II* APPEND. — MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE
inférieures. Nous demandons la permission de replacer sous les yeux du lecteur deux passages écrits sous deux régimes opposés, la Restauration et la République.
1° II* série de nos cours, tome I", cours de 1828, Introduction à l’Histoire de la philosophie, leçon xui* :
« La vieille société était partout en ruines. Qu’était devenue la monarchie au dix-huitième siècle?Une simple tradition d’éclat et de magnificence, sans prestige sur l’esprit des peuples et sur celui des monarques euxmêmes. La monarchie qui avait été la providence de la France, qui l’avait créée, élevée, illustrée, ne se faisait plus sentir h elle. A l'extérieur, que faisait-elle pour le pays? Quelle guerre utile, quels combats glorieux a-t-elle à montrer? La guerre de sept ans et la bataille de Rosbach. Et que faisait-elle a l’intérieur? Quelle était la vie de la royauté? La vie de Versailles. La noblesse française, qui jadis avait tant et si bien servi la patrie, et qui avait confondu son histoire avec celle de tous les glorieux faits d’armes de la France, la noblesse française avait perdu les mâles habitudes de ses ancêtres et s’était, comme la royauté, endormie dansles plaisirs. Le clergé, après avoir produit l’Église de France au dix-septième siècle, était dégénéré en un clergé mondain où l’impiété était presque en honneur et qui a produit les adversaires les plus acharnés du christianisme. Enfin le peuple lui-même, délaissé par la royauté qui ne l’employait plus, par la noblesse qui ne lui donnait plus l’exemple, par le clergé qui lui enseignait languissamment des croyances qu’il ne soutenait plus de l’autorité de ses mœurs, le peuple était arrivé â un état déplorable de
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corruption, que trahitassez le succès de ces ouvrages qui circulaient alors dans toutes les classes et y portaient le poison d’une immoralité systématique. Dans cet état de choses, par mille raisons, une révolution était inévitable et elle eut lieu. Je ne viens ni la défendre ni l’attaquer, je l’explique. Elle eut lieu, et le trône, la noblesse, le clergé, tout l’ordre ancien y succomba. L’ordre ancien était la domination exclusive du principe monarchique, d’une noblesse privilégiée et d’une religion d'Élat. Or comment sort-on d’un système exclusif? Nous l’avons vu : par un système exclusif en sens contraire. Ainsi, il l’exclusive domination du principe monarchique, d’une religion d’Elat et d’une noblesse privilégiée, succéda l'abolition de tout culte public, la souveraineté du peuple, une démocratie absolue. Mais cette démocratie, semant l’effroi autour d’elle, eut bientôt des luttes formidables a soutenir contre le reste de l’Europe. De la la nécessité d’un pur gouvernement révolutionnaire, d'une sorte de conseil de guerre pour tout gouvernement. Enfin, la souveraineté du peuple, après s’être résolue pour se défendre en un grand conseil de guerre, devait, pour mieux se défendre encore et pour agir avec plus d’énergie, se résoudre en un grand individu qui se chargeât de la représenter. Comme on l'a dit, la Révolution se fit homme, la souveraineté passa du conseil de guerre à la dictature, et à une dictature militaire; de là nos guerres, nos victoires, nos conquêtes, nos désastres...... La Charte est sortie de deux
systèmes, qui aujourd’hui ont également fait leur temps, la monarchie absolue et la démocratie. Aussi, d’un bout
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üe l'Europe a l'autre, cette Charte fixe tous les regards, fait battre tous les cœurs, rallie tous les vœux et toutes les espérances. Des imitations malheureuses ont assez manifesté l’ardente sympathie du midi de l’Europe pour ce dernier et glorieux résultat du long travail de notre nation. Nos anciens adversaires eux-mêmes se sont empressés de réclamer l’œuvre de la monarchie nouvelle. Les bords du Rhin appartiennent a des imitations excellentes, quoique imparfaites, de notre belle constitution : la Bavière, le Wurtemberg, le pays de Bade, ontaujourd'hui des gouvernements constitutionnels, et déjà circulent dans le Nord et arrivent jusqu'à la Baltique des essais de monarchie tempérée et limitée dans des étals provinciaux. Certes, depuis 1815, la civilisation européenne est loin d’avoir reculé : loin de là, elle s’est de toutes parts développée, et celte Charte, sortie des ruines de Waterloo, couvre aujourd’hui la plus grande et la meilleure partie de l’Europe, et elle est attendue et invoquée par le reste. Or, s’il est incontestable que l’avenir de l’Europe lui appartient; s’il est plus incontestable encore que le présent et l’avenir de la France lui appartiennent, examinons rapidement ce que c’est que cette Charte, appelée à de telles destinées :
« 11 semble, au premier abord, que la Charte consacre le régime antérieur à la Révolution et que celte Révolution a renversé. En effet, j’y vois un roi, une monarchie puissante, un trône fort et respecté ; j’y vois une Chambre des pairs, investie de privilèges ; j’y vois une religion qui, prenant nos enfants dès le berceau , enseigne à chacun de bonne heure ses devoirs en ce monde
et la lin de cette vie. Voila dans la Charte un élément qui ne sort pas de la Révolution française. 11 y est pourtant, et il faut qu’il y soit, il faut qu’il s’établisse de jour en jour davantage, et qu'il regagne sans cesse et du respect et de la puissance. Mais n’y a-t-il que cet élément dans la Charte? Non; je vois a côté du trône une Chambre des députés, nommée directement par le peuple, et intervenant dans la confection de toutes les lois qui fondent et autorisent toutes les mesures particulières, de telle sorte que rien ne se fait dans le dernier village de France où la Chambre des députés n’ait la main. Voilà un élément tout nouveau. J’en entrevois auparavant quelque image dans les États généraux et dans les Parlements, mais celte imparfaite image n'est devenue une réalité que depuis la Révolution française. Nous avons donc ici, d’une part, un élément de l’ancien régime, et de l’autre, uu élément de la démocratie révolutionnaire. Comment ces éléments sont-ils dans la Charte ? De fait, ils y sont, et leur union est si intime, que le plus habile publiciste est très-embarrassé de définir et de délimiter en théorie l’action propre de chacune de ces deux branches du pouvoir souverain, et qu’il y a une heureuse obscurité sur le droit de l’une et de l’autre à la suprématie. Notre glorieuse constitution n’est pas la tiction mathématique de l’équilibre artificiel du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, vaines abstractions qu'il faut laisser à l’enfance des gouvernements libres; notre constitution, c’est la fusion réelle du roi et du peuple, cherchant ensemble la meilleure manière de gouverner et d’être utile à la commune patrie. Ce n’est pas tout : dans