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DELA SOCIÉTÉ

Puisqu'il est impossible à l'homme d'avoir de meilleurs amis que ceux

que Dieu lui a donnés, C'est pourquoi, celui qui a méprisé le don, a dédaigné ce qu'il ignorait. Devenez sages, — (je parle aux fils) — et obtenez l'amitié de vos pères, Cultivez leur bienveillance, recherchez leur honneur, voilez, comme

Japhet, leurs défauts :

Devenez sages, — (je parle aux pères,) — gagnes vos fils, faites-en vos

compagnons.

Chérissez leurs entretiens raisonnables, et ne regardez pas vos enfants

d'un air froid.

Sachez que l'amitié d'un enfant est le plus riche fleuron du bandeau de

la Société, Ce diamant n'a point de prix — il est rare qu'on le voie.

%t txûïsitme QtexcU sur les eaux, un des anneaux de l'onyx,

Zone large et définie, renferme toute la parenté :

C'est une troupe bigarrée de diversus tribus, rangées sous diverses bannières ;

Intimes et étrangers, connus et chéris, ou objets d'aversion:

Les uns, aimés à cause de leurs mérites, honorent leurs parents, et obtiennent en revanche l'honneur de la parenté.

Les autres, méprisant leurs devoirs, sont à la fois son fardeau et son opprobre.

Souvent les plus proches parents sont bien loin d'être les plus chers.

Ce sont eux, cependant, qui au moment de la détresse, viennent au secours d'un malheureux.

Ainsi, prends-y garde, la Providence divine a serré les familles de ses liens,

Afin qu'elles s'assistent réciproquement, et souffrent ensemble ; ce sont de fortes chaînes

Dans ta prospérité, les amis sont toujours plus chers, mais dans l'adversité, confie-toi en tes parents ;

Ceux-ci sont l'ordre que Dieu a établi, ceux-là sont le choix de l'homme:

Dans les parents il y a moins de chaleur, dans les amis moins de vérité,

Ceux-ci font voir plus de surface, ceux-là ont plus de profondeur.

Les parents viennent à la recousse, même en dépit du refroidissement et de la négligence,

Où les amis, au moment de ta défaite, auront pris la fuite, même après les promesses et les amitiés.

294 DELASOOIETE.

Les amis, en effet, vont en viennent, le caprice qui les attache les délie à

plaisir.

Mais personne ne peut annuler une parenté, et le Destin a formé le

nœud.

3LdiXQt, et bordé de limites ombreux, il est un boulevard éloigné de la

cité, On entend à l'entour les bourdonnements de la vie sociale, essaim

bruyant :

C'est là la cour extérieure, et toutes ses défenses sont rasées. Autour de la forteresse principale, de la maison paternelle. Plusieurs amis y entrent, en sortent, et te louent, parce qu'ils y trouvent leur pâture.

Et quelques-uns, rayons de miel aujourd'hui, seront fiel demain: Plus d'un bavard de ta connaissance, dans ses visites fréquentes. Passera son loisir à tes dépens, et sa stupidité te coûtera cher : La visite inutile est, en effet, un impôt cruel, où le temps vaut l'or, Et même, au jour de sa récréation, il pourrait, sans doute, épargner sa

présence, — Se trouvant seul, il est venu pour jaser, — jusqu'à ce qu'il ait ennuyé

tout le monde ; Pourquoi cet homme ne s'avise-t-il point d'un message, afin de ne pas être mal reçu ?

ïl 2 a, au contraire, bien des amis qu'on accueille avec plaisir, et qui le

méritent, On les salue avec joie sur les montagnes, on les gronde parce qu'ils

viennent si rarement.

Objets des souvenirs de l'enfance, de ces amitiés de classe qui ont prospéré jusqu'aux cheveux blancs, Les vétérans se rajeunissent, et rient de leurs espiègleries de collège Tels sont aussi, quoiqu'on tête de la liste, ceux qui aimaient ton père, L'ami de ton père, et le tien, qui t'offre un amour éprouvé : Tels sont aussi plusieurs cœurs bien nés, que tu as connus trop tard. Quoique tu te hâtes aujourd'hui d'apprécieur leur valeur, profitant des

moments :

Tel est aussi le pasteur fidèle, qui apporte la paix chez toi ; — Salue cordialement cet excellent homme, — et que tes enfants le bénissent!

BELASOCIETE. 295

©,ue de pensées ! que de pensées ! — comment les saisir toutes ?

Les meilleures ont toujours le vol rapide, les plus insipides restent en

arrière.

Le sujet est vaste, et mon ame est une de ces forêts de l'ouest, Où les bandes de pigeons viennent comme des nuages, et courbent les

branches gémissantes ; Ils viennent pour se reposer, puis s'envolent, — dirigeant leur course vers

d'autres climats.

Et me laissent en paix, exempt de pensées importunes. Je n'ose leurrer ces fugitifs: la Société, vaste sujet. M'exposerait à hasarder bien des réflexions banales, ennuyantes et

monotones : De sages conseils, des avis courageux, des expériences qu'on apprend à

ses dépens, La folle irrésolution de la vanité, le faux brillant de l'orgueil, — L'économie, monnaie de pauvre, — l'extravagance, abyme du riche. Luttes périlleuses contre les bons, singeries insensées des méchants, Circonstance, coutume, sympathies, antipathies, conversations de tout

genre.

Les plaisirs fades, les dégoûts de la volupté, les conflits, le tumulte du

monde, Les consolations domestiques, les misères de la cour, les fils d'araignée

de l'étiquette ; L'hypocrisie de la politesse, l'essence de l'imposture, — l'oisiveté, les

afi'aires, la récréation, — Le catalogue des devoirs, le temps, le lieu, la raison, Et les moindres nuances du caractère, ce qui se fait, ce qui ne se fait

point, ce qui est mal fait, — Toutes ces choses, et plusieurs autres, idées qui se heurtent et se pressent, Planent dans les airs autour de moi, comme des abeilles, qui reviennent,

le soir, à leur ruche.

Si tu ne trouves un but, il faut le créer : ces semences sont les dents du

dragon :

Les pensées qu'on sème deviennent des choses, et le champ qu'elles remplissent, c'est le monde!

Plusieurs sages ont frayé le chemin, ils se sont bien servis de la faucille ; Où trouver un coin, maintenant, où personne n'a lié les gerbes ? Ainsi, d'autres récolteront: je glane et j'amasse, viola tout: Gette chétive poignée d'épis est le peu qui reste de la moisson sociale,

qui a mûri.

Bb U Inlitnh

(B^ui est-ce qui a connu son frère? — Qui est-ce qui l'a vu jouir d'une liberté sans contrainte ?

C'est celui dont l'œil furtif a épié ses actions dans l'ombre de la Solitude.

Nous parcourons le monde en domino, variant nos caractères et nos costumes,

Portant un double masque, Janus social, entourés de spectateurs :

Je ne parle point de l'hypocrite, il n'est pas question de fraudes volontaires,

Mais de ce changement rapide dont on n'a pas l'idée, et que l'homme vertueux sent mieux que qui que ce soit.

Ame agit sur ame ; et personne n'est libre que lorsqu'il est seul ;

Qu'un chien t'observe, c'est assez ; son regard te gênera.

La possession de soi-même n'est jamais complète, en présence de l'intelligence d' autrui.

Elle n'est pas un résultat naturel : c'est un produit de l'éducation.

La présence d'un second esprit réprime nécessairement le tien,

Et lui faisant perdre l'équilibre, il se balance par un violent effort.

Cela est à peine soupçonné par l'ame vulgaire, par l'homme médiocre ;

Mais quoi? il ne se connaît point lui-même: je parle à ceux qui se connaissent.

Celui qui sent qu'on l'écoute devient soucieux ;

La persuasion qu'on te guette, te force à prendre garde ;

Et l'arbre humain sensitif se contracte au toucher, comme la mimeuse.

Languissant, comme une plante qui meurt de soif, et qui perd la moitié de sa vigueur.

Il y a des antipathies qui nous font éviter la foule, et des sympathies qui nous attirent au petit nombre,

Mais l'esprit mercantile a écrasé celles-là, et U ne prend aucune part à celles-ci :

Tandis que, selon la vive appréhension d'une intelligence subtile et spirituelle,

Les antipathies tourmentent, les sympathies oppriment, et la solitude est tranquille.

Celui qui vit seul prend surtout garde aux autres,

Mais ceux qui vivent dans la foule ne pensent qu'à eux-mêmes.

11 est vrai que dans la vie solitaire de l'anachorète, il y a une apparence

d'égoïsme.

Mais sonde ses pensées, — elles vont loin, rêvant sans cesse du monde : Et quand l'homme fréquente familièrement ses pareils, on croit que c'est

générosité.

Mais étudie son caractère, de jour et de nuit, l'objet de ses pensées c'est

lui-même ; Le monde, l'incitant aux plaisirs, ou le provoquant impitoyablement au

travail, Fourmille de rivaux inquiets, dont chacun a son intérêt personnel ; Ainsi, il forme des projets, il les exécute, au profit de son meilleur ami,

lui-même ; Et jamais voluptueux, se livrant à la dissipation, n'a entretenu de pensée

qui ne fût égoïste.

L'ermite, toujours calme et contemplatif, n'a rien à disputer; Quel sera l'objet de sa contemplation? — lui-même? sujet chétif pour uu

penseur.

Il a chassé la folie, et s'est tenu loin des soucis ; il a peu de besoins ; Dieu et l'ame, voilà son excuse, excuse valable, pour la solitude : Mais il porta dans sa cellule les sentiments presque éteints de l'humanité : Là ils se reposèrent, et se remirent ; et il soupira après ses semblables.

<S)U est le sage, le savant, l'homme vertueux, qui n'ait point recherché

la solitude, afin d'y cultiver la pensée, Et de mettre au jour les fruits précieux du vallon secret de la retraite ? Forêt d'Aricie, tes ombres épaisses perfectionnèrent la sagesse de Xuma, Jardins paisibles de Yaucluse, vous nourrissiez l'amour de Pétrarque ; La solitude forma Cincinnatus, mûrissant le héros et le patriote, Et elle apprit à De Staël, dans l'humide Bastille, à se connaître ellemême ; (*■') Elle entretint la piété de Jérôme, elle mûrit les travaux d'Augustin, Et donna à l'auguste Charles, au lieu des aspirations de la gloire, la

religion.

Toi que Scipion loua, qu'Alfred mit en pratique,

Toi qui inspiras l'éloquence de Démosthène, et qui nourris le génie de

Miltou, Toi qui ranimas le zèle, alimentas le génie, découvris les mystères de la

science, Favorisas le repentir, fis honte à la folie, et remplis l'homme vertueux

des consolations de la paix, — Témoin les justes et les sages, et tout ce qui est pur et parfait, Ô Solitude, qu'il est vrai que tu es la nourrice de la grandeur !

C^'estasscj; — le sujet est vaste; qu'un fer brûlant tranche les cous de

cette Hydre :

Comment éloigner les foules de pensées que ce cadavre attire ? Non, — on ne peut rien imaginer qui n'ait été dit de la Solitude ; Bien des sages ont démontré, ont publié ses défauts et ses avantages : Je n'ai rien à ajouter, — je ne déroberai point; c'est assez; on a dit

tout :

Observe, toutefois, cette règle, cette distinction parmi les hommes.

£1 5 a des discoureurs pompeux, solennels, oraculaires, fades : Suis-les à la piste, et tu verras que, dans la solitude, ce sont des sots. Il y a des railleurs sans souci, dont le passe-temps est la société ; Seuls, que sont ils ? — sérieux, sages, pensifs. Pourquoi cela? les uns et les autres sont acteurs, si ce n'est dans la

solitude, C'est là qu'ils vivent tels qu'ils sont, et que tout est sincère : Le sot, cependant, grâce à l'emphase de ses discours, veut passer pour

sage, Et le sage, aux jours de fête et de plaisir, se divertit d'un colifichet, les

délices du sot.

Voici la règle ; celui qui affecte tant de gravité est plus ignorant et plus

superficiel, Que ceux qui rient beaucoup, et qui rient aux éclats, heureux de cacher

ce qu'ils savent.

Pliant à toi ; aime la Solitude, mais sans excès, sans morosité :

Aime-la pour ses trésors, et non par orgueil.

Là, loin de la foule, une voix douce et subtile te consolera,

C'est le doux murmure de la vérité, la conscience l'entend, et ses échos

le répètent:

Là, tu démêleras les émotions du cœur, écheveaux entortillés,

Et tu raccommoderas les filets de l'utilité, te reposant, pour un temps,

de tes devoirs ; Là, tu récolteras la science, et tu jouiras des fruits de l'étude, Car la Solitude se régale d'une infinité de pensées ; Là, paisiblement assis, tu te livreras à tes fantaisies. Et la riche poésie de l'existence dorera le plomb de ses inquiétudes ; Là, quand tu te promèneras au bord de la mer, sous d'heureuses étoiles, Que de brillants projets de bienfaisance naîtront dans ton ame! Tu pleureras dans la Solitude, — tu prieras dans la Solitude, Tu chanteras dans la joie de ton cœur, tu exalteras le bienfait divin de

la Solitude. Passe outre, passe outre! — c'est le sentier de la sagesse: Dieu bénisse ton voyage ; je te confie à la Solitude.

ïa ^in.

Oit îSrouîIlarïr, idées vagues et lointaines, voile tous les commencements,

Et le voyageur se met en route, accablé d'une foule de pensées,

Balançant l'espoir et la crainte, cherchant l'ordre dans le chaos.

Un sentier secret entre les falaises, qui semblent lui barrer le passage :

Alors il saisit le til, démêle l'écheveau confus,

Et se hâte d'enfiler hardiment le labyrinthe devant lui.

Ainsi, quoiqu'il tâtonne dans l'obscurité, la lumière éclairera ses pas,

Il marche tête levée, fei'veut dans la foi, et les difficultés s'évanouissent

â son aspect.

Le seul éclair de son épée dissipe ces ombres ennemies ; Plein de confiance, fier de ses succès, il part en vainqueur, et marche à

la victoire.

Td n'2 a pas de milieu qui ne soit chargé d'ennuis, — deux fois aussi

loin, — quelle peine!

La Diligence a la mort dans le cœur, le pied de l'Entreprise est foulé : Ce que le zèle avait commencé, jaillissant comme le pis d'une génisse. Coule à regret, goutte à goutte, et la nature n'y peut rien. Le courage moral est alors un besoin, il faut qu'il lutte contre la réaction

animale.

Il faut qu'il combatte, et bien qu'il ne lui reste qu'une poignée de soldats ; quoique faible, il faut qu'il poursuive. C'est une plaine marécageuse, où les roues marchent pesamment. Les nuages du doute sont au ciel, les ornières du découragement sur la

terre :

En avant, pèlerin intrépide, encore une lieue, encore une lieue Chaque pas attache de nouvelles ailes à tes pieds triomphants.

STouîc Mvi est bonheur, consommation glorieuse d'un dessein. Les périls sont passés, les craintes ne sont plus, le voyage est fini : Et le pèlerin se repose avec complaisance, il rentre, après tout, dans son foyer ;

L'ouvrier est digne de son salaire : le but atteint, le prix est gagné :

Durant les fatigues du travail, durant l'agitation de la course.

Les tendons ont maintefois souffert, et peu s'en est fallu qu'ils n'aient

refusé le conflit :

Mais aujourd'hui, tout est tranquille, une heure délicieuse appartient au

repos; Calme réminiscence du bien, calme perspective de bonheur. L'espérance souriait, en partant, la crainte s'attristait à mi-chemin, Mais la douce jouissance est enfin venue ; la récolte est sûre, elle est

sauvée.

Ce qui est ne peut jamais ne pas être : les faits, solides, inébranlables,

sont des pyramides :

Une chose faite est gravée sur le roc, avec une plume de fer. L'incertitude n'est plus un épouvantail, la preuve est complète. L'accident n'olfre plus d'obstacle à l'accomplissement, l'œuvre est finie. Ainsi la fin la couronnera, avec grâce, grâce, pour la pierre angulaire, Et l'édifice se réjouira dans sa couronne : paix, paix, à l'architecte.

3J'aî ccrft, comme ceux des anciens temps, en style significatif et senten-

tieux.

De beaucoup de choses qui concernent ce monde et l'autre, foule de faits

et d'images :

Si vous me jugez, esprits éclairés, que ce soit avec bienveillance, sans

passion ; Car on s'est souvent repenti de paroles amères d'emportement et de haine. De profondes rêveries et des lectures superficielles, des images qui se

heurtent autour de l'argument.

L'ordre inaperçu dans la tourbe des idées : ce témoignage est vrai. On doit aux saintes Ecritures les sujets sacrés, les mots heureux, la

sagesse ; Tandis que l'aile de l'imagination, cette hirondelle, effleurait ces eaux

profondes.

Diras-tu, toutefois, d'un ton subtil, — Il a donné un nouveau lustre à

d'anciennes vérités, Mais lorsqu'il semblait enfermer de nouvelles, la nouveauté était fausse? Malheur à nous, hommes des derniers jours ! nos ancêtres ont fait la

moisson :

Malheur à ceux de tous les temps, qui glanent tant d'ivraie ! Se peut-il que ce qui est vrai soit nouveau, vu que le temps est bien

vieux:

Se peut-il que ce qui est nouveau soit vrai ? vu que ma sagesse est bien jeune.

j^féatimoms, j'ai parlé de mon mieux, selon les miséricordes que Dieu

m'a faites, De choses sublimes, profondes, célèbres, du Mal, et du Bien. {^) J'ai parlé d'Erreurs qui simulaient la Vérité, et d'aliments salutaires

alliés au poison ; D'Utilités imprévues dans les choses les plus humbles, et des complots

profonds de l'Orgueil :

J'ai loué la Sagesse, je t'ai offert les consolations de l'Espérance, j'ai

démontré la folie de tes murmures ; J'ai, indiqué les dangers de l'Influence, et je t'ai éloigné des terreurs de

l'Ambition.

Je t'ai fait voir ton asservissement à la Loi ; toutefois, je t'ai enjoint de

cacher ton Humilité ; J'ai ouvert les rideaux de la Mémoire ; et j'ai refait le doux oreiller du

Repos.

J'ai donné à l'Expérience une heure de sang froid : et au Caractère une

appréciation sévère ; La sainte Colère, sublime dans sa justice, a condamné, foudroyé la

Haine.

La Prière a exprimé la volonté de Dieu, se servant des paroles salutaires

qu'il nous a données ; Et le Zèle, uni à la ferveur bienfaisante, s'est allié avec la Discrétion. Je t'ai dit que rien n'est Bagatelle, pas même le rire de la Récréation ; Je t'ai introduit au Cortège de la Religion, et le nom d'un Dieu en trois

personnes t'a ébloui.

La Pensée a fait l'aveu de ses terreurs inaperçues; et la Parole a révélé

ses triomphes; J'ai célébré l'excellence des livres ; et j'ai fait l'éloge d'une lettre écrite

à propos :

Les Richesses n'ont pas été oubliées, soit qu'on les honore, soit qu'on les

méprise :

Les Inventions occupent un rang inférieur, puisque toutes choses viennent de Dieu.

J'ai dédaigné le Ridicule ; l'amour des Eloges ne m'a pas avili ; je me

connaissais Moi-même ; J'ai défendu, avec ferveur, la cause des Bêtes, qui souffrent pour le péché

de l'homme.

Alors, je me suis élevé jusqu'à l'Amitié ; je me suis inondé d'Amour et

de tendresse ; J'ai connu la pureté du Lien Conjugal; et j'ai béni le sourire des Enfants.

D'autant que, soit pétulance, soit orgueil, il se peut que j'aie mal parlé, Mon arrière-pensée a été Tolérance, à l'égard de toutes les fautes : Bien des fautes, difl&ciles à supporter, ont été la source de mes Douleurs, Dien des vertus, douces à contempler, sont, pour mon ame, une fontaine ruisselant de Joie.

^fixsf, pendant quelque temps, te laissant dans la joie, je n'osais rompre

le charme ; Je m'occupais d'autres pensées, je composais d'autres livres. Au bout de plusieurs jours, cependant, les réflexions vinrent. Une pensée m'apparut dans le costume du passé, — et voilà! une légion

sur ses traces !

Les bandes se pressaient, — je ne pouvais ni les combattre ni les fuir, — Et, prisonnier des pensées, elles me conduisirent dans leur tente.

0lors, je te priai de m'accueillir, et d'écouter mes avis sincères ;

Puisque nous avons un Ami, que le Temps ne saurait changer.

Je parlai volontiers de ma commission, la sentant gravée dans mon cœur,

Et, devenu sage, je ne pus me taire, j'exaltai mon oflice.

Le Mystère avait laissé ses échos au fond de mon ame, et je révélai leurs

secrets :

De là je me tirai à l'écart, afin de juger l'homme, qui est responsable

des Présents qu'il fait.

La Beauté, noble thèse, offrait à mes chants un monde de délices, Dérivant toute sa gloire de Dieu, l'origine de l'ame. D'où la Renommée ; et la Flatterie vint comme Agag ; Ce n'était que la lie dégoûtante de la coupe inspiratrice : De la Flatterie naquit son adversaire dur et stupide, la Négligence ; Et l'air obligeant et serein du Contentement, dont le sourire chai*me la

Tristesse.

La Vie, tout élasticité et lumière, et la Mort, sombre silence. Conduisirent l'ame à l'Immortalité, séjour final de l'homme. Alors, on passa, en revue métaphysique, une triple bande, Les Idées rapides, les Noms sonores, les Choses gémissant sous le poids

de leurs armes :

La Foi parla de ses exploits, entourée de ses frères, Et l'Honnêteté se défendit à bouche ouverte:

La vie Sociale, vue dans le passé, avait bien des vérités à redire, Et, alors je te confiai à la Solitude, mère de la Sagesse.

if^on Sïmî, mon Elève, amant du vrai, mon égal, mon compagnon chéri,

Je fais grand cas de ta faveur, et tes sympathies me sont chères :

Si, néanmoins, ton cœur est peu d'accord avec le mien, sache, mon frère,

Que je ne sollicite point le sourire de l'approbation, et que je ne redoute

point les menaces de la censure.

Bien des pensées, sur une variété de thèmes, nous ont procuré d'agi'éables

entretiens ; Mais Dieu soit loué, qui seul donne l'intelligence ! Lui seul sufnt à tout. Quel que fût le thème, c'est par la prière que les pensées vinrent: Craindrai-je, par conséquent, le regard de l'homme, si Dieu a exaucé ma

prière ? — Je dis cela sans arrogance ; c'est un humble hommage à la justice ; Je le dis sans vanité ; c'est un tribut de reconnaissance et de tendresse, — Dieu a béni mon ame, et lui a enseigné bien des vérités : Et moi, l'écho de Dieu, je t'en ai répété quelques unes, sincère, malgré

ma faiblesse.

Quand même l'ignorance et l'erreur souilleraient les leçons qu'il m'a

confiées, Si je me tiens ferme, mon propre maître m'approuve, si je tombe, il me

réprimande.

Si tu m'aimes, bénis-moi ; sinon, je te bénirai moi-même ; Si tu approuves, observe mes paroles ; sinon, que ton amitié m'insti-uise. Le mélange de bien des pensées égoïstes m'a détourné de mon noble but; Bien des motifs m'ont tenté, de travailler pour l'orgueil ou la gloire : Hélas, oui ! comme d'autres plus méchants ou plus estimables que moi,

j'ai aimé l'honneur et la gloire ; Mais, aujourd'hui, je les hais et je les crains, comme si des vipères

s'attachaient à ma main :

Scévola brûla l'une et l'autre, la main et le crime; mais Paul jeta la

vipère dans le feu :

Il la secoua, et ne sentit aucun mal : ainsi soit il ! je les abjure. Ainsi, si tu veux censurer, censure, — mais sans impatience, sans dureté; Si tu veux louer, sois sincère, sois juste : je travaille pour Dieu et la vertu.

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