‹ Philosophie suivant les principes de saint Thomas (volume 2)Chapitre 26 sur 52 · DES CORPS MIXTES IXAMMIÎS, DITS FOSSILES · texte numérisé non relu

DES CORPS MIXTES IXAMMIÎS, DITS FOSSILES

Les fossiles, ou minerais, sont ces corps qui se forment dans les entrailles de la terre, et que l'on en extrait pour l'usage de l'homme. On peut les réduire en trois classes : les pierres, les métaux, et ceux que l'on appelle plus ordinairement minerais, ou fossiles. Leur matière commune vient de l'eau et de la terre ; mais ces éléments sont purifiés et réduits d'abord en exhalaisons diversement tempérées, distillées ensuite et combinées entre elles, et enfin concrétées dans ces coi-ps. Leur cause efficiente est, d'une part, la chaleur, qui, du sein de la terre et dans ses profondeurs, produit certaines exhalaisons ; d'autre part, l'action que du haut du ciel le soleil et les astres exercent sur les produits terrestres en les modifiant secrètement ; enfin c'est aussi une certaine force dont la terre elle-même est douée diversement, suivant les lieux divers où \e corps mixte ne forme. Cette force, semblable à celle du sein maternel d'où sort l'animal, joue assurément un grand rôle dans la formation de ces corps : c'est pourquoi , selon Aristote et saint Thomas , la terre et l'eau fournissent, comme une mère, leur matière et leur sein à tout ce qui naît dans les entrailles de la terre, tandis que le ciel et les astres remplissent l'office du père, qui donne la forme. Donnons sur ces produits quelques principes.

302 PHYSiQUt:. m. pautif. thèse umquk.

Des pk'iros.

On appelle pierre un corps qui n'est ni ductile , ni soluble tlans l'eau, ni liquéfiable par lui-même.

C'est une concrétion d'exhalaisons terreuses délayées dans de l'eau; sa première forme est à peu près liquide; elle se durcit ensuite à mesure que l'humidité s'évapore, et elle est enfin fixée par la siccité de la lerre. Lorsque l'humeur aqueuse qui l'a reçue d'abord est trop crue, trop épaisse, et qu'en se concrétant elle retient beaucoup de matière terreuse ou môme de graviers formés antérieurement de la même manière, mais disjoints, il en résulte une pierre ordinaire, plus rude ou plus polie, suivant la qualité des exhalaisons , de la poussière terreuse et des graviers qui ont concouru à sa formation : ce que nous disons ici est constaté par l'expérience faite dans les carrières de pierres. L'eau qui suinte se concrète et forme des stalactites presque diaphanes, si l'eau n'est pas trop boueuse et opaque; dans le cas contraire, même dans certaines fontaines, l'eau forme des concrétions pierreuses , et couvre d'une croûte solide les corps qui y baignent, parce que cette eau contient beaucoup de matières terreuses en dissolution. Dans les rivières aussi, les dépôts se forment d'abord tendres comme de la vase, puis, pétrifiés insensiblement et roulés dans les eaux, ils contractent définitivement celte forme ronde qu'on leur voit presque toujours.

Gassendi indique un procédé pour obtenir des pierres factices : on prend de la silice en poudre, ou de la pierre fluviale pulvérisée, on en fait ime pâte avec de la résine fondante, de l'albumine, de Fhuile de lin ou de la gomme, et le tout se durcit et prend la forme de pierre. C'est peut-éfre par ce procédé que les anciens faisaient ces

pierres qui semblent formées d'aulres subslancesliqiiéfiée?; car la pierre ne paraît pas être fusible (1).

Les pierres précieuses sont une concrétion âef même sorte; mais elles proviennent d'un suc plus pur, mieux distillé, et isolé de toute terre crue et impure, la matière humide s'y est durcie en restant limpide et diaphane : aussi trouve- 1- on parfois dans ces pierres des mouches ou des fourmis, prises et enveloppées par ha.^ard avant que la concrétion fût complète. L'éclat et la couleur de ces pierres semblent provenir de l'influence des astres, et surtout les vertus admirables qu'on attribue à quelques-unes d'entre elles; la couleur peut encore leur venir des exhalaisons les plus délicates des métaux et des minéraux , qui s'insinuelaient au moment où la liqueur s'y concrète: c'est encore au moyen de vapeurs métalliques que l'on teint le verre pour obtenir des pierres fausses. On peut consulter sur ce sujet Antoine Néri (au liv. IV^ de VArt du Verrier).

Au chapitre des pierres il faut rattacher l'étude du cristal, du talc ou pierre spéculaire, et de ce que quelquesuns appellent le lithophyte. Ces substances ont la dui'eté de la pierre, et elles croissent comme les plantes : ainsi le corail. Celui-ci vient, comme on sait, au fond de la mer. Les anciens croyaient que le corail était d'abord flexible, et se durcissait à l'air; et Ovide dit :

Sic et coralium , quo jirimvm confiijit auras, Tenipore durescit , mollis fuit herbu sub unclis. Arbuste qui, sous l'onde, est un flexible osier, VA qui, frappé de l'air, durcit comme l'acier.

(1) Cette affirmation semble démentie par les résultats obtenus de nos jours. Il semble d'abord que rien ne résiste plus maintenant aux hautes chaleurs que l'on sait appeler autour des corps; un chimiste, dont la science déplore encore aujourd'hui la perle, Desprelz, se flaltait d'êlro ai'rivé à la fusion du charbon et à la fabrication du diamant; mais nous poiisons justifier noire texte en faisant observer que ce n'est pas l'élément terreux que nos fourneaux réduisent en fusion , mais bien les parties composantes de cet élément, qui, par lui-même, se décomposendt phdôl que de se fendre.

Les découvertes modernes démenlent celte assertion.

\J amiante, ou asbeste, est de la même espèce; elle se laisse étirer en filaments flexibles, et l'on peut en faire des toiles; les tissus qui en sont faits ne craignent pas le feu; ils sortent, au contraire, de cet élément, plus purs et plus vigoureux. L'aimant pur n'est point une pierre, bien qu'il soit classé parmi les pierres; car il est mélangé de beaucoup de métal.

Des métaux.

Les métaux sont des corps durs, liquéfiables et ductiles; ils sont malléables et fusibles au feu : eux aussi sont des concrétions des humeurs les plus pures de la terre et de l'eau ; mais chez eux les parties humides, qui ont subi comme une congélation par le froid de la terre, prédominent : c'est pourquoi ils cèdent plus facilement à l'action de la chaleur, et se liquéfient. Dans les pierres, la terre sèche est plus abondante pour une quantité égale d'humidité , et elles ne fondent pas , si ce n'est accidentellement et à cause des substances fusibles qu'elle contiennent; quand le principe humide s'est une fois exhalé de la pierre , elle est plutôt réductible en poudre et en chaux.

On compte ordinairement sept espèces de métaux : l'or, l'argent, l'étain, le plomb, le fer, dont l'acier est une variété plus pure, l'airain et le mercure. Ce dernier n'est, à vrai dire, point un métal, mais un rudiment en quelque sorte de ynétal; quand ils veulent le fixer, les chimistes obtiennent .d'autres corps métalliques.

L'or est plus précieux que les autres métaux par plusieurs qualités: son poids, sa couleur, sa pureté, son incorruptibilité; il ne s'oxyde point; il n'est point consumé par le feu : on l'a vu liquéfié, et soumis dans cet état à une chaleur très -intense pendant plusieurs mois, conserver tout son poids.

Les métaux sont liquéfiables au feu, mais ils ne s'enflamment point, les substances terreuses et aqueuses dont ils sont formés étant trop réfractaires ; ils préservent même du feu ce qu'ils peuvent contenir d'inflammable. La concrétion aqueuse qui les constitue , et qui résulte du froid élémentaire, est résolue par la chaleur à peu près comme la glace; mais lorsque la chaleur se retire, elle reprend son premier état. Les molécules du métal ne sont pas facilement vaporisées ; elles se soutiennent par le poids de leur substance terreuse; les principes humides ne s'en dégagent point en fumée , parce qu'ils adhèrent avec plus de ténacité à la terre : cependant le mercure, mais lui seul, donne aisément de la fumée , parce qu'il renferme des parties humides moins bien combinées avec les principes terreux : aussi n'est-il point fixe; chez lui, une partie entraîne l'autre vers la dilatation, et il finit par se vaporiser, puis le tout se concrète de nouveau quand la chaleur s'abaisse.

Le stihium, vulgairement appelé antimoine, est un demi- 7nétal, c'est-à-dire qu'il tient le milieu entre la pierre et le 7nétal;i\ se liquéfie au feu comme les métaux, et comme les pierres il est fragile et non ductile : il a une vertu médicinale qui est celle de purger ; il s'emploie même en vomitif; mais on s'expose à un danger sérieux si on le prend à forte dose; les médecins ne sont même pas tout à fait d'accord sur son emploi.

Le verre aussi tient une sorte de milieu entre les métaux et les pierres : il est fragile et fusible. Ce n'est point proprement un minéral, et il n'a pas de minière propre, ni de carrière spéciale, comme les métaux et les pierres; c'est un composé de plusieurs autres produits fossiles; on l'en extrait même plutôt qu'on ne l'en compose; il a quelque chose de la nature du sel , mais il est pur de toute exhalaison humide; il n'est point soluble à l'eau, c'est seulement à une forte chaleur qu'il devient pâteux et même liquide. Plusieurs ont pensé qu'on pouvait le rendre ductile. Au rap- III. 20

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poi^t de Pline, du temps de Tibère, un maître verrier était parvenu à rendre le verre ductile ; mais cette invention se perdit par suite d'un accident qui fit écrouler l'atelier de l'inventeur. Pline a soin d'ajouter que cette invention a trouvé plus de curieux pour la vanter, que de savants pour y croire (liv. XXXVIc, chap. xxvi). Peut-être aussi la substance ainsi rendue ductile n'était- elle pas en réalité du verre. A celte occasion disons quelque cbose de la larme vitrée ou du verre en larmes.

Des propriétés merveilleuses du verre en larmes.

On appelle ainsi une sorte de verre dont la surface est nette et polie comme pour les autres verres; dans l'intérieur il est spongieux, creux, et rempli de pustules; sa forme est celle de larmes ou de gouttes d'un liquide qui se fixe en tombant : il est assez semblable aux perles pyriformes, sinon qu'il se termine en un col oblong et recourbé. Quoiqu'il ait quelquefois la forme droite, il est presque toujours recourbé et tordu dans sa longueur, et se termine, à partir de l'inflexion , par une pointe assez longue et fort aiguë.

Il possède deux propriétés contraires entre elles, et contraires surtout à celles des autres verres : c'est une solidité remarquable, et une fragilité plus grande que celle du verre : des coups de maillet répétés ne le brisent pas, si l'on ne frappe que sur la partie la plus grosse ; mais comme si , à l'instar de Samson, il n'avait sa force que dans ce fil grêle comparable à un cheveu qui le termine, dès que ce fil est brisé à son extrémité , le verre tout entier tombe en mille morceaux et avec grand bruit, et ces morceaux, déjà si petits, à la moindre pression se réduisent en poussière. Nous chercherons à donner la cause des propriétés de ce verre curieux; mais parlons d'abord de sa fabrication, d'après les notes adressées par Christophe Mertet à Néri, sur l'art de

la verrerie; il les emprunte au livre de la Société royale d'Angleterre ; en voici le texte :

(( On prend pour faire les verres en larmes du verre verdàtre , et on le fait fondre : s'il n'est pas convenablement cuit^ comme on dit, les larmes ne valent rien; elles éclatent, se brisent et se résolvent dans l'eau où on les fait tomber. La meilleure manière de les faire est de prendre avec une verge de fer, dans le creuset , un peu de verre en fusion, de le faire tomber dans de l'eau froide, et de l'y laisser refroidir: si la cbaleur est trop forte, la larme, en tombant dans l'eau, crèvera et s'en ira en morceaux. Quand le verre , tombé dans l'eau , n'éclate pas avant de se refroidir, le succès est assuré; mais l'ouvrier le plus exercé ne sait pas lui-même le degré de chaleur qui convient, et personne n'ose promettre de réussir avant le coup. La plupart des morceaux de verre essayés échouent , quelques-uns se partagent comme s'ils étaient fendus par le froid, sans que le corps se réduise en morceaux; d'autres, encore plus ou moins chauds , se rompent sans craquer ; il y en a qui , peu de temps après le refroidissement, éclatent avec grand bruit; ceux-ci ne se brisent et n'éclatent qu'après le complet refroidissement; ceux-là, tandis qu'ils sont dans l'eau, demeurent intacts, et se dissipent tout d'un coup en morceaux nombreux dès qu'on les en retire; plusieurs se brisent au bout d'une heure; d'autres, après s'être conservés des jours et des semaines, se rompent sans qu'on les touche. Quand la larme tombe dans l'eau, on entend un sifflement; elle est encore pendant quelque temps effervescente, et dégage des étincelles qui craquent et qui la forcent à sautiller et à s'agiter, même plusieurs bulles d'air s'élèvent partout dans l'eau pendant qu'elle se refroidit ; dans l'huile d'olive elle émet plus de bulles et de plus grandes que dans l'eau, et l'ébullition dure plus longtemps : une partie du cou de celles qui se font dans l'huile, et aussi dufd qui prolonge ce cou, se casse à l'extinction comme du verre ordinaire; si on casse le cou

près du ventre, en retenant ce ventre lui-même dans le creux de la main , tout éclatera et se brisera, mais avec une force et un bruit moindres que pour les verres en larmes durcis dans l'eau ; les morceaux n'en seront pas non plus si petits , et ils resteront adhérents ensemble jusqu'à ce qu'on les sépare ; sortant de l'huile ils laissent voir, comme quand ils sortent de l'eau, des raies et des lignes oblongues partant de leur centre, et traversant les cavernes qui s'y sont formées, mais la dimension et le nombre n'en sont pas grands. Si vous chauffez au feu un verre de cette sorte , il se comportera comme le verre ordinaire; mais son tempérament est tellement affaibli, qu'il est moins qu'avant capable de fléchir sans se casser. » Voici tout ce que nous en dit l'auteur nommé.

Cherchons maintenant les causes des propriétés de ce verre. Pour sa solidité, une triple raison se présente: d'abord il est solide, parce qu'il est formé de matière cuile à point, et celte cuisson l'empêche de se diviser quand il arrive dans l'eau : l'eau est plutôt une épreuve de sa solidité qu'un iiioyen de la lui donner; ensuite, cependant, sa solidité s'accroît par cette trempe, qu'on lui donne en l'éteignant dans l'eau froide, à l'instar des métaux, du fer et de l'acier, par exemple: ce verre s'endurcit par là, et il peut supporter des coups de marteau, au moins légers; car si les coups étaient plus forts, il est douteux qu'il les supportât : le verre n'a-t-il pas quelque similitude avec la nature du métal? Enfin cette solidité provient d'un principe sec et igné qui s'y trouve mêlé : en effet, ce verre est spongieux, et en se formant il a dû se laisser pénétrer par une certaine quantité de substance ignée, sur laquelle nous reviendrons bientôt. Comme le silex, qui est lucide et un peu vitreux, prend de la dureté dans l'immixtion du piincipe sec qui lui vient de la terre , et ne se brise pas aussi facilement que le verre pur, dont il est le principe : ainsi ce verre dont nous parlons peut emprunter de la dureté à ce principe sec et ,

igné qu'il reçoit en abondance dans ses pores multipliés. Cette première partie de l'énigme expliquée, passons à l'autre, qui est assurément beaucoup plus difficile à comprendre, celle de la fragilité. On admettra sans peine que la brisure, soit qu'elle ait lieu quand le verre tombe chaud dans l'eau , ou quand on l'en retire , ou quand on en rompt l'extrémité, ou de toute autre manière distincte de ce qui arrive pour le verre ordinaire, est toujours produite par la même cause intérieure ; car on ne doit pas supposer deux causes quand, sur un même sujet, les mêmes effets sont produits de la même manière, avec la seule différence du plus ou moins d'accélération ; on doit d'autant moins les supposer, que cette différence n'a lieu que par suite d'une excitation extérieure qui a lieu quelquefois, et quelquefois est empêchée. Maintenant, quelle cause peut ainsi faire éclater le verre effervescent dès qu'il a touché l'eau ou tout autre liquide froid, sinon la force et l'impulsion du feu encore renfermé dans ses pores? Quand le verre est effervescent et liquescent, sa substance ne se convertit pas en feu, mais ses pores s'entr'ouvrent, et absorbent le feu dont ils sont entourés et pressés, comme le pain absorbe l'eau; et ce feu, qui, en vertu de sa nature, se dilate toujours de plus en plus , fait irruption par les pores , et répand en tout sens des étincelles. Si le verre se refroidit naturellement à l'air, cette substance du feu particulièrement subtile s'échappe sans violence et insensiblement par la voie qui lui avait donné accès; mais si le verre, encore liquide et effervescent, est plongé dans l'eau ou dans un autre liquide, les esprits ignés se sentent d'abord entourés d'un élément hostile, et, trouvant ensuite les pores du verre obstrués par une croûte qui s'y est précipitamment formée, cherchent en vain à se mouvoir librement et à s'échapper, suivant que leur nature l'exige ; un effort particulier devient nécessaire : s'ils sont en force , et que le verre soit très-fort et très-compacte , ils font éclater violemment leur prison , un craquement se fait enten-

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dre, le verre est réduit en poussière, et on les voitsortir comme triomphants de Teau en bulles et en étincelles. Nous l'avons dit tout à l'heure, quand le verre est trop chaud ou qu'il n'est pas convenablement cuit, il se brise toujours aussitôt ou presque aussitôt qu'il a touché l'eau : c'est la même raison qui divise violemment et avec bruit les métaux liquéfiés que l'on arrose d'eau ; mais si le verre est cuit convenablement et suffisamment compacte, le feu a eu le temps de se ralentir, il n'a plus assez d'ardeur pour repousser tout ce qui l'entraverait, et, avant de sortir de sa prison, il s'assoupit et reste renfermé dans le verre; ses efforts se bornent à se creuser de petites cavernes, qui communiquent entre elles, et aboutissent à l'extrémité supérieure , où le porte sa légèreté naturelle : c'est absolument la même chose que ce qui arrive pour la chaux ; et il reste ainsi jusqu'à ce qu'une cause extérieure vienne ouvrir un passage à l'air du dehors et réveiller sa nature pétulante et irritable; cela explique aussi les formes poreuses de ce verre, et pourquoi il est rempl de raies et de lignes dans toute sa longueur, et enfin pourquoi le cou en est tordu. Néanmoins les pores ne se fermen pas si vite qu'une partie de feu ne puisse s'échapper, surtou dans l'huile grasse et dans les liqueurs plus épaisses, qui saisissent moins vite; et le verre en effervescence produit des bulles plus grandes et plus nombreuses dans l'huile que dans l'eau , et les verres en larmes qui se font dans l'huile conservent toujours moins et de moins grandes cavernes que celles qui se font dans l'eau ; la substance ignée s'est échappée plus facilement dans l'huile que dans l'eau : elle y est donc restée moins abondante.

Le nœud de la question est de dire comment cette substance ignée , qui s'est dispersée dans tous les pores et dans toutes les ouvertures du verre , après avoir subi cet emprisonnement , fait un effort qui brise le verre entier aussitôt que l'extrémité en est cassée. Deux explications se présentent , simples et faciles à comprendre toutes les deux :

l» La fracture de cette extrémité peut déterminer une étincelle qui, parles voies de communication dont nous avons parlé , arrive et se répand dans la substance que renferment tous les pores: elle la trouve déjà disposée à reprendre toutes les qualités du feu, surtout celle de la dilatation, qui lui est si naturelle, et la détermine à faire éclater sa prison : c'est un phénomène analogue à celui de la poudre à canon qui prend feu. Quant à l'étincelle, il n'y a rien d'étonnant que le verre la produise en se brisant : sa porosité , la sécheresse , la chaleur, et toutes les qualités ignées dont sa substance est remplie , tout l'y détermine : ne voyons-nous pas les morceaux de sucre rendre une certaine lueur quand ils sont fendus vivement dans l'obscurité? Et ceci est encore plus sensible pour le silex et le cristal, quand on les écrase; or ces derniers corps sont plus semblables au verre que le sucre.

On peut demander alors pourquoi les coups de marteau donnés sur la partie la plus gonflée du verre ne produisent pas cette étincelle que produit la fracture de l'extrémité, et pourquoi la substance ignée cachée intérieurement n'est pas excitée par un procédé comme par l'autre.

Je réponds : Une étincelle dût -elle se produire sous les coups de marteau à la surface du verre, elle ne trouve point d'accès à l'intérieur, comme il se fait quand l'extrémité est rompue ; et pour qu'on n'imagine pas qu'il y a quelque autre mystère sous la fracture de cette partie, voici ce qu'en dit Mertet : « Deux ou trois verres de cette sorte , envoyés au bijoutier, et percés au centre comme on perce les pierres fines, ont éclaté à l'application du foret le plus fin, comme ils eussent fait à la rupture de l'extrémité. » Lorsque le foret pénètre dans le verre, il y produit le même effet que la cassure : une flamme éclate, ou tout au moins une forte chaleur se fait sentir, qui pénètre et dilate la substance enfermée, et fait ainsi éclater le verre.

2o L'excitation peut se produire là comme elle se produit

dans la chaux : les esprits ignés et les gaz assoupis, sont excités, irrités et forcés à faire explosion lorsque l'eau pénètre; c'est comme l'irruption d'un corps ennemi, contre lequel il faut se défendre. Il n'y a pas grande démonstration de violence dans la chaux , parce que la masse entière en est assez lâche, et livre un facile passage aux gaz ou aux esprits ignés ; mais ceux qui sont renfermés dans le verre en question , et qui sont plus subtils , sont surpris vivement par l'air ou par quelque autre gaz hétérogène faisant irruption dans les pores, et appelés à un effort tel, qu'ils brisent le verre, et le réduisent en poussière.

C'est donc cette substance plus subtile qui, cachée dans les pores du verre , et excitée par un de ces deux procédés, cause la rupture du verre en se dilatant précipitamment; nulle autre cause ne peut expliquer aussi clairement, ni aussi exactement , l'effet en question ; on le voit bien , d'ailleurs , à la violence avec laquelle le verre éclate en poussière, ce qui est l'effet propre de la dilatation des esprits tenus trop longtemps captifs; enfin, et surtout, on le reconnaît à ce que ce verre , soumis de nouveau à l'action du feu , perd toutes ses propriétés , et se comporte exactement comme le verre ordinaire : l'action nouvelle du feu a relâché les pores, les gaz qu'ils renferment s'échappent librement, et tous les effets qu'ils devaient produire s'évanouissent avec eux. Ainsi se trouve expliquée cette énigme merveilleuse de l'art et de la nature, non par des conjectures, mais par des raisons empruntées au procédé de fabrication même , et à l'expérience. En voilà assez pour le verre en larmes.

§ ni.

Des autres corps fossiles.

Outre les pierres et les métaux, les entrailles de la terre produisent d'autres sucs concrètes en grand nombre ; on les désigne sous la dénomination commune de minéraux,

minerais, autrefois fossiles : ce sont la céruse, l'ocre, le cinabre, le naphte, le bitume, la sandaraque, le camphre, le gypse , l'arsenic , la houille et le bois fossile ; il y a aussi des sels variés : le sel commun , car on en trouve dans la terre, l'alun , le vitriol, etc. Il serait trop long de parler de tous en détail, disons seulement quelque chose du soufre et du sel.

Sous le nom de soufre ^ les chimistes comprennent tous les corps inflammables de leur nature. Cependant ils leur donnent le nom d'huile , s'ils se présentent sous la forme d'une liqueur grasse et visqueuse. Ces sortes de corps contiennent beaucoup de matière ignée, elle s'y mêle à des substances terreuses et aqueuses ; quand la matière ignée s'enflamme, le reste du composé se perd en fumée; ces corps sont d'autant plus légers qu'ils contiennent moins d'eau et de terre. Les feux souterrains prouvent qu'il y a une grande quantité de soufre répandu dans les entrailles de la terre : c'est lui qui produit ces exhalaisons sulfureuses fréquentes à l'extraction de beaucoup de corps; il peut aussi s'en produire à l'air libre par le mélange du feu élémentaire avec les vapeurs et les exhalaisons de la terre : aussi il est en grande quantité dans beaucoup de mixtes, et il s'y modifie de mille manières : de ces différentes combinaisons on tire différentes sortes de soufre et d'huile, qui gardent, sous les qualités du corps mixte, une impression première de leur origine, et en varient les formes à l'infini.

Le sel est formé d'eau et de terre parfaitement combinées : c'est pourquoi il a horreur du feu, et ne s'enflamme jamais que quand il est mêlé au soufre; c'est aussi pourquoi, mêlé à la neige et à la glace, il provoque un froid plus grand. L'huile dans laquelle on a fait dissoudre du sel en petite quantité brûle moins vite. Le sel ne se produit point en masse continue: il est formé de particules très-menues dont les facettes se joignent et adhèrent, quand l'humeur aqueuse les lie ensemble : c'est pourquoi , bien que transpa-

rent, il n'est pas diaphane, mais blanc, et ressemble à de la glace pilée; il est soluble à l'eau et même à l'air humide, parce que l'humidité de l'air, n'étant point suffisamment fixée , se réduit en eau sous l'action du principe aqueux que le sel contient, et les particules aqueuses du sel se disjoignent et viennent s'y mêler. Néanmoins, dans cette eau qui vient de se former, elles déposent difficilement leur nature, et à l'évaporation elles se recomposent en nouveaux grains de sel. Il éclate dans le feu , et y fait explosion , parce que l'humidité se vaporise et se dilate ; une chaleur modérée le dessèche , parce que l'humidité qu'il contient peut ainsi s'exhaler, il n'en reste plus que la partie la plus fixe, que cette chaleur est trop faible pour faire fondre ; une chaleur excessive le dissout , comme elle fait pour les métaux ; il se trouve dans presque tous les corps composés, de même que le soufre , et c'est son intervention qui concilie les huiles avec les corps aqueux.

Il y a différentes sortes de sels: le nitre, ou salpêtre, le sel commun , le sel gemme , etc. Chaque espèce de sel peut être dans les corps mixtes de plusieurs manières. Ainsi que nous l'avons dit pour le soufre, un sel s'extrait d'un composé , et un autre sel d'un autre composé : cette variété provient de la mixtion variée du soufre et de la substance spiritueuse , qui elle-même se trouve dans le sel, et de la qualité particulière du mixte qui modifie le sel; ce dernier conserve, même lorsqu'il en est extrait, les qualités qu'il y a empruntées. Le sel volatil et le sel fixe sont d'une nature commune ; Tun n'est que la partie la plus subtile de l'autre : il s'en élève parla chaleur, qui le divise en menus cristaux, tandis que le reste, plus pesant, demeure en bas. On voit dans les champs de Narbonne les vapeurs de la mer emporter avec elles les parties les plus subtiles du sel, et les déposer sur les feuilles des arbres et sur les plantes; ces dépôts s'y concrètent en un sel très-pur et très-fin, tandis que les parties les plus pesantes sont restées à terre : le tout n'est

pourtant qu'une seule espèce de sel. Dans le sel chimique volatil paraît souvent une vertu qui semble naturelle , et qui le distingue du sel fixe, qu'on trouve aussi dans les corps mixtes; il faut l'attribuer simplement à la subtilité de ce sel, ou à son mélange avec d'autres principes. L'eau salée de la mer, en s'exhalant sur les rivages , laisse un résidu de sel; celui-ci s'y agglomère, et c'est en grande partie le sel usuel ; mais l'on en trouve en grande quantité aussi dans des carrières : il est par fragments qui se cassent comme des pierres. Nous dirons plus loin pourquoi il y a tant de sel dans l'eau de la mer.

QUESTION CINQUIÈME

On appelle mixtes imparfaits les corps qui n'ont, pour ainsi dire, dans leur substance qu'un élément modifié seulement par des qualités appartenant aux autres : ainsi Teau se raréfie comme l'air, et devient nuage et vapeur; ou bien encore ils sont formés de plusieurs éléments mal combinés entre eux , et revenant sans peine à leur premier état : comme la neige qui, mêlée d'eau et d'air, se résout si facilement. On les appelle aussi météores, c'est-à-dire apparaissant en haut, parce qu'ils se produisent ou se manifestent presque tous dans les régions élevées de l'air. Sous cette dénomination on entend encore des mixtes produits dans la terre et dans l'eau. La présente question comprendra quatre articles : dans le premier, nous parlerons des météores ignés, que l'on observe dans l'air; dans le deuxième, des météores de l'eau et de l'air; dans le troisième , des météores qui ne sont qu'apparents ; dans le quatrième , des météores qui se produisent dans l'eau et dans la terre.

ARTICLE PREMIER

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