre cmit fermement et opiniâtrement qu'il est le roi de France. Pourquoi est-il fou en croyant cela? Parce qu'il n'a pas raison de le croire, ou parce qu'il raison.

Viutras t'n>it fermemeut quil est le prophète Êlie et que I^arehange saiut Michel, déguisé eu ^ îeox mendiant^ s entretient familièivment avet' lui. Ses disciples prétendent qu'il a raisim de le cnLiire, et ils apportent pour piijuves de pnHendues prophéties et de prétendus miracles. Or, il se troore que les prophéties sont des divagations t4 <1(^ dét'Iamations confuses, les mim(*les des phéuomènes dégoùtauts et de nature h ridiculiser les choses les plus sîunles. Ici la raison publique corrige la raison privée, et Ton trouve qut» Viiitras et ses disciples sont, je ne dirai pas (lr»s sectaires qu*il faut combattre, mais des malades qu'il faut soigner.

La foi est la confiauce de Tàme humaine m une raison plus haute que sa propre raison. La foi élève donc la raison de Thomme, au lieu (le rabaisser ; l'abîme du ciel C4>mmence pour uous oii finit la hauteur des montagnes, la foi commence nécessairement où la scienci* finit. Je ne puis ci*oire le contraire de ce que je sais, et je ne puis savoir le contraire de ce que je crois sans renoncer immédiatement soit à ma science, soit à ma foi. L'objet de la foi est donc nécessairement l'hypothèsi» ; mais l'ob-

jet de la foi raisonnable c'est l'hypothèse nécessaire.

Qu'on ne nous dise pas que la foi est une grâce et non une déduction philosophique : le bon sens aussi est une grâce, et une grâce malheureusement beaucoup plus rare que la foi. Nos mauvaises passions dépravent notre jugement. Un méchant n est jamais raisonnable, et le ciel n'accorde la véritable raison qu'aux honmies de bonne volonté.

Croyez, et vous serez intelligents, disait le Christ aux pauvres d'esprit et aux humbles en les appelant au salut par la foi. Soyez vraiment intelligents, et vous croirez, pouvons-nous dire maintenant aux savants et aux penseurs. C'est-à-dire vous croirez sagement, au lieu de croire follement, car, bon gré mal gré, il faut toujours que l'homme croie. Providence ou fatalité, il existe une cause première. Ordre ou chaos, il existe quelque chose dans l'infini. Mais Tordre dans un seul coin de l'univers est la négation du chaos. La vie essentiellement directrice et dirigée dans tous ses phénomènes est la négation de la fatalité. Le vrai credo quia abmrdum est celui 4e l^omme qui nie. En face de l'être,

en effet, il faut être fou pour venir affirmer le néant.

L'être, étant infini, peut être connu dans ses manifestations finies. Le connu conduit par l'hypothèse soit nécessaire, soit seulement raisonnable, à la divination de l'inconnu relatif; mais, au-delà de toute hypothèse possible, reste toujours l'inconnu infini, dont on ne peut rien penser ni rien dire. C'est dans cet inconnu insondable, indéterminé, indicible, que les anciens kabbalistes adoraient Dieu sans chercher jamais à le comprendre.

Où la science s'arrête, la foi commence, et la foi puise ses révélations hypothétiques dans les aspirations du cœur toujours plus, insatiable e plus courageux que l'esprit. Or, le cœur humain I)eut s'appuyer sur une force ou se laisser égai-er par une faiblesse. — La force, c'est le sentiment hi''roïque du sacrifice. — La faiblesse, c'est le rêve amollissant de l'égoïsme satisfait.

Pour suppléer à rinsuflisancede la science, on peut donc faire appel ou à l'exaltation des sentiments généreux, ou à la surexcitation des instincts lâches.

L'exaltation des sentiments généreux donne la

foi dans le sacrifice et, par conséquent, dans lo travail régulier, dans Tobéissance, dans la hiérarchie, dans l'abnégation du sens propre, pour se soumettre au sens commun. L'Église alors s'élève, la société est une milice, avec ses grades et sa discipline obligatoire pour tous. La plus puissante intelligence alors se manifeste par la plus grande docilité. Rien déplus clairvoyant, en effet, que l'obéissance aveugle, rien de plus digne de la liberté que le sacrifice de la liberté même. Un. soldat qui ne peut plus obéir ne peut plus vivre, et lorsque son général lui commande des choses qu'en conscience il ne saurait faire, il ne déserte pas, il meurt.

Le sentiment exalté, mais juste, qui crée l'obéissance au drapeau, s'appelle l'honneur. Le sentiment exalté, mais juste, qui crée l'obéissance a l'Église, se nomme la foi.

Le rêve égoïste opposé à la foi. c'est l'hérésie. C'est le soldat qui veut vaincre en s'isolant. c'esl le croyant excentrique qui veut accaparer pour lui seul les avantages de la société. C'est l'homme qui veut communiquer avec Dieu sans intermédiaire et qui se fait une révélation pour lui seul. Comme si le Dieu jde l'humanité pouvait être ex-

communié, comme si le fond de la religion n'était pas Tesprit de charité, et comme si l'esprit de charité était ailleurs que dans l'association des sacrifices et le concours hiérarchique à la création et à la conservation sociale et ecclésiastique de la foi !

Cette haute raison qu'on appelle l'Église absorbe et doit absorber tous les raisonnements individuels. Le Christ, en se révélant au monde, a fait taire les oracles, parce que les oracles ne sont pas la raison. Qu'importe, en effet, un phénomène que la science n'explique pas encore, et que peut-il contre une raison ? Si j^ voyais une absurdité s'écrire en lettres de feu dans le ciel, j'admirerais le phénomène, mais je ne serais pas assez fou pour admettre l'absurdiié. Maintenant que la voix du Christ n'est plus écoutée, on ressuscite les oracles. Les tables parlent, les plumes écrivent d'elles-mêmes, les pierres crient, et que crient-elles? que disent les tables '^ qu écrivent les crayons des médiums? Tout cela répète sur tous les tons et en toutes les langues que les hommes sont fous quand ils ne prennent pas pour base la sagesse de Dieu, qui est dans l'esprit de charité.

Luther, un jour, eut la visite d*un espnii étaitil blanc, était-il noir? cestcequeleréforauiteur ne saurait dire; il penche à croire toutefois que cet esprit était le diable. Et voilà le diable qui ai^gumente contre le moine, et voilà le moine convaincu par les arguments du diable, et c'est ainsi que la réforme est venue au monde. Spirites et tourneurs de tables, voilà toute votre histoire. Une voix vous parle, vous ne savez quelle voix. Plus d'une fois vos prétendues révélations pullulent de contradictions et de mensonges. Mais vous voilà délivrés de la hiérarchie, vous en savez plus long que votre curé et que le pape.

L'autre monde se révèle à vous directement ou par l'intermédiaire d'êtres inférieurs à vous, d'êtres ignorants et malades, de pauvres aliénés qui dorment ou ne savent pas ce qu'ils écrivent, et vous voilà comme Israël forts contre Dieu. Vous arrangez à votre manière le dogme étemel. Vous niez ceci, vous admettez cela, vous vous faites des paradis de fantaisie et des enfers très-supportables ; avec cela vouspouvez débiter delà morale, cela fait toujours bon effet, et avec vous on sait que cela n'oblige à rien.

Car: d'une proposition absurde la conséquence

ne saurait être evuninée, parce q«*eUe n'existe pas.

Vous dites : Dieu désapprouve la raison et encourage la folie.

C*est comme si vous disiez : le diable désap* prouve la folie et encourage la raison; or, le péché c'est la folie, et la vertu c'est la raison.

Vertu folle et péché sage sont des termes qui ne s'accordent pas.

Gomment donc ne voyez-vous pas que vous prenez Dieu pour le diable, et le diable pour Dieu?

Selon vous, le diable serait le dieu de la rai-* son!

Et Dieu serait le démon de la folie ! Rentres en vous-mAmes et réfléchissez.

Ainsi, apiès les foudres des prophètes, après rauféole des apôtres, après les splendeurs des pères, après la patiente, laborieuse, mais incomplète raison des scholastiques, après les courageux désespoirs de la réforme et de la philosophie. Dieu, à bout de ressources, envoie des tables parlantes pour épeler en cabriolant le mot graveleux de Cambronne, assaisonnement obligé d'une doctrine idiote, eBeoursgemant à des pratiques

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qu'on pourrait appeler l'onanisme de la pensée. K( c est Dieu, non, c est votre Dieu à vous, qui est réduit à des expédients pareils ! et vous passez devant Bicêtre sans ôter votre chapeau et sans fredonner le refrain de Béranger :

Salut à ma patrie I

La foi en Dieu est la ferme adhésion de Tesprit auxhypothèsesnécessairesderintelligence. Saint Paul les formule en ces termes :

Accedentem ad Devm opm tel credere, quia est et inqxnrentibm se remunerator sit.

Que Dieu est, et qu'il récompense ceux qui le cherchent.

La foi en Jésus-Christ et en son Église est la ferme adhésion de l'âme aux hypothèses nécessaires du cœur. Si Dieu est, il est bon; s'il est bon. il nous aime; s'il nous aime, il doit remédier efficacement à nos maux. Il doit venir à nous qui ne pouvons pas aller à lui. L'incarnation, la rédemption, les sacrements, le dogme immuable, la hiérarchie indéfectible deviennmt ak>rs nécessaires, et tout cela se prouve encore par l'existence réelle, et toujours présente dans l'Église,

d'une puissance évidemment divine qui change les ignorants en sages, les faibles en héros, les plus simples femmes, et jusqu'à de pauvres enfants, en véritables anges de la terre.

Cette puissance, malheur à qui la méconnaît, h<mte à qui lui résiste et la nie :

C'est l'esprit de charité !

Le foi de Tintelligence qui affirme Dieu seul, est la foi de Moïse.

La foi du cœur qui affirme TÉglise est la foi de Jésus-Christ.

La foi de Moïse, c'est Dieu inaccessible u l'homme.

La foi de Jésus-Christ, c'est Dieu présent dans l'humanité.

Inaccessible à la pensée, mais toujours prévient à l'amour, voilà en effet Dieu tout entier.

Le mosaifflie et le christianisme sont insépara* blés comme l'esprit et le cœur, couiuie lintelltgence et l'amour.

L'Église, c'est l'humanité clu^élienne, etinséqueooe nécessaire et complémoui forcé du jndalsme mosaïque.

A côté de cette foi raison iiabla a tonitiiir^ tenté de s'élever la foi folle el imagitiair^

chique comme la folie^ eaprloieuse comme les rêves.

C'est la foi des Tîsioimaires qui prennent pour des réyélations divines les fantômes de leur imagination;

De ceux qui demandent la sagesse à Textase, à Tivresse, au sommeil, à la catalepsie, à tous les états enfin qui, supprimant le libre arbitre de l'homme, le rendent plus ou moins aliéné.

Et ils ne voient pas que Taliénation est la déchéance de rhomme.

Et ils ne comprennent pas que Tesprit de vertige, c'est l'esprit du mensonge et du mal.

Et ils ne sentent pas qu'en s'abandonnant aux défaillances automatiques du somnambulisme ou de l'hypnotisme, aux impulsions fatales et dou<teuses de l'esprit des tables tournantes, Us abandonnent à l'inconnu ténébreux la direction de leur pensée, et deviennent, ce qui est horrible et tout à fait contre nature, des aliénés volontaires.

Us deviainent alors les prophètes du tourbillon, les voyants du vertige, les oracles du grand chaos, les interprètes de la fatalité.

Us se regardent dans un miroir brisé, et ils croient apercevoir la multitude des esprits cé^

letlM qui ont déjà aervi d'alimoDt à leur espriti et leurs réyes de doctrine rea^emUeut «ux cauohe* mars d'une digestion laborieuse.

En quoi difitëreDt essentiellement nos hypnotisés modernes de ces anciens gnostiques de Tlnde qui, les yeux fixés sur leur nombril, attendaient l'apparition de la lumière incréée?

Longtemps avant nous, les brames magnéti* saient des tables et les soulevaient do torre en y imposant seulement les mains. La pythonisHe d'Endor était ce que vous appelleriez aujourd'hui un puissant médium, et elle évoquait les trépassée; or, révocation des trépassés, je suis fâché de vous le dire, mais c'est la nécromancie, la plus noire des sciences de l'abtme, la plus maudite des op^ rations sacrilèges. La nécromancie substituée au christianisme, la lumière des morts remplaçant la parole du Dieu vivant, le fluide spectral descendant sur nous au lieu de la grâce, la communion eucha* ristiqoe oubliée pour je ne sais quels banquets, où Tàme s'asph^-xie en aspirant le plu>sphore des cadavres; voilà, pau vivk insensés^ ce que vous preoei pour une rénovation religieuMf; v^iîU votre foi et wtre culte, voilà enfin le Dieu tunr qim !

M. de Mirville n*a pas tout à fait tort en attribuant au diable les divagations spirites.

Mais, si Dieu envoie le diable en mission, le diable est donc forcé d'obéir à Dieu? le diable est donc le serviteur de Dieu? le diable est donc le missionnaire de Dieu ?

Alors c'est Dieu qui répond pour le diable.

Alors tout ce que vous attribuez au diable, c'est Dieu qui le fait.

Le diable n'a plus son libre arbitre, et fait malgré lui tout ce que Dieu lui fait faire.

Alors, le diable menteur, c'est Dieu menteur;

Le diable bourreau, c'est Dieu bourreau ; le diable grotesque, c'est Dieu grotesque.

Blasphémateurs que vous êtes ! et vous ne frémissez pas!

Ce n'est point à l'imagination malade de l'homme, ce n'est point à sa folie ni à ses r^ves, c'est à son intelligence et à sa raison que Dieu se révèle.

Si un père de l'Église a écrit le fameux Credo quia absurdtmi^ c'est qu'il voulait indi^ ce paradoxe le domaine réel de la foi < mence aux limites extrêmes delà science. <

limites extrêmes la science tombe dans l'absurde si elle veut passer outre; Tâme raisonnable alors ne peut trouver un refuge que dans la Foi. C'est donc en quelque sorte Tabsurde qui rend la foi nécessaire : Credo quia abmrdum, je crois parce qu'il serait absurde de raisonner sur ce que je puis savoir, je crois surtout parce qu'il serait encore pins absurde de ne pas croire.

L'âme adhère invinciblement à ses hypothèses lorsqu'elles sont rigoureusement nécessaires, elle peut les aimer et s'y attacher lorsqu'elles sont raisonnables; mais les âmes insensées se passionnent volontiers pour les hypothèses ridicules et impossibles. Je crois à la vie éternelle, voilà l'hypothèse nécessaire; la vie éternelle ne permet pas à nos âmes de s'éteindre lorsque nous mourons, voilà l'hypothèse raisonnable. Mais que deviennent ces âmes dégagées de nos corps? Vous me répondez qu'elles restent dans notre atmosphère brumeuse toutes frissonnantes et toutes nues, ou bien qu'elles se cachent dans nos boiseries qu'elles font craquer, dans nos tables qu'elles font tourner, dans des crayons qui semblent tracer tout seuls tantôt des lieux communs de movulgaire, dignes tout au plus du génie de

M. Prudhomme, tantôt des divagations et des injures : voilà l'hypothèse ridicule et par conséquent impossible.

Un fait inexplicable pour vous se produit. Votre imagination prévenue l'explique à sa manière. Avez-vous fait acte de foi? Non; vous avez fait acte de témérité, ou, si vous voulez même, de puérilité. Une voix sort du mur, elle nous parle : nous ne savons d'où elle vient. C'est saint Michel, dit ce pauvre Vintras ; c'est le diable ! s'écrie ce méchant M. de Mirville, qui s'indigne d'être appelé bon, et tous deux écrivent de gros livres. Mais enfin, que disait cette voix? Des pauvretés, alors ce n'est pas saint Michel ; des vulgarités, alors ce n'est pas le diable. Mais enfin, quelqu'un a parlé, car nous avons entendu la voix et nous savons que les murs ne parlent pas. Trèsbien, mais qu'allons-nous conclure? Tout simplement ceci : que ce n'est pas le mur qui a parlé, mais alors qui est-ce donc? Je vous le dirais si je le savais : mais si je vous le dis ne le sachant pas, je suis un menteur ou un imbécile^

0 simple bon sens, que tu es rare] quelqu'un va m'arrêter. Moïse, me entendu une voix sur le Sinaï : comme

savoir si c'était celle de Dieu, celle du diable, ou celle d'un rêve? C'était peut-être l'âme physique de la terre; c'était peut-être le génie irrité de TÉgypte qui voulait, en trompant les Hébreux, venger les désastres delà mer Rouge. Moïse a cru que c'était Dieu. Mais quelle raison infaillible avait-il de le croire? Pourquoi, en affirmant que c'était Dieu, n'était-il ni un menteur ni un imbér; cile? Pourquoi? Je vais vous le dire : c'est que les lois du Sinal sont l'expression de la raison la plus haute et la plus pure; c'est que le Décalogue était gravé dans la conscience des hommes avant d'être sculpté sur la pierre par les doigts de Dieu, qui, connue on sait, n'a point de doigts; c'est que les éclairs et les tonnerres dont rugissait et s'échevelait la montagne n'étaient, dans cette première scène du grand drame de la révélation positive, que des décorations et des accessoires. Je vous demande un peu ce que peut faire à la proclamation du dogme de l'unité de Dieu une trompette de plus ou de moins?

Quand Jésus, par l'héroïsme divin de sa mort, prouve au monde l'immortalité de l'âme, lorsque, victorieux de l'agonie , il pousse un cri de *-î-v»nnhft, nuis penche la tète doucement et meurt,

qu ai-Je besoin que les pierres se fendent et que les tombeaux s ouvrent? Laissez-moi ignorer ces prodiges ; je n*ai pas trop de toute mon âme pour admirer le dernier soupir du juste- Otez-moi ces fantômes, je n*ai pas le temps de les voir; ma pensée est absorbée tout entière dans une sublime réalité!

Je ne cherche pas, comme certains écrivains modernes, à m'expliquer ridiculement les miracles de rÉvangile, je ne m^efforce pas de soupçonner, par exemple, que Lazare, malade, fût enseveli vivant et abandonné pendant quatre jours dans le tombeau par ses sœurs, afin d'attirer vers ce piège étrange la vanité complice ou naïve de quelque thaumaturge douteux. Histoire ou légende, le récit évangélique m'impose la vénération, je me rappelle le magnifique tableau du prophète Ézéchiel, debout au milieu des ossements. Penses-tu, n [ïîoiiliète, que ces tlébn^ puissent œvivre? Et mùIr puurtaul qu'à [a piiml»' de Thomme obéissant à Dieu, la vie fivmjl et ^i remue dans toute cette campagne de jg, smri L'esprit du Verbe a KmlUé, et riiuinfl naître. Il en est de même de Laziin% le gmud lépreux huoiain. J^mkdiM

est mort depuis quatre jours, c'est-^-dire depuis quatre mille ans, car, devant Dieu, dit ailleurs rËcriture, mille ans sont comme un jour. 11 est déjà en putréfaction, ce genre humain que gouyeme l'empereur de Gaprée. Sauveur du monde, vous arrivez trop tard. Si vous eussiez été là, le Lazare ne serait pas mort. Jésus ne répond rien, mais il pleure, et l'on dit : Voyez comme il l'aimait!

Puis il fait ôter la pierre, il appelle le mort à la vie, et le mort se lève, encoi*e garrotté dans son linceul. Voilà les commencements du christiankme. Déliez-le, dit le Sauveur, et laissez-le aller en liberté ; en voilà l'accomplissement et la fin. Ceci n'est pas l'histoire d'un homme, c'est la l^nde prophétique du monde, c'est le complé* ment et l'explication de la vision d'Ézéchiel. On respire dans ce récit le souffle divin à pleine poitrine. On pleure avec Jésus, un tressaille et on se dresse avec Lazare; on tend vers le ciel des mains encore captives. Lazare,, ce sont les es^ daves d'Amérique , ce sont les opprimés de l'Ii^ lande, ce sont les martyrs de la Pologne. Dites, oh I dites. Seigneur, qu'on les délie et qu'on les laisse marcher !

Qu'ai-*je besoin de cberdier autre eho^e dans cette page qui m'impressionne si vifement? Je 3Qns qu elle e^t vraie, je cède à rémotion qu'^e m'inspire; mais est-ce simplement une parabole, est<-oe le récit d'un événement? Je n'en sais rien, et, par conséquent, je serais téméraire d affirmer là^lessus quelque chose de contraire h renseignement de TÉglise. Ici la tradition des pères est avec moi, ils ont compris le symbole comme je le comprends et se sont bien gardés de nier l'histoire qui sert de base à ce symbole. Je dois imiter leur sagesse, mais la pauvre critique de M. Renan m'inspire une piUé profonde.

La force de T Évangile n'est pas dans les miracleii que raconte ce livre sacré, mais dans la raison suprême, dans le logos, qui est la lumière de tout homme venant dans le monde, comme le dit saint Jean. « Vous me demandez qui je suis. dxBailiésn^Je suis le principe çui parle, n Entant qu'opposé aux lois ordinaires de la naturelle mlractt^ ressomblo a mio i.Treur; mais la vériit*, toujours la mèoiâ, fait pâlir 1 éclat épUémèim df* tous les pri^dî^^ de vaut l^ ^^limdmrH de JWdre étemel !

On ne launiit enfermer la vérité dani» une tombe, et par conaéqueut elle ne saurait en sortir. C'est la vie qui rayonne sur la mort , et ce n'est pas la mort qui peut rayonner sur la vie« L'esprit des grands hommes n'a pas besoin de i-evenir vers nous d'outre^tombe , il reste toujours sur la terre. Consulteurs d'oracles Tunèbres^ vous ressemblez à des hommes qui passeraient leur exiatenœ à r^rder au fond d'un puits pour apercevoir le soleil.

Sacrifier la vie présente à une azist^ioe future, c est l'esprit du christianisme, défini par tous les ascètes. Trouver dans ce sacrifice même le bon<hear le plus grand de la vie présente , c'est le génie du christianisme, non moins finement près-* senti que magnifiquement rêvé par l'âme de Chateaubriand : mais le cœur du christianisme, son estenoe, sa loi fondamentale, c'est la hiérarw chie directement opposée à l'anarchie. Par la hiérarchie, en eflét, la société se constitue et s'élève; par l'anarchie, elle se morcelle et se dé- Indt. La hiérarchie, c'est la communion ; Tanai^ iTeicommunieation volontaire. La hié^ l'homme dévoué à la société et Éf l'anarehie, c'est l'homme proa»»

crit par la société et conspirant contre elle. L^a hiérarchie enfin, c'est l'homme tout-puissant parœ qu'il est multiple ; l'anarchie , c'est l'homme impuissant parce qu'il est seul.

tt Si Dieu a parlé, dit Rousseau, pourquoi n'en ai-je rien entendu ?» — C'est à ta conscience qu'il faut le demander, toi qui veux marcher seul, et qui fais le sourd quand la société parle- Dieu devait-il avoir une rédemption pour l'humanité et une autre rédemption pour Rousseau ? Rousseau est-il plus ou moins qu'un honmie? S'il est plus, où sont ses titres? S'il est moins, où sont ses droits?

Mais, direz-vous, si la société veut imposer à ma fei des absurdités qui révoltent ma raison , puis-je abjurer ma raison pour y croire? Non; la société ne te commande pas la foi , mais elle te défend de troubler la paix des croyances communes par les révoltes de ton esprit ou de tes rêves : doute, si c'est ton malheur, mais tais- toi ; car c'est ton devoir.

Les inspirations personnelles ne sont rien tant qu'elles n'ont pas reçu la sanction sociale. L'homme de génie est celui qui pense mieux que pei*sonne ce que tout le monde pense ou voudrait

penser. Le penseur excentrique, qui ne rencontre la sympathie de personne, n'est pas un homme de génie; et, s'il s'obstine, c'est un fou.

Ce nesi ni Luther ni même Savonarole qui peuvent réformer l'Église, tant que l'élise brûle Savonarole et excommunie Luther : se séparer d'un malade, ce n'est pas le guérir ; et le concile de Trente n'a rien à attendre ni à recevoir des fantaisistes de la Confession d'Augsbounr.

La même loi qui oblige le fidèle à marcher avec l'Église, oblige l'Église à marcher avec l'humanité, sous peine de n'être plus l'Église. C'est ainsi que l'Église judaïque n'a plus été que la synagogue, quand elle s'est laissé dépasser par le progrès chrétien.

Dieu ne change pas ; mais l'idéal divin peut changer, et nécessairement il change avec le génie des nations. « Quand l'homme grandit, Dieu s'élève, »> a dit le Psalmiste ; et quand Dieu s'élève, son Église se transfigure ; mais c'est toujours en M' rapprochant de la suprême raison. En admettant , ce que nous n'admettons pas , que le christianisme ait fait son temps, je comprends le déisme de Voltaire, mais je ne comprends pas la théui^e de Maxime d'Ephèse et de Julien.

Qtia proute, en dbt. oi» Timm. s eê n'est qu'il y a des Tinonnaires? Yoos me dites que Jésus- Christ est dépassé : ^ et par qui donc? grand Dieu I Vous me montrez Allan Kardec. AIIod^» donc ! décidément tous plaisantez.

Nous n'admettons pas , dison&-nons , que le christianisme ait fait son temps et que ce soit un arbre mort, car il n a pas encore donné ses fruits. L'Étangile n'a pas été entendu , la venté n*a pas été enseignée dans son entier; des enfants ont épelé la lettre, mais l'esprit est resté au fond du texte, comme l'espérance au fond de la botte de Pandore. Nous croyons donc qu'il ne s'agit pas d'enseigner quelque chose de nouveau, mais de mieux expliquer ce qui a été enseigné. Cet enseignement meilleur, c'est de l'Ëglise seule que nous l'attendons ; et c'est pour cela que nous déposons à ses pieds le résultat de nos recherches et de nos études, afin qu'elle lise et qu'elle juge.

Approuvés ou non par l'Église , nos travaux seront utiles au monde; car, si l'Eglise peut défendre au croyant excentrique de dogmatiser, elle ne peut empêcher le savant d'enseigner. Or, ce n'est pas sur la religion , mais bien sur la science des esprits que nous appelons aujonrd'htii ntttentioD

des penseurs. Notre but, en écrivant cet ouvra^, n'est pas uniquement d'opposer une digue à Tépidémie du spiritisme. Nous ne sommes, de parti pris, les adversaires de personne : nous aimons ceux qui cherchent, car nous avons longtemps cherché , et c'est à eux surtout que nous voulons faire part de nos curieuses découvertes.

La grande hypothèse nécessaire des destinées Futures a été travaillée et conduite, de déduction en déduction, par les sages de l'ancien monde. La pneumatique kabbalistique est véritablement une science, parce qu'elle procède méthodique* ment et exactement, en allant du connu à Tinconnu par la voie des analogies les moins douteuses, parce que les faits Ini révèlent des lois, et que sur ces lois elle pose solidement la base de ses hypothèses toujours prudentes. C'est donc la pneumatique kabbalistique que nous avons rt^vélée à nos lecteurs. Nous y joignons l'analyse du profond traité d'Isaac de Loria sur le progrès circulaire des âmes (De Revoluttonibus animai mm) ; celle du Sepher Druschim par le même docteur. Nous tirons des ténèbres de l'occulce» livres prodigieux dont le monde mo-

deme n'a plus la clef, et nous croyons a^oir bien mérité de la science et de la raison.

Avec le secours de ces puissantes lumières, nous expliquons les phénomènes étranges que les demi-savants trouvent si commode de nier, et qui pourtant les écrasent de leur éyidence. Oui, les statues tressaillent, les marbres pleurent, les pains sacrés s'injectent de sang; oui, une main a pu sortir de la muraille pour terrifier par une inscription menaçante le banquet impie de Balthazar. Nous avons vu, entendu et touché de semblables prodiges; aussi ne dirons-nous pas que nous y croyons, puisque nous savons de science certaine que cela est.

Le miracle n'est pas un fait contraire aux lois de la nature; autrement il ne saurait être sans que la nature fût bouleversée. Mais c'est un fait exceptionnel et en dehors des habitudes de la nature, si l'on veut nous permettre de parler ainsi. Le miracle en un mot, comme tout ce qui existe, ne peut exister sans raison ; il ne prouve donc rien contre la raison, et c'est ce que notre livre doit établir clairement, ainsi que nos autres ouvrages.

G3tte vérité une fois reconnue, la superstition

devient impoBsible ; le fanatisme s'en va, la vraie religion emprunte tout son éclat à la raison sur prème et dédaigne de vains prestiges. La foi ne tmuble plus les âmes; elle les soutient et les cc^nsole pendant que la science les éclaire. L'humanité sort de l'enfance; elle rousse en sou«riant et replonge dans leurs ténèbres les revenants et les vampires. Les forces secrètes de la nature deviennent les conquêtes de l'intelligence; le symbolisme s'éclaire de lui-même, les allégories parlent, l'histoire se dégage des nuages delà fable. C'est ainsi, disent nos prophètes, qu'un J4)ur le Fils de l'Homme, abaissant les nuées du ciel, paraîtra dans toute la gloire et dans toute la simplicité de son humanité sainte, et, ouvrant le liTre des consciences, jugera les \ivâuts et les morts.

L'auteur de ce livre ne craint pas d'avouer qu'il a eu lui-même les plus étonnantes et les plus formidables visions : il a vu et touché les démons et les auges comme les faisaient voir et ttmcher à leurs adeptes Maxime d'Éphèse et Schrœpfer de Leipsick. Il a pu comparer les hallucinations de la veille avec les illusions des songes, et de tout cela il a conclu que la raison

dirigeant la foi et la foi soutenant la raison not les seules lumières véritables de nos Ames, que tout le reste n est que fatigue vaine du cerreau. aberration des sens et délires de la pensée. 11 n'écrit donc pas seulement ce qu'il suppose, il enseigne hardiment œ qu'il sait.

Aussi son livre est-il intitulé : La science de^ Esprits, et non pas Conjectures ou Essais sur les esprits.

C'est après être descendu de gouffre en gouffre et d'épouvante en épouvante jusqu'au fond du septième cercle de l'abîme, c'est après avoir traversé dans toute sa longueur l'ombre de la cité dolente, que le Dante, en se retournant et en pr^ nant, si je puis parler ainsi, le diable à rebroussepoil, remonte victorieux et consolé vers la lumière. Nous avons fait le même voyage, et nous nous présentons au monde la sécurité sur le front et la paix dans le cœur. Nous venons dire tranquillement aux hommes que l'enfer, que le démon, que le gouffre sans espérance, que les chimères, les satyres, les goules, les péchés personnifiés, le dragon à trois têtes et tout le reste de la fantasmagorie ténébreuse n'est qu'un cauchemar de la folie, mais que Dieu seul vivant, seul réel, seul

présent partout, remplit sans y laisser de vides, remplit, dis-je, l'immensité sans bornes des splendeurs et des consolatioas ôtamelles de la souveraine raison.

DIALOGDE

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