DE L^ HUMILITÉ SIMULÉE
N'es-tu pas soldat de la justice, combattant pour Dieu et pour le bien ? La vertu et la vérité seront-elles dégradées, parceque tu es trop lâche
pour les soutenir ?
Goliath s'enhardira-t-il dans le blasphème, faute d'un David dans le
camp?
Je ne dis pas, venge tes injures ; car le ministère de la vengeance n'est
point de ton ressort :
Mais pourquoi ne point réprimander un menteur ? pourquoi te déshonorer
toi-même ?
Pourquoi souffrir que le mal triomphe, quand la justice et le droit sont
de ton côté ?
Humilité abjecte ! la vie et le sentiment lui manquent. Et cette résignation n'est qu'un burlesque, puisqu'elle ne coûte rien. Défie-toi de toi-même et de ta douceur : indifférent à l'égard du péché,
tu n'es qu'un lâche ; Un cœur qui devrait se désoler et pardonner, s'endurcit et oublie.
Cest surtout dans l'entretien de l'homme avec son Créateur que l'Humilité
lui sied, Mais, souvent, elle est déplacée dans le commerce des hommes : Oui, c'est, surtout, l'adulateur de son égal, que l'on voit s'enhardir
contre Dieu, Tandis que le martyr, qu'un monde menace en vain, est huinble comme
un enfant devant Lui.
Rends à chacun ce qui lui est dû, mais ne t'en souviens pas moins que
tu es homme, Et ne te frustre pas de l'honneur qui t'appartient comme être raisonnable. Sois affable, écoute, apprends : mais enseigne et réponds si tu en es
capable :
Profite de la sagesse de ton prochain, mais ne deviens point l'esclave
d'un maître. Où tu aperçois des connaissances, incline l'oreille de l'attention et du
respect; Toutefois, ne défère à l'instruction, qu'autant que les raisons l'autorisent. Mieux vaut un disputant opiniâtre, qui cède pouce-à-pouce, Que l'être léger, traître à soi-même, qm se rend à l'ombre d'un argument.
3la modestie obtient un bon renom, mais le mépris suit de près la servilité : C'est pourquoi, joins la discrétion à l'humilité ; ne jète point tes perles aux pourceaux.