DES MOUVEMENTS QUI SERVENT A L.\ GÉNÉRATION ET A LA CORRUPTION
La nature sait toujours se préparer, par des changements moindres, une voie à des changements plus grands ; or la «7«nération et la corruption sont les changements les plus importants : donc ils sont précédés par des mouvements plus petits qui y préparent la matière. Ainsi la mort de l'homme est précédée par les maladies, par le conflit et la réaction des humeurs, etc. Ces mouvements plus petits, préparatoires pour la génération et la corruption, sont tous rangés sous cinq titres principaux: l'altération, la mixtion, la condensation, la raréfaction, et enfin le conflit réciproque de l'agent et du patient, c'esl-à-dire la réactio7i et l'état qui la suit et que les Latins appelaient î'épassiôn {repassio). Dans la présente question nous consacrerons un article à chacun de ces mouvements. Puis nous parlerons de la fermentation , qui les embrasse presque tous, et qui elle-même contribue beaucoup à la génération.
DE l'altération.
Sur V altération nous dirons quel est son genre, quel est son terme, et quelles sont ses espèces; ensuite, comment elle est produite. Enfin, nous traiterons en particulier de l'altération intensive, c'est- à- dire de la manière dont les qualités s'accroissent.
Qu'est-ce que l'allération, quel est son terme, quelles sont ses espèces?
Ualtération peut se concevoir de quatre manières : 1° d'une manière très-étendue comme un changement accidentel quelconque : dans ce sens elle est opposée à la génération , qui est le changement substantiel ; 2° d'une manière plus spéciale pour un changement quelconque dans la qualité; 3° d'une manière plus appropriée pour le changement des qualités sensibles : car, lorsque ces qualités varient, la chose nous apparaît autre {altéra) ; 4" d'une manière tout à fait appropriée pour le changement par des qualités contraires à la nature de la chose, et la disposant à la corruption : car V altération, dans son sens physique et propre, c'est la déviation de l'état naturel vers la corruption. L'eau, en s'échauffant, est dite s'altérer; il n'en est pas de même lorsqu'elle revient à sa fraîcheur naturelle, en perdant la chaleur acquise.
Ainsi V altération se définit : 1° changement quanta l'accident ; 1° chayigement quant à la qualité; 3° changement quant à la qualité sensible; 4° changement quant à la qualité qui dispose à la corruption et à la génération.
Par là on comprend quel est le terme de l'altération. De la l'e manière son terme est un accident quelconque; de la 2« son terme atteint toute qualité ; de la 3« il s'arrête aux qualités sensibles seulement; de la 4", aux qualités qui dis-
posent le sujet à la corruption et à la génération. Parmi les qualités sensibles nous distinguons d'abord celles qui relèvent du toucher, le chaud, le froid, l'humidité, le sec : ces qualités sont dites jjremières ; de celles-ci d'autres qualités tirent leur origine et sont dites secondaires , ce sont les organes principaux de la nature pour la génération des choses. On distingue ensuite celles qui relèvent du goût et de l'odorat, ce sont les saveurs et les odeurs. C'est, en effet, par ces trois sens, que se juge principalement V altération d'une chose. Le goût et l'odorat, faits pour apprécier les aliments, en doivent percevoir Valtération. Le tact, qui veille contre tout ce qui corrompt l'état et la complexion de l'animal, a dû percevoir d'une manière délicate et vive les qualités qui pourraient amener la corruption, ou entretenir la conservation. Quant aux qualités qui relèvent de l'ouïe et de la vue, les sons, la lumière et la couleur, elles indiquent plutôt une chose altérée qu'elles ne la constituent; la pâleur, la rougeur, indiquent la maladie , et ne la font point : car ces qualités ne sont point actives, au moins elles ne tendent pas d'une manière active à la corruption physique.
On peut demander si l'altération proprement dite ne consiste que dans les qualités sensibles.
Réponse. Il semblerait qu'il y a d'autres qualités, qui ne sont point perçues sensiblement en elles-mêmes et que l'on saisit seulement dans leur effet, et qui néanmoins produisent Y altération proprement dite. L'action et la passion par lesquelles les poisons produisent leur effet, favoriseaussi les médicaments qu'on leur oppose, appelés alexiteres; les eaux-fortes dissolvent les métaux et les autres corps, et provoquent la corruption et la génération, ils produisent ainsi Valtération, et cependant la qualité par laquelle elles produisent cet effet n'est pas sensible. Car, bien que dans ces altérations s'introduise toujours quelque changement, quant au froid et au chaud, à Thumidité et au sec, ces altérations ne semblent pas se produire par la seule vertu de ces qualités, ni
se borner à les acquérir ; elle doivent donc provenir d'une vertu plus occulte. Mais ces choses se trouveront traitées ailleurs.
U altération faisant un genre , nous y distinguons trois espèces : V altération, dans un sens plus spécial , Vintensité et V affaiblissement {remissio). En effet, Valtératio7i étant un mouvement quant à la qualité, peut se produire de trois manières : 1° quand on fait passer le sujet d'une qualité à la qualité contraire, du froid au chaud , c'est Valtération proprement dite : 2° quand, restant dans une même qualité, le sujet passe d'un état moins parfait à un état plus parfait, du chaud, par exemple, au plus chaud, c'est Vintensité; 3° au contraire, quand d'un état plus parfait la chose descend vers un état qui l'est moins ; ainsi de plus chaude elle devient moins chaude : c'est Y affaiblissement.
On peut demander, 1° si toute altération est un mouvement successif.
Réponse. Les altérations, prises dans un sens moins spécial, se produisent le plus souvent en un instant, sans successivité : ainsi, au lever du soleil , ou à l'éloignement d'un corps opaque, l'air est aussitôt illuminé. Mais Valtération prise dans son sens propre a lieu d'une manière succesive, et nous en avons l'expérience dans la caléfaction, le refroidissement, etc. Le sujet dans les choses qui le disposent à sa destruction résiste à l'agent, et le plus souvent il a en lui-même une qualité contraire pour combattre celle qu'on veut lui donner. Comme donc une faible chaleur est plus facilement introduite qu'une chaleur plus grande, et un grand froid est plus facilement diminué que détruit, les changements de ce genre ne se font pas subitement, ils viennent, par un progrès et une succession lente, d'un degré plus facile à un degré plus difficile.
2° h' altération successive est-elle un mouvement continu ? Les uns le nient , et ils pensent que ce qui est altéré, acquiert d'abord un certain degré subitement pour se re-
poser ensuite, puis acquérir un nouveau degré ; il y aurait ainsi une série de mouveuients distincts.
Mais c'est une assertion gratuite. Il faut dire que Valtération est un mouvement continu, que le mouvement n'y est point interrompu, tant que l'agent s'applique au patient, jusqu'à ce qu'il ait introduit dans ce patient tout ce qu'il peut lui donner de sa qualité.
Preuve. Le bois, par exemple , s'échauffe tant que le feu agit en lui ; or le feu agit sur le bois d'une manière continue, donc le bois s'échauffe d'une manière continue. La majeure est évidente. Prouvons la mineure. Le feu , agent nécessaire, agit tant qu'il est appliqué au sujet sur lequel il peut agir. En effet, qu'est-ce qui l'empêcherait d'agir? Or pendant tout le temps de la caléfaction, nous le supposons, il est appliqué au bois sur lequel il peut agir ; donc il agit sans cesse, et il altère ainsi le bois sans cesse.
On pourrait citer Aristoto (liv. VIII de la Phys., chap. i) disant : L'altération ne se produit pas d'une manière continue, c'est 2)roiivé par des expériences manifestes.
Je réponds. Le Philosophe veut seulement dire que tous les corps ne sont point altérés perpétuellement, comme certains anciens l'ont enseigné; mais il ne nie point que les corps qui s'altèrent le fassent d'une manière continue.
Instance. Comme il y a dans une heure des parties infinies, si de nouveaux degrés de chaleur sont continuellement surajoutés, la chaleur arrivera à être infiniment intense.
Réponse. De même que les parties de cette heure forment une durée non point infinie, mais bien finie en acte, et divisible en parties qui sont infinies seulement .syncatégoriquement: de même les degrés de chaleur acquise ne forment point un degré infiniment intense en acte, mais seulement divisible en degrés de plus en plus petits à l'infini syncatégoriquement.
Comment se fait l'altération.
Il y a trois opinions : la première veut que Yaltération soit produite par un influx substantiel de l'agent sur le patient : l'eau serait échauffée par des atomes chauds sortis du feu pour la pénétrer : telle est l'opinion des Épicuriens; suivant la deuxième, elle n'est produite que par une disposition différente des parties : l'eau serait échauffée parce que les molécules sorties du feu lui feraient prendre un mouvement semblable au leur : c'est l'opinion des Cartésiens; il y aune troisième explication : je la donne en cette
Conclusion. — L'altération, -prise du moins dans un sens tout à fait propre , a lieu par propagation , c'est-àdire par la production d'une qualité semblable et altérative qui passe de l'agent dans le patient : c'est l'opinion des Péripatéticiens.
Preuve. L'agent peut produire dans le patient une entité semblable à lui quant à la qualité : donc il peut par là l'altérer. La conséquence se prouve par ce fait, que les adversaires ont recours seulement à d'autres modes , en niant le nôtre , parce qu'ils ne peuvent comprendre qu'une simple qualité puisse passer de l'agent dans le patient. Établissons l'antécédent. D'abord , par les preuves qui ont fait accepter dans les substances corporelles une activité propre et réelle, et par cette aptitude donnée au semblable de produire son semblable: ce qui est en acte peut réduire en acte ce qui est en puissance par une fécondité innée, et que Dieu lui-même a mise dans les choses (voir plus haut, P^ part., thèse ii, quest. IV, art. 2, § i). On le prouve ensuite par une expérience péremptoire; en effet, comment l'impulsion se produit-elle? Lorsqu'un corps imprime un mouvement dans un autre corps, l'impulsion résulte non de ce qu'il insinue dans ce corps quelque chose de sa substance, ni
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de ce qu'il introduit une disposition différente dans ses molécules; car nous voyons bien qu'il n'en est pas ainsi; non plus de ce qu'un mouvement qui est dans le premier passe en restant numériquement le même dans le second , car on ne peut pas l'admettre; mais de ce que cette entité , quelle qu'elle soit, que nous appelons impulsion, et qu'il a en lui passe de lui dans un autre. Si donc l'impulsion produitl'impulsion , pourquoi la chaleur ne produirait-elle pas la chaleur?
Co)ifirmation. Dans Valtération des choses sublunaires par les astres, on n'aperçoit pas ce que les astres envoient de leur substance dans ces choses , ni par quel procédé le mouvement local de leurs molécules se propage jusqu'aux choses sublunaires. La production de la lumière autour de nous n'est pas provoquée par une sorte d'effluve de la substance lucide du soleil dans ces choses inférieures : car quand le soleil a disparu ou qu'il est voilé , cette substance lucide resterait encore quelque temps. On ne peut attribuer davantage la production de la lumière à une disposition différente du corps illuminé: le diamant, le cristal, l'or, ont des parties trop fixes pour pouvoir si facilement changer de position : donc la lumière elle-même est produite par le soleil, qui doit la conserver : quand il a disparu, elle périt. Une faible étincelle enflamme une grande forêt, et la consume; or on ne peut admettre que c'est par une effluve de la substance de cette étincelle que l'incendie prend un développement si effrayant, ou que les particules émises par cette étincelle ont autrement disposé par leur mouvement local toutes les parties de la forêt, mais nous concevons aisément que , par sa chaleur, cette étincelle s'assimile la matière contiguë, et qu'elle puisse, après l'avoir enflammée, agir de même sur une suivante, l'altérer, l'allumer, et, par une production continuée ainsi, propager la chaleur et le feu. Objection pour la première opinion. L'altération s'explique facilement par un influx de la substance de
l'agent dans le patient; l'expérience même nous y convie. La plupart des corps, solides ou liquides, émettent continuellement des exhalaisons, et quelquefois celles-ci ont une très-grande vertu : elles pénètrent les autres corps, et leur communiquent des qualités semblables sans aller jusqu'à la production d'une entité nouvelle : on devient parfumé auprès d'une personne qui porte des parfums ; l'herbe de napel a donné la mort par ses exhalaisons ; par leur seule odeur beaucoup de substances pharmaceutiques exercent une action purgative, et plusieurs poisons ainsi dégagés deviennent mortels ; les vapeurs marécageuses , les exhalaisons des cadavres sans sépulture, les gaz qui s'échappent des cavernes où l'air n'a pu pénétrer pendant longtemps , ou des mines dont le minerai contient de l'arsenic, etc., infectent l'air et font venir les maladies pestilentielles; la vapeur du mercure, en s'insinuant dans l'or, le fait blanchir; un petit grain de piment donne à l'eau une teinte marquée en s'y dissolvant, etc. Réponse. J'avoue que ces effluves , émis par certains corps , amènent Valtératio7i dans d'autres en s'y insinuant et en les modifiant; mais souvent les corps semblent avoir changé sans qu'il y ait une véritable altération, par la seule pénétration de ces effluves : ainsi l'or, qui blanchit dans la vapeur de mercure, et les autres exemples cités, ne prouvent point que la véritable altération consiste dans cette seule insinuation ou pénétration, car la substance même n'est pas vraiment altérée quand Valtération ne se manifeste qu'auxyeux.Une forêt est mise en feu au contact d'une étincelle : voilà qui est clair ; et aussi quand les agents s'assimilent leurs sujets passifs sans rien perdre de leur propre substance : on sait que le verre d'antimoine et le safran des métaux peuvent , sans diminuer de poids, communiquera une grande quantité de vin leur vertu purgative, et cela de manière à provoquer des nausées; le mercure, chauffé dans l'eau, sans perdre de sa densité, modifie celte eau à un tel point, qu'elle devient un breuvage contre les vers; l'aimant
ne perd non plus de son poids quand il communique au fer sa vertu; le jaspe vert arrête les flux de sang; la pierre néphrétique arrête la colique; la pierre d'aigle, par son seul contact, allège les douleurs de l'enfantement, et l'on ne voit pas ce que ces pierres et d'autres peuvent émettre de leur substance, quand elles exercent leur efficacité naturelle. Boylée rapporte que des gants imprégnés d'odeur, et qu'il avait gardé trente ans, ont jusqu'à la fin conservé cette odeur dans toute sa force ; si pendant tant d'années ils ont dégagé dans l'air ambiant de leur odeur, et que ces effluves fussent leur substance même, comment cette substance n'aurait-elle pas péri plus tôt? On dit que la perte est compensée par la substitution d'autres effluves provenant des corps environnants, et que toutes se succèdent ainsi dans un circuit perpétuel ; mais, s'il en était ainsi . comment celles qui succèdent ])euvent-elles être imbues de la même qualité, si la substance ne contient pas quelque vertu qui les transforme et les remplisse de cette qualité ? Un tonneau, qui est une fois bien préparé, contiendra toujours du vinaigre si, au fur et à mesure que la première liqueur s'épuise , on a soin de la remplacer p^ir du vin, mais c'est à condition qu'il reste dans la lie une vertu altérative du vin qu'on surajoute.
Objection pour la deuxième opinion. Il est constant que la plupart des altérations se produisent par la seule disposition difi'érente des parties : ainsi un corps , de rude, devient poli , et de poli, rude, par le seul changement de la disposition de ses parties, suivant qu'elles sont inégales ou égales. Le verre dépoli, de diaphane, devient opaque et blanc, et il prend la vertu d'un poison qui, mêlé aux aliments, donne la mort; s'il est pilé davantage, il redevient inolïensif; une liqueur noire, réduite en écume, devient blanche ; les fruits et la chair vive s'altèrent par une meurtrissure : et ces phénomènes sont dus à une disposition différente des parties.
Réponse. Parla position diflerente des parties, ou le corps
n'est pas véritablement altéré , comme quand le verre est dépoli, et quand de raboteux il devient lisse; ou bien encore il y a altération véritable , parce que les parties , difîéremment disposées , agissent les unes sur les autres , et subissent plus aisément l'action extérieure : ainsi le fruit ou la chair meurtris s'altèrent et finissent par se corrompre. Quant au verre pilé , il tue , non parce que sa nature est altérée, mais parce que ses petits fragments, semblables à autant de pointes acérées, déchirent les petits nerfs et les fibrilles des intestins; pilé davantage, il devient inoffensif, parce que ces pointes sont pulvérisées ; si de diaphane il devient opaque et blanc, ce n'est pas qu'il change de qualité; car chaque morceau, vu au microscope, paraît diaphane, mais parce que les innombrables petites facettes que présentent ces morceaux s'opposent au passage de la lumière en la réfléchissant, et par cette réflexion produisent la blancheur; la cause de l'écume est la même. Nous disons, par conséquent , que Y altération qui n'est produite que par la variation de position dans les parties n'est qu'apparente : les exemples cités et autres semblables ne prouvent donc rien.
Objection contre la conclusion. Si l'altération se produisait par la propagation d'une qualité , l'activité à l'extrémité du rayon serait dans la sphère la même qu'au centre; elle s'étendrait même indéfiniment : car si le feu produit une chaleur semblable dans la partie de l'air qui lui est contiguë, celle-ci fera de même pour une partie voisine, et ainsi de suite , à l'infini ; et cela n'est pas : l'expérience le prouve.
Réponse. Je nie la conséquence. Le patient résistant à son altération, et la qualité étant plus imparfaite dans un sujet étranger que dans son propre sujet, ne subsistant même que par une conservation continuelle due à la présence de l'agent, plus cette qualité est éloignée de l'agent, plus elle est languissante, et elle arrive à un point où elle II?. 14
n'est plus sensible : ainsi , la partie de l'air qui est contiguë au feu est moins chaude que le feu ; celle qui suit l'est moins encore, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la chaleur soit devenue si faible qu'elle ne puisse plus rien produire. Mais si le patient est, non-seulement altéré, mais corrompu et transformé dans la nature de l'agent, comme lorsque le feu allume de l'étoupe, une chaleur également puissante se propage avec le feu , sa diffusion ne la réduit pas , mais l'augmente , tant qu'elle rencontre une matière convenable.
§ III
Comment se produit l'intensité dos qualités.
On sait que la plupart des qualités, soit corporelles, soit spirituelles , ont entre les termes de leur essence une latitude , et peuvent être dans le sujet d'une manière plus ou moins parfaite , avec plus ou moins d'intensité. Mais comment cette intensité se produit -elle? comment diminuet-elle?Nous répondrons aux deux questions en même temps, car elles sont évidemment connexes.
Il y a quatre opinions : La première , c'est que la qualité prend de l'intensité en se dépouillant de ce qui lui est contraire, et, comme l'or se perfectionne en se dépouillant de son alliage, la chaleur se développerait en se dépouillant du froid; la deuxième opinion veut que la qualité prenne de l'intensité par la destruction d'une qualité ancienne, imparfaite , à laquelle une qualité nouvelle , plus parfaite , vient se substituer: c'est l'enseignement de Durand (au I^r livre, dist. XVIII, quest. 7). Ces deux opinions sont maintenant abandonnées; suivant la troisième, les qualités se développeraient par addition de parties : par exemple on distinguerait dans la chaleur plusieurs chaleurs partielles , et quand une de ces chaleurs s'ajoute à l'autre , la chaleur totale deviendrait plus grande et plus intense , à l'instar d'une quantité augmentée par une nouvelle quantité partielle qu'on y
ajoute. C'est la doctrine de Scot et de plusieurs savants modernes.
La quatrième opinion appartient à saint Thomas; elle est acceptée par tous les Thomistes, et par plusieurs autres philosophes. D'après ce saint Docteur, l'intensité des qualités se produit par l'addition d'un mode nouveau plus parfait : ainsi , comme l'homme peut parcourir successivement et graduellement divers états : l'enfance, la jeunesse, l'adolescence, la vieillesse , etc., il y a dans les qualités plusieurs modes et des états d'une perfection plus ou moins grande, et c'est lorsque de la qualité imparfaite l'agent transporte la chose à une qualité plus parfaite , qu'il y a intensité : l'homme, de l'enfance passe à la jeunesse, non par l'addition d'un nouvel homme partiel , mais par une sorte de promotion vers un état plus parfait de la vie : de même la qualité , moindre d'ahord , devient plus intense , non en gagnant une nouvelle partie de qualité, mais en s'élevant jusqu'à un mode et à un état plus parfait. Donnons les fondements de cette opinion.
Première conclusion. — La qualité ne se développe pas en se dépouillant de son contraire^ ni par la destruction d'une première qualité remplacée par une qualité nouvelle plus parfaite.
Preuve de la première partie, l" La qualité, en augmentant d'intensité , se perfectionne intrinsèquement ; elle reçoit donc quelque chose d'intrinsèque, et il n'y a pas seulement dépouillement d'une qualité contraire ; 2« il y a bien des qualités qui acquièrent de l'énergie dans des sujets où rien ne se trouve qui leur soit contraire : ainsi dans la sainte "Vierge il n'y avait ni péché ni cupidité désordonnée, seules choses qui soient contraires à la charité, cependant la charité croissait en elle de jour en jour, et est devenue toujours plus intense jusqu'à sa mort; la lumière croît dans l'air, et elle n'y a point de contraire : sa croissance n'a donc pas lieu par éloignement d'un contraire.
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Preuve de la seconde partie. Si une qualité plus imparfaite était détruite , et qu'une qualité nouvelle fût produite , ce ne serait pas proprement une intensité acquise ; comme si une quantité moindre était détfuite pour laisser place à une quantité plus grande, il n'y aurait pas augmentation véritable : donc cette opinion n'explique point, mais elle exclut l'intensité ; ensuite ^ proportion gardée , il en est pour l'intensité comme pour la diminution ; or celle-ci n'a point lieu par la destruction totale d'une qualité plus parfaite, et par la production d'une qualité qui l'est moins : donc il n'en est pas ainsi non plus pour l'inlensilé elle-même. Expliquons la mineure. Quand la chaleur d'une eau échauffée se perd naturellement dans l'air froid , il n'y a pas là une cause sufGsante pour détruire aussitôt cette chaleur, encore moins pour produire une autre chaleur d'un degré moins élevé , qui serait substitué au degré de chaleur perdue. En eiîet, quelle serait cette cause? L'air ambiant? Il est froid. L'eau? Elle repousse plutôt qu'elle ne produit la chaleur. Si donc toute la chaleur périssait tout d'un coup, il n'y succéderait aucune chaleur moindx-e , et ainsi l'eau serait subitement refroidie; ce qui est contre l'expérience.
Deuxième conclusion. — La qualité ne gagne pas en intensité par V addition d'une nouvelle qualité 'partielle.
Telle est expressément la doctrine de saint Thomas (Ii^cpart. de la 11^, quest. lu, art. 2, rép. à la 2^ ohjec.). La cause, dit-il, qui augmente tel état d'un être, met, il est vrai, quelque chose dans ce sujet, mais elle ne produit pas une forme nouvelle, elle fait seulement que le sujet participe plus parfaitement à la forme qu'il avait déjà. Et dans V Opuscule XLVIII , traité ii, ch. iv : Lorsque la forme gagne en intensité, il ne faut pas croire qu'elle s' augm,ente par addition d'un degré à un autre, et qu'il y ait là deux degrés distincts, dont l'un s'ajouterait à Vautre et pourrait s'en distinguer ; l'augmentation a lieu, entant que la forme, d'imparfaite devient parfaite, et qu'étant
QUEST. II. DES MOUVEMENTS SERVANT A LA GÉNÉRATION. "ilS
parfaite, elle a ce qu'elle n'avait pas auparavant, nondans des parties diverses et reconnaissahles , mais en force : et ainsi le premier degré est virtuellement contenu dans le second, comme l'imparfait est contenu dans le parfait. Et en plusieurs autres passages il rejette cette accumulation de qualités partielles, et il enseigne que la qualité est une forme simple, n'ayant pas de parties réelles par elle-même.
Première preuve , par une raison de saint Thomas. La qualité n'a pas de parties intégrales par elle-même : donc elle ne peut s'accroître par une accumulation de parties. Prouvons l'antécédent. D'abord la qualité est une forme simple, et elle ne consiste pas dans une agrégation. Ensuite ce qui est le propre de la quantité ne peut pas appartenir à la qualité prise en elle-même ; or avoir des parties intégrales c'est le propre de la quantité , qui est essentiellement constituée par extension de parties : donc cela n'appartient pas à la qualité prise en elle-même. Et à vrai dire, c'est une imagination grossière et absurde de prendre la qualité pour une accumulation de petites qualités partielles : la charité, par exemple, se diviserait-elle comme un monceau de grains en diminutifs de charité réductibles à l'infini? Ces charités minimes sont-elles continues entre elles, ou distinctes? Si elles sont distinctes, comment composent-elles une vertu unique? si continues, qu'est-ce qui les lie? Fautil venir à ce point d'absurdité, de m.ettre la charité dans le genre des choses continues , et divisibles en parties proportionnées et continuées par des parties charitatives indivisibles, elles-mêmes.terminées par des parties, etc.?
Seconde preuve. Une chaleur nouvelle ne peut être reçue dans la partie du sujet qui possède déjà delà chaleur; or cette partie reçoit de nouveau ce par quoi elle devient plus chaude intensitivement ; donc elle ne devient point chaude par une nouvelle chaleur partielle. La mineure est certaine. Prouvons la majeure. Deux accidents numériquement distincts ne peuvent être contenu? dans la même partie
d'un sujet. Nous prouverons en Métaphysique que l'accident est individualisé dans le sujet, et par conséquent ne peut être qu'un dans un. Or cette chaleur nouvelle n'est distincte que numériquement de celle qui y est déjà contenue ; donc, etc.
Confirmation. Cette chaleur partielle qui survient est ou plus parfaite que celle qui y est déjà, ou elle est plus imparfaite, ou elle est aussi parfaite. Si elle est plus parfaite, l'autre est superflue, puisqu'elle est contenue dans la plus parlaite; tout être imparfait est contenu dans le plus parfait du même genre, et, le moins parfait étant supprimé, de sorte qu'il ne reste que le plus parfait, le sujet aura une chaleur plus intense. Si cette chaleur est plus imparfaite, elle ne pourra parfaire l'autre; rien n'étant perfectionné par un être du même genre qui serait moins parfait. Si enfin cette chaleur est de perfection égale , elle ne fera qu'étendre et multiplier le degré de perfection, et ne produira rien de plus parfait. Une pièce d'argent ajoutée à une autre pièce de même valeur multipliera, il est vrai, la quantité, mais ne produira rien de plus parfait en qualité ou en valeur.
Ajoutons que si une chaleur prenait son intensité dans l'addition d'une chaleur partielle plus imparfaite , ou également parfaite , le sujet plus chaud pourrait s'échauffer encore par l'action d'un sujet moins chaud ou également chaud ; car tout agent peut produire une chaleur égale à celle qu'il a, et l'ajouter à une chaleur déjà existante.
On dira : Une quantité minime ajoutée à une quantité plus grande augmente encore celle - ci : donc une qualité minime ajoutée à une plus grande rendra celle-ci plus grande et plus parfaite.
Mais au contraire. Si la quantité minime jointe à une quantité plus grande la rend plus étendue comme masse, elle n'en augmente pas l'intensité essentielle ni n'ajoute rien à sa perfection, car une quantité n'est pas plus parfaite qu'une autre. Ainsi, tout en admettant cette accumulation fictive de
parties de qualités de même perfection, cela ne nous conduirait pas vers une qualité plus intense. La qualité s'étendrait et se multiplierait seulement dans le même degré de perfection. Nos adversaires confondent donc à tort le mode d'intensité des qualités avec le mode d'augmentation des quantités: il est certain que ces deux modes différent infiniment, et se produisent dans des sens tout différents.
Troisième CONCLUSION. — La qualité s'accroit quand il s'y ajoute un mode nouveau de perfection, en tant que la même entité de perfection passe d'un état plus imparfait à un état plus parfait.
La conclusion est expressément dans saint Thomas, qui donne différents noms à ces modes de perfection (à la 11« partie de la II^ , quest. xxiv, art. 4, rép. à la 3« ohject.); il appelle cette perfection un plus grand enracinement dans le sujet, empruntant cette figure aux arbres, qui grandissent d'autant plus qu'ils poussent de plus profondes racines, et pénètrent plus avant dans la terre , pour s'y attacher ; ainsi la qualité, en croissant et en se développant, pénètre plus profondément la potentialité du sujet, y adhère avec plus de force, et remplit davantage sa capacité. Ailleurs il la nomme une plus grande actuation du sujet {i^^ question delà Vérité, art. xi), et encore une réduction au parfait de l'imparfait (I" part., dist. xvir, quest. ii, art. 2, rép. au 2* arg. ) ; ou une plus grande participation de la forme. (Ire part, de la II®, quest. lu, art. 2, rép. à la '2^ ohject.)
Preuve. La qualité doit s'accroître quand il s'y ajoute Ce qui manque au sujet qui la possède imparfaitement; or, ce qui manque au sujet dans cet état, ce n'est pas l'entité de la qualité, mais seulement la perfection dans cette qualité : donc la qualité ne s'accroît pas par la survenance d'une en'^ tité partielle , mais seulement par le mode nouveau d'une perfection plus grande. La majeure est évidente. Expliquons la mineure. Tout sujet chaud, même quand sa chaleur est faible, possède l'entité et l'essence de la chaleur; ce
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qui lui manque n'est donc ni cette entité ni cette essence , mais son mode développé et sa perfection.
Première objection. Saint Thomas (11« partie de la 11«, quest. XXIV, art. 4, rép. à la 3« ohject. ) dit : Ils ignorent tnême le sens des mots, ceux qui disent que la qualitése développe par l'enracinement, et non suivant l'essence : donc, suivant saint Thomas , la qualité ne s'accroît point par l'enracinement.
Réponse. Saint Thomas ne nie point que l'intensité s'acquière par un enracinement plus grand dans le sujet, car il l'enseigne dans ce passage même; il veut seulement dire que le développement de la qualité quant à l'essence , et Yenracinement plus profond de la qualité dans le sujet, sont une seule et même chose; parce qu'il est de l'essence même de la qualité, qu'en s'enracinant dans le sujet, elle se perfectionne et se développe. Quel autre sens aurait ce passage? Ainsi, le développement de la qualité par V enracinement dans le sujet, et le développement quanta l'essence, sont un seul et même développement.
Instance. Saint Thomas dit souvent que les qualités augmentent par degrés : il y a donc des parties graduelles dans la qualité.
Réponse. Par ces degrés, saint Thomas n'entend pas des qualités partielles, mais les modes d'une perfection qui devient toujours plus grande, ainsi qu'il résulte des passages cités.
Deuxième objection. Une qualité intense peut être détachée de son sujet, au moins par la Puissance divine : par exemple , la blancheur de la neige peut être détachée de la neige; or, pour cela, il faut qu'elle ne soit pas enracinée dans son sujet, cela est évident; donc l'intensité ne consiste pas en un plus grand enracinement dans le sujet.
Réponse. Je concède la majeure, et je distingue la mineure; cette qualité qui peut être détachée du sujet n'y est pas enracinée; actuellement, je le concède; par aptitude naturelle, ]e le nie. En effet, quoique cette qualité ne se
trouve pas alors dans le sujet, elle retient toujours cette aptitude à y entrer, à le pénétrer profondément et à remplir sa capacité, et l'on peut dire qu'étant plus développée elle serait aussi plus enracinée par aptitude naturelle ; or c'est dans cet enracinement vers lequel elle a une aptitude que consiste l'intensité de la qualité, et non dans le fait présent; comme la perfection de l'œil ne consiste pas à ce qu'il voie mieux maintenant, mais bien dans le fait de pouvoir voir plus parfaitement.
Troisième objection. Une qualité nouvelle se produit par intensité : donc l'intensité sa fait par la survenance d'une nouvelle qualité : Preuve de V antécédent . Le terme de l'intensité se produit par l'intensité ; or la qualité est le terme de l'intensité : donc elle se produit par l'intensité. Preuve de la mineure. Toute altératioyi a pour terme la qualité ; or l'intensité est une espèce d'altération : donc elle a pour terme la qualité.
Réponse. Je nie l'antécédent. Pour la preuve, je distingue la mineure : la qualité est le terme de l'intensité qui doit être produite, je le nie; qui doit être perfectionnée, je le concède. Car l'intensité diffère deV altération proprement dite, en ce que celle-ci produit de nouveau une qualité, tandis que l'autre parfait une qualité déjà produite.
hrstance. L'intensité ne peut arriver à un mode nouveau de perfection : donc elle doit arriver à une qualité de nouveau produite. Preuve de l'antécédent. Le terme d'un mouvement successif doit avoir des parties ; or ce mode de perfection n'a point de parties, autrement il se composerait de modes partiels, et les raisons de la troisième conclusion se tourneraient contre la thèse présente : donc ce mode ne peut arriver à l'intensité , qui est un mouvement successif.
Réponse. Je nie l'antécédent. Pour la preuve, je distingue la majeure. Le terme du mouvement successif doit toujours avoir des parties formelles , je le nie ; virtuelles, je
218 PHYSIQUE, lir. PARTIE. THÈSE UNIQUE.
le concède; et appliquant cette distinction à la mineure, je nie la conséquence. Il n'est point, nécessaire que le terme du mouvement successif ail des parties formellement, c'està-dire qu'il se compose de parties enlrtatives; il suffit qu'il ait des parties virtuelles , c'est-à-dire des parties qu'il contienne en puissance à plusieurs degrés inférieurs , à travers lesquels il parvient successivement au degré où il se trouve. Or un mode plus parfait de qualité , quoiqu'il ne se constitue point d'autres qualités partielles, contient réellement dans sa vertu plusieurs autres degrés inférieurs qu'il a successivement parcourus pour arriver au degré où il est.
iVoMueZie instance. Donc, à la fin d'une heure, la qualité aura un mode infiniment parfait. Preuve de la conséquence. Dans chaque partie de l'heure elle acquiert un mode plus grand de perfection ; or dans une heure il y a des parties infinies , de même que dans tout continu ; on l'a démontré dans la première partie de la Physique : donc en une heure des modes infinis sont acquis, et comme ils sont tous contenus dans le dernier, celui-là sera infiniment parfait.
Réponse première. Cet argument est aussi bien contre nos adversaires que contre nous, car il prouverait en même temps qu'on peut acquérir des qualités partielles infinies.
Réponse seconde. Comme les parties du temps, quoique infinies d'une certaine manière, ne constituent point une extension infinie; de même ces degrés, quoique infinis d'une certaine manière, ne constituent pas une intensité infinie. Et comme l'infinité des parties du temps consiste seulement dans l'impossibilité d'y assigner une partie tellement petite, qu'il ne s'y puisse trouver une autre plus petite encore, et ainsi à l'infini ; ainsi l'infinité dans les modes de puissance ou de qualité ne consiste que dans l'impossibilité d'assigner un mode si petit que l'on n'y puisse trouver un moindre, et à celui-ci un autre à l'infini. Ainsi, en forme, je distingua la mineure ; il y a dans une heure des parties infinies : d'une inpnité de divisibilité , en tant que ces parties peuvent se
diviser à l'mfini en parties de plus en plus petites, je le concède; d\ine infinité de durée, je le nie; et je distingue de même la conséquence : donc il y a durant une heure urte infinité de modes acquis; une infinité par divisibilité virtuelle, entant que l'on ne puisse assigner démode tellement exigu qu'il soit impossible après d'en trouver un moindre, je le concède; wne infinité d'intensitéde tel le sorte que ces modes aient une perfection infinie d'intensité, je le nie.
Quatrième objection. Ou ces modes se distinguent les uns des autres spécifiquement , ou ils ne se distinguent que numériquement : si numériquement, il y aura deux accidents distincts seulement numériquement dans le même sujet; si spécifiquement, celui qui surviendra ne pourra parfaire le préexistant , car nul ne peut être perfectionné par un être d'une autre espèce que lui.
Réponse. Ces modes sont différents d'espèce modale, tant entre eux que par rapport à la qualité dont ils sont les modes. De même que la vieillesse et la jeunesse sont différentes d'espèce modale, tant du côté de l'homme, que l'une par rapport à l'autre. Quant à la preuve, je dis qu'un mode ne se perfectionne point par un autre , et qu'il serait plutôt exclu par l'arrivée de cet autre : la virilité s'en va quand la vieillesse arrive. Cependant la qualité peut se perfectionner par ces modes, car ils ne sont autre chose que des perfections, ou des états divers de la perfection de la qualité ; par conséquent leur effet formel est de constituer la qualité parfaite.
Instance. Si un mode plus parfait n'est pas complété par les modes qui l'ont précédé, si même il les exclut, il sera quelque chose d'indivisible ; or c'est ce que l'on ne peut dire : il faut donc que les modes qui le précèdent restent pour le compléter. La majeure est évidente. La divisibilité ne peut se concevoir sans parties intégrantes , et ces parties intégrantes ne peuvent être dans ces modes , si le plus grand d'entre eux n'est composé de plusieurs modes moindres. La minexire aussi est certaine. Si, en effet, ces modes étaient
indivisibles, ils ne pourraient s'acquérir successivement, parce que l'indivisible est complet tout d'un coup , et par conséquent s'acquiert en un instant.
Réponse première. Ces modes sont indivisibles formellement , mais ils sont divisibles virtuellement, de la manière que nous avons expliquée ; et cela suffit pour qu'ils puissent terminer un mouvement successif.
Réponse seconde. C'est lorsqu'ils sont complets {in facto esse) que ces modes sont indivisibles, en tant qu'ils ne peuvent ni croître ni décroître sans disparaître et faire place à un mode nouveau et distinct : mais ils restent divisibles quand ils se constituent (in fieri), parce qu'ils s'acquièrent par d'autres modes inférieurs et intermédiaires , qui se succèdent immédiatement, comme un lieu dans son fait actuel peut être dit quelque chose d'indivisible formellement; car pour peu que le corps qui occupe un lieu se meuve , ce lieu changera et un nouveau lieu sera acquis ; cependant dans le devenir, c'est-à-dire pendant qu'il s'acquiert, il est divisible, puisque du point de départ au point d'arrivée il y a le passage à travers les lieux intermédiaires qui se succèdent.
ARTICLE DEUXIÈME