‹ Philosophie proverbialeChapitre 26 sur 81 · DE LA CRUAUTÉ ENVERS LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DE LA CRUAUTÉ ENVERS LES ANIMAUX

Le verdict de tous les êtres est unanime, leur maître est cruel :

Le chien, ton humble ami, ton intime, confiant et sincère,

L'âne, ton esclave qui ne se plaint pas, se peinant du matin au soir ;

L'agneau, le lièvre timide, et le bœuf qui laboure ;

La truite marquetée, se chauffant sur un banc, et la perdrix glanant dans

le chaume.

Le cerf aux abois, le ver dans ton sentier, et l'oiseau des bois, captif

désolé, Tout ce qui pourvoit, à la fois, à ta vie, à ton bien-être, à ton orgueil, Atteste, d'une voix unanime, que l'homme est un maître cruel.

ïl est vrai qu'ils sont tous à toi : tu as un droit incontestable à leurs services :

Us te sont donnés pour tes besoins, afin que tu t'en serves avec reconnaissance, avec bonté ;

Avec reconnaissance à leur Dieu et à ton Dieu, — à leur Père et à ton Père,

De la douceur pour ceux qui travaillent pour toi, et qui t'assistent de leur tout ;

Qui te sont donnés pour te nourrir, mais non pour que tu les tues de gaîté de cœur ; pour porter tes fardeaux, si l'humanité, les allège :

Pour le luxe, mais non pour la torture ; pour le trait, mais selon leur force ;

Car le chien ne saurait plaider son droit, ni justifier son immunité.

Ni désarmer la colère par une douce réponse, ni détourner le coup qu'il n'a pas mérité ;

Le bœuf excorié ne peut ni se plaindre, ni demander un moment de répit ;

Le cheval épuisé cache son angoisse, jusqu'à cq qu'au bout de la lice il rende son esprit pantelant ;

Même, dans l'hiver de la vie, lorsque de continuelles fatigues l'ont afi"aibli,

Si l'ingratitude oublie ses services, il ne saurait en renouveler l'idée :

Voilà, il meurt de faim; une grosse larme est dans son œil;

Sa peau est écorchée de coups, et il chancelé sous son fardeau,

L'âge engourdit ses membres, ses nerfs ont perdu leur vigueur.

Et la douleur s'empreint sur sa face, tandis qu'il lutte, malgré sa faiblesse, avec le travail ;

Encore une fois, cependant, humble et muet, il endure le coup qui l'écrase ;

Cet effort a brisé les fibres de son cœur, — le noble animal est mort!

Page 1