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se connaître lui même, justemenl (tarer que <l une autre façon il a trouvé en lui même la olé de la connaissance du inonde. L'homme peu! connaître ce qui n'est pas luimème, parce que, à un autre point de vue, rien
n'existe OU il ne se trouve, OU n<' puisse se trouver luimême.
Il en résulte que la dernière science, celle de l'homme, en tant qu'elle est aussi la science de l'esprit, ne peut être uniquement fondée sur les sciences physiques et naturelles, ni rangées parmi elles, mais doit réagir sur elles et les transformer. En effet, bien que la connaissance de l'homme suppose la connaissance de la nature, cette dernière connaissance reste cependant imparfaite; et incomplète, lorsque nous faisons abstraction deses relations avec l'homme. On n'atteint l'idée vraie de la nature qu'en considérant celle-ci dans son rapport avec l'être qui est à la fois son sommet et son explication. Or, pour exprimer autrement ces vues, l'intelligence manifestée chez l'homme est présupposée en tout objet du monde intelligible. La conscience n'est donc pas un phénomène fortuit dans un monde qui n'y est pas préparé, et qui pourrait exister ou être compris sans elle. Elle révèle le sens de tout ce qui la précède. Le point de vue moderne du matérialisme, disait récemment Tyndall, est que la matière contient en elle « la promesse et la possibilité » de la vie et même de l'esprit. C'est ce que les idéalistes peuvent accepter comme l'expression de leurs propres doctrines, car la proposition inverse est que l'esprit est la « réalisation » de la matière, et par suite l'unique clé de sa nature intime. Les sciences des relations mathématiques, physiques,
chimiques, biologiques, des choses doivent donc être toutes regardées comme hypothétiques et abstraites, car pensée, esprit, intelligence, sont impliqués dans toutes ces relations, et Ion ne peut s'en faire une idée complète et adéquate qu'en faisant de la conscience, qui nous fait hommes à ce point de vue, le point d'arrivée comme le point de départ, la fin comme le commencement, de la nature. En ce sens, la séparation analytique des sciences, les unes des autres et de la pensée, doit être modifiée et corrigée de façon à donner une synthèse finale, qui sera vraiment « subjective », en tant que manifestant l'unité du sujet, présupposée en toute connaissance. Mais, pour qui aura bien compris le sens de ce processus, cette « synthèse subjective » sera également objective, et seule elle pourra vraiment justifier, tout en l'expliquant, l'objectivité limitée des autres sciences.
Or Comte a le mérite de répudier complètement la fausse synthèse subjective, qui est la conséquence naturelle des principes de Locke et de Berkeley. Rejetant la doctrine pour laquelle tout ce que nous connaissons immédiatement n'est qu'état de conscience, il part d'un point de vue objectif et classe les sciences suivant un ordre objectif, qui commence au monde inorganique et aboutit à l'homme, le plus complexe de tous les êtres. D'autre part, il a aussi le mérite de voir la nécessité de la véritable synthèse subjective, qui résulte de la réaction de la dernière science, celle de l'homme, sur les sciences antérieures, c'est-à-dire de la perception que l'homme est la fin, et aussi, en un sens, le commencement de la nature. Mais cette correction et réorganisa-
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hou finales de la science à un point de vue subjectif prend chez Comte une forme imparfaite et inexacte, qui laisse subsister l'opposition (les synthèses subjective
et objective, et ne permet <lc les concilier que de façon
artificielle et extérieure. En effet Comte, malgré ce qu'il dit de la relativité, ne voit pas nettement la subjectivité présupposée dans notre première connaissance; objective du monde (1). Par suite, lorsqu'il parle du cote subjectif de cette connaissance, il semble apporter un point de vue nouveau et indépendant, et non pas simplement éclaircir ce qui était impliqué dans la spéculation antérieure. Autrement dit la synthèse subjective n'implique pas que le subjectif humain a une portée universelle et par suite objective. Comte nie au contraire la possibilité de découvrir un principe d'unité dans le monde objectif, et soutient que les sciences objectives, abandonnées à elles-mêmes, aboutissent aux divagations indéfinies d'une curiosité arbitraire et déréglée. Aussi le principe d'unité, nécessaire pour ordonner et systématiser notre connaissance, doit-il venir du dehors à ces sciences. A ce point de vue la connaissance ne peut être organisée que par rapport à un principe subjectif fourni par les sentiments altruistes, sentiments qui unissent les hommes de façon à faire de l'humanité dans l'espace et dans le temps un tout organique, et qui fournissent ainsi un but défini aux énergies intellectuelles, aussi bien qu'actives, de l'individu. Pour Comte, ce principe subjectif a été le stimulant inconscient des chefs sociaux et intellectuels du passé; il
(1) Fol Pas. I, 420.
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a été la source de toute la coopération organisée des familles et des nations, qui a été la cause du progrès matériel et moral de l'humanité. Le positivisme n'a plus qu'à faire de ce principe le but direct et la fin consciente de l'effort humain, et empêcher ainsi ce gaspillage inutile de nos puissances limitées, qui a été constant dans le passé, surtout dans la période révolutionnaire de transition qui se termine aujourd'hui. Comte condamne donc, non seulement les métaphysiciens, qui cherchent des choses tout à fait inaccessibles à l'homme, mais aussi les savants, qui cherchent à étendre indéfiniment la connaissance de leurs sujets spéciaux, dans toutes les directions suggérées par une curiosité vaine, sans tenir compte du but pratique de toute science. Le mathématicien qui s'épuise à découvrir des formes et des méthodes étrangères aux besoins de la physique, le biologiste qui spécule sur l'origine de l'espèce, oubliant que ces recherches n'éclairent guère le développement humain, le sociologue même qui approfondit l'étude du climat et de la race, « avant que cette étude ne soit devenue nécessaire par la difficulté pratique d'étendre aux populations moins avancées la civilisation de l'Occident, régénérée par le positivisme », — tous tombent sous l'anathème de Comte comme coupables de gaspiller nos faibles facultés sur des questions non immédiatement nécessaires ou utiles. « Le public et ses maîtres devraient toujours refuser d'admettre les recherches qui ne tendent, ni à déterminer avec plus de précision les lois matérielles et physiques de l'existence humaine, ni à rendre plus claires les modifications que ces lois admettent, ni enfin à rendre
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plus parfaite la méthode générale d'investigation M). » « Il est nécessaire, au premier abord, que les sciences soient ciudiccs indépendamment; mais cette étude n<' doit en tous les cas se poursuivre que jusqu'au point nécessaire pour que l'intelligence soit mise à même d'embrasser la science Immédiatement supérieure dans la série, et de s'élever ainsi à l'étude systématique <!«' l'humanité, son seul objet permanent » (2). D'après ces Idées, les prêtres du positivisme ne doivent pas être des spécialistes, ni même se vouer uniquement a la recherche scientifique, à l'exception, peut-être, de quelques natures déformées et déséquilibrées, chez qui une inclination anormale aux travaux intellectuels a arrêté la croissance des inclinations morales. Forcer les hommes de science à renoncer à la vie intellectuelle comme fin en soi, et à tourner toutes leurs énergies vers la solution des problèmes qui semblent se rapporter les plus immédiatement à l'amélioration de la condition humaine, c'est là un des buts principaux que Comte se propose en restaurant le pouvoir spirituel. Un développement libre de chaque science pour elle-même, indépendamment des autres, et un développement libre de la science comme un tout, indépendamment de l'action dont le but est déterminé par l'inclination sociale, sont également opposés à l'idéal de Comte. Le positiviste doit regarder le monde et tous les objets qu'ils renferme comme des moyens, étudiés non pour euxmêmes, mais pour les employer à une fin déterminée à
(1) Pol. Pos.l, 370.
(2) Pol. Pos. I, 383.
l'avance. En effet, selon Comte, les énergies intellectuelles se gaspillent lorsqu'elles ne sont pas dirigées par un esprit d'ensemble, et le seul ensemble par rapport auquel cette direction systématique soit possible, est le tout « subjectif » de l'humanité .
J'ai déjà esquissé les idées sur lesquelles je voudrais appuyer cette critique de la « synthèse subjective » . Par exemple, loin qu'une convergence naturelle des sciences résulte de l'union des parties du monde intelligible entre elles et avec l'intelligence, la synthèse de la connaissance est artificielle et imposée du dehors. Pour Comte, l'homme n'est pas un microcosme qui se retrouve lui-même dans le macrocosme. Il est comme un étranger dans une terre étrangère, et cherche à s'armer des fragments de connaissance nécessaires à sa défense et à ses fins personnelles. Toutefois l'on serait injuste pour Comte en prenant cette assertion à la lettre, car dans sa théorie l'individu est en présence d'un « objet » qui est pourtant « subjectif)), d'un Grand Etre qu'il doit traiter, non pas en moyen externe en vue de ses propres fins, mais en qui plutôt il doit trouver sa propre fin. La synthèse de la connaissance n'est donc pas subjective par rapport à la sociologie et à la morale (1), quoiqu'elle puisse l'être par rapport aux autres sciences. L'unité par rapport à laquelle la connaissance doit être organisée n'est pas l'unité de la nature de l'homme en tant qu'individu, mais plutôt
(1) Nous examinerons plus loin la distinction, faite dans la Politique positive, entre la sociologie et la morale, distinction liée à celle entre l'esprit et le cœur.
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en tant <|m <( être collectif ». bien que ce dernier adjectif désigne de façon impropre la solidarité humaine. Comte répète ainsi le ho/no mensura au sens que l'humanité est pour chaque homme la mesure de toutes choses, bien que les choses elles-mêmes échappenl à qos mesures. .Nous pouvons nous dépasser nous-mêmes de façon à atteindre le point de vue de l'humanité, mais non de façon à atteindre le point de vue de l'unité objective du monde. L'on peut même dire que nous devons nous dépasser ainsi, car pour Comte, l'individu ne peut être sépare de l'espèce que par une abstraction illégitime et forcée. « L'homme comme individu déclare-t-il, n'existe à proprement parler que dans le cerveau trop abstrait des métaphysiciens modernes » ; et cette même idée, appliquée à la morale, lui fait condamner la théorie des droits personnels absolus, et dire que « les individus doivent être regardés, non comme autant d'êtres distincts, mais comme organes du seul Grand Etre)). En admettant ces principes, il nous serait impossible, et de nous connaître comme hommes, et de vivre conformément à notre nature, si nous étions enfermés dans les limites d'une conscience purement individuelle. Notre conscience est essentiellement sociale, et le point de vue individualiste résulte d'une abstraction fausse, qui ne peut être qu'une abstraction partielle. En effet, malgré tous nos efforts, nous ne pouvons ni en pensée, ni en réalité, séparer l'individuel du social, sans enlever en même temps à l'individu tout ce qui le caractérise comme tel. Parler de connaître l'homme, si ce n'est comme membre de la famille, de ta nation, de l'espèce, est donc illogique. La science de
Thomme serait impossible, si nous étions incapables de dépasser notre individualité et de la regarder, de même que toutes les autres, du point de vue de l'humanité.
Cette conception de la nature essentiellement sociale ds l'homme aurait aujourd'hui peu d'adversaires. Mais un « métaphysicien » voudrait la pousser plus loin, et reconnaître la relation essentielle, non seulement de rhomme à l'homme, mais encore de l'homme à l'univers. Si séparer l'individu de la société est une illusion de l'abstraction, n'en est-il pas de même de le séparer du monde où il vit et par rapport auquel toutes ses facultés et tendances se sont développées ? Pouvons-nous réellement appliquer à la vie humaine l'idée de l'unité organique, sans l'élargir au point quelle comprenne en quelque sens lentourage où cette vie se développe ? Demander ce qu'eût été l'homme dans un monde différent est évidemment aussi absurde que de se demander ce qu'il eût été sans ses semblables. Si l'on accorde et affirme que le point de vue objectif ou universel est possible, et même nécessaire, par rapport à l'humanité, il est certain qu'il est possible et nécessaire par rapport à l'univers. Dès qu'on admet que l'individu peut et même doit dépasser son individualité, au point de se considérer comme partie d'un plus grand tout, et de mesurer ses actions à une autre mesure que celle de ses douleurs et joies, on n'est plus libre[de nier la possibilité d'une synthèse objective. Si le rapport de l'homme à l'homme interdit de le connaître autrement que du point de vue de l'humanité, le rapport de l'homme à l'univers interdit de connaître l'humanité autrement
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que du point de vue du tout. S'arrêter au genre humain est un compromis, qui, de même < j u» • bien des compromis, est moins logique que l'un ou l'autre des deux <wtrêmes dont il forme le milieu. Toute connaissance suppose que la pensée est uni verselle, e'est-a-dire que l'homme peut et même doit, en tant qu'être pensant, saisir le monde à un point de vue subjectif, qui est en
même temps objectif. En effet, la conscience du moi esl
aussi celle du non moi, et du tout dont font partie ces deux éléments complémentaires. Dès la naissance de la conscience, le moi dépasse ainsi l'existence isolée et partielle de l'individu ; il vit une vie qui n'est pas seulement sa vie à lui, mais encore celle du monde. Il est, et peut devenir de plus en plus, l'organe de cet esprit universel qui embrasse et dépasse toutes choses, qui « vit en toute vie, s'étend à tout espace, se répand sans se diviser, produit sans se dépenser ».
C'est là ce qui le rend capable de science, de moralité et de religion ; car, tant qu'il parle ses propres paroles, accomplit ses propres actions, ou pense ses propres pensées, il parle, accomplit ou pense folie et mal ;etce n'est qu'en devenant l'instrument d'un pouvoir ou d'un intérêt universels, que son action, sa pensée, sa parole individuelles peuvent avoir quelque dignité ou valeur. On saisit cette vérité de façon imparfaite en disant, avec Comte, que l'humanité, et non Dieu, est la puissance universelle au service de qui l'individu doit trouver la liberté spirituelle, et que par suite la synthèse dernière doit être subjective, et non pas objective. La difficulté est en effet de concevoir que l'homme puisse réellement sortir de sa subjectivité individuelle ;
et si l'on peut montrer que cela est possible et même nécessaire, on ne peut plus nier qu'il ne puisse et ne doive s'élever à la connaissance de Dieu, unité absolue et objective du monde.
Mais d'autres considérations empêchent Comte d'admettre cette vérité. Par opposition à la théologie optimiste et extérieure, si fréquente à la fin duxvine siècle, et si attaquée par les encyclopédistes, il fut conduit à soutenir, dans sa Philosophie Positive, que l'arrangement de l'univers, astronomique, physique, biologique, est loin d'être parfait au point de vue du bonheur humain. Sans doute la poésie peut imaginer que les forces de la nature sont amies de l'homme. Mais la science, selon Comte, doit reconnaître que le monde où notre destin nous a fait tomber, est loin de réaliser la meilleure sphère possible pour notre existence et notre développement, et qu'il n'est devenu favorable à notre progrès que par la longue « action providentielle » de l'homme lui-même. C'est là toutefois le point de croisement des tendances opposées du Comtisme, car l'une des idées maîtresses de la Politique Positive est que l'influence d'une fatalité extérieure, limitant l'homme et l'obligeant à abandonner son égoïsme naturel, a été la condition nécessaire du développement des facultés supérieures du cœur et de l'esprit. Comte ne se lasse pas de montrer que la prépondérance croissante des inclinations altruistas, qui seules peuvent donner l'unité à notre vie, dépend des limites imposées par le monde extérieur à nos désirs. « Sans cet ascendant continu, dit-il, le sentiment deviendrait vague, l'intelligence flottante et l'activité stérile. Faute d'un tel joug, le
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problème humain reste mil. insoluble, parce que L'altruisme ne pourrait jamais surmonter L'égoïsme. Assisté par la suprême fatalité, L'amour universel peut habituellement obtenir q uelafpersonnalitése subordonne à la socialité. Tous les sophismes de L'orgueil ne sauraient empêcher l'esprit positif de reconnaître que toute révolte émane des impulsions personnelles. Une soumission forcée tend à faire indirectement prévaloir l'altruisme, par cela seul qu'elle comprime l'égoïsme. Mais cette réaction morale est surtout efficace quand l'obéissance devient volontaire, puisque la sympathie se trouve directement développée, sans qu'aucun murmure empêche degoûterl'assujettissement (1). » De ce point de vue, la fatalité extérieure ne peut plus être dite ennemie, ni même indifférente ; elle nous est plutôt amie en un sens supérieur, puisque cette apparence d'hostilité est la condition de notre existence. Kant, dans son petit traité sur l'histoire (connu de Comte et qui a eu probablement quelque influence sur sa Politique Positive), applique à la lutte et à la concurrence humaines une idée analogue. La rivalité égoïste, soutient-il, produit à la longue un développement social supérieur à celui qui aurait pu se produire dans une espèce d'êtres chez qui les sentiments personnels auraient été moins vifs tout d'abord. L'égoïsme même devient le moyen de nous élever au-dessus de l'égoïsme. Ainsi, dans les deux cas, les conditions qui semblaient tout d'abord faire obstacle au développement intellectuel, et a fortiori moral, deviennent, par la réaction interne qu'elles pro-
(1) Synthèse subjective, p. 16 ; Pol. Pos.,l ; page 414 et suiv.
duisent, le meilleur moyen de notre développement. « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, de la violence est sortie la douceur. » Cette conception semble bien prouver que ce qui, au premier abord, paraît un mal, et qui en soi l'est vraiment, est la condition nécessaire, bien que négative, d'un bien supérieur. Mais une condition négative est encore une condition, et les dieux ne se montrent pas envieux en nous refusant un bien inférieur, car c'est pour nous en faire chercher un supérieur. De ce que le monde n'est pas fait en vue de notre bonheur, on ne peut tirer de conclusions défavorables à l'optimisme entendu au sens large, puisque ce bonheur immédiat serait acheté au prix de notre dégradation morale, et qu'il serait moins capable de développer les énergies supérieures de notre nature. Si l'amour le plus noble n'était qu'un égoïsme supérieur, une bonté même infinie ne pourrait empêcher la lutte basse et égoïste qui obscurcit et empoisonne notre vie terrestre. Le meilleur optimisme, l'oplimisme, si Ton peut le nommer ainsi, des esprits profonds et tendres qui se sont dits chrétiens, n'est pas fondé sur une vue superficielle et imparfaite de la misère, et encore moins du mal moral de la vie humaine. Il résulte bien plutôt de la perception claire de ces deux éléments. C'est un optimisme qui est « descendu dans les tombeaux » du bonheur humain, et même, si nous pouvons ainsi interpréter le symbole chrétien, dans Y a enfer » de la culpabilité humaine, pour que « le captif emmène sa captivité captive (1). » Et Comte qui, dans sa première
(1) Hartmann. Selbst-zersetzung des Christenthums .
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opposition a la théologie at à le métaphysique, avait rejeté toute conception absolue on théologique du inonde, esl conduit par le développement naturel de sa pensée a voir, dans la négation immédiate de tout dessein, un dessein supérieur, et à étendre à L'univers cette idée d'unité, qu'il n'avait voulu tout d'abord appliquer qu'à la seule humanité. Mais comme il ne pouvait oublier tout à t'ait ses négations initiales, son affirmation de cette unité est imparfaite, et il est finalement obligé de charger la poésie du rôle dont la science semble être incapable.
De ces contradictions de Comte, il résulte que toute critique du système total des choses dont nous faisons partie est, à un point de vue relatif, irrationnelle, cette critique et son fondement étant inséparables de ce système. Contester les objets en tant que particuliers n'est pas déraisonnable, le particulier pouvant se prouver par le général. Mais contester le tout, dont ces objets et nous-mêmes faisons partie, et qui rend possible notre développement, et par suite celui de notre idéal moral, c'est vouloir monter sur nos propres épaules et sauter hors de notre ombre. Si nous pouvions adopter un point de vue individualiste, nous isoler à la fois du monde, sphère unique de notre activité, et de la vie sociale de l'espèce, source de toute notre culture, il nous serait alors possible de prendre les douleurs et joies et les sentiments, qui nous appartiennent comme individus sensibles, pour principes d'une critique du monde. Mais à tout autre point de vue cette critique n'est possible que comme rapport de l'individu à l'univers, de la partie au tout, des éléments et
des phases variées du système des choses à l'idée qui constitue l'unité de ce système et le principe de son développement. On a souvent observé que le scepticisme ne saurait être généralisé sans contradiction. car toute conception intelligible des choses suppose une unité finale de la pensée et de l'existence, de Vesse et de Yintelligi. Le doute doit reposer sur un fond de certitude, ou bien il se détruit lui-même. Il est tout aussi vrai, bien qu'on l'ait moins remarqué, que toute critique du monde, en découvrant le mal particulier, aboutit à l'optimisme. En effet, si cette critique affirme être quelque chose de plus que l'expression des goûts et désirs individuels, elle doit se dire l'expression d'un principe objectif se réalisant dans le monde, malgré toutes les apparences contraires. Si, comme dit Hegel, (( l'histoire du monde est le jugement du monde », réciproquement tout vrai jugement moral anticipe sur l'histoire, car il découvre les forces cachées qui déjà travaillent à leur triomphe dans le monde, au moyen même de ce qui semble leur être le plus contraire, et il constitue aussi une sympathie prophétique avec 1' « esprit de l'avenir », qui « tend à se mêler à la vie ». Il fait de même le caractère objectif qui donne aux paroles du génie tant de poids et de puissance. « Il enseignait comme ayant autorité et non pas comme les scribes » ne peut se dire que de celui dont la parole était comme une force naturelle, par son indépendance des influences individuelles et temporaires. D'autre part, le caractère limité et subjectif de la plupart des jugements moraux ordinaires, critiques des conditions de la vie, des défauts des voisins, des erreurs et des maux du