‹ Philosophie sensualiste au 18. siecleChapitre 18 sur 19 · II- ATPEND. — MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE · texte numérisé non relu

II- ATPEND. — MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE

être inamovible que la magistrature, et qui doit être héréditaire, et, s’il se peut, immortel, afin que nulle compétition du pouvoir suprême ne soit possible et ne se puisse même présenter h l’imagination des plus ambitieux, afin qu’il n'y ait point d’interruption dans la conduite générale des affaires de la nation, afin. que tous les membres de cette nation vivent, travaillent, contractent sur la foi d’un avenir certain, afin aussi que les nations étrangères puissent traiter avec le pouvoir national comme avec un pouvoir solide et permanent.

« Les principes de la Révolution française exigent impérieusement une autorité forte et durable, pour déployer leur bienfaisante inlluence; autrement ils tournent contre eux-mêmes. La souveraineté du peuple mal organisée est, dans ce grand individu qu’on appelle une nation, ce qu’est en chacun de nous une volonté libre unie a un faible entendement, et qui, n’étant jamais fixée et arrêtée, s’agite et s’épuise en caprices impuissants. Conçoiton une autorité éphémère et presque désarmée assurant la justice et la paix, et protégeant efficacement la liberté de tous contre les passions de tous que la liberté ellemême a déchaînées? La grande œuvre de la charité civile suppose avant tout des pensées suivies et persévérantes. Quelle prévoyance demander a un pouvoir passager? A-t-il le temps d’étudier et de résoudre des questions aussi compliquées, aussi difficiles que celleslà? Il ne s’agit point d’un grand parti à prendre une fois pour toutes et à accomplir sur-le-champ, mais d'une entreprise de longue haleine a poursuivre toujours sans la terminer jamais : c’est là surtout qu’il faut, sur un

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plan profondément conçu, une action mesurée, lente et incessante. La pure démocratie, avec sa fougue et sa mobilité, est incapable de tout cela.

« Voilà pourquoi le bon sens public aime à invoquer une autorité libérale, mais solidement constituée ; voila pourquoi toutes les nations européennes aspirent et arrivent peu à peu à cette grande forme de gouvernement qui rattache l’avenir au passé, continue, en la perfectionnant, la vie séculaire des peuples, assure l'ordre et la liberté, et ouvre à tous les progrès une carrière paisible et illimitée. La monarchie constitutionnelle est le gouvernement vrai de la France et de l’Europe au dix-neuvième siècle. 11 est le seul qui réalise la souveraineté du peuple avec vérité et sans secousse, à l’aide d’un roi qui ne meurt point et n’a jamais tort, et de ministres responsables qui changent au gré de la majorité d'un parlement représentant la majorité des électeurs, laquelle, U son tour, représente la majorité de la nation; en sorte qu’en dernière analyse c’est la nation qui gouverne; j’entends la vraie nation, intelligente et éclairée, et non pas la masse ignorante, tantôt insouciante et tantôt agitée. Ce beau gouvernement admet sans doute une foule de différences, selon les pays et les circonstances, mais il a un type à peu près uniforme qui exprime l’unité de la civilisation européenne.

« Telle est l'opinion que j’ai exprimée il y a longtemps. Quand j’ai accepté, professé, défendu la monarchie constitutionnelle, je n’étais pas un enfant, et je l'ai fait par de sérieux motifs qui subsistent tout entiers. Vingt-quatre heures n'ont pas changé des convictions fondées sur la

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nature des choses et sur les intérêts permanents de la Fiance et de l’Europe.

« Je ne connais pas, de nos jours, un grand esprit qui n'ait été pour la monarchie constitutionnelle, et je voudrais bien savoir quelle autorité se peut opposer à celle de Mirabeau et de Sieyès dans la Révolution, de Napoléon, de Royer-Collard et de Chateaubriand au dix-neuvième siècle.

« J’entends dire que la monarchie constitutionnelle peut être une fort belle institution, mais qu'après tout elle n’a pu se soutenir, qu elle a succombé plusieurs lois sous les monarques les plus différents, quainsi l’expérience a prononcé. Je réponds qu’en effet l'expérience a prononcé, mais en faveur de la monarchie constitutionnelle; car je soutiens que, depuis la Révolution française, le seul gouvernement qui ait pu s'établir et durer parmi nous est la monarchie constitutionnelle, et que la République n'a jamais pu vivre, ou plutôt qu elle n’a jamais été. Non, elle n’a jamais élé; car, je le demande à tout homme impartial, je le demande surtout au petit nombre de vrais républicains que j’estime et que j’aime, je leur demande s’ils appellent République le régime de la France depuis Février. Certes, ils ne l’oseraient : ils estiment trop la République. Ce régime est une situation indéfinissable, où la monarchie constitutionnelle n’est plus, où la République n'est pas encore : incessamment flottante entre les émeutes de la rue et des clubs, les répressions terribles de la force, les prétentions d'une assemblée unique qui a le droit de se croire souveraine, et celle d’un pouvoir exéh. -3

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culif élu par les citoyens, et qui a le droit aussi de sc croire souverain; situation unique dans l’histoire, qui ne se soutient a grand’ peine que par les efforts des gens de bien, et qui ne peut pas être le dernier mot des gouvernements libres en France. Je me flatte encore que personne ne me donnera pour un État républicain celui de la France sous la Couvention. Robespierre lui-même le disait: La liberté est ajournée jusqu’à la paix, c'està-dire jusqu’à la fin de la Révolution. La première République française n’a été qu'une dictature révolutionnaire dont la mission était de détruire la vieille monarchie, puisque cette monarchie n’avait pas su se transformer. En vérité, je rougis pour les hommes d’Etat de la Révolution qu’on leur impute d’avoir voulu établir telle ou telle forme de gouvernement. C’est bien les diminuer, c'est méconnaître étrangement et rabaisser leur rôle dans l’histoire : ils n’ont pas fait un gouvernement, ils ont fait une révolution. La première République française est une crise, ce n'est pas un gouvernement. Dès que l'œuvre de destruction est accomplie, la crise diminue peu à peu, et finit par se résoudre en un gouvernement régulier, qui n’a cessé d'être, de durer, de grandir, de se développer, et de couvrir la France de toute espèce de biens et de prospérités pendant cinquante années. En effet l’Empire est une monarchie constitutionnelle comme la Restauration, comme le gouvernement de Juillet. Entre les constitutions de l'an VIH, la Charte de 1 814 et celle de 1850, il n’y a guère que des nuances; ce sont les monarques surtout qui ont différé. La monarchie constitutionnelle est si bien le gouvernement

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nécessaire de la France, qu’à travers tous les changements qui ont mis sur le trône des personnages si opposés. dans des temps si dissemblables, dans des situations si contraires, dans ce llux et ce reflux des événements les plus extraordinaires, parmi ces chutes et ces élévations également prodigieuses, sur les ruines de tant de grandeurs écroulées, la monarchie constitutionnelle est demeurée presque inviolable, suivant ie progrès des temps et de la civilisation, se perfectionnant sans cesse et survivant à toutes les dynasties. A parler exactement, il faut dire qu’elle a été le seul gouvernement de la France depuis la tin de la Révolution ; elle seule a vécu et duré: la République n’a été qu’une négation, et elle ne peut être autre chose.

« La Révolution française a deux faces différentes, qu'elle montre tourà tour à l’univers étonné. Elle est tour à tour bienfaisante ou terrible, selon les obstacles ou les facilités qu’elle rencontre. La Révolution organisée, c’est la monarchie constitutionnelle ; la Révolution à l’état de crise, c’est la République. La République est la face sinistre de la Révolution. A-t-elle à détruire un monde vieilli et à fonder un monde nouveau, la Révolution s'appelle la République ; elle porte une torche et un glaive ; elle met sur sa tête un bonnet rouge, et lave dans le sang les souillures accumulées des siècles ; puis, quand tout cela est achevé, elle rentre sous terre, et fait place à des parlements librement élus et à des rois librement choisis. Grâce à Dieu, cette terrible apparition n’a eu lieu qu’une seule fois parmi nous, parce qu’une fois seulement il y avait une société à détruire et une société à

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fonder; mais, la société nouvelle une lois établie et maîtresse du sol, des mœurs et des lois, il n’était plus besoin que d’évocations rares et passagères du spectre redoutable. La dernière que nous subissons encore est un avertissement solennel donné aux rois et aux peuples : aux rois, de bien savoir qu’ils sont les instruments d’un progrès continu; qu’on n'empêche les révolutions que par les réformes, et que c’en est fait des idées particulières et des systèmes personnels des princes devant l'intérêt et la volonté des nations ; aux peuples, que les gouvernements libres exigent des mœurs politiques; qu'on doit être digne de la monarchie constitutionnelle pour la conserver; qu’il faut savoir, à la fois et le même jour, réclamer des réformes légitimes et réprimer des émeutes criminelles; qu’enlin, comme l’a dit M. Royer- Collard, le gouvernement représentatif n’est pas une tente une fois dressée, pour s’y endormir dans les délices delà vie privée et l'insouciance des intérêts généraux, mais qu’il faut veiller, qu’il faut combattre, qu’il faut maintenir sans cesse, à la sueur de son front, les monuments du travail de nos pères, et les transmettre a nos enfants, agrandis et perfectionnés. »

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