‹ Philosophie occulteChapitre 12 sur 242 · LE FAQUIR ET LE BRAMIN · texte numérisé non relu

LE FAQUIR ET LE BRAMIN

Portant une hache à la main, Un faquir rencontre un bramin :

— Fils maudit de Brama, je te retrouve encore! Moi, c’est Eswara que j’adoré!

Confésse devant moi que le maîtré des cieuk Est le meilleur des dieux, ît que moi, je suis son prophète, Ou je vais te fendre la têté!

— Frappe, lui répond le bramin,

Je n’aime pas un dieu qui te rend inhumain.

| Les dieux n’assassinent personne.

Crois ou ne crois pas que le mien Est plus indulgent que le tien :

Mais en son nom, je te pardonne.

FABLE IV

LE VIEUX RAT ET LE RATON

Un vieux rat tout perclus, tout chauve, totit #rison, Mis en péril par son grand âge, Manda près de lui son raton Et lui tint ce prudent langage :

— Garde-toi, tant que tu vivras, Des festins que tu trouveras Tout préparés dans des logettes Trop bien construites et trop nettes ; Aux trous les plus profonds reste souvent blotti, Ne mords jamais à rien sans regarder derrière. Gare le chat et la ratière!

Adieu, tiens-toi pour averti.

Le père mort, Raton sort du trou, puis s’y cache, Ya, revient, s’accroupit en frottant sa moustache, Puis fait en sautant quelques pas.

— Par Jupiter, dit-il, qu'aperçois-je là-bas ? Une cabane ouverte... un lopin de fromage!

C'est sans doute mon héritage.

Je n'aperçois autour ni ratière ni chats,

LE VIEUX RAT ET LE RATON

Entrons bien vite en jouissance.

En quatre bonds Raton s’élance, En deux coups de dents... il est pris.

Jeunesse n’a jamais compris Les leçons de l’expérience.

FABLE V

LE MONTAGNARD ET L'HOMME DE LA VALLÉE

A l'heure où le ciel souriant ntr'ouvre les rideaux du splendide Orient, ! plus frais qu’un enfant aux paupières écloses, it sortir le soleil de sa couche de roses, 1e vallée était couverte de brouillard, Et l'habitant de la vallée, Baissant sa tête désolée, sait: — Le ciel de nous détourne son regard, La nature en deuil est voilée !

— Non, lui répond un montagnard, En ce moment le ciel s’allume ; Dans l’immensité de l’azur Tout est rayonnant, tout est pur.

jour n’est pas voilé, c’est la terre qui fume. Au lieu de murmurer chez toi ntre la nuit qui couvre un coin de la campagne, Sois agile, et viens avec moi Voir le soleil sur la montagne.

Misanthropes ct paresseux,

10 LE MONTAGNARD ET L'HOMME DE LA VALLÉE

Qui rampez toujours terre à terre,

Et ne rencontrez que misère,

Turpitudes, boue et poussière,

Redressez-vous, levez les yeux :

Ce monde, ue todjoufs Votre vahité blâe, N'est pas le trou de taupe où l'ennui vous surprend; Gravissez la montagne, élargissez votre âme, Cessez d'être petits, le monde sera grand.

FABLE VI

LE CHEVAL ET LE BŒUF

La tête basse et les naseaux fumants, romenant sur le sol ses longs regards dormants, Avançan{ pas à pas, et l’échine tendue,

Un bœuf tirait une charrue.

Arrive un cheval qui bondit,

Mord son frein, dresse sa crinière, Éparpille au loin la poussière, Regarde le bœuf et lui dit :

— Assez de travail et de peine, Assez de joug, assez de chaine,

Le clairon sonne, éveille-toi; N’es-tu pas aussi fort que moi?

Surs de la terre humide et noire, Viens au combat, songe à la gloire ; Sois fier, sois libre, sois léger!

Mais le bœuf, sans £e déranger, Lui répond d'une voix paisible :

— Je crois, mon cher concitoyens.

Que tu me praries pour ion Dies:

Je n'ai ni te roue fe xibl.

12 LE CHEVAL ET LE BŒUF

Ni tes jarrets toujours dispos ;

Les cavaliers craindraient les angles de mes o Epouvanté par la trompette, Je ferais des coups de ma tête ;

Je comprends mon vieux joug mieux qu'un | Nous irions ensemble à la guerre, [tout Toi, tu te tirerais d'affaire ; Moi, je serais toujours le bœuf.

Tribuns, artisans de discorde, Phraseurs. gens de sac et de corde, Qui promettez au travailleur

De rendre son destin meilleur,

Vos mensonges et vos colères

Ne feront pas que l'ignorant

Sans études soit un savant.

Ni que les enfants soient des pères.

Dieu créa divers animaux,

1] fit des bœufs et des chevaux.

Je comprends le cheval qui rue Contre le joug et la charrue, Mais un bœuf faisant le cheval Séraït un bien sot animal.

té L'HARNOXNICA ET LE ROSSIGNOL.

Se souvenaient d'avoir aimé.

L'harmonica tintait toujours avec colère, Mais un bon vieillard le fit taire Ea lui disant : — Machine à bécarre et bémol, Tu fais du bruit sans rien comprendre ; Le rossignol pourrait t’entendre, Mais toi, tu n'entendras jamais le rossignol.

Les sourds peuvent nier ta divine harmonie ; Lamartine, toi par pudeur,

Respecte la Fontaine et son tendre génie :

Tu ferais douter de ton cœur.

FABLE VII

LE CHIEN ET LE LOUP

Au loup le chien donnait Ja chasse ; Le prendre était peu malaisé :

De faim, de fatigue épuisé, Le loup tombait de guerre lasse.

— Vil esclave, dit-il au chien, Par toi faut-il que je périsse ?

Liche persécuteur et traître à la justice, Tu m'envias toujours ma liberté, mon bien Tu dévores mon droit! — Ton droit, dit le molosse, Était celui du plus féroce ; Le mien, c'est celui du plus fort, Et celui du plus faible aussi, que je délivre. Pour remplir un devoir tu n’as jamais su vivre, Tu n’as droit à rien. qu’à la mort!

Liberté, liberté chérie, Il est beau de mourir pour toi,

Mais il est bien plus beau d’obéir à la loi Et de vivre pour la patrie !

FABLE IX

LA COLLINE ET LA MONTAGNE

La montagne au front sourcilleux Du haut de son mépris regardait la colline, Qui toujours doucement se relève et s'incline Sous les pas des troupeaux, des hommes et des die

Adore-moi, motte de terre, Disait-elle avec ses échos :

Sur toi je suspends le tonnerre, Des orages grondants mon front brise les flois. — Ma grande sœur, tu n'es pas sage, Répondait la colline, et s’il tonne chez toi, Je ne crains que ton voisinage, Car tu pourrais tomber sur moi.

Or, un jour survint la guerre De l’Olympe et des Titans, Les immortels sur la terre S'exilèrent pour un temps.

La montagne est arrachée, Elle s'écroule en débris,

LA COLLINE ET LA MONTAGNE. 47

Quand sous de calmes abris L'humble colline est cachée.

Vénus fuit dans son vallon, Bacchus y plante sa vigne, Bientôt elle devient digne Des visites d’Apollon.

On y construit, on y fonde Des palais’et des autels :

&s dieux sur sa verdure attirent les mortels; lle est, enfin, l’oracle et la reine du monde. a richesse fertile y vient de toute part, &s rois lui font la cour et laissent à l'écart # grands monts éternels nourriciers des orages Qui passent les nuages que le Très-Haut seul domine d’un regard.

Préférons aux gloires stériles

Le travail qui fait le bonheur :

La hauteur n’est pas la grandeur.

Pour être grands, soyons utiles.

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