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CHAP. VIII

787. N’y a-t-il pas des races rebelles au progrès par leur nature?

« Oui, mais celles-là s’anéantissent chaque jour corporellement. »

— Quel sera le sort à venir des âmes qui animent ces races ?

« Elles arriveront comme toutes les autres à la perfection en passant par d’autres existences ; Dieu ne déshérite personne. »

— Ainsi, les hommes les plus civilisés ont pu être sauvages et anthropophages?

« Toi-même tu l’as été plus d’une fois avant d’être ce que tu es. »

788. Les peuples sont des individualités collectives qui, comme les individus, passent par l’enfance, l’âge mûr et la décrépitude ; cette vérité constatée par l’histoire ne peut-elle faire penser que les peuples les plus avancés de ce siècle auront leur déclin et leur fin, comme ceux de l’antiquité?

« Les peuples qui ne vivent que de la vie du corps, ceux dont la grandeur n’est fondée que sur la force et l’étendue, naissent, croissent et meurent, parce que la force d’un peuple s’épuise comme celle d’un homme; ceux dont les lois égoïstes jurent avec le progrès des lumières et la charité meurent, parce que la lumière tue les ténèbres, * et la charité tue l’égoïsme; mais il y a pour les peuples comme pour les individus la vie de l’âme; ceux dont les lois s’harmonisent avec les lois éternelles du Créateur vivront et seront le flambeau des autres peuples. »

780. Le progrès réunira-t-il un jour tous les peuples de la terre en une seule nation?

« Non, pas en une seule nation, cela est impossible, car de la diversité des climats naissent des mœurs et des besoins

LOI DO PROGRÈS

différents qui constituent les nationalités ; c’est pourquoi il leur faudra toujours des lois appropriées à ces mœurs et à ces besoins ; mais la charité ne connaît point de latitudes et ne fait pas de distinction entre la couleur des hommes. Quand la loi de Dieu sera partout la base de la loi humaine, les peuples pratiqueront la charité de l’un à l’autre, comme les individus d’homme à homme ; alors ils vivront heureux et en paix, parce que nul ne cherchera à faire du toit à son voisin, ni à vivre à ses dépens. »

L'humanité progresse par les individus qui s’améliorent peu à peu et s’éclairent; alors, quand ceux-ci l’emportent en nombre, ils prennent le dessus et entraînent les autres. De temps en temps surgissent parmi eux des hommes de génie qui donnent un élan, puis des hommes avant l’autorité, instruments de Dieu, qui en quelques années la font avancer de plusieurs siècles.

Le progrès des peuples fait encore ressortir la justice de la réincarnation. Les hommes de bien font de louables efforts pour faire avancer une nation moralement et Intellectuellement; la nation transformée sera plus heureuse en ce monde et en l’autre, soit ; mais pendant sa marche lente à travers les siècles, des milliers d’individus meurent chaque jour; quel est le sort de tous ceux qui succombent dans le trajet? Leur infériorité relative les prive-t-elle du bonheur réservé aux derniers arrivés? Ou bien leur bonheur est-il relatif? La justice divine ne saurait consacrer une telle injustice. Par la pluralité des existences, le droit au bonheur est le même pour tous, car nul n’est déshérité du progrès; ceux qui ont vécu au temps de la barbarie, pouvant revenir au temps de la civilisation, chez le même peuple ou chez un autre, il en résulte que tous profitent de la marche ascendante.

Mais le système de l’unité des existences présente ici une autre difficulté. Avec ce système l’àme est créée au moment de la naissance ; donc si un homme est plus avancé qu’un autre, c’est que Dieu crée pour lui une âme plus avancée. Pourquoi cette faveur? Quel mérite a-t-il, lui qui n’a pas vécu plus qu’un autre, moins qu’un autre souvent, pour être doué d’une âme supérieure? Mais là n’est pas la principale difficulté. Une nation passe, en mille ans,

de la barbarie à la civilisation. Si les hommes vivaient mille ans on concevrait que dans cet intervalle ils eussent le temps de progresser; mais tons les jours il en meurt à tout âge ; ils se renouvellent sans cesse, de telle sorte que chaque jour en voit paraître et disparaître. Au bout des mille ans, il n’y a plus trace des anciens habitants; la nation, de barbare qu’elle était, est devenue policée; qu’est-ce qui a progressé? Sont-ce les individus jadis barbares? mais ils sont morts depuis longtemps. Sont-ce les nouveaux venus? mais si leur âme est créée au moment de leur naissance, ces âmes n’existaient pas au temps de la barbarie, et il faut alors admettre que les efforts que l’on fait pour civiliser un peuple ont le pouvoir, non pas d’améliorer des âmes imparfaites, mais de faire créer par Dieu des âmes plus parfaites.

Comparons cette théorie du progrès avec celle donnée par les Esprits. Les âmes venues au temps de la civilisation ont eu leur enfance comme toutes les autres, mais elles ont déjà vécu, et sont venues avancées par un progrès antérieur; elles viennent, attirées par un milieu qui leur est sympathique, et qui est en rapport avec leur état actuel ; de sorte que les soins donnés à la civilisation d’un peuple n’ont pas pour etîet de faire créer pour l’avenir des âmes plus parfaites, mais d’attirer celles qui ont déjà progressé, soit qu’elles aient déjà vécu chez ce môme peuple au temps de sa barbarie, soit qu’elles viennent d’autre part. Là est encore la clef du progrès de l’humanité tout entière ; quand tous les peuples seront au môme niveau pour le sentiment du bien, la terre ne sera le rendez-vous que de bons Esprits qui vivront entre eux dans une union fraternelle, et les mauvais s’y trouvant repoussés et déplacés iront chercher dans des mondes inférieurs le milieu qui leur convient, jusqu’à ce qu’ils soient dignes do venir dans le nôtre transformé. La théorie vulgaire a encore cette conséquence, que les travaux d’amélioration sociale ne profilent qu’aux générations présentes et futures; leur résultat est nul pour les générations passées qui ont eu le tort de venir trop tôt, et qui deviennent ce qu’elles peuvent, chargées qu’elles sont de leurs actes de barbarie. Selon la doctrine des Esprits, les progrès ultérieurs profitent également à ces générations qui revivent dans des conditions meilleures, et peuvent ainsi se perfectionner au foyer de la civilisation. (222.)

LOI DU PROGRÈS

ClvIllMtlon.

790. La civilisation est-elle un progrès, ou, selon quelques philosophes, une décadence de l’humanité ?

« Progrès incomplet; l’homme ne passe pas subitement de l’enfance à l’âge mûr. »

— Est-il rationnel de condamner la civilisation?

« Condamnez plutôt ceux qui en abusent, et non pas l’œuvre de Dieu. »

791. La civilisation s’épurera- t-elle un jour de manière à faire disparaître les maux qu’elle aura produits ?

« Oui, quand le moral sera aussi développé que l’intelligence. Le fruit ne peut venir avant la fleur. »

792. Pourquoi la civilisation ne réalise-t-elle pas immédiatement tout le bien qu’elle pourrait produire?

« Parce que les hommes ne sont pas encore prêts ni disposés à obtenir ce bien. »

— Ne serait-ce pas aussi parce qu’en créant de nouveaux besoins elle surexcite des passions nouvelles?

« Oui, et parce que toutes les facultés de l’Esprit ne progressent pas en même temps ; il faut le temps pour tout. Vous ne pouvez attendre des fruits parfaits d’une civilisation incomplète. » (751-780.)

793. A quels signes peut-on reconnaître une civilisation complète?

« Vous la reconnaîtrez au développement moral. Vous vous croyez bien avances, parce que vous avez fait de grandes découvertes et des inventions merveilleuses; que vous êtes mieux logés et mieux vêtus que des sauvages; mais vous n’aurez vraiment le droit de vous dire civilisés que lorsque vous aurez banni de votre société les vices qui la déshonorent, et que vous vivrez entre vous comme

des frères en pratiquant la charité chrétienne ; jusque-là vous n’êtes que des peuples éclairés, n’ayant parcouru que la première phase de la civilisation. *

La civilisation a ses degrés comme toutes choses. Une civilisation incomplète est un état de transition qui engendre des maux spéciaux, inconnus à l’état primitif; mais elle n’en constitue pas moins un progrès naturel, nécessaire, qui porte avec soi le remède au mal qu’il fait. A mesure que la civilisation se perfectionne, elle fait cesser quelques-uns des maux qu’elle a engendrés, et ces maux disparaîtront avec le progrès moral.

De deux peuples arrivés au sommet de l’échelle sociale, celui-là seul peut se dire le plus civilisé, dans la véritable acception du mot, chez lequel on trouve le moins d’égoïsme, de cupidité et d’orgueil ; où les habitudes sont plus intellectuelles et morales que matérielles ; où l’intelligence peut se développer avec le plus de liberté; où il y a le plus débouté, de bonne foi, de bienveillance et de générosité réciproques; où les préjugés de caste et de naissance sont le moins enracinés, car ces préjugés sont incompatibles avec le véritable amour du prochain ; où les lois ne consacrent aucun privilège, et sont les mêmes pour je dernier comme pour le premier ; où la justice s’exerce avec le moins de partialité ; où le faible trouve toujours appui contre le fort ; où la vie de l’homme, ses croyances et ses opinions sont le mieux respectées; où il y a le moins de malheureux, et enfin, où tout homme de bonne volonté est toujours sûr de ne point manquer du nécessaire.

Progrès de la législation humaine.

794. La société pourrait-elle être régie par les seules lois naturelles sans le secours des lois humaines?

« Elle le pourrait si on les comprenait bien, et si on avait la volonté de les pratiquer, elles suffiraient ; mais la société a ses exigences , et il lui faut des lois particulières. »

. ”95. Quelle est la cause de l’instabilité des lois humaines ?

LOI DU PROGRÈS

« Dans les temps de barbarie, ce sont les plus forts qui ont fait les lois, et iis les ont faites pour eux. Il a bien fallu les modifier à mesure que les hommes ont mieux compris la justice. Les lois humaines sont plus stables à mesure qu’elles se rapprochent de la véritable justice, c’est-à-dire à mesure qu’elles sont faites pour tous, et qu’elles s’identifient avec la loi naturelle. »

La civilisation a créé pour l’homme de nouveaux besoins, et ces besoins sont relatifs à la position sociale qu’il s’est faite. Il a dû régler les droits et les devoirs de cette position par les lois humaines ; mais sous l'influence de ses passions, il a souvent créé des droits et des devoirs imaginaires que condamne la loi naturelle, et que les peuples effacent de leurs codes à mesure qu’ils progressent. La loi naturelle est immuable et la même pour tous; la loi humaine est variable et progressive ; elle seule a pu consacrer, dans l’enfance des sociétés, le droit du plus fort.

796. La sévérité des lois pénales n’est-elle pas une nécessité dans l’état actuel de la société ?

« Une société dépravée a certainement besoin de lois plus sévères; malheureusement ces lois s’attachent plus à punir le mal quand il est fait, qu’à tarir la source du mal. Il n’y a que l’éducation qui puisse réformer les hommes; alors ils n’auront plus besoin de lois aussi rigoureuses. *

797. Comment l’homme pourra-t-il être amené à reformer ses lois?

« Cela vient naturellement par la force des choses et l’influence des gens de bien qui le conduisent dans la voie du progrès. Il en a déjà beaucoup réformé, et il en réformera bien d’autres. Attends !

Influence du «plrltlgme sur le progrèi.

798. Le spiritisme deviendra-t-il une croyance vul? gaire, oq restera-tril le partage de quelques personnes?

« Certainement il deviendra une croyance vulgaire, et il marquera une nouvelle ère dans l’histoire de l’huma* nité, parce qu’il est dans la nature, et que le temps est venu où il doit prendre rang parmi les connaissances humaines; cependant il aura de grandes luttes à soutenir, plus encore contre l’intérêt que contre la conviction, car il ne faut pas se dissimuler qu’il y a des gens intéressés à le combattre, les uns par amour-propre, les autres pour des causes toutes matérielles; mais les contradicteurs se trouvant de plus en plus isolés seront bien forcés de penser comme tout le monde sous peine de se rendre ridicules.

Les idées ne se transforment qu’à la longue, et jamais subitement; elles s’affaiblissent de génération en génération et finissent par disparaître peu à peu avec ceux qui les professaient, et qui sont remplacés par d’autres individus imbas des nouveaux principes, comme cela a lieu pour les idées politiques. Voyez le paganisme; il n’est certes personne aujourd’hui qui professe les idées religieuses de ces temps-là ; cependant plusieurs siècles après l’avénement du christianisme, elles ont laissé des traces que la complète rénovation des races a seule pu effacer. Il en sera de même du spiritisme; il fait beaucoup de progrès, mais il y aura encore pendant deux ou trois générations un levain d’incrédulité que le temps seul dissipera. Toutefois sa marche sera plus rapide que celle du christianisme, parce que c’est le christianisme luimôme qui lui ouvre les voies et sur lequel il s’appuie. Le christianisme avait à détruire ; le spiritisme n’a qu’à édiGer.

799. De quelle manière le spiritisme peut-il contribuer au progrès?

« En détruisant le matérialisme qui est une des plaies de la société, il fait comprendre aux hommes où est leur véritable intérêt. La vie future n’étant plus voilée par le doute, l’homme comprendra mieux qtr’il peut assurer son avenir par le présent. En détruisant les préjugés de

LUI DU PROGRÈS

sectes, de castes et de couleurs, il apprend aux hommes la grande solidarité qui doit les unir comme des frères. »

800. N’est-il pas à craindre que le spiritisme ne puisse triompher de l’insouciance des hommes et de leur attachement aux choses matérielles ?

« Ce serait bien peu connaître les hommes, si l’on pensait qu’une cause quelconque pût les transformer comme par enchantement. Les idées se modifient peu à peu selon les individus, et il faut des générations pour effacer complètement les traces des vieilles habitudes. La transformation ne peut donc s’opérer qu’à la longue, graduellement et de proche en proche; à chaque génération une partie du voile se dissipe; le spiritisme vient le déchirer tout à fait ; mais en attendant n’aurait-il pour effet, chez un homme, que de le corriger d’un seul défaut, ce serait un pas qu’il lui aurait fait faire, et par cela même un grand bien, car ce premier pas lui rendra les autres plus faciles. »

801. Pourquoi les Esprits n’ont-ils pas enseigné de tout temps ce qu’ils enseignent aujourd’hui?

« Vous n’enseignez pas aux enfants ce que vous enseignez aux adultes, et vous ne donnez pas au nouveau-né une nourriture qu’il ne pourrait pas digérer ; chaque chose a son temps. Ils ont enseigné beaucoup de choses que les hommes n’ont pas comprises ou qu’ils ont dénaturées, mais qu’ils peuvent comprendre maintenant. Par leur enseignement, même incomplet, ils ont préparé le terrain à recevoir la semence qui va fructifier aujourd’hui. »

802. Puisque le spiritisme doit marquer un progrès dans l’humanité, pourquoi les Esprits ne hàtcnt-ils pas ce progrès par, des manifestations tellement générales et

tellement patentes que la conviction serait portée chez les plus incrédules ?

« Vous voudriez des miracles ; mais Dieu les sème à pleines mains sous vos pas, et vous avez encore des hommes qui le renient. Le Christ lui-même a-t-il convaincu ses contemporains par les prodiges qu’il a accomplis? Ne voyez-vous pas aujourd’hui des hommes nier les faits les plus patents qui se passent sous leurs yeux? N’en avezvous pas qui disent qu’ils ne croiraient pas quand même ils verraient? Non ; ce n’est pas par des prodiges que Dieu veut ramener les hommes; dans sa bonté, il veut leur laisser le mérite de se convaincre par la raison. »

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