DEL'HONNETETE
^ue le l^anttau de l'humilité voile le front sans rougeur de l'honnêteté, Alors, au lieu de la torche de la discorde, il sera le fanal de l'amour : Si Diogène, au contraire, avec sa lanterne, que l'arrogant vous flanque
au visage, Ne trouve jamais d'honnête homme, il en irritera plusieurs. Que l'honnêteté s'allie à la charité de cœur, de peur qu'elle ne soit
fâcheuse ; Ou le censeur ampoulé d' autrui et de soi-même, tombera dans un profond
mépris.
Que l'honnêteté s'unisse à une vie innocente : alors l'homme n'en sera,
peut-être, que le martyr ; Mais si la franchise du discours s'unit à des crimes secrets, le martyr
devient malfaiteur.
C'est une imposture ingénieuse que d'affecter la brusquerie,
Et de cacher l'eau dormante et profonde, sous les vagues légères et
bruyantes d'un bas fond.
L'égoïsme, pour parvenir à ses fins, se servira du masque de l'honnêteté ; Et cachera ses mains de braconnier pour jouer de plus jolis tours. Il parle haut, en fanfaron, ses arguments sont des blasphèmes. Il vante son honneur, sa sincérité, et les faits ne le confondent point : Il est opiniâtre, et veut qu'on le croie ferme ; il est brutal, et se pique
d'être vrai ; La mauvaise humeur est sa gloire, comme si c'était la justice qm ne se
compromet pas.
Sois sur tes gardes ; tout ce bruit cache un dessein : Cette parade spécieuse d'honnêteté annonce le voleur : H fait sa feinte en choquant d'un air maladroit la bosse du bouclier, Et son adresse, néanmoins, assure en secret le coup fatal. C'est là l'hypocrite de l'honnêteté ; il se trahit en outrant son rôle ; Se donnant beaucoup de peine, s'agitant, grimaçant, quand d'autres
marchent droit ; Ou s'il marche droit, il ne se rangera pas de côté afin qu'on passe. Mais le brutal avance, pousse, et, chemin faisant, provoque l'opposition; Au lieu de calme, ce n'est qu'inquiétude, au lieu de simplicité, ce n'est
qu'intrigue.
Vaillant contre ceux qui ne sauraient se battre, humble envers les braves ; Oh. les conseils d'un frère seraient utiles, cet homme blâme avec dureté, Et, aux moindres occasions, il flatte et loue grossièrement.
DEHONNETETE. 287
Le lâche sous la peau d'un lion a triomphé, grâce à sa réputation de
courage ; La peau de l'agneau a servi au loup, jusqu'à ce qu'il se soit assouvi de
carnage, grâce à sa réputation de douceur.
CÎD'cst que l'honnêteté est d'un grand profit, et les sages n'ignorent pas Qu'elle prospère jusqu'à la fin, et qu'elle remplit la maison d'or. Le phosphore de la fourberie pâlira, tous ses succès finiront, Mais l'honnêteté, lumière toujours croissante, dure comme la lune, Même dans un monde peuplé de voleurs, oh la fraude serait une vertu,
ce serait sagesse De se livrer au vice de l'honnêteté, seul moyen de parvenir, Vu que ce que les lois de Dieu ont proclamé devoir. Sera toujours, dans la conduite de la vie, avantage et privilège. Remerciez Dieu, vous qui travaillez pour votre pain, que, durant cette
fatigue, jour après jour.
Il vous soit permis de voir les bulles de l'intérêt flotter sur le courant du
devoir :
C'est que l'honnêteté, quelle que soit sa nature, approuvée de Dieu et de
l'homme, Est la vraie corne d'abondance, source de richesse et de bonheur. Tempérée par la modestie et par la charité, la franchise dans le discours
est digne d'honneur, Et unie à la prudence, l'honnêteté d'intention est louable : La confiance rend hommage à la vérité, et c'est le salaire des actions
honnêtes :
Les hommes s'appuient volontiers sur celui qui jamais ne défaillit, jamais
ne manqua.
La Liberté brille dans ses yeux, la Noblesse de l'humanité anime son
cœur.
Et l'Indépendance, prenant une couronne, la lui mit sur la tête : Ainsi, établi par son intégrité, juste et ferme dans ses desseins. Utile à plusieurs, ne craignant personne, en spectacle aux anges et aux
hommes, Quand même le globe en ruines chancelerait dans l'agonie de la dissolution.
Il n'en continuerait pas moins dan son intégrité, sublime, — honnête.
Wî lu $uiiit
3Lu liasse des hommes, ô noir Soupçon ! est meilleure que tes craintes,
Plus honnête que tes pensées, ô Prudence au cœur de glace !
Plus pure que tes arrêts, langue austère de la Censure,
A tous égards plus digne d'amour, sinon plus digne d'estime.
Le moraliste a beau condamner, bien des circonstances atténuantes improuvent son verdict,
Le misanthrope a beau fuir, et renoncer aux hommes, ils sont, quant à la plupart, plus aimables qu'odieux.
Que de physionomies riantes répandent partout la lumière,
Que d'anges ont inopinément traversé ton chemin !
Que de fois, dans tes voyages, un instant t'a procuré des amis.
Trouvés, aimés pendant quelque temps, perdus, jamais tu ne les reverras ;
Amis, objets d'heureuses réminiscences, quoique leur entretien fût de courte durée,
Généreux, enjoués, sincères, — que de traits obligeants!
J'ai voyagé sur terre et sur mer, et j'ai fréquenté bien des peuples.
Mais s'il existe un lieu privé du soleil de la bienfaisance, je le cherche encore ;
Les uns plus, les autres moins, — tous, cependant, en réclament leur part;
Et celui qui parcourt le monde trouve l'occasion d'y semer beaucoup d'amitiés.
S'avoue, et cela m'aflElige, qu'il y a des âmes apostates ; Abandonnées de leurs anges gardiens, et livrées à la licence du péché, — Il y a aussi les avares, êtres sordides, aux yeux avides et perçants, Aux coeurs de pierre, aux griffes de fer, qui escroquent, qui raclent, qui
empoignent, — Il y a en outre les âmes vulgaires, intéressées, sensuelles, féroces, Aussi peu susceptibles de pensées délicates, et mortes à la vertu, — n est impossible que l'amant du beau, l'homme généreux et bien né,