II* APPEND.— MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE
la Charte encore, à côté des privilèges de la Chambre des pairs, je trouve l’accessibilité de tous les Français à toutes les places, droit nouveau d’une portée immense, en vertu du quel le dernier des soldats, comme l’a dit l’auteur même de la Charte, porte son bâton de maréchal de France dans sa giberne, et le dernier des Français peut , dans toutes les carrières , arriver jusqu’au pied du trône. A côté d’une religion d’État ‘, je vois des caractères tout aussi manifestes, la liberté des cultes et la liberté de la presse ; c’est-à-dire que l’instruction religieuse ne manque à personne, qu’ensuite la liberté des cultes permet de choisir dans les différentes communions de la même Église, et qu’enlîn, grâce à la liberté de la presse, nulle vérité n’étant étouffée, on peut se déterminer, dans la sincérité de son cœur, en faveur des opinions qui paraissent les plus vraies. Ainsi je vois dans la Charte bien des contraires ; c’est là ce que déplorent certaines gens. Il en est qui n'admirent dans notre constitution que sa partie démocratique, et qui voudraient se servir de celle-là pour affaiblir les autres; il en est aussi qui gémissent de l’introduction des éléments démocratiques, et s’efforcent de tourner contre eux la partie monarchique de la Constitution. Des deux côtés, égale erreur, égale préoccupation du passé, égale ignorance du temps présent. »
2“ VI e série de nos ouvrages, discours politiques,
1 La Charte de 1830 , par un progrès sans retour, a aboli toute religion d'Etat, et sur la proposition de M. le duc de Brogüc le culte israelite a tftv' port6 an bndgel.
Ôi8 l'HILOSOl’llIE SEKSUAL1STE
Introduction , Des principes de la Révolution française, page 24 :
« 11 semble, au premier coup d'œil, que les principes de la Révolution française résolvent aisément le problème du meilleur gouvernement, et qu’en pariant de la souveraineté nationale on arrive de toute nécessité à la république. C’est une erreur qu'il importe de détruire. La république, librement acceptée, suppose bien le principe de la souveraineté nationale ; mais la réciproque n’est pas vraie, et le principe de la souveraineté nationale n’a pas pour conséquence nécessaire la république.
« Entendons nous bien. Si par république on désigne un gouvernement qui repose sur la volonté, l’opinion et Futilité publiques, où la chose publique est tout, et où nul pouvoir, quel qu’il soit, n’est institué que pour cet objet et dans cette lin, je suis certes hautement déclaré pour un tel gouvernement, et, dans ce sens, la France et l'Europe entière sont républicaines. Mais si la république n'est que l’absence d’un roi, de quelque manière que la royauté soit constituée; si elle signifie seulement un gouvernement où le pouvoir exécutif n’a pas de chef, ou bien un chef qu'on renouvelle le plus souvent possible, je dis que c'est la une forme de gouvernement qui peut être bonne, selon les pays et selon les temps, mais que la logique est loin d’imposer à tout gouvernement libre, et je prétends qu’en ce cas la souveraineté nationale n’est pas le moins du monde engagée dans la république.
« En effet, de ce que nous sommes parfaitement libres de nous choisir le gouvernement que nous voulons ,
Il" Al'I’ESl).— MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE âî9
nous ne restons pas moins obligés, si nous sommes des êtres raisonnables en même temps que nous sommes des êtres libres, de choisir le gouvernement qui convient le mieux a la raison. Quel que soit ce gouvernement, par cela seul que nous l'aurons librement choisi, il aura toujours ce caractère d’émaner de nous, et son autorité ne fera qu’exprimer la nôtre; mais, suivant les circonstances, la société la pins libre peut se donner très-raisonnablement les gouvernements les plus divers. Le gouvernement d’une commune de cinq cents âmes ne peut pas être celui d’un département de cinq cent mille âmes, ni d’un État de deux ou trois millions d’hommes, encore bien moins d'un empire où se pressent, réunis en d’étroites limites, trente ou quarante millions d’habitants. L’histoire d’une nation, avec ses traditions séculaires, ne peut pas non plus être négligée. Tout se tient dans la vie d'un peuple, et les vieilles nations de l’Europe, chargées d'un long passé qui pèse sur elles du poids des siècles, ne se peuvent conduire comme les jeunes populations de l’Amérique, qui ont laissé tous leurs souvenirs de l’autre côté de l’Océan, et disposent de l’avenir aussi librement que de l’espace. Règle générale : plus la vie sociale d'un pays est simple, plus son gouvernement peut l’être aussi; plus la vie sociale est compliquée, plus le gouvernement doit l'être, et alors la simplicité n’est pas l’effet d’un art profond mais d’un art novice et en quelque sorte dans l’enfance. Tout le monde s’est moqué de Rousseau donnant comme l’idéal de tout gouvernement humain l imitation du gouvernement d’un petil canton de la Suisse. 11 n’y a au fond que
r>50 l’IlILOSOPHIE SENSUALISTE
deux sortes de gouvernements essentiellement opposés et radicalement incompatibles : les gouvernements fondés sur la souveraineté originelle d’une famille, et les gouvernements fondés sur la souveraineté du peuple. La Révolution française n’a brisé que la monarchie absolue et arbitraire, où le monarque tire son droit de lui-même, et n’a de responsabilité qu’envers Dieu et sa conscience. Cette forme de gouvernement a eu jadis sa nécessité, sa grandeur, son utilité, sa popularité même ; mais elle a reçu le coup mortel en 1789. Elle s’est soutenue plus ou moins longtemps hors de France, mais elle tend partout a se métamorphoser en Europe, toute constitution impliquant une limite et détruisant le principe de la monarchie absolue. 11 n’y a pas aujourd’hui de roi en Europe qui osât revendiquer une telle monarchie; s’il le faisait, il sortirait de son siècle, et mettrait en péril le fondement même de son autorité. C'en est fait de la monarchie du droit divin, de la politique de Bossuet, de M. de Donald, de M. de Maistre : elle n’est plus aujourd’hui qu’une chimère impuissante. Mais si la monarchie du droit divin a fait son temps, il ne reste pas moins vrai que le gouvernement d’une grande nation civilisée ne peut pas être celui d’une société naissante, et si c’était ici le lieu, je me chargerais de démontrer avec une rigueur mathématique, en allant pas a pas, et de déductions en déductions, que la France et toutes les grandes nations européennes ont aujourd’hui besoin d'un gouvernement limité mais concentré, d’un gouvernement qui ne soit pas tous les jours remis en question, qui dure et se perpétue, qui a bien plus de raison pour