DE LA VÉRITÉ DANS LES CHOSES FAUSSES
Mais il est des esprits de ténèbres, et — que faire, s'ils venaient quand il
les évoque ?
Quiconque interroge les morts est un scélérat hardi, Car c'est un mystère que leurs alentours— ce vestibule de l'Eternité, L'antichambre des esprits dépouillés devant la salle d'audience de leur Roi : ISIalgré la distance des corps, esprit agit sur esprit.
Car la vie est dans le sang, mais les âmes, quoiqu'invisibles, se communiquent leurs pensées :
Et la chaleur de l'entendement exalté, radiant vers ses pareils, Attise de loin les feuilles sèches : elle ne touche point au bois vert. Il se peut que le chien, tout autant que son maître brutal, soit doué
d'une ame, Ame dont la destinée est le bonheur; car pourquoi lui ôter son existence? N'a-t'il point la conscience du mal, une lueur de moralité. L'amour et la haine, le courage et la crainte, l'orgueil et la honte ? Il se peut qu'il y ait dans l'avenir un repos pour les victimes muettes de
la cruauté ; Un siècle de béatitude, dédommagement d'injustes souffrances. Ne dédaigne point ce qui te semble erreur ; mais creuse sous la surface,
et tu trouveras la vérité ; Redoute plutôt les vérités simulées, fruits des racines de l'erreur : Car rien n'est plus beau que les pommes du rivage maudit de la Mer Morte, Mais, au dedans, ce ne sont que poudre et cendre : la main qui les a cueillies s'en repentira.
3Su même résultat, souvent réitéré, on infère une raison constante :
Mais qui a tenu compte des anneaux qui lient un présage à son issue ?
Interprété la loi qui entasse les calamités.
Qui opprime l'affligé sous un amas de nouvelles douleurs ?
Me dira-t'on pourquoi ce vent alizé n'enfle que les voiles de l'homme
prospère.
Hâtant la course joyeuse du favori de la fortune ? Qui est-ce qui est venu sur l'aile des songes de la porte de corne ou de
celle d'ivoire, (^) Ou vu, au fond de son ame, celle de son semblable, et expliqué sa présence ? Il y a dans les antipathies je ne sais quoi de mystérieux ; et l'amour est
plus que fantaisie ; Oui ! l'indice d'un péril imminent saute aux yeux ; C'est que l'ame a ses antennes ; filandres légères que la brise éparpille,