DE LA CRUAUTÉ ENVERS LES ANIMAUX
Dans touts le inonde n'y a-t-il pas un avocat ? un juge pour venger les
torts de cette victime ?
Point de voix pour la défendre ? point de sentence contre son oppresseur ? L'œil morne de l'animal torturé n'en plaide pas moins éloquemment pour
lui; Toute la justice des cieux ne s'en émeut pas moins d'indignation à la vue
de son supplice ; Toute la pitié de la terre n'en invoquera pas moins la malédiction contre
un être cruel, La malice rongeante des méchants n'en est pas moins leur châtiment
intolérable.
L'Ange de miséricorde ne s'arrête point pour les consoler ; il passe de
l'autre côté, Et pas une larme ne coule de ses yeux, lorsque le cruel est maudit.
iB ramitiK
^ommc la gelée au bouton, et la nielle à la fleur, tel est l'intérêt personnel à l'amitié :
Car il est impossible que la Confiance habite où l'Egoïsme garde la
porte.
Si tu t'aperçois que ton ami se préfère à tout, tu n'as aucune garantie de
sa bonne foi ; Et si tu cherches ton propre avantage, tu fais tort à la confiance de ton
ami.
La flatterie cache son visage fardé quand l'amitié s'assied à sa table ; La porte se ferme au soupçon, et la candeur est bienvenue : Car l'amitié abhorre le doute, la confiance réciproque est sa vie. Et si une louange artificieuse prouve le dessein de celui qui la cherche,
elle périt aussitôt.
n se peut qu'un homme t'ait quelque fois obligé, que même il t'ait rendu
de grands services, Dont, néanmoins, dans le secret de ton ame, tu ne désires point l'amitié ; C'est que des bagatelles composent la somme de la vie, et que, malgré
l'importance de ses bienfaits, Quoiqu'il ne te refuse ni sa bourse, ni même son tout, dans ton plus grand
besoin, Si, pour tout cela, vos caractères ne peuvent sympathiser, Jamais tu ne l'appeleras ami, quoique la reconnoissance inonde ton
cœur.
L'homme dur broie cruellement l'ame sensible de son frère : L'esprit médiocre s'ennuie bientôt de la compagnie monotone de la sagesse : L'ame faible n'ose suivre la trace de la vigueur et de la décision ; Et le mondain regarde d'un œil dédaigneux ce qui semble être la folie
de la foi.
La montagne est composée d'atomes, l'amitié de petites choses, Et si les atomes se désunissent, la montagne tombe en poudre.
^pproc!)e, et je te montrerai un ami; je te ferai le portrait d'un homme
digne de ta confiance :
Ton cœur n'en sera point dégoûté : tu ne le mépriseras point en secret. Il te faut du temps pour le connaître pour démêler le fil de sa valeur ; Et il ne t'éblouit pas, au premier coup d'œil, afin de s'éclipser pour
toujours, Mais petit d'abord, il s'élève peu à peu, et atteint la hauteur de ton
estime.
Il se souvient que tu n'es qu'un homme ; il n'attend pas de grandes
choses de toi ; Et sa retenue envers toi t'avertit en silence des égards que tu lui dois. Il ne néglige ni la politesse, ni les bienséances : Jamais il ne se moque des défauts d'autrui, ni ne s'abandonne, en ta
présence, à de rudes censures :
S'il le fait, comment sauras-tu que tu n'es point l'objet de son ironie ? Il ne te cache aucun secret, et, en revanche, ne rejeté point les tiens ; Il partage ses joies avec toi, et se plaît à souifrir sa part de tes douleurs. Voici encore un de ses mérites, il t'aime trop pour te laisser voir les
corruptions de son cœur :
Car, de même qu'un mauvais exemple fortifie les mains du méchant. Ainsi, faire parade de tes vices, c'est un poison secret pour ton ami : Cela tranquillise un mauvais naturel, et on ne lui résiste dès-lors que
faiblement.
Si l'on s'aperçoit que l'ami qu'on honore est plus coupable que soi. J'entends des amis se communiquer leurs émotions ; vous parlez de
l'abondance du cœur, Et n'étant que des hommes vous réclamez, comme tels, les sympathies
de l'humanité : (^^j La confiance ouvre les lèvres, les yeux rayonnent d'indulgence, Cette langue ne se vante point, la bonté fait la joie de ce cœur, Et l'ami ne se tient pas sur une montagne, faisant signe à son compagnon
de l'y suivre, Mais, vous tenant par la main, vous la gravissez ensemble, et vous portez
les fardeaux l'un de l'autre.
Vos espérances, vos aspirations, les épanchements d'un cœur ardent,
voilà votre entretien, Vous révèles, par un heureux échange, les trésors secrets de l'affection. Vous prêtez l'oreille à la voix de la complainte, vous prononcez tout-bas
des paroles consolantes.
Et quoique vous soyez deux, vous parlez haut, comme si vous étiez seuls.
124 DE l'amitié.
Hn te clioisissant un ami sois circonspect, et aie surtout égard à sa
position sociale, Car l'échelle graduée des rangs est conforme à l'ordre céleste : Si un homme de basse condition devient ton ami, se chauffant aux doux
rayons de ta confiance, Sache que tu as amassé des chagrins pour ta vieillesse : Car tu t'abaisses à son niveau, tes parents te mépriseront, Et cet être abject que tu as traité si délicatement te négligera sur ton lit
de mort.
Quand même tu parviendrais aux dignités, aspirant à la société des princes, Qu'es-tu, si ce n'est un marchepied, quoique si près d'un trône ? Ô jonc parmi les lis, sache que tu n'es qu'une mauvaise herbe, Ô ronce parmi les cèdres, le dédain te consumera dans sa fureur. Quant à toi, mon ami, mon élève, fais un choix dans ta propre caste, Et ne fais point de ton valet ou de ton maître un ami intime ; Car, parmi les hommes, l'amitié seule est la vraie république, Où le service est égal pour tous, et où tous jouissent du privilège de commander :
Cependant, selon mon avis, tu ne t'ouvriras à personne qu'avec réserve, De peur que tu ne t'en repentes, quelque jour, si le perfide se retourne
et te déchire :
Plus d'un apostat a trahi la confiance inconsidérée de l'amitié, Et plié à ses vues intéressées le secret de l'ame.
^'absence fortifie l'amitié, si les souvenirs qu'on en conserve sont doux ;
Mais à moins que le vin ne soit bon jusqu'à la fin, l'absence l'affaiblit journellement.
C'est une chose rare que la foi, et l'amitié est une merveille parmi les hommes.
Ils appèlent, néanmoins, des étrangers leurs amis ; et disent qu'ils croient quand ils doutent.
Les heures que l'on emploie à cimenter l'affection ne sont point perdues ;
Car l'ami est au-dessus de l'or, précieux comme les trésors de l'ame.
Épargne les préceptes, enseigne plutôt par ton exemple :
Tu blesserais, peut-être, la vanité de l'homme, et il rétorquerait durement.
Il est des personnes qui n'ont jamais eu d'amis, parce qu'elles étaient malhonnêtes et intéressées.
L'amour du monde, l'apathie, et l'orgueil, ne laissent que peu d'hommes de mérite :
DE l'amitié. 125
Mais celui qui a l'estime de tous ne manquera jamais d'ami ;
Car, de même que l'aigrette du chardon prend son essor, et jète son ancre
dans le sol, Ainsi la philanthropie soupire après un cœur où elle puisse prendre racine
et fleurir.
Sï'ententis, cependant, l'homme sensible se plaindre du froid nébuleux,
Que les brouillards de l'intérêt répandent sur la société.
Il s'attriste, et il a raison ; car le mensonge a outragé sa confiance.
Et les brèches de son cœur navré sont hérissées par les ronces du soupçon.
Hélas ! qu'il y a peu d'amis, qui justifient l'espoir de la charité !
Que les hommes qui s'oublient pour l'amour d'autrui sont rares !
Chacun cherche son avantage, et regarde ses frères comme des rivaux,
Masquant l'envie avec l'amitié, pour atteindre un but secret.
Le monde, aussi, qui corrompt tout ce qui est bon, a outragé ce nom sacré.
Car il appelé ami, quiconque n'est point un ennemi avoué ;
Et les convives ressemblent à des essaims de mouches, pendant que
l'abondance préside au banquet :
Est-il étonnant que les froids refus du besoin les dispersent ? Ce sont des vautours autour d'un cadavre réunis pour le festin ; Mais un bruit soudain les alarme, et aussitôt ce ne sont que des points
dans les nuages.
Ceux qui méritent ta confiance, ô homme sensible, sont en petit nombre ; Mais ne pleure point, car il y en a, et ceux-là vivent pour toi : Ce monde de glace est pour eux un séjour triste et stérile. Et ils recherchent volontiers ceux qui te ressemblent ; il n'y en a guères : Car, quoiqu'il n'existe point d'homme qui ne soit susceptible d'amitié, L'homme que la vérité qualifie d'ami est un prodige.
Sb raninnr.
ïl y a une fleur dont le parfum est bien doux, elle réjouit le jardin du
cœur:
Sa racine est profonde : comme le cholchique violet de l'automne, elle
dure longtemps, mais sa délicatesse est extrême : L'isolement et la pensée sont la rosée qui l'humecte soir et matin ; La Mémoire et l'Absence l'entretiennent, comme l'haleine embaumée du
sud:
Son soleil est la splendeur de l'affection, et elle fleurit sur les frontières
de l'Espérance ; Elle a pour compagnes de modestes fleurs, et la ronce se flétrit à côté
d'elle.
Je l'ai vue fraîchement éclose ; j'ai senti la magie de son sourire. La violette s'est réjouie sous elle, la rose s'est inclinée pour la baiser; Et il m'a semblé qu'un chérubin y avait transplanté une des fleurs de
l'Eden.
C'est ainsi que l'oiseau laisse parfois tomber une semence étrangère dans
un sol propice.
J'ai vu cette fleur, mais je n'ai point demandé quel était son nom; je
savais qu'il n'y avait point de langage assez riche pour l'énoncer, Quoique, dans touts les climats, il ait son écho dans tous les cœurs. Que dirai-je, cependant? L'homme sordide est-il susceptible d'Amour? Le séducteur l'a-t-il connu ? L'adultère en a-t-il la moindre idée ? Celui qui recherche les femmes étrangères, conçoit-il la pureté de cette
passion ?
L'inconstant en sentira-t-il la vérité ?
L'Amour cherche le bonheur d'autrui, souvent au risque du sien ; Il est chaste, et il se confie en Dieu, source de tendresse et de joie ; Calme, mais profond, comme le Rhin parmi les fleuves, Constant, immuable — la Candeur et la Vérité sont ses compagnes.
^tnour! — dans ce mot quel volume, dans cette larme quel océan, Dans ce regard un septième ciel, dans ce soupir un tourbillon,
Dans ce contact un éclair, dans ce moment mille ans,
Quelle concentration de joie, ou de douleur, si l'amour est propice ou
malheureux !
C'est cette poésie naturelle, plante indigène au sol de l'ame, Cette musique naturelle du cœur, qui en fait tressaillir toutes les fibres, L'histoire sans fin ; c'est pour l'entendre que les anges accourent, et se
pressent, La parole, la reine des paroles, gravée sur le coeur de Jéhovah ! Appelé, si tu veux, la malice aux yeux de serpent miséricorde, appelé
l'envie louange sincère.
Imagine-toi que la ruse de l'égoïste est sagesse, et que la trahison du
lâche est prudence, Kends hommage aux blasphèmes de l'incrédulité, titre les de philosophie
libre et hardie.
Et regarde l'insouciance du dérèglement comme le juste attribut de la
liberté, — Mais en face du monde, ô mon ami, ô mon élève, ne souille point la
pureté de ce nom ; Ne souffre point que la majesté de l'Amour soit comparée à la bassesse
du désir ; Car l'amour lui ressemble aussi peu, que les chants des séraphins à la
discorde, Il ressemble aussi peu à l'Amour, que les exhalaisons de l'Etna à l'été.
îl'^nxour est une douce idolâtrie qui asservit l'ame.
Une force spirituelle irrésistible, en guerre avec l'inertie de la matière.
L'esprit d'un ange dans un corps mortel ; quoique tombé, qu'il est
beau!
Toute la dévotion dont le cœur est susceptible, dévotion profonde et
sublime, Vois-tu ce géranium étiolé, serré dans l'embrasure de la fenêtre d'une
cabane, Avec quel empressement ses feuilles languissantes se dirigent vers la
lumière.
Comme il s'élance en haut vers le soleil, soupirant après ses douces
influences, Oblation réelle et vivante au Dieu qu'il adore ! Telle est l'ame qui aime ; voilà pourquoi le rosier de l'affection, Incline chacune de ses feuilles afin de mieux contempler les yeux qui lui
sont si chers,
128 DE l'amour.
Chacun de ses pétales vermeils se chauffe à cette douce lumière, Et toute sa joie, toute sa vie, dépend de leur amour.
Sî l'amour se fane dans le cœur, il ne fleurit plus : Si cet air agréable est oublié, il ne s'apprend plus : Souvent, néanmoins, la pensée portera ses regards en arrière, et donnera
des larmes à ses premières amours ; Et les faibles sons de cet air agréable resembleront aux reproches d'un
trépassé.
Gémissant, comme la harpe d'Eole, dans le déser du cœur, Oïl le siroco brûlant du monde a flétri son \inique oasis.
Su Jfinriagr
ZPemanlre une bonne femme à ton Dieu, car elle est le plus beau présent
de sa providence, N'exige pas, toutefois, par un excès de confiance, ce qu'il n'a point
promis :
Tu ignores qu'elle est sa volonté sainte : — que ta prière s'y conforme ; Et remets t'en à sa miséricorde, dans l'assurance qu'il en agira favorablement envers toi.
Si tu dois avoir la femme de ta jeunesse, elle vit actuellement sur la
terre ; C'est pourquoi, pense à elle, et prie pour son bien ; quand même tu ne
l'aurais point vue.
Ceux qui aiment de bonne heure ont les mêmes vues, et le tentateur ne
les touche point :
A mesure qu'ils croissent, ils se soutiennent l'un l'autre, comme l'olive
et la vigne. La jeunesse soupire après une ame qui lui ressemble, et elle désire avec
ardeur trouver un cœur qui répond au sien ; Elle médite nuit et jour, raffolant de l'image qui occupe sa fantaisie. Prends garde que ce qui te charme soit réel, que ce ne soit pas un objet
imaginaire.
Et ne permets pas que des bagatelles t'inspirent de l'amour ; car la femme
est à toi jusqu'à la mort.
Il se peut que la harpe et la voix te ravissent, — il se peut qu'un son
enchante ton oreille, Mais, penses-y bien, la main se séchera, et les doux accents se changeront
en dissonance :
Il se peut que l'œil, si brillant au soir, soit rouge de larmes avant le
matin.
Et il faut que la sylphide aux formes élégantes subisse les contorsions
de la douleur.
^tutziilp sort, destin béni, joie digne des anges,
Si la chaine d'or de la vraie piété s'entrelace avec les roses de l'amour :
Mais n'affecte point la dévotion, pour obtenir faveur aux yeux d'un être
créé:
C'est là le crime mortel de l'hypocrite, et il t'expose à la colère dans
l'autre monde.
L'idole de ton cœur n'est, comme toi-même, qu'une étrangère mise à
l'épreuve sur la terre, C'est pourquoi, veille sur son ame, le joyau de son écrin : Qu'elle soit enfant de Dieu, afin qu'elle apporte une bénédiction sur ta
maison, — Une bénédiction au-dessus des richesses, et qui amène dans son cortège
le contentement :
Qu'elle soit héritière du ciel ; afin qu'elle t'aide sur la route : Car ceux qui sont im dans la foi, combattent à deux mains contre le mal. Prends garde qu'elle ne te préfère à Dieu ; de peur qu'elle ne tombe dans
l'idolâtrie :
Assure-toi, cependant, qu'elle t'aime ; car son cœur est un cœur de
femme ; Et il faut que la triple nature de l'humanité soit liée d'une triple chaîne, Ame, esprit, corps — piété, estime, affection.
^uc la modestie est belle ! Elle ravit tous ceux qui la contemplent :
Mais un mot, un regard, peut anéantir cette pure flamme qui n'était que pour toi.
N'affecte point de dédaigner la beauté : personne n'est exempt de son influence ;
Ne la regarde point, toutefois, comme une perle précieuse : elle s'évanouit comme l'arc-en-ciel.
Si le caractère est doux, il arrive souvent que les traits en portent l'indice:
Le tendre sourire de celle qui nous aime vaut mieux qu'un éclat éphémère.
Dans le choix d'une femme, ne pense pas seulement à toi.
Mais encore à ceux qu'il plaira à Dieu de te donner, de peur qu'ils ne te reprochent leur existence :
Assure- toi de sa santé, de peur que tu n'aies à déplorer sa perte prématurée :
Assure-toi que la tige d'oîi elle sort est saine, de peur que tes enfanta ne périssent avant toi :
Car la peau la plus fine récèle souvent une maladie consumante,
Et plus d'une joue riante brille de l'éclat de la folie.
©ûserbc la conversation de celle que tu aimes ; qu'elle soit simple et
sincère ; Car la femme artificieuse et fausse hérissera ton chevet d'épines. Observe sa conduite envers les autres, lorsqu'elle s'imagine que tu n'es
point auprès d'elle ; C'est qu'en ta présence l'incarnat de l'amour voile la couleur de son ame. Est-elle savante ? le savoir est un avantage, si la modestie l'accompagne : Est-elle sage ? la sagesse est précieuse, mais prends garde que la tienne
surpasse ; Il faut que la femme soit sujète, et la vraie supériorité vient de l'ame. Unis-toi à ton égale, oîi tu seras foulé aux pieds de l'orgueil ; Et ne recherche point l'opulence, de peur qu tu ne t'apparies à la misère : Ne te marie point sans moyens, car ce serait tenter la Providence ; Mais n'attends point que tu en aies plus qu'il ne t'en faut ; car le mariage
est LE DEVOIR de la plupart des hommes : Le fardeau serait bien cruel s'il l'emportait sxu" l'innocence et la santé, Et un mariage bien assorti n'a que peu de chagrins. Au jour de ton bonheur, souviens-toi des pauvres : et tu feras une riche
récolte de bénédictions ; Car ceux-ci sont les pensionnaires de Celui qui comble ta coupe de
plaisirs :
Au jour de ta joie, sois reconnaissant : Dieu est bien digne de tes louanges, C'est un cœur vil et intéressé qui n'a recours à Lui que dans l'affliction. Pom' l'amour de celle qui s'appuie sur ton bras, ne recherche point l'attention du monde.
Et souviens-toi qu'une retraite modeste te sied mieux qu'une vaine parade. Si tu te maries, des étrangers deviennent tes alliés; prends garde qu'ils
ne te fassent honte ; Si tu te maries, tu quittes tes parents ; que ce ne soit point dans un
accès de colère.
J?îancès, pèlerins de la vie, qui, dès-lors, voyagez côte-à-côte.
Au commencement de votre carrière, ne négligez point la faveur
céleste :
Qae le jour qui comble vos espérances soit consacré par de nombreuses
prières, Et, chaque soir, prosternez-vous ensemble, afin que votre joie ne soit
point profanée :
Les Anges, ministres de miséricorde qui vous entourent, se réjouiront, Et Dieu répandra ses plus riches bénédictions sur ses enfants favoris.
Le mariage est un type et un avant-goût de choses plus saintes et invisibles,
Et le symbole de la dignité et de la gloire mérite assurément notre vénération.
Conserve la pureté de ton coeur, de peur que tu ne déshonores ton état ;
L'amour de soi-même est odieux et vil ; mais l'amour ne cherche point son propre avantage,
Le méchant change le bien en mal, car son esprit est perverti ;
Mais le cœur du juste et chaste: sa conscience repousse le péché.
Si tu veux qu'on t'aime, que ta confiance soit sans réserve ;
Si tu ne veux point soupçonner, permets aussi qu'on se confie aveuglément en toi :
Car oîi la confiance n'est point réciproque, l'amour crédule se flétrit.
Ne cachez ni votre douleur ni votre joie; soyez francs l'un envers l'autre;
Que l'amertume s'éloigne de vos langues, et que la sympathie séjourne dans vos coeurs.
En communiquant nos maux, il n'en reste que la moitié, et nous doublons les plaisirs de la vie,
Mais les chagrins se multiplient et se pressent dans l'esprit sombre de la Réserve.
S^unc ifemmc, ne sois pas indocile, et n'oublie point que la modestie te
sied:
Si tu la rejètes aujourd'hui, ne croira-t-on pas qu'auparavant elle était
simulée ?
Ne sois point, toutefois, une enfant timide — honneur est dû à ton état ; Un air digne convient à la modestie d'une mère de famille : elle ne rougit
point, mais elle n'est pas effrontée.
Sois obligeante aux amis de ton mari, à cause de l'amitié qu'ils lui portent^ Et souffre patiemment ses infirmités : n'as-tu pas besoin de son indulgence ? Ne soyez pas toujours tête-à-tête : il est quelquefois bon d'être seul ; Trop de monotonie inspire un dégoût réciproque : L'un et l'autre possèdent une ame, et il faut qu'elle soit nouiTie ; un
esprit, que la sagesse doit instruire.
C'est pourquoi, étant responsables de l'usage que vous faites du temps,
aidez-vous l'un l'autre à en profiter.
Si vous vous apercevez que l'amour diminue, cherchez aussitôt la cause
secrète de ce déclin ; Qu'il ne s'envenime pas, même pour un jour, mais confessez-le, déplorezle conjointement :
Kêconciliez-vous tout de suite, car l'amour est la vie du mariage,
Et, victorieux de la mauvaise humeur, partagez l'honneur du triomphe.
^uc personne, ô femme, ne jouisse de ta confiance, si ce n'est ton mari:
Que personne, ô mari, ne te soit plus cher que ta femme.
Au milieu de la joie d'une famille bien réglée, souviens-toi que cette vie
n'est point ton repos ; Car la beauté actuelle de l'ombre pourrait te faire oublier la réalité à venir. Si Dieu vous accorde des enfants, c'est un plaisir alarmant, Une inquiétude plus douloureuse, une joie plus vive, et le cercle de votre
existence s'agrandit :
Si Dieu dans sa sagesse les refuse, rendez lui grâces pour une miséricorde
inconnue :
Car qui sait s'ils seraient un bonheur ou un fléau ? Vous pouvez prier, cependant, comme Anne, ne faisant fond que sur la
volonté de Dieu :
La résignation adoucit le calice, mais l'impatience y verse un fillet de
vinaigre.
Voici donc le sommaire de l'argument: — si vous voulez être d'heureux
époux.
Soyez confiants, aimez, supportez : soyez fidèles, fermes, pieux.
Bb rlîiîirEtinii*
Sl*Hnfant dans une maison est une source de vrais plaisirs, un messager
de paix et d'amour :
Un lieu de repos pour l'innocence sur la terre ; l'anneau qui unit les
anges et les hommes ; C'est, toutefois, un talent qui t'est confié, un prêt dont l'intérêt te sera
redemandé ; Une joie quoique mêlée d'inquiétude ; douce comme le miel, mais amère
aussi.
Le caractère se forme jour après jour, et tout concourt à le développer. Et il se peut que le pli du bien ou du mal se prenne dans l'enfance : Égratigne l'écorce verte d'un rejeton, ou tords-le lui-même inconsidéré*
ment dans le sol, Le chêne cicatrisé, tortu, témoignera contre toi, siècle après siècle ; De même, tu peux diriger l'ame vers le bien, ou la livrer au mal
corrupteur, La disposition habituelle étant le résultat des premières impressions qui
la façonnent :
C'est pourquoi, bien que la voix de l'Instruction sollicite l'oreille de
l'intelligence, Même avec le lait de sa mère, le nouveau-né boit l'Education. La patience est la première grande leçon; il peut l'apprendre à la
mamelle :
Et l'habitude de l'obéissance et de la confiance peut être entée sur son
esprit dès le berceau :
Joins ses petites mains pour la prière, qu'il fléchisse ses faibles genoux ; Qu'il te voie parler à ton Dieu ; il ne l'oubliera jamais : Lorsque l'âge aura blanchi ses cheveux, il se rappélera avec émotion la
piété tendre de sa mère.
Et le souvenir touchant de ses prières arrêteront l'homme fort quand le
péché le tentera.
DELEDUCATION. 135
"Kz C^ijûfïïts point pour nourrice de ton bien-aimé celle qui pourrait
corrompre l'innocence, Car l'exemple est un moniteur perpétuel, et la bonne semence est étouflFée
par l'ivraie.
Les artifices d'une étrangère ont perverti les dispositions les plus
heureuses :
Mère, que tes lèvres l'enseignent, et que ta mamelle l'allaite. C'est surtout sur les esprits qui l'entourent que le caractère est modelé : Ainsi, que les camarades de ton enfant soient ceux que ton jugement
approuve ; Car l'enfant est dans un monde nouveau pour lui, et il apprend, à tout
moment, quelque chose de nouveau, H a l'œil prompt, sa mémoire fait provision de secrets, Son oreille est avide de connaissances, et son ame est impressible comme
la cire : C'est pourquoi qu'il n'entende que ce qui est bon, qu'il ne se repaisse
point de maximes pernicieuses, Car ce sont les semences des premières instructions qui tombent dans les
sillons les plus profonds.
Ce que l'usage immémorial a consacré, semble être juste et vrai ; Que jamais, par conséquent, il n'ait à se souvenir du temps où le bien lui
était étranger.
Ne tâche point, tendre mère, de concentrer en toi tout son amour ; Non ! ne sois point si intéressée, mais laisse son cœur s'ouvrier pour
autrui ; Accoutume-le bonne heure à la sympathie, afin qu'il s'afiflige avec les
afiiigés ; Et ne réprime point la joie de l'enfance, — ne faut-il pas un soleil au
matin de la vie ?
Ne satisfais point tous ses désirs, ainsi tu fortifieras son espérance ; N'étanche pas, non plus, la source de ses larmes par l'indulgence, ainsi
il redoutera ta fermeté.
Tiens-le surtout dans la sujétion, même à l'égard des bagatelles ; Obligeance envers tous, révérence pour ceux qui en sont dignes, et à toi
obéissance sans réplique.
3Us d'abord, et approuve toi-même les livres que tu donnes à ton enfant; Mais souviens-toi de la faiblesse de sa pensée, et qu'en sa faveur il faut
délayer la sagesse :
Dans l'hydromel des contes enfantins, qu'il goûte le vin pur de la vérité :