DE LA MIXTION
La mixtion est définie par Aristote (liv. I de la Naiss. et de la Mort, vers la fin) : l'union des choses susceptibles d'êtremêlées qui sont altérées et combinées ensemble.
La mixtion est dite union, pour exprimer le genre auquel elle appartient. L'on ajoute des choses qui peuvent se mêler et s'altérer; car si ces choses demeuraient intactes, et ne s'altéraient pas mutuellement en se fondant entre elles , pour devenir une seule nature, ce ne serait pas une véritable mixtion, mais une juxtaposition seulement. Enfin l'on dit : de choses combinées entre elles ; car si une de ces choses prévalait absolument sur le;? autres, elle les détruirait pour les
gUEST. II. DES MOUVEMENTS SERVANT A LA GÉNÉRATION. 221
amener à sa nature propre ; il n'y aurait pas union de plusieurs choses pour former un composé, il n'y aurait qu'une conversion d'une chose à une autre : ainsi lorsque l'on verse une goutte d'eau dans un tonneau de vin, il ne s'y fait pas de mixtion, mais la goutte d'eau est confondue dans le vin. Donc, pour qu'il y ait véritablement mixtion, il faut que les formes des choses mêlées soient combinées entre elles, et qu'elles se saisissent et s'altèrent toutes ensemble, pour former une seule nature nouvelle. De là on conclut :
1° Que la mixtion n'est point proprement un mouvement, bien qu'elle suive un mouvement; elle est plutôt le terme d'un mouvement altératif, c'est-à-dire qu'elle est l'union constituée par les mouvements simultanés des choses susceptibles de se combiner ;
2° Qu'il y a deux sortes de mixtions : l'une parfaite , lorsque les choses susceptibles de se mêler s'unissent par le fait en une seule nature : comme les éléments dans la plante, dans l'animal et dans l'or; l'autre imparfaite, lorsque les choses retiennent leur propre nature , bien qu'elles présentent aux sens quelque phénomène nouveau : ainsi l'écume et la vapeur sur l'eau , les nuages , la neige , formés dans l'air et mélangés d'eau de telle sorte, que chaque élément y conserve sa nature propre quoique altérée.
3° Pour qu'une chose soit susceptible de mixtion, trois conditions sont nécessaires : d'abord qu'elle puisse être divisée en parties minimes, plus facilement altérables par une autre nature, et se prêtant plus vite à la combinaison: c'est faute de cette condition que les choses dures ne se mêlent pas; ensuite que ces choses puissent agir et subir l'action dans les parties dans lesquelles elles doivent se saisir mutuellement et se détruire pour former une nature nouvelle; enfin qu'elles aient entre elles des qualités contraires, car le semblable n'agit pas sur son semblable, et ne s'y joint pas pour former une troisième nature.
Ces principes, que tout le monde admet sur la mixtion,
22'2 PHYSIQUE. Iir. PARTIE. THÈSE UNIQUE.
peuvent donner lieu à trois questions : !<> Tous les éléments peuvent-ils se mélanger? 2° Les formes des éléments se maintiennent-elles dans le composé ? 3" Au moins le composé conserve-t-il leurs qualités, et dans quelle mesure?
La mixiion de tous les éléments non-seulement est possible, mais elle existe de fait.
Preuve. Premièrement. Les éléments sont éminemment susceptibles de se combiner entre eux ; car ils ont réellement les qualités qui sont propres aux choses susceptibles de se combiner. Ils sont entre eux contraires: ils sont les uns vis-à-vis des autres actifs et passifs ; ils peuvent aisément se réduire en parties minimes : le feu, l'air, l'eau, et même la terre, qui est friable quand elle n'est plus humide, et tombe en poussière fine, remplissent toutes ces conditions : donc ils peuvent tous se mélanger.
Deuxièmement. Le mélange est prouvé par l'expérience : la terre se mêle facilement avec l'eau , l'air s'y glisse aisément, et le feu pénètre ce composé ; car il y a là une chaleur qui vient de lui, et qu'on voit sensiblement dans les animaux. Mille autres occasions nous le montrent directement mêlé aux autres éléments : ainsi dans les entrailles de la terre parfois il semble allumer de grands incendies ; dans les eaux sulfureuses et bitumineuses il se trouve souvent, même il se manifeste par des émissions de flamme : ainsi , non loin de Grenoble il y a une source d'où sortent quelquefois des flammes ; la terre qui est alentour donne des étincelles dès qu'on la remue.
Troisièmement. Tout corps mixte est composé des choses dans lesquelles il est résoluble; or, quand il y a corruption, les quatre éléments se retrouvent : ainsi le cadavre en putréfaction se résout en air par les exhalaisons ,
en eau par les humeurs qui en découlent , en terre par la poussière à laquelle il est réduit, et si le feu n'apparaît pas là sensiblement , c'est que, se trouvant dans un lieu ennemi, il a peine à tenir et à conserver son état propre; mais il est constant qu'il est dans tous les animaux : les esprits vitaux , qui sont de nature ignée, le prouvent suffisamment ; et quand cet élément est comme excité ou mis en mouvement par un procédé quelconque , il se manifeste , comme on le voit dans le fumier, dans les herbes putréfiées au milieu des champs, dans le silex que l'on bat, dans les corps gras et dans les matières sulfureuses , qui ne s'enflammeraient pas si facilement si elles ne contenaient point une certaine quantité de substance ignée.
Objections. i° La tnixiion répugne à l'inclination des éléments; car, pour qu'elle se produise, il faut que ces éléments se réunissent en un même lieu ; or ils tendent à des lieux divers , la terre en bas , le feu en haut : donc, au moins pour ces deux éléments, la mixtion n'est pas possible.
2° Les choses susceptibles de se combiner doivent s'altérer peu à peu , et, en déposant leur nature propre, en revêtir une autre; or le feu, s'il est tant soit peu altéré, en perdant sa chaleur, périt aussitôt; et la terre, par sa nature propre , est tellement consistante , qu'elle se maintient dans les fournaises les plus ardentes : donc ces deux éléments ne peuvent pas se mélanger.
3° Les corps mixtes ne se réduisent pas en éléments, mais en d'autres substances, en huile, en sel, en gaz, en phlegme, l'analyse chimique nous le fait voir ; ils sont même ramenés à ces principes dans la dissolution naturelle : donc les mixtes en sont composés, et la mixtion les a pour principes, et non les éléments ordinaires.
Je réponds. Sur la première objection, il faut distinguer. La combinaison répugne à l'inclination des éléments, à l'inclination propre, soit; à leur inclination commune, qu'ils tiennent des causes supérieures, je le nie. Car,
comme dans l'animal autre chose est l'inclination propre des parties en vertu de laquelle le sang se porte en bas et les esprits en haut, autre chose l'inclination commune imprimée par l'âme en vertu de laquelle chaque partie se porte où l'exige la santé de l'animal , le sang en haut et les esprits même en bas : ainsi , dans chaque partie de l'univers il y a un mouvement double : l'un est propre, et chaque partie, en le suivant, va vers ce qui lui convient en particulier : les corps graves en bas , et les corps légers en haut ; l'autre est donné par les causes universelles : il est commun , et , pour prendre l'expression de Bacon , cosmique; c'est lui qui pousse toute chose au sens que demande le bien universel ; c'est lui qui met les choses susceptibles de se mêler là où le mélange peut s'opérer; et comme nous voyons par ce mouvement la terre et l'eau vaporisés s'élever en exhalaisons , il faut admettre que le feu élémentaire se porte en bas quand il est nécessaire , pour se combiner avec ces exhalaisons et avec l'air : de là vient que les eaux pluviales sont vaporeuses , chaudes , et plus propres à la nourriture des plantes.
Pour la deuxième objection , je distingue. Le feu et la terre semblent moins capables de mélange et d'altération , tels que nous les voyons près de nous et soumis à des agents particidiers , je le concède ; quand ils ont été préparés lentement par les agents universels, je le nie. Regardez la plupart des matières soumises à l'art de l'homme, rien ne semble pouvoir s'en produire, tant qu'elles sont traitées avec impéritie ; mais disposez-les habilement, vous verrez des merveilles. Qu'attendrons-nous d'une masse de minerai de fer non préparé ? S'il reste quelque temps entre des mains habiles , combien de chefs-d'œuvre en sortiront ! Ainsi la terre , si rebelle au feu , si consistante dans sa nature, est amollie par la chaleur favorable du ciel, et s'atténue pour se prêter complaisammentà la mixtion; ainsi le feu, si redoutable pour nous , peut s'adoucir sous l'action des causes
supérieures, abandonner lentement ce qu'il a de plus résistant, et arriver à l'état qui favorise son mélange avec les autres éléments.
A la troisième objection , je réponds que le corps mixte se résout en huile , en sel , en gaz et en mille combinaisons intermédiaires, qui l'amènent aux éléments en dernière analyse : il en résulte donc seulement qu'il n'est pas immédiatement composé d'éléments, ce que tout le monde reconnaît facilement.
On demande comment peuvent se mélanger des éléments.
Réponse. La nature ne part pas de ces éléments pour arriver immédiatement à des corps mixtes parfaits : c'est d'une mixtion plus grossière qu'elle passe à une plus délicate par mille intermédiaires. Les premiers rudiments de la mixtion s'aperçoivent dans les masses élémentaires : dans la terre, que nous foulons; dans l'eau, que nous appliquons à nos usages; dans l'air, que nous respirons: ce ne sont point de purs éléments : ils sont déjà mélangés , et on ne les appelle éléments que pour désigner ce qui domine dans leur essence. De ces éléments déjà combinés : de la terre et de l'eau, par exemple , sortent des mixtions qui, de nouveau combinées entre elles , forment peu à peu des combinaisons plus parfaites : l'exhalaison de la terre se mêle à la vapeur de l'eau , l'air s'y introduit ensuite , et, dans les lieux plus élevés, le feu lui-même déjà mêlé d'air : de là résultent ces mélanges un peu plus parfaits des sels, des matières oléagineuses, du soufre, des gaz, etc.; de ceux-ci, qui sont déjà par nature plus portés à s'associer des combinaisons parfaites résultent, et ce sont les plantes, les animaux , les pierres, etc. Mais ces créatures mixtes produisent aussi des émanations plus complexes : il y en a de salines, d'huileuses, de sulfureuses, de gazeuses, etc., et celles-ci à leur tour concourent à des mixtions nouvelles. Ainsi se forment des espèces innombrables d'êtres composés dans m. 15
chaque espèce , des modifications presque infinies dans les variétés et dans les tempéraments particuliers de chaque être : ainsi Von comprend que les corps mixtes les plus parfaits ne se résolvent pas immédiatement en éléments, mais en substances mixtes : soit celles dont ils se sont d'abord formés , soit d'autres dans lesquelles l'agent de la dissolution les fait entrer plus facilement. Chaque partie du composé arrive ainsi, suivant l'inclination qui lui est donnée par la nature ou par l'art, à se vaporiser, à se cristalliser, etc.; mais il est constant aussi que ces corps, combinés à travers un long circuit, finissent par se résoudre en éléments: cela est constaté par l'analyse chimique, comme nous l'avons remarqué plus haut (Fc p., q. ire^ art. 5) en parlant des principes chimiques des choses : concluons donc que la base première de tous les corps mixtes est dans les éléments.
§ II
Si Iç.s foiraes des éléments se niainlicnnenl dans le mélange.
Il est constant que dans la mixtion imparfaite les formes des corps susceptibles de se combiner peuvent subsister. Il n'est ici question que de la mixtion parfaite. Les médecins résolvent ordinairement cette question dans le sens affîrinalif ; beaucoup de philosophes se joignent à eux; mais c'est expliqué diversement : les uns pensent que les formes élémentaires demeurent absolument intactes dans le composé : c'est l'opinion d'Avicenne; Averroës le conteste: il admet bien cp'elles subsistent, mais il les veut diminuées et rédui,tes,: à tort, sans doute, puisque la substance n'admet pas de plus ni de moins ; d'autres veulent que ces formes subsistent, mais en acceptant sur elles-mêmes une forme substantielle nouvelle , celle des corps mixtes ; d'autres encore pensent que dans la mixtion les formes élémentaires demeurent quant à Vétre metf.ijphiiSjiqnPf, çqrpme ils disent, et
non quant, à Vêtre physique et sensible : les éléments, selon eux , sont formés de très-petites parties , qu'ils appellent des points physiques, dont chacune conserve la nature de l'élément, et diffère spécifiquement des points d'un autre élément. Ces points élémentaires, quand plusieurs de même nature sont unis, présentent d'abord aux sens l'élément auquel ils appartiennent : les points ignés, le feu ; les points aqueux, l'eau, etc.; mais, dans une m^a;<^on plus complète, séparés entre eux et combinés avec les points d'un autre élément, ils ne produisent aux sens aucun des éléments auxquels ils appartiennent : on dit alors que les éléments sont détruits physiquement et quant aux sens; mais, à le prendre absolument et réellement, chacune de ces molécules est de même nature qu'auparavant, ne produisant une troisième nature qu'extérieurement; cette nature ne serait différente que d'après la disposition différente de ces atomes , les uns par rapport aux autres : c'est leur explication du corps mixte. Il en résulte que la forme de ce corps nouveau n'est pas une nouvelle entité absolue , c'est quelque chose de relatif, une sorte d'ordre et de combinaison résultant de la mixtion : comme l'harmonie n'est pas une entité nouvelle , mais un ordre , une proportion , et une combinaison résultant d'un assemblage de sons. Cette hypothèse est suivie et ingénieusement développée par le Père Honoré Fabri, dans son Traité de Physique. Donnons maintenant notre opinion.
Première conclusion. — La forme du corps mixte, au moins quand la mixtion est parfaite, n'est pas une combinaison pure et simple d'éléments, c'est une entité absolue et substantielle qui se distingue de ces éléments.
Preuve. Une substance spécifiquement distincte des autres substances doit avoir une forme substantielle propre et distincte des autres: c'est un être absolu et non relatif; or les corps mixtes parfaits : l'homme, l'animal, la plante, le métal , etc. , sont des espèces de substances dictinctes ;
donc ils ont une forme substantielle propre, et ils ne consistent point dans une simple combinaison d'éléments. La majeure est certaine. En effet, la substance est constituée et distinguée par la forme. La mineure est une notion commune. Les corps mixtes constituent sous le genre de substance des espèces véritables et distinctes des autres.
Confirmation. Si le corps mixte n'était qu'une mixtion des éléments, et n'avait rien de substantiel en propre, il ne serait une substance que par accident : comme un habit de soie, de lin, de laine ou de coton, que personne ne s'avisera d'appeler proprement du nom de substance ; mais le corps mixte est telle ou telle substance par lui-même : il ne consiste donc pas simplement dans la mixtion des éléments.
On répond que le corps mixte est une espèce de substance fixe et nouvelle, sinon métaphysiquement, au moins physiquement et d'une façon sensible; les éléments y sont si parfaitements combinés , qu'ils perdent leur être physique et sensible, et s'unissent en une nouvelle nature sensible. C'est pourquoi on les distingue des ouvrages artificiels, dont les combinaisons ne changent pas la nature et l'essence des choses d'une manière sensible.
Mais, au contraire: D' abord cette réponse tombe sous les coups de l'argument : les corps qui résultent du mélange ne seraient pas véritablement des substances : ils ne le seraient qu'en apparence; il n'y aurait plus de véritables substances en dehors des éléments. Ensuite, la génération substantielle est par là supprimée; plus de nouvelles substances : ce qui a été continue à être , sauf ce que les sens voient en .se trompant. Mais surtout cette réponse se réfute par l'observation qui suit : Toute forme se fait reconnaître à des propriétés non -seulement sensibles, mais réelles et essentielles ; or le corps mixte contient des propriétés plus nobles que les propriétés élémentaires, et qui surpassent la vertu de la nature élémentaire : il a donc aussi une forme propre,
distincte des formes élémentaires, et plus noble que ces formes. La majeure est certaine. La mineure est évidente parles animaux. En effet, les propriétés, les sens, les appétits, la force de locomotion, les instincts admirables , tout ce que nous voyons en eux surpasse évidemment la force de la nature purement élémentaire ; dans les plantes , cette élégante disposition des parties , qu'aucun agent n'y apporte du dehors, et qui sort de l'énergie naturelle d'un élément grossier, nous force à reconnaître des substances nouvelles. Il n'est pas besoin d'insister sur les vertus merveilleuses de plusieurs plantes , ni sur celles des pierres et des métaux : de l'aimant, qui attire le fer; de l'or, qui attire le mercure; de la pierre dite néphrétique, qui, par le simple contact, guérit les douleurs d'entrailles; du jaspe, qui arrête les hémorragies, etc.; certainement tout cela ne peut provenir de la seule mixtion des éléments; la pesanteur elle-même du mercure et de l'or, plus considérable dans ces corps qu'elle ne l'est dans les éléments , pourrait-elle provenir de ces derniers? Mais c'est surtout dans l'argument tiré des animaux , que la vérité apparaît irrésistible.
Certains philosophes prétendent, il est vrai, que l'âme et la forme des animaux sont de feu , mais c'est absolument insoutenable : il faudrait que le feu par lui-même fût doué de sentiment, et vivant: et rien n'est plus absurde; ensuite l'âme des bêtes serait immortelle : car le feu se séparant des autres éléments, ne se détruit jamais en fait, au moins dans cette opinion; c'est pourquoi, outre les formes élémentaires, il faut admettre dans les animaux une certaine forme distincte et absolue, et au même droit il en faut admettre pour chacun des autres corps mixtes , au moins des plus parfaits.
Seconde conclusion. — Les formes substantielles des éléments ne demeurent pas dans le corps mixte parfait. C'est la conséquence de ce qui précède.
Preuve. Deux formes substantielles ne peuvent exister
ensemble dans la même matière ; or le corps mixte parfait a une forme substantielle qui lui est propre, et qui met en acte sa matière : donc la forme de l'élément ne peut s'y trouver. La "mineure est certaine d'après ce quiprécède. Lamajeiire résulte de la notion même de la forme substantielle. Celleci est, en effet, l'acte premier de la matière : donc elle n'admet aucune autre forme avant elle. Nous avons développé cette vérité plus haut (dans la F^ part, de la Physique, thèse I, quest. i, art. 3).
Confirmation. La forme de l'élément disparaît quand les dispositions qui la supportent sont détruites, mais dans la mixtion l'altération préparatoire a détruit celles du corps mixte : donc aussi la forme de l'élément.
Ajoutons que la génération de l'un est la destruction de Tautre. Or dans toute mixtion nouvelle il y a production de substance nouvelle : donc les anciennes formes des éléments se détruisent et ne peuvent plus subsister. Par conséquent l'opinion opposée établirait trois absurdités manifestes : 1° il y aurait plusieurs formes dans une même matière; S» la forme substantielle pourrait exister sans dispositions ; 3° il y aurait génération nouvelle sans corruption.
Première objection. Elle est empruntée à Anstote, qui nomme raison la forme du corps mixte, et la compare aux nombres ou à une harmonie musicale, résultant de plusieurs principes unis et permanents; or s'il y avait dans le corps mixte une forme simple et unique, ce nom et cette comparaison n'y conviendraient pas; donc le corps consiste non dans une forme simple et absolue, mais dans la combinaison de plusieurs unies ensemble.
Répo7ise. Il ne peut y avoir de doute sur l'opinion d'Aristote. Maintes fois il rejette l'opinion de ceux qui veulent que les éléments demeurent dans le corps mixte à l'état de particules minimes et insensibles , et c'est précisément ce que soutiennent nos adversaires et entre autres le Père Fabri. Quand il nomme la forme une raison, ce n'est pas qu'il lui
attribue de se composer de plusieurs formes, c'est parce qu'elle est la raison qui spécifie une chose. Il la compare au nombre et à l'harmonie , parce que, comme eux, la forme et l'essence constituées par elle ne varient point par addition , ni par soustraction, et consistent dans un indivisible. C'est dans ce sens que saint Thomas se sert souvent de cette comparaison. Il faut remarquer encore qu'Aristote nomme ainsi non-seulement les formes des corps mixtes , mais toutes les formes quelles qu'elles soient. Cependant il est constant qu'il y en a beaucoup de simples. Donc on ne peut inférer des expressions d'Aristote qu'il n'ait pas tenu pour simple la forme du corps mixte.
Instance. Aristote dit qu'il n'y a point mixtion de la goutte d'eau qui tombe dans un tonneau plein de vin, parce qu'elle est détruite. Si donc les éléments sont détruits, ils ne sont point mélangés.
Réponse. Il faut distinguer : parce qu'elle est détruite , au sens précis, je le nie; de façon que de cette goutte d'eau et de la quantité du vin ne provienne pas une troisième chose ayant les qualités des deux autres, je le concède. Il faut, en effet, pour la mixtion, comme nous l'avons dit, qu'une des choses susceptibles de se combiner ne passe pas dans la nature de l'autre , et que des deux il se forme une seule chose moyenne , dans laquelle les qualités des choses susceptibles de se combiner demeurent, d'une certaine manière, et ceci n'a pas lieu pour une goutte d'eau qui se mêle à une grande quantité de vin.
Nouvelle instance. Aristote définit la mixtion, l'union des choses altérées qui peuvent se combiner. Elles doivent donc être altérées, et non détruites.
Réponse. Je distingue. La wixfèon est l'union des choses altérées qui sont susceptibles de se combiner; d'une altération excluant le changement substantiel, je le nie; d'une altération qui par la mixtion parfaite arrive au changement suhstaniieli je le concède. En effet, comme on l'a dit
plus haut, la fin de l'altération est la génération. Ainsi, quoique dans \aL mixtion commencée, l'altération seule précède, la mixtion ne se complète qu'en conduisant la chose jusqu'à la génération substantielle. Par conséquent, dans sa définition de la mixtion, Aristote, qui mentionne l'altération, ne veut pas exclure la génération , mais il veut dire que dans toute m,ixtio7i, parfaite ou imparfaite, l'altération a lieu; et tous les philosophes l'admettent; ce n'est pas la même chose que la génération , quoique celle-ci suive toujours quand la mixtion est parfaite.
On pourra dire : Les choses qui sont détruites ne sont point unies ; or la mixtion est l'union des choses susceptibles de se combiner; donc elles ne doivent pas y être détruites, mais subsister.
Réponse. Je distingue. Les choses qui sont détruites ne sont point unies , si elles sont détruites de manière à rentrer dans une nature intermédiaire, je le nie ; autrem,ent, je le concède.
Réplique. Le corps mixte se compose de choses susceptibles de se combiner : donc ces choses subsistent dans le corps mixte; en effet, celui-ci ne peut être composé de choses qui ne s'y trouvent point.
Réponse. Je distingue le conséquent; elles subsistent quant à la matière et aux qualités, je \e concède; quant à la forme, je sous-distingue ; comme les extrêmes dans un milieu, je le concède; comme des parties dans un tout, je le nie. On dit que le corps mixte est composé des éléments, ce n'est pas qu'il contienne leurs formes en acte, c'est que sa matière est une combinaison qui en provient et qu'elle retient jusqu'à un certain point leurs qualités, ce que nous expliquerons plus loin. Sa forme est intermédiaire entre les formes élémentaires, et les contient comme le milieu les extrêmes, comme la syllabe ha, quand elle est prononcée, pour citer l'exemple dont se sert Aristote , contient les sons des deux lettres b et a, non pas que ces deux sons soient en
acte dans la prononciation de la syllabe, qui ne forme qu'un seul son simple , mais parce qu'il y a en elle quelque cliose qui correspond à chacun des deux. Il faut remarquer, pour la justesse de l'exemple , qu'il ne s'agit pas de la syllabe écrite, où subsistent formellement les caractères des lettres, mais de la syllabe prononcée , qui ne contient pas de même les sons des lettres, et qui forme un seul et simple son comprenant l'une et l'autre lettre.
Seconde objection. Du corps mixte on extrait des choses susceptibles de se combiner ; ainsi du cadavre en putréfaction sort une certaine humeur aqueuse, des gaz, de la poussière terreuse ; et s'il est analysé chimiquement, il fournira des sels, des matières huileuses, gazeuses, phlegmatiques, et ce que les chimistes anciens appelaient le caput tnortuum, c'est-à-dire un principe teri'eux : donc toutes ces substances se trouvaient dans le cadavre.
Réponse. Je distingue. Elles se trouvaient dans les dispositions de ce cadavre, ie le concède; en elles-mêmes , en acte et formellement, je le nie.
Instance. Il n'y a point de cause apparente qui puisse produire ces formes nouvelles, ni qui les restitue. Ainsi, lorsque le cadavre est consumé par le feu, quelle serait la cause qui, au milieu des chaleurs les plus ardentes, rendrait la forme aqueuse à sa matière? Donc ces formes existaient en acte dans le corps mixte.
Réponse. Il y a deux causes de la reproduction de ces formes : l'une accidentelle, c'est celle qui a corrompu le corps mixte, quelle qu'elle soit; l'autre, essentielle, et celle-ci se divise en particulière et universelle, la dernière venant surtout si la première fait défaut. Expliquons -nous. Quoique dans le corps mixte les choses qui peuvent se combiner se voient dépouillées de leurs formes propres , néanmoins leur matière conserve les qualités de la forme abandonnée, et par conséquent une certaine disposition à la recouvrer. Il est, en effet, constant que dans le corps mixte il y a certaines parties,
OÙ les qualités de tel ou tel élément prédominent : la terre dans les os de l'animal, le feu dans la bile, l'eau dans le phlegme, etc. C'est donc intrinsèquement que les corps mixtes sont corruptibles, parce que chaque partie s'efforce de retourner à l'élément qui lui convient, et agit continuellement sur les autres parties de l'élément difTérent , surtout si elle est favorisée par l'influence de quelque cause externe avec laquelle elle aurait de l'affinité. C'est pourquoi, lorsque l'état du corps mixte est altéré soit par une réaction interne, soit par l'influence d'un agent externe, la forme de ce corps disparaît, et ces qualités adverses n'y sont plus maintenues dans l'association ni dans l'exercice simultané de leurs fonctions ; déliée en quelque sorte de ces entraves communes, chaque partie retourne à cette nature première, à laquelle ses inclinations l'appellent; en outre, le secours dans ce sens lui vient quelquefois d'une cause particulière. Ainsi que, dans la combustion du bois, les parties les plus disposées à la forme du feu la prennent plus facilement quand le feu est rapproché d'elles, et si la cause particulière fait défaut, il y a l'influence des causes universelles, qui amènent la matière sublunaire jusqu'aux formes vers lesquelles ses dispositions l'inclinent le plus. Quant à la cause de la corruption du corps mixte, elle n'est là que par accident, et comme un homme qui ferait écrouler une maison, en détruisant une colonne qui la.soutenait. Qu'au milieu du feu, une certaine humeur s'échappe d'un corps mixte , cela n'est pas surprenant, car ce corps enferme une matière d'où le feu ne peut aussitôt chasser les dispositions aqueuses, et celle-ci une fois dégagée de la combinaison à travers les pores qu'ont déjà quittés les vapeurs gazeuses, apparaît comme cette humidité que dégage le bois vert quand il est mis au feu.
C'est ainsi que peut s'expliquer la réduction chimique en sels, en huiles, en vapeurs, en phlegme, et en terre. Comme nous l'avons dit plus haut, les corps mixtes parfaits ne sont pas immédiatement constitués d'éléments, d'autres mixtions
résultant de ceux-ci, souvent à plusieurs degrés, les ont produits ; or l'être matériel conserve une disposition et une inclination naturelle vers les substances dont il tire son origine la plus prochaine. Ainsi quand, sous l'action du feu , le corps composé se réduit en vapeurs et en exhalaisons, les parties disposées similairement montent ensemble, les unes plus vite, les unes plus lentement, suivant la disposition de chacune ; les plus pesantes restent comme résidu , laissant entraîner quelques-unes d'entre elles par les molécules des substances plus légères, comme la poussière que le vent soulève : de là viennent les sels volatiles, et ce que les chimistes appellent les fleurs. Ces exhalaisons peuvent former des liqueurs diverses suivant leur affinité, des huiles, des esprits , du phlegme ; non que ceux-ci se soient trouvés en acte dans le corps mixte, mais parce que les parties de ce composé y reviennent sous l'action du feu , et en suivant leurs dispositions particulières. Ce qui est une combinaison d'eau et de terre deviendra un sel fixe, et restera au fond de la cornue, l'eau chaude le dissoudra par l'infusion ; puis, la chaleur une fois épuisée, cela reparaîtra de nouveau. Les parties de terre plus grossières, moins élaborées et moins bien combinées, une fois les autres extraites, forment le caput tnortuum des chimistes , sorte de cendre terreuse et inerte.
On dira : Ces substances, quelques-unes du moins , sont souvent extraites du corps mixte , par la seule pression , comme l'huile des noix et des amandes : elles s'y trouvent donc en acte.
Réponse. Dans le corps mixte il y a des parties qui révèlent la nature et les qualités de l'huile ou d'une autre substance chimique, quoique bien souvent ces substances ne se produisent que sous l'action du feu et d'un mélange quelconque. Mais si ces parties appartiennent à la nature du corps mixte tant qu'elles y sont, elles n'y sont point dans leur forme propre, c'est la forme commune qui les en-
veloppe; une fois extraites, elles revêtent aisément une forme nouvelle, celle qui leur est propre; ainsi le sang rejeté des veines, dépouillé de la forme de la vie , revêt aussitôt une autre forme, qui convient à ses dispositions. Mais si ces parties jouissent d'une forme qui leur soit propre, elles n'appartiennent pas à la forme du corps mixte, elles se trouvent dans ses pores comme dans des vases, et l'on en trouve ainsi beaucoup dans les composés. Ainsi dans les noix, l'huile; dans les animaux, la graisse. Il n'y a donc point de partie dans le composé , au moins de partie appartenant à sa nature, qui ait une forme propre en acte.
On demandera, 1° comment la forme du composé contient les form,es élémentaires.
Certains physiciens pensent qu'elle les contient éminemment. Mais s'il en était ainsi , elle produirait mieux que ces formes elles-mêmes les actions de chaque élément ; le chaud, le froid, y seraient d'une force souveraine, et l'expérience nous montre le contraire. Il faut donc dire que les formes élémentaires sont dans celle du corps mixte comme les extrêmes sont dans le milieu : car la forme est introduite dans la matière suivant les dispositions de celle-ci. La matière étant donc disposée à la forme du corps mixte, en tant que les qualités élémentaires se peuvent replier et réduire à un certain état mitoyen, la forme du corps mixte est d'une nature intermédiaire entre les éléments qui le composent.
2° Comment les qualités élémentaires demeurent dans le composé.
Certains physiciens veulent qu'il n'y ait dans le composé qu'une seule qualité , contenant toutes les qualités élémentaires, et que celles-ci ne s'y trouvent par conséquent point formellement. Mais il faut dire plutôt que ces qualités demeurent formellement; car si, après leur destruction, il n'y avait plus qu'une seule qualité dans le composé , ses parties n'agiraient plus les unes sur les autres. En effet, une qualité ne peut être opposée à elle-même, et elle n'agit pas sur elle-
même; or il est certain que les parties du composé agissent les unes sur les autres par des qualités opposées; celles qui sont froides attiédissent celles qui sont chaudes; et ces dernières tempèrent les premières , etc. Donc ces qualités existent formellement. v
On dira : Les qualités contraires ne peuvent exister dans le même sujet ; or les qualités des éléments sont contraires; donc, formellement du moins , elles ne peuvent se trouver dans le même composé.
Je réponds. 1° Toutes ces qualités ne se trouvent pas en même temps dans la même partie du corps mixte , chacune réside dans une partie ; parfois sans doute on ne peut discerner, tant elles sont combinées habilement, la partie dans laquelle domine une qualité ou l'autre ; mais on comprend facilement que des qualités contraires puissent exister dans un corps quand elles en occupent des parties différentes. Cependant , puisque ces parties se tempèrent mutuellement , celle qui est par elle-même chaude a quelque chose de froid qui lui vient de l'autre, et réciproquement; chaque partie peut ainsi ressentir quelque effet des qualités qu'elle n'a pas : ceci admis,
Je réponds. 2° Les qualités contraires ne peuvent se trouver dans la même partie au même degré d'intensité , mais si les degrés varient, cela devient possible. Car les forces, ainsi modérées et réduites , ne peuvent plus s'anéantir ni même se rejeter : de même qu'entre ennemis acharnés, quand les forces sont égalisées, la trêve est acceptée nécessairement pour la conservation et l'honneur de l'un et de l'autre.
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ARTICLE TROISIÈME
DE LA CONDENSATION ET DE LA RARÉFACTION; DE LA TENSION ET DE LA COMPRESSION.
Bien que rien ne soit plus clair que ces mouvements de 1 raréfaction et de condensation , le premier, qui donne à entendre qu'un corps occupe un espace plus grand, et le second un espace moindre et plus étroit, il faut avouer cependant que les philosophes de tous les temps se sont tourmentés merveilleusement à les expliquer.
D'après les Épicuriens, le corps est raréfié quand les pores, qu'ils supposent vides dans ce corps, sont produits de nouveau , ou quand ceux qui existaient auparavant sont dilatés; au contraire, le corps est condensé quand les parties se rapprochent les unes des autres , ou que les pores vides deviennent plus rétrécis ou s'annulent. Les Cartésiens expliquent la raréfaction non par la vacuité , mais par la réplétion , en vertu de laquelle une substance plus subtile pénètre les pores les plus denses, et les dilate. L'opinion de ceux qui expliquent la raréfaction par l'intrusion de certains corpuscules est équivalente. D'autres veulent qu'elle ait lieu par l'acquisition d'une uhication plus grande; d'autres par l'acquisition de nouvelles parties de quantité. Donnons notre
Conclusion. — La rare faction est un mouvement vers la rarité ; la condensation, un ynouvement vers la densité.
Or la rarité n'est autre chose que la qualité dimensive d'un corps, par laquelle l'entité et la quantité restant les mêmes, le corps prend une plus grande extension locale; au contraire, la densité est la qualité par laquelle le corps prend une moindre extension locale. Telle est la doctrine de saint Thomas , d'après Aristote (liv. I^f de la Génération, leç. xiv, et liv. VII de la Physique, texte Sd) : Aristote définit le rare : ce qui a peu
de matière sous de grandes dimensions ; et le dense : ce qui a beaucoup de matière sous de moindres dimensions.
La nature d'un corps, sous le rapport de la dimension, est telle que ce corps peut subir des modes et des états divers d'extension locale en conservant la même substance, et , par conséquent , la même quantité intrinsèque , et prendre tantôt plus , tantôt moins d'espace. L'accident qui le détermine à l'un ou à l'autre état ou mode, c'est une qualité; quant au changement sur cette qualité , c'est ou la condensation ou la raréfaction. Cette conclusion expliquée, nous la prouverons d'abord par la réfutation des autres opinions.
La raréfaction ne peut avoir lieu par l'introduction du vide dans les pores ; car, ainsi que nous l'avons déjà fait voir, la nature repousse toujours le vide. Ensuite nous voyons que la poudre enfermée dans un canon , quand le feu vient la raréfier, tend, par un immense effort, à reprendre un espace le plus grand possible; de ces efforts, le canon est tout ébranlé , et le boulet est lancé avec une violence extraordinaire; même quelquefois le canon, si solide qu'il soit, éclate et vole en morceaux ; quelle est donc cette force du vide ou du néant qui produit de semblables effets? Quelle est cette incroyable tendance qui porte, à si grands frais , avec tant de tumulte et tant d'efforts , les molécules à procurer le vide par la destruction et le bouleversement de tant d'obstacles? Ajoutons l'exemple déjà cité quand il a été question du vide, celui de l'air très-réduit demeuré dans les rugosités d'une vessie, qui, la vessie liée et posée avec soin sous une machine pneumatique, se raréfie au point de la gonfler et même de la faire crever; si c'est l'augmentation des pores vides qui le raréfie , il y aura un million de fois plus de vide que de plein : cela est prouvé par le fait de l'eau , quatorze fois moins dense que le mercure, et de l'air, qui, hors de la machine pneumatique, est presque mille fois moins dense que l'eau , et qui , dilaté dans la machine, se raréfie encore mille fois plus : donc dans cet air il y aura
240 PHYSIQUE, m. PARTIE. THÈSE UNIQUE.
plus d'un million de fois plus de vide que dans le mercure. Ce fait seul suffit, sans insister sur d'autres conséquences absurdes. On ne peut, en etTet, dans le système en question, comprendre ce qui distend et maintient les parois de la vessie : ce n'est point le vide, c'est assez clair; ce n'est point l'air non plus, puisqu'il est en si petite quantité, et qu'il n'est pas plus étendu lui-même que ne l'est une particule invisible de mercure; sera-ce le néant qui s'étendra sur toutes les parties de la vessie pour la gonfler?
La raréfaction n'a point lieu non plus par l'irruption d'une substance subtile dans les pores les plus grossiers : car 1" cette irruption, loin d'expliquer, détruirait simpleplement le fait de la raré/acf ion ; le corps, dans ce cas, n'est pas raréfié, il est gonflé par un corps étranger et menu, qui le pénètre , comme quand , dans une éponge , dans un coussin, dans la poitrine d'un homme, de l'air ou de l'eau s'introduisent; 2° le corps étranger qui s'introduit ou est moins dense , ou l'est davantage ; s'il l'est davantage , on ne peut dire que son introduction ait produit la raréfaction : un bon déjeuner n'a jamais rien raréfié dans l'estomac d'un gastronome ; s'il est moins dense , comment le premier corps estil raréfié? 3° la raréfaction se fait plutôt par éruption que par irruption : ainsi la poudre à canon tend plutôt à s'échapper de ce qui la contient qu'à pénétrer dans un corps. Quelle serait donc cette force si grande qui introduirait dans le canon déjà trop rempli une matière qui n'y est pas? Comment cette force déterminerait-elle ensuite l'éruption de ce qui a été introduit? Par où s'introduirait cette matière externe? Par les pores du métal? Mais alors pourquoi ne pas sortir tranquillement par le même chemin? pourquoi, quand il reste une voie ouverte, employer la violence, et faire éruption par la bouche du canon avec une telle détonation , et le renversement de tant d'obstacles ? Citons encore une expérience : Comprimez l'air renfermé dans un tube métallique immergé dans l'eau : cet air se condensera -t- il
parce que la substance plus subtile s'en échappera? il faut alors que l'eau dans laquelle vous faites descendre votre tube se gonfle ; il faut au moins qu'elle s'agite sous le mouvement de l'irruption supposée ; or rien de cela n'arrive : donc rien ne sort du tube , mais tout ce qui s'y trouve occupe un espace moins grand.
Je néglige de réfuter ici ceux qui pensent que le corps se raréfie par l'acquisition d'une plus grande uhication; car ils laissent intact le nœud de la question : cette uhication plus grande serait l'eflet et non la cause de la raréfaction : le corps raréfié occupe un espace plus grand, parce qu'il augmente de volume; mais il faut dire pourquoi il augmente de volume, et pourquoi il exige un espace plus considérable.
On ne peut non plus dire que le corps se raréfie parce qu'il contracte de nouvelles parties de quantité, c'est confondre la raréfaction avec l'augmentation ; ensuite, la quantité étant intimement unie à la matière, aucune partie de quantité ne peut être acquise sans la matière ; or dans la raréfaction une nouvelle matière n'est point acquise : donc non plus aucune quantité. Enfin on ne peut admettre qu'il y ait deux quantités pour une seule matière: celle-ci étant donc affectée déjà de sa quantité , aucune de ses parties ne pourrait recevoir cette quantité nouvelle.
Second genre de preuves de la conclusion. Celles-ci se tirent du sujet lui même, i» Rien n'empêche d'admettre, il est, au contraire, conforme à la nature de la quantité, qu'elle subisse divers états, dans lesquels elle sera tantôt plus étendue, tantôt plus rétrécie quant au lieu; car, si on la considère mathématiquement, elle n'est plus la même, elle est augmentée, puisqu'elle occupe plus d'étendue; mais physiquement, elle reste la même pour la quantité, puisque persistant dans la même entité elle s'est seulement répandue en un volume plus grand.
2° Tj'expérience prouve que certains corps ont leurs par- III. 16
lies plus ramassées : comme le fer, l'or, etc. ; et d'autres plus dilatées , comme l'air : ainsi les uns sont plus lourds que les autres, et le même corps peut se dilater diversement, comme fait l'air, suivant qu'il est plus ou moins échauffé.
3«> Une analogie prise dans le mouvement confirme notre conclusion. Dans le même temps un mouvement est plus rapide que l'auti^e, et a plus d'entité; pourquoi, dans le même lieu, une quantité continue ne serait-elle pas plus considérable en étendue qu'une autre, et n'aurait-elle pas ainsi plus d'entité? La quantité est à l'espace du lieu ce que le mouvement est à l'espace du temps.
4° Le corps de Notre-Seigneur, celui de la sainte Vierge, et peut-être ceux de quelques Saints, ont été retirés de ce monde : il serait donc resté un vide, si la quantité 4es autres corps ne s'était répandue sur un plus grand espace pour combler ce vide.
Voici un autre argument très -grave. Il faut admettre que Dieu a disposé la nature pour le bien et la convenance de l'univers ; or la commodité de l'univers exige qu'une partie de matière occupe tantôt un plus grand, et tantôt un plus petit espace : donc la quantité a dû recevoir une nature susceptible de cette disposition et de cette modification. Expliquons la mineure. Si tous les corps conservaient une étendue propre et constante, l'un ne pourrait jamais céder à l'autre un espace nécessaire en se rétrécissant, de sorte que le mouvement local serait souvent empêché, comme nous l'avons dit dans un argument contre Descartes (dans la I^e p. de la Physique) : donc, comme pour faciliter le mouvement local , un certain nombre de corps ne conservent point toujours la même figure ni la même ordonnance de leurs parties : ce sont les corps fluides : ainsi, pour une plus grande commodité de ce mouvement, certains corps sont destitués d^ toute persistance dans leur étendue, et peuvent se plier avec souplesse à toutes les nécessités. L'air est de cette nature; mille expériences con-
statent son extrême compressibilité ; elle permet au mouvement de se produire sans avoir recours au vide , et même sans que le vide puisse jamais avoir lieu, attendu que l'air, tout en faisant place à un corps , s'empare de la place quittée par celui-ci. Ce que nous disons trouve sa confirmation dans l'expérience déjà citée de la raréfaction extraordinaire d'une minime quantité d'air dans la machine pneumatique: le fusil à vent vient nous en donner une autre preuve plus incontestable.
Objection. L'extension locale est augmentée par la raréfaction : donc aussi la quantité ; donc il survient une quantité nouvelle.
Réponse. Je distingue le conséquent. La quantité augmente en développetnent , je le concède; en entité, je le nie. La raréfaction ne produit pas une entité nouvelle de quantité , elle rend seulement la quantité déjà existante plus développée et plus diffuse. Beaucoup d'autres raisons apparentes sont quelquefois apportées ici sur ce fait que la raréfaction rend , en l'étendant , une quantité moindre égale à une plus grande : cette seule réponse suffira pour les rejeter.
On demande si un corps comprimé et un corps étendu sont la même chose qu'un corps dense et un corps raréfié.
Réponse. Ces termes n'emportent pas des sens absolument identiques. Le corps comprimé est celui qui, n'étant point dense par lui-même , est forcé par un agent à se réduire de volume ; le corps tendu ou étendu en volume a été forcé à augmenter son volume : ainsi l'air est comprimé, parce qu'il est forcé, dans le fusil à vent; il est étendu dans la machine pneumatique, où, sous une partie minime, il occupe un vide assez grand. Un corps comprimé devient dense violemment ; un corps étendu en volume est raréfié violemment : au contraire, est raréfié à proprement parler celui qui, par la disposition intrinsèque de ses parties, prend plus de volume , et le corps qui a ses parties naturelle-
ment plus rapprochées entre elles est dense. La rarité et la densité sont des qualités qui exigent des dispositions naturelles dans le corps qu'elles affectent.
ARTICLE QUATRIÈME
DE L'action et de la béaction.
Dans la mixtion il se produit une sorte de conflit entre les qualités contraires : c'est ce qu'on appelle Vaction et la réaction. Après avoir parlé de la mixtion , voyons ce que sont cette action et cette réaction. Trois questions se présentent : 1° L'action s'exerce -t- elle entre semblables? 2° Pour qu'il y ait action, faut-il que l'activité de l'agent soit plus grande que la résistance du patient? S» Tout ce qui agit subit-il une réaction ?
A la première demande je réponds : Le semblable n'agit pas sur son semblable , formollement et en tant que semblable : telle est l'opinion commune des Philosophes, et cette conclusion est devenu un axiome.
Preuve. Tout agent tend à produire son semblable : si le semblable est déjà produit, il n'y a plus d'action à exercer; d'ailleurs Vaction est une sorte de lutte ; la lutte n'a lieu qu'entre contraires ou dissemblables ; enfin le semblable ne peut rien produire dans le semblable , car il n'a rien à lui donner.
Première objection. Une chaleur de quatre degrés agit sur une chaleur de deux : ce sont pourtant deux êtres semblables, qui portent une qualité commune, la chaleur: donc le semblable agit sur son semblable.
Réponse. Les deux êtres sont semblables quant à l'espèce de qualité , mais non quant au degré et à la perfection de cette qualité : rien d'étonnant , par conséquent , si l'un agit sur l'autre pour ^e l'assimiler en perfection.
Instance. Une chose agit quelquefois sur elle-même: combien plus sur son semblable?
Preuve de l'antécédent. La qualité, dans Vantipéristase, c'est-à-dire quand elle est attaquée par la qualité contraire, prend de nouvelles forces : la chaleur de l'estomac semble s'augmenter en hiver pour réagir contre le froid extérieur; et les caves de nos maisons , comme tous les lieux souterrains , sont à une température d'autant plus élevée que celle de la superficie de la terre est plus basse ; on dirait que la chaleur que ces lieux renferment se fortifie pour mieux résister au froid.
Réponse. Je nie Vantécédent. Pour la preuve, il faut dire que dans Vantipéristase la qualité attaquée souvent n'est pas augmentée, mais seulement plus concentrée, plus repliée sur elle-même. La nature fait éviter à toute chose ce qui lui est hostile : le chaud , attaqué par le froid, se recueille en lui-même, et se concentre, parce que ses extrémités fuient la qualité contraire , et il devient ainsi capable d'une résistance plus grande , les forces quand elles sont ramassées agissant toujours plus énergiquement que dispersées. Cependant il peut arriver dans l'antipéristase que la qualité s'augmente par accident, et voici comment cela se fait : une partie mieux douée qu'une autre remplace celle-ci en s'en approchant ou en se repliant sur elle : ainsi en hiver, quand le froid assiège notre corps, les esprits vitaux, répandus du cœur dans les membres , fuient le froid ennemi , et se reportent vers l'estomac et les viscères comme vers le foyer de la chaleur; mais, étant très -échauffés eux-mêmes, ils augmentent la chaleur de ce foyer; au contraire, en été, la chaleur externe ouvre les pores , et appelle les esprits chauds qui lui sont semblables : ceux-ci s'échappent, et laissent plus languissantes et moins chaudes les parties intérieures ; c'est pour cela qu'Hippocrate disait : L'hiver favorise la digestion, et l'été J'énerve; de là vient encore qu'on mange davantage chez les peuples du Nord, et que les
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méridionaux sont plus sobres : les premiers, se trouvant sous l'action du froid extérieur, ont l'estomac plus chaud; chez les autres, la chaleur extérieure, plus puissante, détourne les esprits, et rend la digestion plus difficile. On peut dire la même chose des entrailles de la terre : les chaudes exhalaisons qui s'en élèvent continuellement sous l'action du soleil ou des feux souterrains trouvent en hiver un obstacle dans la surface congelée de la terre , et elles échauffent l'air contenu dans les caves et autres profondeurs, ainsi que l'eau des puits ; mais en été elles s'échappent sans difficulté, et laissent les entrailles de la terre dans leur frigidité native. N'oublions pas que la nature semble avoir disposé de telle sorte les choses , que lorsqu'elles sont opprimées et réduites à l'extrémité, elles recueillent et exercent toute leur puissance : nous le voyons dans la flamme , qui paraît résister à son extinction en produisant au dernier moment une longue et plus vive étincelle; le feu paraît avoir, aux jours les plus froids, quelque chose de plus âpre; dans les animaux, la chaleur naturelle, quand elle est violemment combattue et comme accablée par les humeurs, s'irrite et devient plus véhémente : la fièvre s'ensuit, et il ne semble pas que ce soit autre chose qu'une chaleur naturelle luttant avec animation contre les humeurs nuisibles : telle peut être la cause de la plus grande intensité de la qualité dans l'antipéristase ; une qualité , opprimée par son contraire , recueille, pour se défendre, tout ce qu'elle a de forces; elle agit plus énergiquement et avec plus d'intensité , parce qu'elle réveille et exerce sa vertu auparavant assoupie.
Seconde ohjection. La densité favorise l'action : donc le semblable plus dense peut agir sur son semblable moins dense , comme un fer chaud à quatre degrés peut échauffer une étoupe ayant aussi quatre degrés.
Réponse. Je distingue. La densité favorise l'action en la rendant plus rapide et plus constante, je le concède; plus grande et plus intense, je le nie. La densité ne donne pas
une force plus grande , car elle n'est pas une qualité active ; mais elle fait en sorte que la vertu active produise plus promptement et plus fermement un effet qui lui est proportionné. On peut donc nier que le fer, à cause de sa densité, puisse échauffer de l'étoupe qui lui est semblable en chaleur ; car qu'y produirait-il? une chaleur à quatre degrés : non, sans doute puisqu'elle y est déjà; encore moins à cinq; nul ne peut donner ce qu'il n'a pas , le fer chauffé à quatre ne donnera donc pas une chaleur égale à cinq.
Instance. La densité donne aussi une plus grande force d'action : donc... Preuves de l'antécédent. 1° Les rayons solaires que l'on fait converger dans un miroir ardent, peuvent enflammer certains objets sur lesquels leur action serait insensible, s'ils restaient perdus dans l'air. 2° La lumière du soleil, réfléchie par un miroir ordinaire, rend, par suite de la densité que le miroir lui communique , l'air ambiant plus lumineux. 3° Le fer très-chaud brûle partout à la fois et tout entier, parce qu'il est dense , tandis que le bois , quelque chaud qu'il soit, n'est jamais pénétré tout entier en même temps par le feu, parce qu'il n'est pas dense. 4p Enfin le charbon ardent agit plus énergiquement que la flamme, parce que celle-ci est beaucoup moins dense.
Réponse. Je nie l'antécédent. Aux preuves apportées je réponds , 1° que les rayons dans le miroir ardent ne sont pas, à vrai dire, plus denses, mais plus intenses que dans l'air; rien d'étonnant, s'ils échauffent davantage; car la lumière, n'étant pas un corps, mais une qualité, n'a pas besoin de gagner en densité, il suffît qu'elle augmente d'intensité. Ce qui fait qu'au moyen du miroir ardent la lumière prenant de l'intensité arrive, quand elle est projetée jusqu'au foyer, à y brûler les objets qui lui sont présentés; c'est que le soleil , comme toutes les autres causes , agit suivant la disposition du sujet et des moyens qui l'y amènent : son action en dépend; or, dans ce foyer il trouve une disposition plus parfaite que partout ailleurs; il n'y a donc
rien d'étonnant à ce que l'action de sa lumière y soit aussi plus vive.
Si vous demandez en quoi consiste cette disposition meilleure , je réponds que le foyer reçoit les divers rayons du soleil par différentes directions et différents modes. Le soleil, en effet, projette sa lumière en ligne droite, et quand ses rayons sont réfractés par le verre convexe de la lentille, ils sont obliques de la circonférence au centre , et , sortant du verre , ils s'inclinent et convergent au foyer où s'exerce leur action commune. Ce foyer, qui n'est qu'un point, est donc éclairé autant que toute la surface du miroir. Tous les rayons qui s'adressent à ce dernier lui sont renvoyés , et il n'est pas étonnant que sa lumière soit si intense, puisqu'il est exposé à des actions solaires si multiples. Cette obliquité, cette réfraction et celte convergence des rayons solaires s'obtiennent facilement dans une chambre obscure , où l'on a pratiqué une ouverture très-petite qui laisse entrer un rayon de soleil. Si à cette ouverture vous appliquez une lentille semblable à celle que portent les lunettes des presbytes , vous verrez alors les rayons sortis de la lentille s'obliquer et converger tous en un point qu'ils traversent ensemble , pour diverger ensuite et se prolonger dans la profondeur de la chambre obscure. Ce qui est surtout remarquable, c'est que les rayons solaires, au moyen de ces lentilles, peuvent acquérir une énergie tellement grande, que non-seulement ils enflamment du bois , mais qu'ils arrivent à mettre en fusion les métaux les plus réfractaires. J'ai vu de mes yeux le miroir ardent qui se conserve à la Bibliothèque royale de Paris et qui est formé d'un alliage de métaux choisis, je l'ai vu combiner à son foyer les rayons du soleil avec une pureté telle, qu'il arrivait non-seulement à fondre le fer et l'airain en fort peu de temps, mais encore à vitrifier des briques, ce qui est si difficile aux foyers ordinaires.
2o Que les miroirs ordinaires augmentent la lumière de l'air environnant et des corps où ils réfléchissent les rayons
du soleil , en tant que les rayons réfléchis éclairent des parties non directement éclairées par le soleil ; ainsi l'objet paraît plus éclairé, car l'air n'est jamais tellement pur, les corps présentés à la lumière ne sont jamais tellement lisses, que les rayons ne laissent pas, aux cas ordinaires , beaucoup de points dans l'obscurité; c'est cet inconvénient que l'on évite.
3" Que dans le fer chaud il y a plusieurs particules de feu, comme on le voit par les étincelles qui s'en échappent; il n'est donc pas étonnant qu'il brûle tout entier à la fois ; le bois, au contraire, qui ne reçoit pas dans ses pores autant de particules de feu, ne peut pas brûler tout entier.
4° Que le charbon favorise par sa densité un effet plus énergique et plus rapide, mais non plus intense. Ajoutons pourtant que l'effet de la flamme est quelquefois moins intense que celle du charbon ; mais ce n'est pas parce qu'elle est moins dense que lui , c'est parce qu'elle contient de la fumée. Aussi, ranimée par le vent qui chasse la fumée, elle devient plus énergique et plus vive.
Quant à la deuxième question de cet article, il faut dire : L'activité de l'agent doit être plus grande que la résistance du patient, en prenant dans celui-ci la résistance passive et non l'active.
La conclusion suppose qu'il y a deux résistances, l'une passive et l'autre active. La première consiste dans la qualité qui agit le moins, mais qui résiste le plus : la sécheresse, par exemple, et la frigidité de la terre, qui sans agir sensiblement, opposent cependant une résistance fort persévérante. La résistance active est la qualité la plus agissante, et celleci consume les efforts de l'ennemi en l'empêchant d'agir luimême. Quand une cruche d'eau est jetée dans une fournaise ardente, la chaleur du feu consume d'abord l'eau avant d'agir sensiblement : dans ce cas on dit que la chaleur résiste activement, et détruit son ennemi. Ceci posé, ]a preuve de la conclusion devient facile.
En effet, l'action est comme une victoire, où l'agent brise
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la résistance du patient, et en triomphe. Il faut donc qu'il agisse plus que le patient ne résiste. Il faut donc encore que l'activité de l'agent soit plus forte que la résistance du patient; toujours entendant cette résistance passive qui proprement et directement combat l'agent, et convient au patient, en tant que patient.
On dira : De cette conclusion, il suivrait que l'eau ne peut agir sur la terre, car l'eau n'est que médiocrement active, et la terre offre une résistance très-forte. L'eau ne peut donc vaincre la résistance passive de la terre.
Réponse. Je nie la conséquence. L'activité trop faible dans l'eau peut être suppléée par la quantité. Ainsi quand des morceaux de terre sont jetés en pleine rivière , la petite quantité aflaiblit la résistance de la terre , et par son abondance l'eau supplée à l'insuffisance de son activité. Par la même cause une roche très- dure cède à l'eau qui tombe goutte à goutte et sans cesse.
A la troisième question il faut répondre : Dans le conflit de l'agent et du patient, il est nécessaire que l'agent subisse une action du patient, mais à deux conditions : d'abord que l'un et l'autre soient en présence ; ensuite qu'ils soient capables des qualités l'un de l'autre.
Preuves de la conclusion. L'expérience en fournit d'abord une : l'eau répandue sur des charbons ardents les éteint , mais non sans subir leur réaction, puisqu'elle s'échauffe et se vaporise. La raison fournit wie seconde preuve. Une chose agit, en tant qu'elle est en acte; une chose est passive, en tant qu'elle est en puissance. Si donc l'agent est en puissance quant aux qualités du patient, et se trouve en sa présence d'une manière suffisante, il en subira l'action.
On dira : Les astres exercent leur influence sur ce monde, et ils n'en reçoivent aucune influence. Ainsi encore le feu consume l'étoupe sans en subir l'action.
Au premier exemple, je réponds. Les astres ne sont point capables des qualités qui affectent nos corps; ensuite
ils sont trop éloignés de nous, ils n'ont donc rien à en recevoir.
Au second exemple, l'étoupe n'a aucune action sur le feu, lorsqu'elle en est tant soit peu éloignée; étant très-peu active, elle ne peut agir sur quelque chose d'éloigné; mais si elle est jetée dans le feu , elle l'étouffé au moins dans les parties qu'elle couvre , bien qu'elle finisse par être dépassée et consumée.
Instance. Ou bien l'agent est plus fort que le patient, ou il n'est pas plus fort. Dans le premier cas, il n'en subit pas l'influence : subir une influence et être surmonté, c'est le fait du plus faible; dans le second cas, il ne peut avoir aucune action sur le patient : le plus faible ne peut agir sur le plus fort.
Je réjoonds que l'agent est le plus fort dans les qualités actives, et le plus faible dans celles de la résistance. Parla force des qualités actives , il agit et il triomphe ; par la faiblesse des qualités passives, il succombe en quelque sorte et subit la réaction. Tel est, en effet, l'admirable tempérament de la nature : les choses les plus actives ne savent pas résister : la chaleur, qui est de toutes les qualités la plus active, est aussi celle qui se maintient le moins. Au contraire, le froid et la sécheresse agissent moins, mais résistent beaucoup. La terre froide et sèche montre la plus grande persistance, comme on le voit pour la cendre, qui subsiste au milieu des flammes les plus vives. Tandis que le feu le plus vif, et par conséquent le plus actif, n'est rien moins que durable ; s'il ne reçoit par accident des forces fournies par la densité de la matière qu'il consume, du charbon, par exemple, il est aisément dissipé. Les flammes, quoiqu'elles puissent dévorer des cités entières, périssent dès qu'elles sont privées de l'aliment qui leur est propre.
ARTICLE CINQUIÈME