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DE LA BEAUTE

Et ceux qui n'y sont pas attrapés sont en petit nombre, car il y a bien

des gluaux ; Où est le sage entre mille, qui n'a point pris la forme pour la beauté ? Mais prends-y garde ; car la vanité et le péché, la malice, la haine, le

soupçon.

Rembrunissant la physionomie, désenchanteront ses attraits. La beauté, nécessairement complexe, exige l'ame et le corps. Quoique bien des médailles de bas aloi passent pour les vraies : Il est vrai que, souvent, la beauté coexiste dans l'être créé avec l'excellence, Et, cependant, bien des furies ont habité des formes angéliques. L'esprit subtil découvrira dans la beauté superficielle Ces souillures qui échappent à l'œil de l'homme sensuel; Il soutiendra, par conséquent, l'épreuve d'une figure qui ne lui plaît point, Et des âmes vulgaires méprisent la délicatesse, que la difformité du vice

fait reculer d'horreur.

M 2? a une beauté pour la raison; noblement indépendante du monde

extérieur.

Elle regarde par les fenêtres du logis, brillant, triomphant dans l'homme. J'ai vu la face large et plate de quelque nain informe Rayonner tout-à coup de gloire, lumière éblouissante de l'ame : S'est-on imaginé que c'était un monstre ? l'intelligence resplendit sur son

front.

L'empire est dans son œil, la suavité est sur sa lèvre, sa joue basanée

étincelle de beauté, Et j'ai connu quelque Nirée de camp, paragon fardé des libertins, Q) Délicat, élégant, bien fait, moulé comme le chef-d'œuvre de Phidias, — Je l'ai vu, raison dégradée, ramper devant le nain. Et ses amantes méprisaient l'insensé, dont la beauté s'était évanouie.

£1 2 a une beauté pour l'esprit ; l'intelligence, quand sa fleuraison est

complète, Répand un parfum exquis, devient ame, et se remplit d'amour et de

bonheur.

Dirige tes pas vers le triste grabat, le lit de mort de quelque pauvre

affamé ; Ses traits se retirent, il est livide, moribond ; il n'y a point ici de beauté

physique :

Jamais il ne se reput d'érudition, jamais il ne but à la fontaine de la science, Il est de la lie du peuple, illétré ; la beauté de la raison n'est point ici ;

200 r>E LA BEAUTE.

Mais, vois-tu ? l'œil qui se voile brille de l'amour céleste,

Chaque regard rayonne de louanges, comme si l'ame adorait avec les

séraphins, Que de miel est déposé sur ses lèvres, éloquentes de reconnaissance et de

prières, — Quel calme triomphe règne sur ce front gluant, — Quelle gloire transparente frissoiane dans ses maigres joues, — Que son visage est beau? — N'est-ce pas celui d'un ange ?

(t'tst de ces trois attributs, mélangés, combinés à l'infini, Que consiste la beauté humaine, dans toutes les merveilles de sa puissance ; De la beauté humaine naît l'intensité de l'Amour ; Sensibilité, pensée, désir, les trois sources profondes de l'afifection. Fils d'Adam, ou fille d'Eve, est-tu captivé par la nature. Et ton oeil novice est-il ébloui par la forme ravissante de la beauté ? Ce n'est ici qu'un amour terrestre ; il n'en est pas moins digne de quelque

honneur ; Ce que Dieu a fait pour nous charmer, il ne faut point que l'homme le

méprise.

Néanmoins, comme enfant de la raison, porte tes regards au-delà, Car l'âge, la maladie, les soucis, le péché, terniront toute la surface : Tâche d'atteindre un amour plus sublime ; laisse-toi séduire par les

attraits de l'ame, — Douce, obligeante, calme, ou décorée de la livrée brillante du savoir : Il y a, toutefois, un plus haut grade ; contrainds l'ame de se perfectionner,— Gagne ces trophées précieux de l'amour parfait:

Ajoutes-yles richesses de la raison, et une beauté modelée selon ton goût, Les joyaux de cette grâce, la plus noble de toutes, qui sied si bien à

l'ame ; Ainsi, tu posséderas un trésor, grand sur la terre et dans les cieux, Beauté, sagesse, bonté, dans une créature, image de son Dieu.

^însf, finissons: d'un pas faible et chancelant.

Je poursuis la beauté par tout l'univers, et je découvre son séjour, l'Ubiquité :

Dans tout ce que Dieu a fait, dans tout ce que l'homme a gâté, La beauté languit, ou ses débris, moule et plâtres brisés. Et maintenant, ayant longtemps erré, au gré de nos désirs, à l'aventure, Ceuillant dans le jardin du monde quelques fleurs choisies,

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