DES MŒURS ET EXERCICES D'ÉMÉRANTIANE
Émérantiane était d'une grande beauté et bien formée de corps ; elle était aussi fort riche en biens temporels, noble de lignée, mais plus noble de vertus; car avec pénitence elle châtiait son corps, et gardait tel silence que, depuis l'heure de vêpres jusqu'au lendemain à l'heure de
none, ne volait parler un seul mot; trois jours chaque semaine elle s'abstenait de Tîande, et ne buvait ni mangeait que dures et amères racines d'herbes qui croissaient dans les déserts; eHe ne fréquentait nulle personne vicieuse; elle ne cherchait que les personnes vertueuses et spirituelles, fussent hommes ou fenmies étant dévots ; elle visitait mêmement les prophètes Élie et Elisée, résidant au mont Carmel, vivant anslèrement.
Souvent ati^i servait et priait Dien, en la chambre enfermée, et fuyait toute oîsivrté, persistant au service divin, assistait tes pauvres soigneusement depuis son bas âge qu^elle vint à avoir entendement, jusqu'au temps que, par le conseil de ses parents, elle eut pris mari et n'eût jamais r^[ardé nul homme en face que les personnes pieuses et dévotes, auxquelles elle parlait les yeux baissés vers la terre. C'est pourquoi le bruit de sa saîntefté fut répandu par toute la Judée.
n n'est point de merveille que de bon arbre et de bonne racine il ne soit procédé de bon frait; car c'est ce qui est dit dans l'Évangile, qu'im bon arbre ne peut produire de mauvais fruit.
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Quand cette fille Émérantiane fut en Tâge de dix-huit ans, ses parents et amis s'assemblèrent et consultèrent de la marier à un honnête hoqune, laqiielle cho^ ne voulut promettre. Ayant d'y consentir, elle requit, par lemoyei;! des serviteurs de pieu, d'en savoir sa volonté; car elle avait proposé auparavant de demeurer en chasteté sa vie durant ; et parce qu'elle ne savait quel état Dieu voulait qu'elle acceptât, elle s'en alla au n^ont Qarmel consulter les saints personnages^ afin qu'ils voulussent prier Dieu, pour qu'il lui voulût manifester par quelques signes sa divine volonté. Lors les saints pères le firent et prièrent Dieu, persévérant en continuelles oraisons. Au bout du troisième jour, il leur apparut une grande branche d'arbre, ayant seulement en elle un ^éul fruit, et sitôt que le fruit en était cueilli, ladite branche séchait. Incontinent après fut vu qu'un fruit très-beau à voir fut mis à ladite branche séchée et environnée de grande clarté divine, lequel fruit semblait, à voir ^i lucide, que la vue humaine ne pouvait regarder, de laquelle vision
lesdits saints pères furent émus en admiration ; car en signes miraculeux ne pouvaient nullement entendre le vouloir divin, et ce dont ils avaient fait leurs oraisons, priant Dieu de leur manifester ce que c'était de ce signe.
Il arriva encore au troisième jour qu'ils étaient en prières, qu'une voix fut ouïe du ciel, déclarant la signification du signe, en disant : La branche verte signifie le mariage qui sera con^ sommé en Émérantiane ; le fruit en procédant démontre l'enfant qu'en brief jour d'elle nattra; la sécheresse de la branche dénote la stérilité ; la clarté par laquelle le fruit est attaché à la branche signifie la puissance divine, par laquelle Émérantiane, en sa vieillesse inféconde par-dessus le cours de la nature, concevra et produira un fruit, lequel apportera le sauvement au monde univer^ sel, le nom duquel chassera les esprits mauvais, et les bons anges l'auront en grande révérence, sera manifesté et annoncé par tout le monde.
Et quand les saints pères eurent ouï cette voix miraculeuse, ils rendirent louange et bénédiction à Dieu le Créateur en pleurant de joie, et donnèrent à connaître à Émérantiane, connoue en peu. de temps, par la volonté divine eA conseil de se^.
amis, elle prendrait mari, et comme, au moyen de son mariage, il youlait montrer au monde sa grande miséricorde.
Emérantiane, voyant cela, rendit grâces à Dieu, le priant très-humblement qu'il plût à sa bénignité la conjoindre par mariage ft un bon, juste et loyal mari, qui fût craignant Dieu, et non autre chose demandait-elle, que ce qu'à l'état de mariage appartient à la louange de Dieu, pour multiplier lignage à l'honneur du Créateur. Enfin, elle se rendit à toutes ces pressantes sollicitations.