X PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Les fils de Sem, de Cham, et de Japhet, l'Assyrie, l'Egypte, et les îles
des Gentils, Avaient prêté l'oreille aux oracles, aux paroles des sages, à leurs énigmes. Le Persan eut enfin ses Mages, le Gaulois ses Druides, Et sous l'arbre-géant de la Vérité, dans l'antre profond du Secret, Le Barde maria ses vers aux sons d'une lyre enchantée, L'Athénien couronné de roses, aux festins des dieux, aux banquets de
l'hymen.
Entonna, la coupe à la main, tes loix, ses délices, ô Charondas ! (^) Et celles du bon Numa, refrains de la reine des peuples, lui donnèrent le
sceptre du monde.
?£?onncur aux proverbes, sagesse des siècles, saillie de l'instant !
L'homme rampe dans la poussière : un mot l'inspire, il plane au-dessus des étoiles,
L'ame ravie voit les portes du ciel, elles lui ouvrent la gloire, et ne ferment plus rien.
Pythagore indigné, méprisant le tyran de Samos, traversa l'onde orageuse,
Et l'Italie, fière de ses cendres, l'est encore plus de ses paroles.
Il sentit, heureux, vieillard, que la vie est un sqnge, que la mort est un réveil :
Le noble destin de l'être pensant l'enchanta!
"L'ame," selon lui, "renonçant au corps, s'élance vers les champs de l'éther,
Elle est libre, elle est dieu, impérissable, immortelle." (')
3Les âafles de No-ammon, oracles de l'Egypte errante,
Dont l'étoile Absinthe fut le symbole, source de amertume, (*)
Entrevirent de grandes vérités, mais l'orgueil aveugla
Les instituteurs de Moyse, les maîtres de Pythagore :
Sur les ailes de la contemplation, l'un et l'autre, prenant leur essor,
Loin, loin de ce globe de fange, où l'ame croupit et s'abyme,
Deux aiglons aspirants, avides de lumière, candidats de la perfeetion,
Virent Dieu dans les lieux très-hauts, tel qu'il est, tel qu'il sera.
Que de dures épreuves il subit, cet ami du silence !
Un austère noviciat, longue série d'études et de supplices,
Sanctifia la vigueur, la moitié d'une belle vie.
De courants opposés il franchit l'onde meurtrière,
Il se précipita hardiment dans un torrent de flamnies,
Et jeûna dans le désert, martyr de la Vérité,
PREFACE DU TRADUCTEUR. xi
Comme Celui qui devait venir, le Modèle et le Rédempteur :
Mais la Grèce admira ses énigmes, et le monde les redit encore,
Leçons sublimes de l'expérience, que le chrétien tolère.
Remeur la cendre avec une épée, c'est irriter la colère par des mots
piquants.
Sauter par-dessus la balance, c'est la frénésie des avares, Se dévorer le cœur, c'est le livrer aux boun-eaux du crime. J'honore tes mânes, ô Pythagore ! quoi de plus beau, de plus divin, Que le moins observé des préceptes, le plus indispensable : *' Lave l'injure que tu as reçue, non dans le sang, mais dans le Léthé!" Le vieillard inspiré de Samos anticipe l'évangile de l'amour.
SL^^rùicntioYL des proverbes, poésie de l'Arabe, anoblissait sa race,
Ses mots, richesse des cœurs, faisaient le trésor des princes,
Et si quelque heureuse tribu produisait un poète,
Toutes les autres, quittant lem's tentes, allaient l'en féliciter.
On dit que les anges donnèrent la sagesse à Lokman, la fable à Esope,
Que la Perse est la source de l'Hydaspe, "fleuve fabuleux,"
Et que son embouchure est dans les Indes, altérées de mystères.
^uant à bous, civilisateurs du globe, — enfants des Germains et des
Norses, Anglais penseurs. Francs ingénieux, vénères leur " Noble Leçon," (*) Et ne méprisez plus vos fiers ancêtres, au langage altier, à l'ame ardente! Hardis improvisateurs des rochers de glace, des forêts de sapin. Leurs vers rudes, simples et concis, exprimaient des sentiments sincères : Nous ne sommes plus, je l'avoue, aux temps cruels, féconds en meurtres, Siècle de haches et d'épées, oii les boucliers étaient mis en pièces. Siècle de tempêtes, siècle de bêtes féroces,
Où l'homme poursuivait l'homme, où les frères attaquaient les frères. Nouvelle Jérusalem, paisible rivale de Tyr et de Rome, dans son palais
de cristal, Londres, souriant aux nations, fête le jubilé du monde. L'époux de Victoria, héritière du conquérant de Neustrie, Plus heureuse que le vainqueur d'Albion, reine élue de tous les cœurs, Albert, émule du sage Odin, rajeunit les refrains du Ha va-mal. Noble prince, soutien du trône de la fille des Guelfes. H a dit: "Hommes hospitaliers, salut! Voici l'étranger: où doit-il
s'asseoir ?
** n a de pressants besoins, celui qui est obligé à de longs voyages.
rii PRÉFACE DU TRADUCTEUR.
« Il a besoin d'eau, celui qui arrive pour souper ; donnez-lui à laver. •'Que votre invitation soit libérale, votive accueil bien- veillant : " Des paroles hospitalières provoquent la recpnnaissance."
I^aîs, remontons à la source : ces paraboles des nations, Paraboles profanes, Dieu les autorise. Dieu les sanctifie. "H déclare sa parole à Jacob, ses statuts et ses ordonnances à Israël. «' Il n'en a pas agi de même envers toutes les nations : elles ne connaissent point ses statuts." Paul ne disait-il pas aux Athéniens, peuple modèle, Que les temps de leur gloire étaient " des temps d'ignorance?" Ne disait-il pas aux Romains infatués de la synagogue. Quel est donc l'sîvantage du Juif? Il est grand en toute manière : Les oracles de Dieu lui ont été confiés : et nous, ne soyons plus incrédules : — Docile à Celui qui rend les oracles, un poète de nos jours. Interprète de convictions intimes, révélateur de vérités amères, A suivi, d'un pas ferme et modeste, les sentiers de Salomon, Les traces du fils de Sirac, celles de Philon, Juif éloquent, Et de tant de médecins de l'ame, Esséniens contemplatifs. Chrétiens des déserts de Palestine, hérauts et martyrs de Jésus, Captifs, au pied de la croix, grâce au réseau de l'allégorie.
3L*^nslaîs a accompli sa tâche, il a atteint le but, la guirlande est à lui : Et moi, chérissant la mémoire de ma première patrie, de l'élite de ses
auteurs, Leur élève reconnaissant, faible écho d'une belle voix. Je redonne à ma mère, À la feance, Iç fruit dja mes veilles.
É,n\îs hi 'Crnbuftnu
(1) "L'Arabe lyôh, dont Vœil vit Dieu."
Nous adoptons, comme la plus naturelle, l'idée de quelques savants modernes sur la patrie d'Iyôb. ou Job. Le pays de'TJz était au nord de TArabie déserte, et s'étendait à l'est de la Palestine jusqu'à l'Euphrate. C'est une vaste région, dont le nom actuel, Badiatosch-scham, indique le désert de Syrie. L'ordre observé par Jérémie, xxv. 20, dans l'énumération des peuples, nous a persuadé que le séjour de l'homme dont l'œil vit Dieu était au nord, et limitrophe à la Mésopotamie. C'était d'un des fils de Xahor, Biiz, que les Buzites, peuple Arabe, Jérémie, xxv. 23, tenaient leur nom ; et Ptolémée a placé dans leur voisinage les AiisUes, habitants du pays d'Uz. C'est, en effet, par le nom d'Ausites que les Septante traduisent constamment j;^];, l'uTZ du texte sacré.
(2) "L'Athénien, cmironné de roses, aux festins des dieux, aux banques de l'hymen, Entonna, la coupe à la main, tes loix, ses délices, ô Charondas."
Hermippe nous apprend, dit Athénée, liv. xiv. ch. 3, que c'était la coutume des Athéniens de chanter, au milieu de leurs coupes, irap' olvov, les loix de Charondas.
(3) " L'ame, selon lui " renonçant au corps, s'élance vers les champs de VétJier, Elle est libre, die est dieu, impéi-issàble, immortelle." Pythagore, avant Platon, a dit que le souverain bien de l'homme consiste en sa ressemblance à lÊ'tre suprême, et qu'enfin, elle s'identifie avec Lui. Yoilà pourquoi nous avons traduit un beau distique : c'est le dernier du carmen aureum, des Règles d'or, de ce philosophe ; —
'H è' ànoXd^aç uiHiia iç al^ép^ 'éXevS^epov 'éX^rjç, "E(7ff£rac àSâvuToç Oebç, afi&çoToÇf amen ^vrirôç. L'ame, enfin, triomphante esclave De la matière qui l'entrave,
S'élance vers cet heureux lieu, Où l'homme, à la vertu fidèle, Jouit d'une gloire éternelle.
Et ne meurt plus, car il est Dieu.
Ces expressions sont trop hardies. St. Pierre, beaucoup plus modeste, dit que nous participons "à la nature divine, étant échappés de la corruption qui règne dans le monde." — (2 Pierre, i. 4.)
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