‹ Philosophie proverbialeChapitre 25 sur 81 · DU RIDICULE · texte numérisé non relu

DU RIDICULE

Mais les hommes médiocres sont poltrons, ils craignent le rire, et ce n'est rien.

Redoute l'ortie, et touche-la légèrement, son yenin te brûlera jusqu'à l'épaule ;

Empoigne-la d'une main hardie, — n'est-ce pas un bouquet de myrrhe?

Laisse entrevoir une basse crainte du ridicule, et tu trouveras assez d'insensés qui se moqueront de toi,

Mais, que le dédain soit ta réponse au sarcasme, et les moqueurs te lécheront les pieds.

Et l'apitrnliatinn.

2,a louange des hommes pieux est un gage de la louange de leur Maître ;

L'avant-courrière de ta bienvenue, — Cela ya bien, bon et fidèle serviteur ;

Son harmonieux, riche prélude, tombant, goutte à goutte, sur l'oreille.

Pour te dire que les fibres de ton cœur sont d'accord avec les chants célestes.

Il est dangereux, toutefois, d'y faire trop d'attention, leur douceur pourrait t' endormir.

Et le cordial bu à longs traits pourrait engendrer les vapeurs de la présomption.

Ainsi, n'en fais point trop de cas, mais goûte, et poursuis ton voyage joyeusement,

Car le nautonnier ne diminue point de voiles, quoique le santal des bosquets de l'Arabie l'attire ;

Et le parfum de cet encens t'incommoderait, comme, dans une soirée d'été,

Les fleurs emmiellées du genêt à la cime d'or oppressent tes sens enchantés :

L'homme n'a déjà que trop de louanges, car il se loue lui-même continuellement ;

Et l'occasion de se faire valoir ou de s'excuser ne lui manque jamais.

3loue l'insensé, et tu le tues : car sa vanité met toutes voiles dehors ;

Se barque est plate, et elle sombre au premier coup de vent.

Loue le sage, et tu hâtes sa course, grâce au lest de l'humilité.

Et il est ravi de se voir encouragé par la sympathie de ses frères sur le

rivage.

La louange de l'homme vertueux est précieuse, car il tient le miroir de

la Vérité, Afin que la vertu contemple sa propre beauté, et regarde avec plaisir ses

traits ravissants :

La louange du méchant est exécrable, parce qu'il voile la diflFormité du

Vice,

10 ao9)

110 DE l'approbation.

Jetant le manteau d'une reine sur les membres d'un lépreux.

La louange est un reproche pour l'homme dont la conscience la repousse :

Et où la conscience est sensible de ce qui lui est dû, point de louange vaut mieux que peu de louange.

Celui qui déprise l'apparence extérieure, déprise l'estime de ses semblables :

Et celui qui y paie trop d'égard, ne gagnera que leur mépris :

Il n'y a pas d'homme qui soit exempt de blâme, s'il déprise l'approbation sincère de son égal.

Personne, cependant, ne peut rechercher une juste réputation, et mériter qu'on l'honore ;

Si elle vient, accueille-la, sois reconnaissant, et que le succès t'humilie ;

Si elle tarde ne sois point découragé ; l'abeille sait cueillir le miel sur la rue.

Ton point de mire est-il si bas que l'haleine de ceux qui t'entourent

Puisse hâter le vol de ta flèche empennée, ou le retarder ?

L'enfant décoche son trait au papillon, mais le but de l'homme est l'aigle ;

Tandis que ses compagnons discourent, il triomphe dans les nuages.

Allie toi avec la vérité, avec la piété, et exerce les talents qui te sont confiés.

Ainsi tu vivras en paix, méritant, sinon possédant.

Loue tel de tes amis si tu peux ; car bien des amitiés sont tombées en décadence.

Comme une plante trop serrée dans un coin, où ses feuilles manquent de soleil.

Quant à tel autre, ne le loue point souvent, — autrement, tu en seras méprisé ;

Mais sois économe de tes éloges ; afin qu'il rende honneur à ton jugement :

Car, en louant les autres avec tant de zèle, tu reconnais ta propre infériorité,

Et, malgré ton estime, celui que tu as tant exalté te regardera du haut en bas.

VtVLip'^tVL qu'on se souvienne d'un fait? — loue celui que tu conseilles;

Homme n'a jamais oublié le mot qui le flatta.

Il vaut mieux être censuré par un millier de sots, que d'être approuvé

par un vrai sage ; Car les bons sont moins empressés à rendre justice, que les profanes à

y mettre obstacle :

Ainsi, oti le monde blâme le plus, c'est là que tu dois chercher l'excellence,

DE l'approbation. 111

Te méfiant du bien, dont les méchants font l'éloge.

C'est la bonté plus que la sévérité, qui attache la troupe au capitaine,

Et il est juste qu'il récompense la bonne conduite, et tienne en bride le coupable ;

A celui qui le donne, le laurier ne coûte rien ; mais aux yeux de celui qui le gagne, il est précieux.

Et le regard approbateur du chef réjouit le cœur du soldat.

Un éloge fait à propos vaut mieux que les reproches mérités,

Car le soleil est plus utile à la plante, que le couteau qui extirpe le chancre ;

Plus d'un père s'est trompé, en s'abstenant des réprimandes.

Mais beaucoup plus ont péché, en refusant l'éloge ou il était dû :

Il y a bien des hommes semblables à Eli ; mais ceux-ci sont plus coupables qu'Eli,

Ils gèlent la fontaine de l'émulation par les regards glacés de l'indifférence :

Vous appelez un homme facile et bon, quand c'est une épée à deux tranchants ;

n ne reprend point le vice, et il devient fort ; il ne console point la vertu, et elle languit.

Ptien parmi les hommes n'est plus efficace qu'un don fait à propos ;

Et un don retenu, quand on l'attend, sépare les amis les plus intimes :

Car qu'est-ce qu'un don si ce n'est un symbole, dont la louange et l'estime sont la substance ?

Et y a-t-il une flèche plus aiguë que la négligence injuste ?

"Kt t'attends point aux éloges de la bassesse, ni à la reconnaissance de l'egoïsme :

Et si tu veux conserver l'amitié de l'orgueilleux, garde toi de lui rendre service :

Car, voilà, cet homme te hait, à cause de sa dette : ton don l'humilie ;

Et jamais son opiniâtreté ne reconnoîtra ton bienfait :

Il deviendra même ton ennemi, de peur que tu n'infères de son amitié

Qu'il te regarde comme un créancier et qu'il n'occupe lui-même que le second rang.

Pour tout cela, cœur généreux et sensible, il ne faut point que l'ingratitude te refroidisse,

Ni que l'haleine de la reconnaissance t'échauffe et t'exalte pour uû moment :

Fais le bien à cause du bien, n'attendant ni mérite, ni amour :

112 DE l'approbation.

Répands ta semence au milieu des rochers, jète ton pain sur les eaux, Que celui qui est le plus destitué de secours, ait le meilleur titre à ta

bienveillance, — Ainsi ton éloge n'en sera que plus beau, tu n'en moissonneras qu'une plus

riche récompense.

Sî un homme professe ton symbole, et ajuste ses pensées à tes opinions. Tu le regarderas comme un homme bien déposé, tu excuseras même ses

défauts :

Mais ne vois-tu pas, pauvre bigot, que ton zèle n'est que le désir des

louanges.

Et que l'adulation de soi-même complète la joie du prosélytisme? L'homme qui loue beaucoup est toujours bienvenu. Mais celui qui blâme souvent, ne conservera point d'ami ; L'abricot velouté ne ressemble guère au marron d'Inde hérissé de piquants, Le manche d'ambre poli n'est pas si raboteux que celui de corne de cerf. Montre-moi l'homme populaire ; je te dirai le secret de son pouvoir; Il les a cajolés avec des paroles doucereuses, charmant leurs oreilles par

la flatterie.

Le sourire de l'approbation simulée est toujours l'indice de sa présence, Et ce sont ses regards affables, et la ferveur de ses assiduités, qui gagnent

tous les cœurs.

£1 n'y a rien de bon qui ne puisse être meilleur, et le meilleur pourrait

être meilleur encore ; Il se peut que l'aveugle discerne, et que l'imbécile démontre, faute ou

défaut dans tout ce qui existe ; Et l'esprit étroit ne voit le lis qu'avec un microscope, Empressé, ravi même, de découvrir des taches dans la robe de la pureté ; Mais une grande ame contemple le soleil, elle se réjouit de sa splendeur, Et acquiert une connaissance étendue de ses bienfaits dans la vaste prairie

de la création :

S'il fait éclore des basilics, qu'importe ? s'il a des taches, qu'importe ? Son excellence est complète, que son éloge le soit aussi !

St U (&DiiiiEifîfîEiit:e h ên-Mtmî

Ha Science, empoignant l'épée, s'ouvre le chemin de la victoire ;

L'ignorance saisit la lame, et elle se blesse :

La science extrait la santé de la virulence des poisons les plus dangereux ;

L'ignorance, par le mélange des remèdes les plus salubres, enfante la maladie :

La science s'est liguée avec l'univers, et elle trouve un ami dans tout ce qui existe ;

Mais l'ignorance est étrangère partout ; bienvenue nulle part, mal à son aise, déplacée.

L'homme est inutile et dangereux en proportion de son ignorance,

Car le perception des convenances entre les choses et leur destination lui manque,

Saisissant la corne du danger, s'imaginant que c'est la poignée du salut,

Ou jetant l'ancre avec si peu de réflexion qu'elle touche au récif de granit.

Ignorant les sciences, il ne vit qu'à moitié, n'observant rien,

Ou bien il écoute, avec un étonnement stupide, la caquet du charlatan rusé:

Idiot dans le monde, il donne sa confiance aux fripons ; mais ensuite, pour réparer sa folie.

Il agit avec tant de finesse, que les honnêtes gens soupçonnent que c'est un voleur ;

Ne connaissant point Dieu, il se moque de la raison, attribuant un dessein au hasard,

Ou bien, superstitieux et timide, il raffole de quelque idole informe, créature de son délire ;

Mais s'ignorant lui-même, son cœur n'est que faiblesse ; la clef de la voûte tombe en poudre,

La terreur panique est dans la tente du général, le chêne est aussi creux que la ciguë ;

Quoique la sève nourricière pénètre l'écorce, complétant son faisceau de feuilles,

Quoique la connaissance de tout, hormis la seule chose essentielle, démontre une apparence de vigueur, Quoique l'esprit sublime du sage roi se régale des mystères de la sagesse, L'ignorance de lui-même n'en courbera pas moins l'esprit de Salomon

devant les idoles ; L'ouragan de la tentation, balayant l'air, brisera le chêne comme un roseau, Et l'orgueilleuse richesse de sa cime touffue ne servira qu'à l'entraîner plus tôt dans la poussière.

SSlh jeunesse» présumant d'elle-même, folâtre avec le danger, Jusqu'à ce que le vice qu'elle haïssait judis la serre dans ses bras : L'âge viril, transporté de zélé pour la vertu, cherche une position élevée, Sans tenir compte de l'air froid de la montagne qui détruira les tendres

bourgeons de ses motifs ; Ou bien, épris de la vérité, il monte, en haletant, à l'échelle de la science, Jusqu'à ce que son cœur, que l'orgueil du savoir embrase, se livre à

l'illusion :

La jeune fille, tressant ses cheveux d'ébène, ne voulait que voiler ses

charmes, Mais elle a tissu, sans y réfléchir, le filet de soie de son ame, la vanité. Le vieillard contemple son or, jusqu'à ce que le métal lui sourie, Sans se méfier du brillant appât qui livre son cœur à l'avarice : La colère n'évite point de querelles, la jalousie compte ses soupçons. L'envie dévorante regarde encore, la mélancolie cherche la solitude. L'homme sensitif songe aux insultes qu'il a reçues, le timide se nourrit

d'horreurs, La traînée du libertinage prend feu, les fibres de l'indécision se relâchent ; Chaque penchant particulier au mal est encouragé par l'indulgence ignorante.

Et la victime, manque d'un avis, cède à la tentation qui lui plaît.

2-e jfotQtXon au métier, et le tisserand à la forge, seraient de tristes

ouvriers ; •

Et le vaisseau qui fait voile à tout vent n'arrivera jamais au port : Il y a, cependant, des milliers d'hommes qui, au lieu de prendre garde à

la tendance de leurs talents.

Coupent à contre-fil, et travaillent en vain :

Et la lumière d'un esprit penseur s'éteint sous le boisseau du commerce, Tandis que des esprits inférieurs gravissent, à pas lents, la montagne de la philosophie :

Le cèdre se flétrit sur une muraille, tandis que la joubarbe croît sur une

couche, Et les feuilles orgueilleuses de la patience dérobent le soleil aux violettes. A chaque chose sa place, l'usage qui lui convient, et qui est digne d'elle ; La plus humble capacité brille dans son humble sphère : Le ver luisant, rampant dans la haie, allume son flambeau nocturne. Et son ami, malgré son éloignement, déferlant ses voiles légères, dirige

sa course sur cette étoile :

Mais l'ignorant, se moquant des bienséances, expose le ver luisant aux

rayons du midi ; Et les défauts de la médiocrité au plein jour de la sagesse. Les croassements du corbeau dans les ténèbres, et les notes cadencées de

l'alouette au soleil. Le cri de la hulotte dans une ruine, et le sifîlement du merle dans un bois, Le chameau au pied garni de coussin pour le sable des déserts, le renne

léger pour les neiges du nord, Une peau lisse et nue pour l'Ethiopie, de riches et molles fourrures pour

le pôle :

Il y a en toutes choses conformité : discorde avec discorde enfante la

musique.

Et l'harmonie de la nature se maintient, parce que chaque chose connaît

sa place.

îL'^beuflle au chevalet de l'artiste, le paralytique maniant le burin, le

boiteux s'élançant vers le terme.

L'oreille du sourd accordant le psaltérion, le bègue essayant l'éloquence, — Est-il surprenant qu'aucun d'eux ne réussit ? le trait manque également

le but S'il est tortu lui-même, ou si la corde de l'arc est de travers ; Ainsi, l'esprit qui excelle dans un genre, et qui se toiu'mente en vain dans

un autre, Qu'est-ce sinon un arc mal-tendu, et son dessein une flèche tortue ? C'est par la connaissance de toi-même que tu prouves ta supériorité :

n'attéle point le coursier à la charrue, Et n'aiguiUonne point le bœuf laborieux, pariant sa lenteur contre celui

qui vole ; Réfléchis sur tes défauts, veille sur tes penchants, recherche tes vertus

cachées.

Analyse ce qui est douteux, cultive ce qui est bon, et écrase la tête du mal : Ainsi, ta main agile attrapera la balle d'or, l'occasion favorable,

Le guerrier, armd de toutes pièces, sera prêt pour le combat, son cheval

sera bridé ; Tu pareras les coups dangereux, tu maîtriseras les circonstances. Et tu détourneras à ton usage particulier le cours ordinaire des événements : Choisissant ton costume dans l'armoire du monde, tu revêtiras ton esprit

décemment.

Et ne mettras point la maine blanche de la paix dans le gantelet de la

défiance :

Le berger viendra avec un bâton, et avec une fronde et une pierre il sera

le plus fort ; Le soldat laissera là la quenouille, et l'écrivain mettra bas l'épée ; L'homme ignare se taira, obtenant ainsi un des attributs de la sagesse, Le sage sera économe de ses leçons à des oreilles qui n'entendent point : Tu seras calme, comme le lion qui se repose, plein du sentiment de sa

force.

Et le choc qui brise le globe, ne détrônera point celui qui se possède.

^pprcnîis, ô mortel ! à te connaître toi-même, alors, tu seras humble : Le désert dur et brûlant de ton cœur fleurira comme le lis et la rose, Les coteaux gelés de l'orgueil se fondront, comme les bancs de glace des

tropiques ; Les fontaines amères de l'égoïsme seront plus douces que les eaux du Nil : Mais si cette sagesse te manque, ton frêle esquif est condamné, Entraîné par un tourbillon plus fort dans le redoutable abyme ; Si tu n'es point versé dans cette haute doctrine, tu te lèves, couvert d'acier, Pour défier, incrédule moqueur, la foudre céleste : Car, si tu regardes autour de toi, tu verras à tes ordres tout l'univers ; Le sol fertile, la mer légère, l'aîr ondulant.

Les moissons dorées, les fruits veloutés, les fleurs, les pierres précieuses, Les parfums rares, les vues riantes, de riches tableaux, la douce harmonie, Pour toi, les poissons s'attroupent dans la baie, Pour toi, le bétail vit, laboure, et meurt, sur mille montagnes : La lumière est ton esclave journalière, la nuit t'invite à dormir Les mains de la Beauté te servent, et la Sublimité s'agenouille devant toi : Lève-toi, souverain de la création, et contemple ta gloire ! Outre cela, tu as une ame ; l'intelligence te porte au ciel avec la rapidité

du vol.

Elle te sert sur la terre, et par elle tu descends aux enfers ; Tu as mesuré la bande de Saturne, tu as pesé les lunes de Jupiter, Et tu as vu, par l'œil de la raison, le centre de ton globe ;

Tu as savamment compté les millions de lieues entre soleil et soleil,

Et noté dans ton livre l'arrivée de leurs ouibres :

Avec une exactitude merveilleuse et infaillible, tu connais le point et

l'instant, Le lieu et le temps du sentier de la comète ; on dirait qu'elle s'élance

dans l'espace pour t' obéir :

Lève-toi, roi de l'intelligence, et contemple ta dignité ! Outre cela, — prête l'oreille, une fois pour toutes, au discours flatteur de

la religion ; Tu as une ame, et, de plus, un Dieu, — mais que cela ne t'humilie point ; Ton Créateur a bien voulu vivre et mourir — homme ; Le plus brillant joyau de sa couronne est l'humanité volontaire; Par un avilissement extrême, et à un prix incalculable, il a acheté cette

liberté enviée.

Mais toi, tu es héritier né de ce que ton Maître a gagné avec tant de

peine.

Climax de l'orgueil, triomphe de l'humanité, Triple couronne de ton front. Moi suprême,* Moi toutpuissant ! Lève-toi, Maître de l'univers, être plus grand qu'un Dieu ! — Qu'as- tu dit, chétive créature? — rentre en toi-même; Regarde ce sépulchre blanchi, le taudis de ton cœur : Ha ! que d'horribles fantômes se pressent dans cette cabane ; L'œil hagard du meurtre, fronçant le sourcil dans l'obscurité, La griffe osseuse de l'avarice, dépouillant le pauvre, La flamme pâle et blafarde de l'impudicité, le visage hébété de la folie, Le forfait révoltant de la cruauté, les orgies impures et féroces de l'ivresse, La vanité faible et méprisable, la crédulité stupide et obstinée. Le dédain diabolique de l'envie, et les traits abjects de l'ingratitude, — Homme, ce que tu as vu, suffit-il ? sont-ce là des preuves convaincantes Que tu es un miracle de miséricorde, et que toute ta dignité n'est que

rebut ?

C'est un bon conseil que celui de la sagesse terrestre, Mortel, connais-toi

toi-même ; Mais celui de la sagesse céleste est meilleur, Mortel, connais ton Dieu. En te connaissant toi-même tu dévoileras le mal, et, armé de toutes pièces,

tu lui résisteras ; De la connaissance de Dieu résulte la connaissance du bien, et l'amour

universel est dans ton cœur.

Chaque être créé connaît ses capacités, il court dans le sentier de l'instinct,

Et il faut que la raison, au lieu de s'amuser en chemin, se serve de

toutes les convenances :

Du léger pour la course, du fort pour les fardeaux, du sage pour l'heureuse conduite ; Car la connaissance de soi-même occupe une niche distinguée dans le

temple de l'utilité ; Mais tu chercheras en vain cette connaissance, si le fil de toute la vérité

n'est point dans ta main, Car dans le labyrinthe du cœur humain les détours de l'illusion sont très

compliqués :

Tu ne saurais sonder ses abymes avec le plomb de la raison superficielle, A moins que le pilote de l'ame, la religion, ne te prête sa corde rouée,

qui est interminable :

C'est pourquoi, si tu veux acquérir cette grande science, la science étant

la mère de la domination.

Etudie Dieu ; tu te connaîtras toi-même, et tu triompheras de tout.

Ib U (Uruautl bedhb Us aEimaui,

?^ontc à toi, ô homme, Monarque barbare orgueilleux monopoliste de la

raison ; Honte au roi de la Création, despote féroce et sanguinaire : Quoi ! n'est-ce donc pas assez, mortel, la faim, les maladies, la fatigue ? — Faut-il, outre cela, que ton aiguillon ou ta courroie ajoute à l'existence

une nouvelle douleur ?

Quoi ! n'est-ce pas assez que ton péché ait attiré les souflFrances et la mort, Sur ces pauvres serfs muets qui pourvoient à tes jouissances, qu'outre

cela, tu les harcèles de ta rancune ?

L'héritier prodigue de la création a perdu au jeu son tout, — Ajoutera-t-il la torture à ce joug lourd et cruel qui écorche ses esclaves? Le chef de l'orchestre a troublé la psalmodie de la nature, Multipliera-t-il ce discord bruyant en tendant plus fort toutes les cordes ? Le rebelle a fortifié sa citadelle, enfermant avec lui ses vassaux, — Aggravera-t-il la calamité des assiégés par l'oppression domestique ? Image doublement pervertie de ton Créateur, odieux représentant de

l'Amour céleste.

Que la honte te porte à la miséricorde, sois bon aux créatures que tu as

ruinées ; La terre et ses millions de races sont maudites à cause de toi, La terre et ses millions de races s'agitent et se retoui-nent encore sous ta

cruauté :

En existe-t-il une parmi ces millions qui ne témoignera point contre toi. Un nourrisson de la terre, du ciel, ou de la mer, qui ne t'accusera de rien ? Depuis l'éléphant qui halète à la mise à l'eau, jusqu'à la musaraigne dans

le champ moissonné.

Depuis la baleine que le harponneur a frappée, jusqu'au véron pris avec

une épingle, Depuis l'albatros fatigué de son vol, jusqu'au roitelet dans son nid abrité, Depuis la phalène tête morte et la demoiselle galonnée, jusqu'à la bête à

Dieu et au moucheron,

ai9)

Page 1