‹ Philosophie proverbialeChapitre 52 sur 81 · DE · texte numérisé non relu

DE

$1 2 a, pourtant, des hommes assez bas pour mentir, et qui prostituent

l'honnêteté à l'intérêt :

Mais y gagnent-ils? — leur gain n'est que perte; un .peu d'argent, et

beaucoup de mépris.

Voilà le triste changement qui s'opère dans un être dégradé ! Il ne sait plus se respecter, ni se faire respecter d'autrui : Ayant perdu l'honnête élasticité de la foi, il rampe sous le lourd costume

de l'hypocrisie :

Au lieu du chemin droit de la vérité, il a choisi des sentiers tortueux ; Au lieu de traits majestueux — il offre les regards timides de la servilité : Au lieu du noble orgueil de la Liberté, — l'esprit d'un esclave.

©U peut, néanmoins, alléguer quelque chose en faveur de la supercherie, vice nécessaire.

Pendant que le monde, et tout ce qu'il contient, est plongé dans le mal.

Oh est l'homme tout-à-fait probe, — champion qui jamais ne pose le harnais,

Prêt d'entrer en lice pour la vérité contre une nuée d'erreurs ?

Où est l'homme tout-à-fait probe, — celui qui dévoile les secrets de la vie,

Afin qu'on le sangle et qu'on l'abhorre, à cause de tant de révélations inhumaines ?

Où est l'homme tout-à-fait probe, — celui qui vit en contestations sans fin.

Cherchant à pénétrer les pitoyables manigances de la société ?

Il faut qu'il dise à l'instant ce qu'il a sur le cœur, — un cœur pervers et corrompu,

Exposant ses difformités sans voile, objets dégoûtants :

Il faut qu'il énonce toute la haine de son ame, et qu'il y ajoute le venin de sa langue ;

Lui est-il permis de sentir, et de cacher ses sensations ? ce serait une bassesse hypocrite, —

Une telle hypocrisie, 0 homme, vaut mieux, toutefois, que cette honnêteté téméraire qui pèche :

Tue la sensation, ou cache-la : que la honte au moins serve de charité.

© C|)avîté, tu ne consistes pas à donner des avis, à te mêler des affaires des hommes,

A blâmer chaque parole oisive, à censurer des peccadilles ;

Ce n'est pas là ton secret, — tu couvriras plutôt leur multitude.

Imposant silence à la langue qui condamne, et aux exhortations ennuyeuses.

Quant à toi, ton énergie et ton zèle se manifestent dans l'encouragement au bien,

Levant le fanal de l'exemple, afin que ceux qui errent trouvent le chemin :

Ce fanal n'est pas allumé pour éclairer toute la turpitude du vice,

C'est, au contraire, pour la lumière et la vie, pour attraire au bonheur, qu'il occupe un lieu si éminent.

L'esprit dur et caustique, anatomiste habile,

Trace les fibres de la corruption, palpant les mystères d'un hideux cadavre ;

Mais l'esprit charitable est le jeune amant, peu sage, il est vrai.

Qui ne voit aucun défaut dans celle qu'il aime, et qui désire en voir un de moins ;

Ainsi, grâce à cette lumière bienfaisante, l'amante est devenue plus digne de son amour ;

Attraite à la vertu par d'heureux soleils, et non par des tempêtes menaçantes.

ïnfirme toi-même, — ne te hâte point de blâmer les imperfections de ton

frère ; Car, souvent, il est bon de couvrir les fautes de la nature d'un voile

modeste ; Et les mains brutales, qui le déchirent, outragent la pudeur et la justice, Tandis que le zèle simulé, et le prétexte de bien faire, n'est qu'une

fausse louange de soi-même :

L'expérience montre souvent que les pauvretés de la vie, reléguées dans

un coin, Sont sagesse ; et l'homme généreux les laisse volontiers inaperçues dans

l'ombre.

Laisse mourir sans reproche, les folies que personne ne loue ; Si tu les repousses, ton honnête courroux n'aura tiré l'épée que pour

établir leur crédit :

Quant aux petites supercheries, laisse-les vivre sans censure : Car si tu combats des pygmées, il se peut que les grues en profitent. Où pour être en sûreté, il fallait être aveugle, Ovide, s'il avait fermé les

yeux, eût été sage : (**) Et où un raporteur pourrait faire du mal, sois sûr que le silence est

prudent ; H se trouve, souvent, que ce qui est juste et bienséant s'oppose à l'honnêteté :

Dans la cause du bien sois sage : si la matière est peu importante, garde

silence.

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