‹ Philosophie sensualiste au 18. siecleChapitre 8 sur 19 · II. n · texte numérisé non relu

II. n

texte, et qui le développe surtout a l'aide d'exemples et de petites histoires plus ou moins intéressantes. 11 y a un chapitre sur la Superstition, considérérée comme la crainte des puissances invisibles. On y retrouve tout entier le disciple d’Helvétius. Saint-Lambert se complaît à recueillir et ‘a développer des plaisanteries un peu vieilles sur les sources de l’amour de Dieu. Il tourne en raillerie les prétendus effets sur l'âme du spectacle de la nature, de ses grands phénomènes, de l'espace infini ; il fait à l’enfant un petit cours d’astronomie et de physique, avec cette conclusion, page Ô2G : « Si je lui ai bien marqué sa place dans l'univers, il ne se croira pas un être assez important pour mériter une attention particulière de la puissance qui régit l'immensité des mondes. » Mais que signifie alors l’invocation a l’Etre suprême? Pourquoi l’invoquer s'il est trop grand pour faire attention à nous? Il est évident que Saint-Lambert va trop loin ici ou qu’il ne va pas assez loin. Ou il fallait ne pas rompre ce silence profond, inflexible, gardé sévèrement sur Dieu dans toute la partie doctrinale du Catéchisme, ou, si l’on voulait bien admettre un Dieu, par condescendance pour les préjugés qui nous dominent encore, il fallait que ce fût un Dieu réel et sérieux qui, nous ayant faits, ne dédaigne pas de prendre garde à son ouvrage. En vérité, celui de Saint-Lambert ne vaut pas la peine d’une inconséquence. Ce n’est qu’un reste ou un simulacre des superstitions qu’il foudroie.

Tel est ce fameux Catéchisme universel, qui, au commencement de ce siècle, jeta autant d’éclat ou fit autant de bruit que le livre de l 'Esprit au milieu du siècle pré-

codent. Mais ces deux ouvrages, empreints du même caractère, enfants tous deux de la même philosophie, eurent un sort bien différent : l’un fut condamné, supprimé, brûlé par arrêt du parlement ; l’autre obtint les suffrages du plus grand corps littéraire de la nation ; il a été solennellement couronné comme le meilleur livre de morale. C’est qu'en 1806, et même encore en 1808, la philosophie. qui avait produit Saint-Lambert et Helvétius était toute-puissante. Maîtresse de l’opinion, du gouvernement, de l’Institut, de l’enseignement même, disposant de toutes les voix de la renommée, elle proscrivait à son gré quiconque ne fléchissait pas le genou (levant elle, et portait aux nues ceux qui la servaient. Klle fit donc d’Helvétius et de Saint-Lambert de grands moralistes. Four nous, nous osons en porter le même jugement que Rousseau et Turgot, et, appuyés sur notre conscience, sur celle du genre humain, sur le génie de nos institutions et sur l'esprit obscur encore mais à nos yeux déjà manifeste du dix-neuvième siècle, nous ne cesserons d’appeler la jeunesse qui nous écoute à une autre morale, à une autre philosophie.

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