LES TITÀNT8 ET VU MORTS
' En ce temps-là, le Christ passa par le champ des tombeaux, et il y trouva un jeune homme qui était à genoux et qui pleurait devant une croix.
En voyant ce jeune homme, Jésus eut pitié de sa douleur, et, s*approchant, il lui dit : — Pour-^ quoi pleurez-vous?
Celui qui pleurait se détourna, et répondit en étendant la main : ^ Ma mère est là depuis trois jours.
Jésus lui dit : — Croyez-moi, mon fils, votre mère n'est pas là. On a déposé ici le dernier vêtement qu'elle a quitté; pourquoi pleurez-vous sur cette dépouille insensible? Levez-vous et marchez ; votre mère vous attend.
Le jeune homme secoua tristement la tête et dii : — Je ne me lèverai point et je ne marcherai point pour aller chercher la mort; je l'attendrai et elle viendra; et alors, je le sais, je serai réuni à ma mère«
Alors le Christ : — La mort attend la mort, et la vie cherche la vie! N'attristez pas par une douleur égoïste et stérile Tâme de celle qui vous a précédé ; ne retardez pas sa marche vers Dieu par voire désespoir et votre inertie. Car son amour vit efeicore dans votre cœur, et vous ne l'aurez point perdue si vous la faites vivre dignement en vous. Au lieu de pleurer votre mère, ressuscitezla ! Ne me regardez pas avec étonnement, et ne pensez pas que je me fasse un jeu de votre douleur I Celle que vous regrettez est près de vous; un des voiles qui séparaient vos âmes est tombé ; il en reste un encore. Et séparés seulement par ce voile, vous devez vivre Tun pour l'autre; vous travaillerez pour elle, et elle priera pour vous.
— Comment travaillerai-je pour elle? répondît Torphelin; elle n*a plus besoin de rien, maintenant qu'elle est dans la terre.
— Vous vous trompez, mon fils, et tous confondez encore le corps avec le vêtement. Elle b plus que jamais besoin d'intelligence et d'amour dans le monde des esprits. Or, tous êtes lu vie de son cœur et la préoccupation de son esprit, et elle vous appelle à son aide.
Pour que vous traversiez la vie en y faisant du bien, et pour que vous arriviez près d'elle les mains pleines lorsque Dieu tous réunira.
Pour avoir le droit de se reposer, il faut travailler. Or, si vous ne travaillez paA pour votre mère, tous mettrez son âme à la gêne. C'est pourquoi je vous disais : Levea-vous et marchez, parce fjue l'âme de votre mère se lèvera et marchera a\ec vous, et vous la ressusciterez en vous si vous faitt's fructifier sa pensée et son amour.
Klle a un corps sur la terre, c'est le vôtre; vous avez une flme au ciel, c'est la sienne. Que cette Ame et ce corps marchent eusemble, et TOtre Hière revivra.
(iHivez-moi, mon fils, la pensée et l'amour ne Dieureut jamais, et ceux que vous oroyes morts
vivent plus que vous, s'ils pensent et s'ils aiment davantage.
Si la pensée de la mort vous attriste et vou> épouvante, réfugiez-vous dans le sein de la vie: c'est là que vous trouverez tous ceux que vous aimez.
Les morts sont ceux qui ne pensent pas et qui n'aiment pas ; car ils travaillent pour la corraption, et la corruption à son tour les travaille.
Laissez donc les morts pleurer sur les morts, et vivez avec les vivants !
L'amour est le lien des âmes; et lorsqu'il est pur, ce lien est indestructible.
Votre mère vous précède, elle marche vers Dieu ; mais elle est enchaînée encore à vous : et si vous vous endormez dans la torpeur ou dans ud chagrin égoïste, elle sera forcée de vous attendre et elle souffrira.
Mais je vous dis en vérité que tout le bien que vous ferez sera compté à son âme, et que si vous faites du mal, elle en souffrira volontairement la peine.
C'est pourquoi je vous dis : Si vous l'aimex, vivez pour elle.
Le jeune homme alors se leva, et ses larmes
cessèrent de couler, et il contemplait la face du Seigneur avec étonnement, car le visage du Christ rayonnait d'intelligence et d'amour, et l'immortalité resplendissait dans ses yeux.
Alors il prit le jeune homme par la main et lui dit : — Venez.
Puis il le conduisit sur une colline qui dominait la ville tout entière, et il lui dit : *- Voilà le véritable champ des tombeaux.
Là-bas, dans ces palais qui attristent l'horizon, il y a des morts qu'il faut pleurer bien plutôt que ceux dont les restes sont ici, car ceux-là ne se reposent point.
Us s'agitent dans la corruption et disputent aux vers leur pâture; ils sont semblables à l'homme qui a été enterré vivant.
L'air du ciel manque à leur poitrine, et la terre pèse sur eux. Us sont cloués dans les étroites et misérables institutions qu'ils se sont faites, comme dans les planches d'un cercueil.
Jeune homme qui pleuriez et dont ma parole a séché les larmes, pleurez maintenant et gémissez sur les morts qui souffrent encore I pleurez sur ceux qui se croient vivants et qui son( des cada* vres tourmentés!
C'est à eeux-Ià qu'il faut crier d'une Toix puissimte : Sortez de vos tombeaux! Oh! quand dooc retentira la trompette de Tange?
L ange qui doit réveiller le monde, c'est Tao^e de l'intelligence ; l'ange qui doit sauver le monde, c'est l'ange de l'amour.
La lumière sera comme l'éclair qui se lève à l'orient et qui est vu en même temps à l'occident : à sa voix le corps du Christ, qui est le pain fraternel, sera révélé à tous, et autour du coq>s qui doit les alimenter les aigles se rassembleront !
Alors le verbe humain, affranchi des intérèU égoïstes, s'unira au Verbe divin.
Et la parole unitaire, retentissant dans le monde entier, sera la trompette de l'ange.
Alors les vivants se lèveront, les vivants que l'on avait crus morts et qui souffraient en attendant la délivrance.
Alors tout ce qui n'est pas mort se mettra en marche et ira au-devant du Seigneur; tandis que les cendres de ceux qui ne sont plus seront bal^iyées par le vent.
Jeune homme, tenesi-vous prêt, et prenez garde de mourir!
Vivez pour ceux que vous aimez, aimez ceux
qui vi^mit, et ne pleurez paa ceux qui ont monté un degré de plus sur l'échelle de la vie; pleurez ceux qui sont morts I
Votre mère vous aimait, vous aime par conséquent bien plus encore maintenant que sa pensée el son amour sont affranchis dea pesanteurs de la terre. Pleurer ceux qui ne pensent pas à vous et qui ne vous aiment pas.
Car je vous dis en vérité que Thumanité n'a qu'un corps et qu'une âme, et qu'elle vit partout où elle se sent travailler et souffrir.
Or, un membre qui n'est plus sensible au bienêtre ou à la douleur des autres membres, est mort et doit être bientôt retranché.
Ayant dit cas choses, le Christ disparut aux yeux du jeune homme qui, <q>rës être resté quelques instants immobile et cooune frappé du souvenir d'un rêve, reprit silencieusement le chemin de la ville^ eu disant : — Je vais chercher des vivants parmi les morts.
Et je ferai du bien à tous ceux qui souffrent,
en souffrant avec eux et en les aimant, afin que
l'âme de ma mère le sache et ooe béuisae dans le
ciel.
Carjeçoinprwds maintenant que le «iel n'est
pas loin de nous, et que Yàme est au corps ce que le ciel matériel est à la terre.
Le ciel qui entoure et soutient la terre sV hreuve de l'immensité, comme notre âme s'enivre de Dieu même.
Et ceux qui vivent dans la même pensée et dans le même amour ne peuvent jamais être séparés 1
LE PHILOSOPHE BÉGOUBAGÉ.
il y avait en ce temps-là un homme qui avait étudié toutes les sciences, médité sur tous les systèmes, et qui en était venu à douter de toutes choses.
L'être même lui paraissait un rêve, parce qu'il ne lui trouvait pas de cause suffisante. Il avait cherché la nature de Dieu et ne l'avait pas devinée, car il n'avait jamais aimé. Et son intelligence s'était obscurcie comme l'œil de celui qo fixe le soleil.
C'est pourquoi il était triste et découragé.
Jésus , qui s*occupe des morts et qui aime à guérir les aveugles, eut pitié de cette pauvre intelligence malade et de ce cœur éteint ; et il entra un soir dans la chambre solitaire du philosophe.
C'était un homme pâle et chauve, aux yeux creux, au front plissé et aux lèvres dédaigneuses.
11 veillait seul près d'une petite table couverte de papiers et de livres ; mais il ne lisait plus et n'écrivait plus.
Le doute courbait sa tête comme sous une main de plomb, ses yeux fixes ne regardaient pas et sa bouche souriait vaguement avec une profonde amertume.
Sa lampe se consumait près de lui, et ses heures passaient en silence sans espoir et sans souvenir.
Jésus se tint sans rien dire devant lui, et levant les yeux au ciel, il priait.
Le savant leva lentement la tète, puis la secoua et la laissa retomber en murmurant tout bas: « Visionnaire V »
— Notre Père qui es au ciel, que ton nom soit sanctifié, dit Jésus.
— Il fa laissé mourir sur la croix, reprit le penseur , et tu lui as crié inutilement : « Mon
Dieu ! mon Dieu I pourquoi m'as-tu ahaudonné 1 »
— Que ton r^gne arrive, continua le Sauveur.
— Nous Tattendons dq^is dix-huit cent quarante ans, dit le philosophe, et il est plus loin que jamais.
— Qu'en sais-tu ? lui dit alors le Maître en abaissant vers lui un œil doux et grave.
— Je ne sais pas même ce que c'est que le règne de Dieu qui doit venir, répondit le philosophe. S'il y a un Dieu, il règne ou ne régnera jamais. Or, comme je ne vois pas le r^e de Dieu, je ne l'attends pas ; et je ne cherche plus même à savoir s'il y a un Dieu.
— Doutes-tu aussi de l'existence du bien et du mal? répondit Jésus.
«— Leur distinction est arbitraire, puisqu'elle varie selon les temps et les lieux.
— Avance ton doigt su r la flamme de ta lampe, dit le Sauveur; pourquoi donc retires-tu la main avec tant de vivacité? Ne sais-tu pas qu'un penseur comme toi a dit que la douleur n'était pas un mal?
<^ C'est que je ne partage pas son opinion . mais je ne sais si j'ai plus raison que lui.
— Pourquoi ne partages-tu pas son opinion ?
— Parce que je sens la douleur et qu'elle me répugne invinciblement.
— La distinction du bien et du mal n*est donc pas arbitraire relativement à tes répugnances et à tes attraits? dit alors Jésus; et en effet le mal ne saurait être absolu. Le mal n'existe que pour toi et pour tous les êtres imparfaits encore. C'est donc pour ceux-là que le règne de Dieu doit venir, parce qu'ils viendront eux-mêmes dans le règne de Dieu. Je t'ai convaincu d'une répugnance physique et je te convaincrais aussi facilement d'une répugnance morale. Le feu t'avertit par la douleur qu'il détruirait la vie de ton corps, et la couscience t'avertit par ses cris et ses remords que le crime perdrait la vie de ton ftme. Le mal pour toi, c'est la destruction ; le bien, c'est la vie, et la vie, c'est Dieu ! La terre plongée dans les ténèbres attend maintenant que le soleil arrive, et pourtant le^leil se tient radieux au centre de l'univei-s, et c'est la terre qui gravite autour de lui. Dieu règne, mais tu n'es pas encore entré dans sou rojaume ; car le royaume de mon Père est le itiyaume de la science et de l'amour, de la sagesse et de la paix. I^e royaume de Dieu est le royaume
de la lumière , et cette lumière frappe tes yeui qui ne la voient pas, parce qu'ils cherchent leur clarté en eux-mêmes et ne trouvent qu'obscurité.
— Seigneur, ouvrez-moi donc les yeux, dit le philosophe, et illuminez mes ténèbres.
Jésus lui dit : — Si je t'avais fermé les yeux, je devrais le les ouvrir ; mais si je les ouvre et qu'il te plaise de les refermer, comment verras-tu la lumière ?
Ne sais-tu pas que la volonté de l'homme agi sur les paupières de ses yeux, et que si on le force d'avoir les yeux ouverts ou fermés, il perdra la vue?
Je puis t'engager à allumer en toi le feu qui éclaire, et c'est pourquoi je te fais entendre ma parole, et puisque déjà lu désires que je t'ouvre les yeux, tu n'es pas éloigné de voir. Que ton désir se change donc en une volonté énergique, et tu ouvriras toi-même les yeux et lu verras.
— Quel est le feu qui éclaire? demanda le savant.
— Tu le sauras, lui dit le Christ, quand tu auras beaucoup aimé.
Car si la raison est comme une lampe , c'est Tamour qui en est la flamme.
Si la raison est comme l'œil de notre âme» c*est Tamour qui en est la puissance et la vie.
Une grande raison sans amour est un bel œil mort, c'est une lampe richement ciselée, mais froide et éteinte.
Lorsque Tégoïsme des passions animales avait fait défaillir la philosophie humaine, j'ai sauvé le monde par la foi, parce que la foi est la philosophie de l'amour.
On croit à ceux qu'on aime et à ceux dont on sait être aimé : aussi avais-je donné pour base à la foi une charité immense, lorsque moi et mes apôtres nous avons prouvé aux hommes, par un sanglant martyre, la sincérité de notre amour. Et tant que l'Éghse a r^né par la charité, elle a triomphé par la foi ; mais la foi attend Tintelligence, et le moment approche où ceux qui auront cru sans voir comprendront et verront.
Si donc tu veux comprendre , commence par aimer, afin de croire.
— Que croirai-je donc. Seigneur?
— Tout ce que tu ignores : car la foi est la confiance de l'ignorance raisonnable. Crois tout ce que Dieu sait et ta foi embrassera l'immensité. Confie à ton père céleste tout ce dont il se réserve
la connaissance, et ne t'inquiète pas d'abord des destinées infinies. Aime cette immense sagesse dont tu es l'enfant, aime les autres hommes qui passent ignorants comme toi sur la terre, et borne maintenant encore ta science à l'accomplissement de tes devoirs; tu la verras bientôt grandir d*elle-même et monter jusqu'à Dieu, car Dieu se laisse voir par les cœurs purs.
— Oh ! voir Dieu ! s'écria le savant en entr'ouvrant ses lèvres tremblantes , comme un homme qui a soif et qui attend la pluie du ciel. Oh ! réunir M -'In dans ma pensée tous les rayons épars de cette V î iléque j'ai tant aimée et qui m'échappait tonjoii l's 1 . . . Mais qui me donnera cet anlour immense qui fait communier l'homme avec Dieu, et le rapprochera du centre de toute lumière ?
— Tu le mériteras par tes œuvres, lui dit le Christ ; car si l'on se corrompt dans les œuvres de la corruption, si l'on se perd dans les œuvres de la haine, on s'agrandit et l'on se sauve par les œuvres de l'amour. Pour s'approcher de Dieu, il faut marcher, et les actions saintes sont les mouvements de votre âme.
— Quelles sont les actions vraiment saintes? demanda le docteur; est-ce la prière et le jefine?
— Écoute, dit le Christ, et ne juge pas témérairement tes frères qui ont passé en cherchant et en pleurant. L'humanité s*est confirmée dans le désir par la prière et les larmes. Et ceux de ses enfants qui les premiers ont eu soif des choses do ciel, se sont abstenus de celles de la terre; mais tout cela n'était que le commencement. Il fallait savoir s'abstenir, pour apprendre à bien oser. Il fallait sacrifier d'abord le corps à la pensée, pour émanciper la pensée. Car le ciel moral, c*est la liberté de l'âme ; mats TAme est appelée à régir le corps et non à le détruire ; de même que le ciel physique r^t la terre et ne la détruit pas. Le temps de la prière et des larmes doit faire place aux jours du travail et de l'espérance : car la prière des anciens était un travail, et il faut que notre travail, à nous, soit une prière plus efficace et plus active.
— Comment travaillerai-je? dit le philosophe; je ne sais rien faire d'utile.
— Tu as donc perdu à de vains efforts la vigueur de ta pt^nsée, répondit le Christ : et toi qui voulais tout savoir, tu n*as pas même appris à vivre. P^deviens un petit enfant et \a à Técole de Tamour. Apprends à aimer et
à faire du bien, Yoilà la vraie science de la vie.
Souviens-toi de la l^ende du Ghristophore. C'était un géant terrible, mais comme il ignorait l'usage de sa force, il était faible comme un enfant.
Il lui fallait donc un tuteur, et il se mit au service d'un roi ; mais le roi fut malade et Ghristophore le quitta.
Il chercha celui qui peut faire souffrir les rois; et conmie il ne connaissait pas Dieu, il s'attacha d'abord au génie du mal.
Cependant un jour une croix apparut sur un rocher, et le génie du mal tomba comme frappé de la foudrç.
Christophore chercha alors celui dont la croix est le signe, et un vieillard lui dit qu'il le trouverait en faisant du bien.
Christophore ne savait ni prier ni travailler, mais il était fort et de grande taille, et il se mit à porter sur ses épaules les voyageurs ^arés qui voulaient traverser le torrent.
Or, un soir, il porta un petit enfant sous lequel il s'inclina, comme s'il eût porté le monde, car dans la personne du pauvre orphelin égaré il avait reconnu le grand Dieu qu'il attendait.
As-tu compris cette parabole?
— Oui, Seigneur, dit le philosophe devenu chrétien.
Eh bien! va et fais comme Ghristophore, porte le Christ lorsqu'il tombe de fatigue , ou lorsque les torrents du monde s'opposent à son passage. Le Christ pour toi sera l'humanité souffrante. Sois l'œil de l'aveugle, le bras du faible et le bftton du vieillard; et Dieu te dira le grand pourquoi de la yie humaine.
— Je le ferai , Seigneur, et désormais je sens que je ne serai plus seul au monde. Auquel de mes frères tendrai-je d'abord la main?
-- A celui qui est plus malheureux que toi, et qui expire inconnu de toi-même dans la petite chambre qui est voisine de la tienne. Va donc à son secours, parle-lui pour qu'il espère, aime-le pour qu'il croie, fais-toi aimer de lui pour qu'il vive.
«^ Conduisez-moi près de lui, Seigneur, et parlez-lui pour moi.
— Viens et regarde, dit le Sauveur, et il toucha légèrement la muraille, qui s'entroutrit comme un double rideau, et le savant fut transporté en esprit dans la chambre voisine de la
sienne. C'était celle d*un jeune poète qui allait monrir abandonné.
LX POÈTE MOURAJrr.
Il y awt donc en ce temps^ un jeune honune qui, de bonne hevre, avait écouté dans son ânfie Técho des harmonies uniTereelles.
Or, cette musique intérieure avait distrait son attention de toutes les choses de la vie mortelle, parce qnll vivait dans une société encore sans harmonie.
EnCant, il était te jouet des autres enfants, qui le prenaient pour un idiot; jeune homme, il trouva à peine une main pour serrer sa main , un CfPti r pour reposer son cœur.
Sc'H Jours passaient dans un hmg silence et dans aue profonde rêverie ; il contemplait arec d'é» transes extases le ciel, les eaux, les arbres, les t^nipaf(nes verdoyantes; puis ses regards dei»:
liaient fixes, des majrnîficences intérieui-es se déployaient dans sa pensée et remportaient encore sur le spectacle de la nature. Des larmes alors coulaient à son insn le long de st^ joues pâles d'émotion, et si l'on Tenait lui parler, il n'entendait pas.
Aussi lui parlait-on rarement, et le regardaiton assez généralement comme un fou.
Il vi^^t ainsi seul avec Dieu et la nature. par«* lant à Dieu dans la langue de l'harmonie, et laissant tomber sur la terre des chants que personne n'écoutait.
M^s les nécessités matérielles de fa vie le prirent enfin dans leur inextricable réseau ; il m n''- ▼eilla sur la terre, ébloui **ncore d** ses visions du ciel ; et lorsqu'il vr-iî] :| marcher, il ^^' hourta contre les homm* s et a>ntiv les chr>ses, jusqu'à ce qn'fl tombât hrletant et désespéré.
C'est alors qu'i' s^ renferma dans sa pauvre demeure t't qti il > at^^ndit la mort.
C'est alors que le Christ le regarda et le prit en pitié.
La chambre du poète était triste. imj«* et fniide ; il était i dfm comrerl de qu^lquf's v/'teni«*iils osés; ét^ndv sur ud triple <!f il*- paille, il était
agité par la fièvre et ses yeux étincelaieiit d*im feu sombre.
Le Christ lui apparut vêtu de la robe blanche, emblème de folie qu'il avait reçu d'Hérode , et le front couronné tout à la fois d'épines sanglantes et d'une auréole de gloire.
— Frère, dit-il au pauvre malade en le r^ardant avec un ineffable amour, pourquoi veux-tu mourir 7
— Parce qu'on ne peut plus vivre sur la terre lorsqu'on a vu le ciel , soupira le poète.
— Et moi, pour vivre et souffrir sur la terre, je suis pourtant descendu du ciel, reprit Jésus.
— Vous êtes le fils de Dieu et vous êtes fort.
— Et j'ai voulu être le fils de l'homme pour avoir faim, pour craindre et pour pleurer. N'ai-je pas défailli au jardin des Olives 7 N'ai-je pas gémi sur la croix comme si Dieu m'avait abandonné?
— Eh bien ! moi, dit le malade, je sors de la vie comme vous du jardin des Olives, et je suis sur le lit de douleur comme vous sur la croix.
— Si je n'avais fait que prier mon Père, dans les vallées, en respirant le parfum des rosiers de Sârons, si je m'étais silencieusement enivré des extases du Thabor, je n'aurais pas mérité de ra-
cheter le monde sur la croix, répondit le Sauveur. Mais j'ai cherché la brebis égarée, et pour arrêter mes pieds qui couraient sans cesse après les misères du peuple, il a fallu les clous des bourreaux. 11 a fallu percer mes mains pour les empêcher de rompre le pain aux multitudes affamées ; et c'est alors que, ne pouvant plus donner autre chose à mes frères, j*aî laissé couler tout mon sang !
— J'ai chanté, dit le poète, et les hommes ne m'ont pas entendu.
— C'est que tu chantais pour toi seul et que tu as trop dédaigné leurs dédains. Il fallait, à l'exemple du Verbe étemel, descendre assez pour te faire entendre.
— Peut-être au lieu de m*oublier, ils m'auraient crucifié alors !
— Et c'est alors seulement, ô mon frère! qu'il eût été beau de mourir pour ressusciter glorieux!
— Hattre, au lieu de me consoler à ma dernière heure, venez-vous pour m'effrayer et m'adresser des reproches 7
— Je viens te guérir et t'inspirer le courage de vivre, afin de te faire mériter une mort tranquille et pleine d'immortalité.
Pourquoi veux-tu vivre seulement dans le ciel
pendant les jours que Dieu te doane à passer sur la terre?
Pourquoi laisses-tu se perdre dans des aérations vagues rimmense amour de ton cœur?
Pourquoi t'isoles-tu dans l'orgueil de tes rêves, quand des douleurs réelles saignent et palpitent autour de toi ?
Dieu ne ta pas donné le baume céleste pour en parfume r ta tête ; il ne t'a pas confié le vin de son calice pour enivrer ta bouche et la dégoûter des amertumes de la terre.
Tu devais adoucir, relever, consoler : tu devais être le médecin des âmes, et voilà que toi-même, pour avoir caché les remèdes de Dieu, tu es plus malade que les autres.
On ne t'a pas compris, dis-tu; mais c'est toi, pauvre jeune homme, qui n'as pas compris tes frères.
Quoi ! ton intelligence était supérieure, et tu n'as pas su parler aux pauvres d'esprit ! tu le croyais grand et tu as eu peur de te baisser pour rapprocher ta bouche de l'oreille des petits ! tu aimais, et tu as été dégoûté des infirmités des hommes !
Relève4oi, pauvre ange tombé, et reconmience
tamissioiil Sache que l'esprit 4'hannonie, c'est l'esprit d'amour que j'annonçais au monde sous le nom du consolateur. Si c'est le Saint-Esprit qui t'anime, sois désormais le consolateur de tes frères, et pour avoir le droit et le pouvoir de les consoler, apprends à souffrir et à trayailler avec eux.
J'étais plus grand que toi, et plus que toi j'éie vais mon âme au sein des harmonies étemelles ; et pourtant j'ai passé ma vie à travailler avec les charpentiers et à converser avec les pauvres, «^< lairant leur esprit, remuant leurs cœurs et guérissant leurs maladies. Jusqu'à présent tu n'as fait de la poésie qu'en rêves et en paroles, mais le temps e.st venu de faire de la poésie en actions I Car tout ce qui se fait par amour de l'humanité, tout ce qui est dévouement, sacrifice, patience, courage et persévérance, tout cela est sublime d'harmonie, c'est la poésie des martyrs I
Au lieu d'aimer vaguement l'infini , tâche d'aimer infiniment tes frères qui sont près de toi.
En voici un que je t'amtoe; il souffrait comme Uh et il était venu au néant de la pensée pour avoir is^ilé le travail de sa pensée, comme tu en
es venu au désespoir du cœur pour avoir isolé ton amour!
Désormais vous saurez tous deux qu'il n*est pas bon à l'homme d'être seul.
Le philosophe devenu chrétien s'approcha alors du lit du malade dont la fièvre s'était calmée tout à coup à la parole douce et sévère de Jésus, et il lui dit :
— Frère, acceptez mes soins et la moitié du pain qui me reste : demain nous travaillerons ensemble, et quand je serai malade à mon tour, vous me soignerez et vous aurez du pain pour moi.
— Frère, parce que vous avez vu le ciel, ne brisez pas l'échelle qui vous y fera monter, prenez-moi plutôt par la main et conduisez-moi, car j*ai beaucoup pensé et beaucoup médité, et je sens maintenant que je n'ai pas assez aimé.
Vous dont la voix est l'écho vivant de l'harmonie étemelle, vous êtes un enfant du céleste amour, car la bouche parle de l'abondance du cœur.
Mais l'amour ne saurait devenir égoïste sans se donner la mort à lui-même, et il ne trouve la plénitude de la vie qu'en se donnant tout entier aux autres.
VWez donc pour que je yous aime, car si j'aime, je serai heureux ; et si vous aimez Dieu, \ous voulez le bonheur de ceux qui sont les enfants de Dieu comme yous. L'harmonie est à la fois science et poésie, l'exactitude numérique est la grande loi de la beauté, et les magnificences harmoniques sont la raison divine des nombres ; mais tout cela, pour être vivant et réel, doit s'appliquer à ce qui est.
Frère, le positif de Dieu est mille fois plus poétique que l'idéal de l'homme. Cherchons Dieu dans l'humanité et ne désespérons pas de ses destinées : car ses désordres mêmes la conduisent à l'harmonie, et si Dieu nous a comptés au nombre de ceux qui voient les premiers où doit aller ce peuple errant à travers les solitudes, mettonsnous à la tête de ce grand et laborieux mouvement au lieu de nous isoler et de mourir.
— Frère, merci pour toi, dit le poète, et merci pour celui qui t'inspire ! désormais je ne me retirerai plus du champ de bataille pour mourir seul, quand je pourrais combattre encore ; je me croirais un lAche et un déserteur.
Si je tombe les armes à la main au premier ou au second rang de la milice humanitaire, je mour-
rai plein de courage et en bénissant Dieu, et mou âme ne se présentera pas senle devant le jagt' suprême.
Depuis ce jour, le philosophe et le poète s'unirent d'une sainte amitié, et ils ne dédaignèrent pas quelquefois les plus humbles trataux ponr soutenir leur vie.
Ils traversaient ainsi tontes les classes de la société et trouvaient partout des cœurs malades qui attendaient le baume d'une parole de sagesse et d'amour.
Partout il^ sentirent qu'ils pouvaient encore faire du bien, et les douleurs de la vie leur parurent légères ; car ils les supportaient avec courage, pour inspirer du courage à ceux qui sonfTraient comme eux, et le dévouement leur donnait une force nouvelle.
LE NOUVEAU MCODÈME.
TI y avait en- M temps-A un prêtre qui aimait la vérité, et qui cherchait le bien dans toute la sînoérrté âè soft 0éMr.
Or, une tiuit qu'il mllait et qu'il priait, le Christ tint s'asseoir auprtis de lui et le regarda atec bonté*
— Mattre, est-ce vous, enfin? dit le pasteur* 11 y a longtemps que je vous cherche^ et c'est vous qui veMË à moi pendaiit la nuit I
Jésus lui répondit t «^ Nicodème est venu me voir pendant la nuit, parce qu'il avait peur des Juifs : je sais que ton existence dépend de la nou^ velle synagogue, et je n'ai pas voulu te oompramettre.
Car les scribes et les pharisiens, et les faux docteurs de la loi me persécutent encore et persécutent ceux qui me reçoivent.
- Seigneur, dit le prêtre avec tristesse, les glorieuses années dont se composent les beaux siècles de l'Eglise ont donc été infécondes pour l'a venir T la vérité échappe donc toujours aux ardentes aspirations de l'homme? les saints et les martyrs se soirt donc trompés, puisque dix-huit slèièle» de combats et d'étude n ont abouti qu'à Mn encore vos ennemis de ceux qui devaient ôttiB vos ministres I
Jésus lui dit : -^ Ils ne sont pas tous mes enûmàé, et mon Père compte encore parmi eux des âmes génémuses et des cœurs purs.
J'irai à eux comme je suis venu à toi, pour leur rappeler les signes des temps et pour ouvrir leurs yeux afin qu'ils voient.
Je viens l'expliquer en secret encore ce que j'enseignais en secret à ce docteur de l'ancienne loi, qui était aussi un homme de désir.
Je lui disais que l'entrée du royaume de Dieu était une naissance nouvelle.
La vie du monde est une génération sans cesse renouvelée, et il faut que les germes de l'année qui meurt soient déposés dans la terre pour préparer les richesses de l'année qui naîtra.
Mais on ne doit pas mettre le vin nouveau dans les anciens vases.
La vigne de mon Père n'est jamais stérile, et d'année en année elle renouvelle ses fruits, mais il appelle des vignerons à différentes heures du jour.
C'est pourquoi j'appelais les docteurs fidèles de l'ancienne loi à une naissance nouvelle, car leur vieille m^re, la synagogue judaïque, était mour ante, et pour naître il fallait sortir de son sein.
Et ceux qui ont cru ont laissé le cadavre de la synagogue en restant unis à son âme, et ils ont été les premiers enfants de l'Église universelle.
Mais l'Église universelle, c'était un ciel nouveau et une terre nouvelle; et pour renouveler toutes choses il fallait combattre d'abord contre toutes les puissances de la terre et du ciel.
C'est pourquoi les premiers chrétiens construisirent une arche pour lutter contre le déchaînement des vents et le soulèvement des eaux.
Cette arche fut l'Église hiérarchique, la sainte Église catholique, la gardienne du symbole de l'unité.
Tant que l'arche est portée par les eaux, elle marche sous le souffle de Dieu, et c'est dans son sein que toute âme vivante cherche un refuge : — mais dès qu'elle s'arrête, la famille nouvelle doit en sortir pour repeupler le monde, et c'est là cette nouvelle naissance dont je t'ai parlé.
Le prêtre lui dit : — Seigneur, dois-je sortir de l'Église catholique? Mais à quelle autre Église pourrai-je me réunir?
— Je ne te dis pas de sortir de l'Église catholique, reprit Jésus, mais je t'invite à y entrer. Je le dis de te détacher des ombres pour commencer à vivre dans la lumière. Je te dis de sortir de l'école pour entrer dans la société et y appliquer la science que tu as dû acquérir !
Je n'étais pas remu détniîre la loi aneieime, mais lui donner son aooomplissemeiit, H je tîmc maintenant pour aeoomplir la loi nouvelle.
N m-je pas dit : Cpofez d'abord et tous oqbh prendrez ensuite, et vons connattroz la Yérité, et la Tenté toos rendra libres?
N'ai--je pas dit qoe mcm second aTéneneat serait comme l'éclair qui frappe les yeux de tous et qui brille à h fois sur le monde entier ?
N'ai'je pas annoncé que l'esprit d'inteU%wioe viendrait et qu'il suggérerait à mes dîrai|^es le 4)omplémfôQt de mes paroles? Et vos symboles ne diswt-ils pas que l'esprit d'intelUgeiice est l'esprit d'amour qui doit opérer une création nouveUe et qui rajeunira la lace de la terre?
Or, l'esprit d'amour n'estnilpas l'esprit d'ordre et d'harmonie qui doit associer tous les hommes et les faire communier toas à l'unité divine et humaine?
Seriez donc de tous les liens qui empéehent les frères dt* marcher vers luur*» frères, renvarseï le^ barrièies qui séfuirent^ élac|[iGSâi les démeui^ qui isolent, échappe^ aux doctrines qui répnwvent les uns^ ot (iioisissent les autrf^t mriet de U
Synagi^L^Lie uvf^u^l^. ^i1j^^|| l't^ltM^ raiiln^t-
que, qui B*ast flm BiaiotenaiU un oonYontioiile de prôinatt et de dûetmirs, mais r«6t^ociation uni^r YeneUfi delouëk» hommes dmteUigeoce et d*a** mour.
-^ Seigneur^ dit le prôtre, je iem tout ce que wus me dires. Où inai-je d'al)ord et comment fiovunenceimi-je?
<*<- Restez où vous êtes, dit ^ésus, et faites ce que Yous avez à faire.
lostniisez les wbmtfi , aatéchises le» pauvres, visites les malades et priez fonw ]» peuple.
Que rien ne soit changé dans vos œuvres, mais qtt'uB amour universel les vivifie et las féconde !
Prêobez la miséricorde et la paix, prêchez la modestie et le pardon des injures, prêche? les saintes aspiratious vers Dieu et Tuaiou outre les frères !
Que la eharité soit la loi de votre ftme, et vous n'imposerez pas à la conscience des autres de ûoutraiutes déaespérautes I
Soyez doux et bumhle de cœur oomme mas premiers disciples, lorsque vous parlerez aux femmes, aux enfants et au pauvre peuple; mais loyez inflexible comme mes martyn$, lorsqum voudra vous corrompre ou vous intimider !
àJàSt ..«
Ce que je te dis, je le dis pour tous ceux qui, comme toi, croiront à l'esprit d'intelligence et d*amour, et c'est pourquoi j'adresse la parole à plusieurs.
Ne confondez pas l'esprit d'abstinence avec l'esprit de mort, car je n'ai ordonné à mes disciples de s'abstenir pour un temps des richesses de leur père, que pour leur apprendre à en user dignement.
Je te dis en mérité que je ne suis pas venu pour tuer la chair, mais pour la sauver en la soumettant à l'esprit.
Car il ne doit pas y avoir de division entre l'esprit et la chair de l'homme ; Dieu les a également créés et bénis.
L'esprit est le roi de la chair; un roi ne doit pas régner pour détruire.
Les organes et les sens sont les sujets de l'intelligence.
Un roi doit empêcher ses sujets de mal faire; mais il doit aussi pourvoir à leur prospérité et à leur bonheur.
L'attrait n'est-il donc pas la loi générale des êtres, et l'équilibre n'est -il pas l'harmonie des attractions?
Que Tesprit donc ne brise pas la chair, et que la chair n'éteigne pas Tesprit.
Car l'un ou l'autre de ces excès serait la mort !
Or, je ne suis pas venu donner la mort à ceux qui vivaient, je suis venu pour rendre la santé à ceux qui étaient malades et la vie à ceux qui étaient morts !
Ayant dit toutes ces choses, Jésus disparut aux r^rds du bon prêtre et le laissa plein d'espérance et de courage ; car il voyait la force de Dieu relever d'âge en âge les défaillances des hommes, et il comprenait comment la religion marche toujours à travers' les siècles en grandissant et eu triomphant toujours.