PREMIERE PARTIE
J3zB pensées qui ont séjourné dans mon esprit, et qui en peuplent les
sanctuaires, "Enfants austères de la raison, ou cortège fugitif de la fantaisie. Via clair de la persuasion, avec l'écume et la lie des spéculations ; Pur froment des gerbes de la science, avec le chaume de l'aire de ma
grange ; Fouilles à la recherche de la vérité, qui ont tracé ses minières secrètes, Et qui remontent à la surface du globe, avec des connaissances plus
solidement fondées.
Arguments de haut vol, qui ont pris leur essor jusqu'à la clef de la
voûte céleste, D'oîi ils se sont précipités vers un but fixe, comme l'aigle fond sur sa proie ; Fruits que je dois à la prudence, récolte mûre de mes méditations, Voilà ce que je te recommande, élève docile de la Sagesse, Voilà ce que j'offre à ton cœur susceptible, ami sincère du bien.
©.uoî ! quand celui qui renouvelle ce thème sacré serait un coupable, Touchant de sa faible main la harpe du fils de Sirach ? Quoi ! quand ce seraient de jeunes lèvres qui reprennent l'antique parabole, Redisant d'une voix afluiblie, les discours sentencieux d'autrefois ?
Doux est le miel vierge, quoique l'abeille sauvage l'ait déposé dans un
roseau, Étincelante la bandelette semée de diamants qui entoure le bras de
l'Ethiopien ; Purs sont les grains d'or que roulent les ondes fangeuses du Gange, Et belles les fleurs vivaces, qui s'élancent de la motte froide et dure. C'est pourquoi, disciple bénévole, incline ton oreille à ma voix. Car je suis aussi ce que tu es ; nos cœurs sympathisent : Je condescendrai aux choses les plus basses, car humble est le sort des
mortels ; Je m'élèverai aux arguments les plus nobles, car l'ame a un héritage de
gloire ; Les passions de l'homme abjet; les attributs majestueux de Dieu; Les ombres fiévreuses du temps, et la substance redoutable de l'éternité.
Hîbre ton ame à la candeur, et ne regimbe point comme si tu avais un
maître sévère :
Ne dédaigne point l'angélique Vérité, à cause de son messager indigne ; Ne prends point garde à lui, mais écoute ses paroles, et ne te soucie
point d'où elles viennent; Les vents invisibles pourraient les murmurer, les vagues les annoncer
en mugissant, L'humble jonc des marais, à son insçu, les soupirer dans l'oreille du soir, Ou l'ame de l'orgueil les concevoir, et la bouche de la folie les énoncer. Toutefois, je ne viens pas contre toi avec la hallebarde et le bouclier. Mais je viens en homme de paix, pour consoler, non pour combattre ; Avec les douces paroles de la persuasion, je veux charmer ton oreille
attentive, T'offrant la main d'association, gage de la sympathie du cœur. Marchons ensemble, comme deux amis, dans les sentiers ombreux de la
méditation.
Et que le jugement n'appose le sceau qu'après avoir soulevé la balance : Ainsi les châtiments d'une douce réprimande corrigeront l'erreur involontaire.
Et la Charité ne sera point étrangère à la table dressée pour le banquet
fraternel.
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3^ate«f et précieuses sont les paroles que les lèvres de la Sagesse profèrent:
A quoi comparerai-je leur rareté ? A quel prix s'achéteront-elles ?
Parfaites, infiniment désirables, source de joie et de richesse,
Ce que la terre a de plus beau n'en offre qu'une ombre légère.
Ce sont les perles du hasard, jetées au milieu des écueils par les vagues dédaigneuses de l'Oubli,
Que la Diligence enfile, et pend au cou de la Mémoire :
Semences de bonheur aux aigrettes de neige, venues des îles des bienheureux sur l'aile des vents,
La Pensée en chérit la culture dans le jardin secret du cœur.
Ce sont des germes d'une moisson éternelle, se faisant jour au travers des sillons du temps.
Gages verts et riants du froment d'or, dont le pain nourrit les anges ;
Ce sont des gouttes de cristal, rosée céleste qui rejaillit des ailes des séraphins,
Lorsqu'elles trésaillent d'allégresse, à quelque sabbat radieux:
Telles sont les paroles rares et précieuses que les lèvres de la Sagesse profèrent.
Ce n'est pas tout ; l'éloge de leur force, de leur dignité, de leur excellence,
est à peine ébauché ; Car elles donnent la vie, rayonnantes de gloire, embaumées des parfums
du sanctuaire.
Comme la fumée de l'encens sacré, qui voile le trône de l'Eternel, Comme les rubis étincelants du calice de l'immortalité. Comme les iris entrelacés dans l'écume mousseusedes cataractes du Vrai: Telles sont les paroles rares et précieuses que les lèvres de la Sagesse
profèrent.
Souffre, encore un moment, disciple chéri, les éloges de ton institutrice. Car, en vérité, le soleil de l'ame et la vie du cœur, c'est la Sagesse.