DES MÉTÉORES IGNÉS QUI APPARAISSENT DANS L'AIR
Sous l'influence de la chaleur interne de la terre et de la chaleur céleste, et sous les difTérenles influences astrales, des vapeurs s'élèvent de la terre et de l'eau , qui forment la matière propre aux météores : ce qui se dégage de l'eau est nommé vapeur; et on dit exhalaison , ce que la terre laisse échapper. L'exhalaison partage la nature du sol qui l'a émise, et comme certaines terres sont stériles et maigres , d'autres bitumineuses , nitreuses , grasses , huileuses , les exhalaisons sont grasses, sèches, maigres, nitreuses, bitumineuses, sulfureuses , etc. Des exhalaisons sulfureuses et oléagineuses proviennent les météores ignés : les comètes, la foudre, les éclairs, les étoiles filantes, les feux follets, les dragons volants, les chèvres bondissantes, les flèches ardentes, etc., dont nous allons parler.
Des comètes.
Une comète est un météore qui apparaît pour la première fois dans le ciel comme une étoile, avec un appendice lumineux semblable tantôt à une chevelure, tantôt à une queue, etc. On s'est toujours demandé , on se demande encore quelle est sa nature. Il y a trois opinions : d'après la première , les comètes seraient des corps permanents situés dans la région céleste bien au-dessus de la lune, qui nous apparaissent quand ils se rapprochent de nous, et disparaissent en s'en éloignant : ainsi disaient jadis les Pythagoriciens ; Sénèque s'est rattaché à cette opinion , et plusieurs astronomes modernes , entre autres le docte Cassini, l'ont adoptée : on cherche à le prouver par ce fait que dans le cours des siècles on a vu les mêmes comètes reparaître périodiquement : ainsi la comète qui apparut en 1677 serait la même
que Tycho-Brahé observa en 1577, et Bzovius en 1477; d'autres pensent que chaque apparition est une comète nouvelle formée clans les cieux mêmes, et au-dessus de la lune : quelques modernes ont soutenu cette opinion; la troisième opinion est que les comètes sont produites dans la région la plus élevée de l'air au-dessous de la lune, et qu'elles proviennent des exhalaisons qui s'agglomèrent dans cette région, et s'y enflamment: c'est le dire d'Aristote, des Stoïciens, et avant eux des Chaldéens.
Il faut dire qu'il semble y avoir deux genres de comètes: les unes sont des corps permanents placés dans les cieux, qui paraissent et disparaissent à nos regards ; d'autres ne sont que des météores produits des exhalaisons terrestres, qui apparaissent dans les hautes régions de l'air et s'y enflamment .
Preuve de la 'première partie. La plupart des comètes observées récemment sont certainement plus haut que la lune; or il ne peut y avoir en cette partie du ciel aucune production nouvelle, comme le voudrait la deuxième opinion : donc ce sont des corps permanents. La majeure est certaine, d'après les observations des astronomes les plus habiles, nos maîtres en ces matières. Prouvons la mineure. 1° La région céleste, comme nous l'avons fait voir, est incorruptible : donc rien ne s'y produit de nouveau; 2° il est difficile d'accepter que des corps immenses, comme on peut croire que sont les comètes, plus élevés que la lune, et même que Saturne, suivant l'opinion la plus commune en astronomie, soient ainsi soumis à naître pour un moment, et à périr ensuite; au contraire, rien ne s'oppose à ce que dans les cieux il y ait des corps qui , par un mouvement propre, se rapprochent de notre globe et s'en éloignent, tantôt apparaissant , tantôt disparaissantpour nous; 3° enfin, si ce sont les mêmes qui reviennent périodiquement, après une révolution dont le temps est fixé , comme de graves raisons le font généralement admettre, ce sont indubitablement des corps permanents.
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On dira : La comète apparaît d'une manière subite; elle a tout d'un coup son développement entier, tandis qu'elle décroît insensiblement. Si sa marche était régulière, soit pour descendre vers la terre, soit pour remonter aux cieux , elle grossirait et diminuerait en conséquence : donc , etc.
Réponse. Je nie la majeure. D'après l'observation de Cassini, la comète qui apparut en 1680 eut une croissance et une décroissance égales. Si quelques comètes apparaissent d'abord très-grandes , c'est qu'on ne les a pas remarquées tant qu'elles sont restées moindres, soit parce qu'elles étaient occultées par les rayons du soleil ou par quelque autre astre, soit précisément parce qu'elles étaient trop petites.
Preuves de la seconde 'partie de la conclusion, à savoir qu'il y a des comètes qui sont de vrais météores produits dans les régions inférieures à la lune. D'abord c'est l'autorité des anciens philosophes : plusieurs, parmi eux, étaient fort habiles en astronomie; le respect que nous leur devons nous empêchera de croire qu'ils auraient admis que toutes les comètes sont au-dessous de la lune, s'ils n'avaient observé que réellement certaines comètes sont dans ce cas, et ne s'étaient crus par là autorisés à en inférer ce qu'ils ont dit de toutes. Ensuite les historiens font foi que la plupart des comètes ont eu des parcours fort incertains, et ont duré fort peu de temps : quelques jours, par exemple; puis on ne les voyait qu'au-dessus de certains lieux déterminés: toutes conditions quine peuvent conveniràdes comètes plus élevées; enfin l'explication des étoiles filantes vient à l'appui, car on croit que ce sont des exhalaisons qui prennent feu pour un instant : pourquoi une exhalaison, plus tenace et plus durable, attirant de la terre un aliment plus substantiel, ne produiraitelle pas , quand elle est une fois enflammée , cet éclat persistant que l'on voit dans quelques comètes? Chez nous, le même feu peut brûler, qu'il prenne à quelque paille ou à une chandelle; mais la paille ne le soutiendra qu'un instant, et la chandelle, formée de matières grasses, le fera briller pen-
dant un temps considérable. Ajoutons comme preuve une observation déjà faite chez les anciens : Après l'apparition d'une comète, les vents sont plus fréquents, l'année est moins féconde , les exhalaisons riches et fécondantes de la terre ont été absorbées par le météore : il n'a plus laissé que les principes secs, arides, d'où se forment les vents.
On dira : Où trouver ces exhalaisons abondantes, capables d'alimenter si longtemps une si vaste flamme? car on a vu des comètes énormes qui ont duré plusieurs mois. Suivant la remarque de Pline, si une comète peut ne durer que sept jours, elle peut aussi rester à l'horizon pendant six mois. Ensuite, comment expliquer l'existence de cette longue queue , qui souvent occupe une grande partie du ciel?
Réponse. Dans la région de l'air qui est voisine du feu élémentaire, la flamme est moins active, et elle ne consume pas rapidement sa matière. Si le feu peut durer longtemps, quand il est dans la matière qui lui est propre, si cette matière reste ainsi sans se consumer dans son propre élément, pourquoi ce même feu ne pourrait-il pas conserver longtemps celte matière vaporeuse , si semblable à la sienne? Ce phénomène nous étonnerait moins, si nous arrivions à constater ce que rapportent des auteurs graves , à savoir que dans des sépulcres antiques, à la suite des fouilles, on a trouvé des lampes qui brûlaient encore après plusieurs siècles ; on cite entre autres le sépulcre de TuUia, fille de Cicéron , découvert au temps du pape Paul III, c'est-à-dire quinze cents cinquante ans après qu'il eut été fermé. Enfin la matière des comètes peut être lucide sans être toujours ardente, comme nous voyons qu'il arrive pour le bois mort, pour les poissons dont la chair se décompose et pour beaucoup d'autres matières qui luisent dans l'obscurité. A quelque opinion qu'on se rattache, on a toujours grand'peine à expliquer la queue des comètes. On peut dire que ces comètes^ qui projettent dans l'immensité une longue traînée
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lumineuse, ne sont point des météores engendrés par des exhalaisons, mais bien des astres permanents formés d'une matière, partie opaque pour refléter mieux les rayons solaires, partie transparente pour laisser passer ces rayons, et les réfracter ou les modifier diversement : comme il arrive quand on fait arriver la lumière sur des verres diaphanes légèrement colorés.
De là proviendrait celte queue blanchâtre des comètes, toujours située au côté opposé à celui du soleil. Ainsi voyonsnous quelquefois dans le ciel des nuages transparents qui laissent passer comme des traits blanchis par le soleil couchant. La couleur de ces traits est à peu près la même que celle observée pour le prolongement des comètes. Celles qui répandent diversement et inégalement leurs rayons et leur donnent comme la forme d'une chevelure hérissée, ou qui manquent de fixité dans leur figure, celles-là appartiennent vraisemblablement toutes aux météores. Là où l'exhalaison est plus compacte et comme sphérique, c'est le noyau de la comète; et ce qui est épars et moins dense forme cette chevelure ou cette crinière lumineuse.
Dans chaque comète il y a quatre choses à observer : la figure, la couleur, le mouvement, et la signification.
La figure est de trois sortes, ce qui fait trois noms pour les comètes. Il y a les comètes à queue, les comètes harhues et les comètes chevelues. Celles dites à queue projettent dans l'espace une longue traînée lumineuse. Les comètes harhues ont moins de longueur et plus de largeur. Les co- "mètes chevelues répandent leurs rayons à peu près comme la face du lion sa crinière. Elles peuvent encore prendre d'autres figures; on en aurait vu sous la forme de glaives, de croix, etc. Les noms de Disque, pour indiquer la forme circulaire ; de Pithètes, pour la forme de tonneau ; d'Acontias, pour celle de javelot ; de Xiphias, pour celle de glaive; de Lampadias , pour celle de torche, ont été quelquefois employés.
La couleur d'une comète varie suivant la disposition de la matière qui envoie la lumière ; quelquefois elle ne fait que la réfléchir, d'autres fois elle est lumineuse et ardente par elle-même. De même que nous voyons ici-bas la couleur de la flamme varier avec la matière qui alimente cette flamme : le soufre donnant une couleur bleue, la résine une couleur noirâtre, la cire et l'huile pure une couleur blanche; ainsi pour les comètes la couleur sera lugubre , sombre , charl)onnée si la matière en est épaisse ; elle s'argentera dans une matière plus raréfiée et plus pure; si la comète est enveloppée d'exhalaisons, sa couleur devient rougeâtre, comme celle du soleil quand il nous apparaît voilé par des vapeurs.
Les mouvements des comètes sont variés. Celles qui apparaissent dans le ciel supérieur auraient un mouvement et une route assez constants, et Cassini croit pouvoir régler la marche de celle qu'on a observée en 1680. L'irrégularité et l'imprévu sont, au contraire, les seules lois de celles qui ne sont que des météores. Les unes et les autres cependant suivent habituellement le mouvement diurne du premier mobile, dont l'influence arrive jusqu'aux régions les plus élevées de notre air. Mais en outre elles cheminent suivant une inspiration propre que leur dicte, ou l'appétit pour la matière qu'elles absorbent , ou l'influence des astres.
Enfin ces astres de terreur, comme ditPHne, annoncent ordinairement des stérilités, des tempêtes, des vents , des maladies, des mortalités, des guerres, des changements dans les empires, on dit même la mort d'un grand personnage. D'ahord Dieu l'a vouhi ainsi, et comme il a donné le signe naturel de l'arc-en-ciel pour preuve de son alliance avec les^horames, on peut dire qu'il a donné les comètes comme un signe de sa colère et des fléaux qu'elle appelle. David l'a dit (Psaume lix) : a Vous avez donné, Seigneur, un signe à vos bien-aimés, afin qu'ils fuient devant les menaces de la guerre : Dedlsti dilectis tuis signum , ul fu^ •m. 21
giant a facie arcus. » C'est ainsi qu'avant la destruction de Jérusalem apparut une grande comète qui annonçait cet épouvantable désastre. Les pronostics sur la mort des grands personnages, auxquels le vulgaire donne assez ordinairement foi, sont plus difficiles à accepter : pourquoi ceuxlà plutôt que les autres? Les météores auraient-ils quelque influence sur certains tempéraments? Le tempérament de ces personnages sera-t-il nécessairement plus délicat que celui des hommes vulgaires? On n'en sait rien.
Ensuite il y a une explication physique. Si la comète absorbe les exhalaisons grasses de la terre, et que celles-ci, à l'aide des pluies que le ciel envoie , aient ordinairement la mission de féconder les champs, la comète amènera avec elle la stérilité. S'il ne reste que des exhalaisons arides , les vents en naissent, et des vents les tempêtes; les exhalaisons malignes n'ayant plus le moyen de se fondre avec d'autres, infectent l'air, et de là résultent les épidémies. Si les comètes prennent feu par suite de l'influence caloriGque des astres , elles-mêmes augmentent chez l'homme la chaleur interne et éveillent la bile; les querelles et les guerres seront donc plus fréquentes. Enfin un pareil changement dans la nature n'est pas sans produire des dispositions d'esprit nouvelles et de nouvelles tendances chez les hommes : par suite, les changements politiques agréent davantage aux peuples et sont plus facilement acceptés.
De la foudre, de l'éclair, et du tonnerre.
Il n'y a pour ces trois choses qu'une seule matière : c'est une exhalaison chaude imprégnée de nitre et de soufre. Enveloppée dans des nuages épais, elle éclate, soit parce que les molécules ignées qu'elle renferme s'y agitent, s'enflamment et enflamment le reste , soit parce que les rayons du soleil, réfractés et conjugués dans les parties compactes de la nuée, comme dans un miroir ardent, y mettent le feu.
C'est celte matière ainsi enflammée qui en se raréfiant, et par suite s'étendant clans les replis du nuage , fait entendre ces mugissements que nous appelons le tonnerre. Nous pouvons comprendre ce phénomène par analogie en voyant comment la flamme de nos foyers, quand elle s'agite en divers sens, frappe l'air et produit un bruit bien sensible; la poudre à canon s'enflamme et détonne plus bruyamment encore à cause du salpêtre qu'elle contient; Y or fulminant, comme on l'appelle, prend feu à la chaleur naturelle de l'homme qui le porte sur lui ; quelquefois même, à l'air libre, il éclate avec un grand bruit. De la même manière cette exhalaison s'enflamme, éclate et retentit. Écoutons Virgile ( au IV« livre de V Enéide, vers 205) :
Cœcique in nulilus ignés
Terrificant unimos , et inania murmura miscent.
« Pourquoi les feux invisibles retentissent -ils dans la nuée? Pourquoi remplissent -ils de crainte le cœur de l'homme? Est-ce que leurs gémissements sinistres retentissent pour rien? »
Quand ce sont les parties les plus subtiles qui s'échappent de la nuée, V éclair se produit. Au contraire, les parties les plus épaisses qui s'y enveloppent et s'y massent font la matière de la foudre, quand elle éclate avec toutes ses vibrations.
Nous comprendrons mieux la formation de l'éclair, du tonnerre et de la foudre, en supposant, comme il est vraisemblable , que cette matière sulfureuse et nitreuse ne se trouve pas amassée seulement dans tel ou tel repli de la nuée , mais qu'elle y est répandue dans plusieurs sens , et comme distribuée entre plusieurs cellules distinctes : les cellules assurément très-vastes sont les unes plus compactes et plus difficiles à entr'ouvrir, les autres moins solides; les premières sont chargées d'exhalaisons fort denses , les secondes ne portent que des exhalaisons raréfiées et faibles.
Lorsque, par le mouvement qui serpente et se prolonge dans la nuée, les agglomérations plus rares et moins fortement retenues dans ses plis prennent feu, l'éclair brille un instant, comme fait la poudre à canon s'allumant à l'air libre, mais il y a peu ou point de bruit. Ainsi par les grandes chaleurs de l'été, dans un ciel serein, les éclairs se produisent le soir à l'horizon, sans aucun bruit; ces exhalaisons partielles, successivement enflammées, ne sont point captives dans les replis des nuées, et par conséquent elles sortent sans violence et sans bruit.
Mais si le courant inflammable arrive aux parties les plus denses de l'exhalaison , et que celles-ci soient prises et rete nues dans les ilancs épais d'un nuage puissant, la détonation a lieu avec plus de violence, elle éclate et retentit beaucoup plus vivement, ainsi que la poudre quand elle prend feu entre les parois des prisons étroites où on la renferme ordinairement. De là ces fracas et ces roulements terribles du tonnerre; quelquefois c'est un seul éclat, im coup sec, absorbant tout l'effort de l'orage, comme un coup de canon. C'est toute l'exhalaison qui s'enflamme tout d'un coup, parce quelle est tout entière dans un seul repli du nuage. D'autres fois ce sont des mugissements prolongés et redoublés, parce que plusieurs cellules renfermant la foudre se communiquent le feu et éclatent successivement. Mais si ces exhalaisons renferment quelques matières plus compactes, et qu'au lieu d'une seule flamme elles produisent un feu durable, l'explosion s'entretient plus violente : c'est le boulet lui-même chassé du canon et marchant devant lui ; la foudre alors tantôt tombe sur la terre, tantôt remonte vers le ciel. On a accepté comme adage ces paroles deSénèque : « V éclair est une flamme , qui avec plus de force serait la foudre : Fulgur est ftamma, quœ futura erat fulmen, si plus virium hàbuisset. » V éclair ne diffère , en effet, de la foudre que parce qu'il est formé d'une matière plus raréfiée, et que, quand il sort de la nue, il ne se manifeste que par un éclat
sans danger, comme l'explosion d'un canon chargé à poudie seulement. Dans la foudre, au contraire, la matière est plus dense, la flamme est plus prolongée et elle arrive jusqu'à la terre.
II n'est pas inutile de noter ici une opinion assez probable du savant et ingénieux Gassendi; suivant lui, la flamme de la foudre ne serait pas formée dans la nuée même; seulement les parties les plus compactes de l'exhalaison qui sont renfermées dans la nuée, sont mises en mouvement et agitées violemment avec les autres parties du nuage par l'impétuosité de Véclair; elles sont lancées hors du nuage et s'enflamment dans l'air; elles y éclatent quelquefois sans danger pour personne; nous entendons au-dessus de nos tètes la détonation , la lumière semble devoir nous éblouir et nous aveugler ; c'est ce que décrit Lucain , liv. I :
Populosqiie paventes ,
Territttt ohliquo perstringens lumine flamma.
« Les mortels tremblants sont terrifiés par le carreau qui brille et fend la nue. »
Quelquefois aussi ces agglomérations parviennent à terre, chargées de la matière sulfureuse et nitreuse qui était dans le nuage. Là seulement elles prennent feu, et, comme les bombes qui sortent de nos mortiers , elles éclatent , brûlent et détruisent tout ce qu'elles rencontrent. On dira : Si cette matière ne s'enflammait que quand elle est parvenue à terre, cela n'aurait pas lieu sans grand éclat; puis, après Véclair, tout serait dissipé. Or il est constant que ce feu de la foudre sévit quelquefois sans éclater et dure assez longtemps. Mais rien n'empêche qu'il n'y ait certaine matière capable d'entrenir le feu de la foudre plus longtemps , et certaine autre qui s'enflamme subitement et bruyamment.
Il arrive parfois que les exhalaisons terrestres les moins inflammables se réunissent, se concrètent et se forment en pierres ; de même que certaines parties de suie dans les che-
minées. Lsl foudre entraîne avec elle ces sortes de pierres, et les applique quelquefois à percer, à briser et à renverser tout ce qui lui fait obstacle, comme fait notre poudre à canon par le moyen du boulet. Cette pierre de foudre ou fulminante s'appelle un coin, ciineus en latin, parce qu'elle a la forme des coins à fendre le bois.
C'est comme une copie de toutes ces opérations naturelles que nous présente l'art dans la composition de soufre, de salpêtre et de charbon , qu'on appelle poudre à canon : le soufre prend feu très-vite; le salpêtre se dilate et répand activement la flamme, non-seulement dans toute la masse, mais au dehors, en la raréfiant ; enfin le charbon donne de la consistance à cette action du salpêtre. Mettez les trois ensemble dans un tube d'airain ou sous les plis d'un carton assez dur, quand le feu atteindra la composition, elle se raréfiera en un instant, poussera un jet de lumière semblable à l'éclair, sortira de sa prison en retentissant, et emportera au loin des balles ou des boulets destructeurs; ce que l'adresse de l'homme produit avec quelques grains de soufre et de salpêtre , la nature, incomparablement plus riche et plus puissante, ne le pourra-t-elle pas tirer des exhalaisons sulfureuses qui se trouvent partout et en si grande abondance? Entre autres indices de la similitude de ces effets , faisons observer cette odeur de soufre que la foudre laisse après elle tout comme le coup parti d'une arme à feu; et encore la même détonation terrible dans les deux cas, ainsi que les ravages produits par l'un comme par l'autre, et cette lumière rapide qui précède le coup de feu, comme l'éclair précède \3l foudre.
Quand les exhalaisons de la foudre sont plus subtiles et n'entraînent point de pierres , elles s'insinuent aisément dans les pores des corps et brûlent quelquefois les parties intérieures les plus résistantes , en laissant les parties extérieures sans dommage, ou au moins sans un grand dégât. On leur attribue d'avoir en telle occasion tué l'enfant
dans le sein de la mère sans avoir fait mal à celle-ci ; d'avoir détruit ou réduit en lingots, dans une caisse restée intacte, de l'argent monnayé; d'avoir réduit en poussière une épée dans son fourreau; d'avoir, en sauvant le tonneau, consumé le vin qui y était contenu. Si elles sont plus épaisses, et apportent avec elles des pierres , tous les effets connus pour le boulet de canon se produisent. Veut-on que ces effets et d'autres plus admirables encore, attribués à la foudre, proviennent en grande partie de la nature particulière de ce feu? J'y consens, car il y a bien des mystères là dedans, et la nature de ce feu peut être très-différente de celle du feu vulgaire; si elle ne l'est pas, au moins faut -il avouer qu'il tire de sa matière véritablement toute spéciale une vertu que les autres feux ne sauraient avoir. C'est ce qui arrive pour le feu de la poudre et le feu grégeois, qui dans la spécialité de leur matière trouvent une vertu dont eux seuls font preuve. Je ne m'oppose pas non plus à ce qu'on attribue quelque chose de ces effets aux démons que l'Écriture appelle : « des Puissances de l'air : aereœ iiotestates, » parce que dans leur désir de faire du mal ils s'insinuent dans les mouvements dont l'air est le théâtre. Les démons , en effet, se plaisent à détruire, et ils se réjouissent des désastres qui tombent sur les hommes ou sur les autres créatures ; volontiers donc, quand Dieu le permet, ils activent l'action malfaisante des météores. Mais si les démons cherchent à les tourner en mal. Dieu, dans sa bonté infinie, sait en faire sortir le bien et l'avantage des hommes. JJéclair, le tonnerre et\a. foudre épouvantent les pécheurs et leur impriment une crainte salutaire; si l'impie est quelquefois puni, c'est pour que le reste des hommes apprenne à respecter la Colère et la Justice divines et en vienne à s'amender. D'un autre côté, le coup qui frappe même un homme de bien, tout en assurant à celui-ci la récompense éternelle de ses travaux , maintient les antres dans des pensées de salut. Dieu, sans la permission de qui rien n'arrive, a laissé souvent frapper de ces coups, comme
(les autres fléaux de la vie, ses meilleurs serviteurs, et l'histoire nous montre que la foudre est tombée quelquefois sur de très-saints personnages ; mais en employant ces armes de sa puissance, il fait encore briller sa bonté. Écoutons le païen Sénèque : « Ces fléaux, dit-il, épouvantent au loin plus encore qu'ils ne nuisent: latins terrent, qnam nocent. » Si la peur savait raisonner, on comprendrait que ce genre de mort est encore le moins redoutable, parce qu'il est le moins fréquent. En un an, une province entière verra à peine un homme mourir de cette façon. Combien, au contraire, sont tués par des tuiles détachées d'un toit, ou vont mourir en mer! combien sont empoisonnés, combien assassinés par les voleurs, etc. ! et cela n'empêche personne de courir les chemins, de traverser les rivières, de s'embarquer pour de lointains voyages, ni de manger indistinctement tout ce qu'on présente à table!
A propos des effets de la foudre, il reste encore à expliquer pourquoi elle tombe habituellement sur les points les plus élevés, pourquoi elle évite obstinément certains corps : par exemple, la peau du veau marin, le laurier, l'aigle, la pierre dite /îj/aanf/te, etc.
A la première question on répond que la foudre ne se projetant pas en ligne droite, mais en ligne inclinée, doit rencontrer d'abord les points les plus élevés : le haut des tours, la cime des montagnes , les sommets des maisons ou des clochers (d) : quant aux propriétés que Pline et quelques autres auteurs attribuent à certains objets vis-à-vis de la foudre, il semble que la question n'ait pas encore été étu-
(1) L'usage des machines électriques a permis de constater une propriété de la foudre qui se rapporte à celle que Goudin indique ici : c'est qu'elle s'échappe plus volontiers des corps terminés en pointe, et se dégage plus volontiers sur ce genre de corpt;. Grâce à cette affection, l'on peut éviter, au moins dans beaucoup de cas, que le tonnerre éclate et qu'il soit nuisible. C'est dans ce but que les églises et les monuments publics sont partout maintenant hérissés de ces pieux électriques qu'on appelle purotonnerres.
diée suffisamment pour qu'on puisse les affirmer. Les faits qui auront donné lieu à dire ce qu'on a dit sont peut-être des faits accidentels. On a vu la foudre épargner quelquefois aussi les hommes ; mais si les phénomènes énoncés par ces auteurs étaient constants, on pourrait dire que la flamme adhère plus volontiers à certaines choses, et fuit devant d'autres. Elle dévore avidement le hitume, et reste sans prise sur le corps de la salamandre : peut-être quelque impulsion analogue fera éviter à la foudre les choses que nous venons de dire, ou du moins l'empêchera d'agir activement sur elles. Pour l'aigle, le fait est on ne peut plus contestable. La Fable, qui consacrait l'aigle à Jupiter, croyait bon sans doute de mettre l'animal à l'abri des traits du dieu.
Il n'est peut-être pas hors de propos de remarquer ici , avec saint Tbomas, que la formation de la foudre a été clairement indiquée par jle roi-prophète (Ps. xvii), lorsque, parlant de la puissance de Dieu, il décrit les météores, et donne les détails suivants sur la foudre en particulier: Dans sa colère s'est élevée la fumée {Ascendit fumus in ira ejus), c'est-à-dire, une exhalaison fumeuse extraite des entrailles de la terre par une grande chaleur s'élève sur l'ordre de Dieu, et, prenaîit la forme du météore, elle fait redouter aux hommes sa colère, quelquefois même elle punit les coupables ; et le feu a éclaté devant sa face {et ignis a facie ejus exarsit^, c'està-dire que cette exhalaison, une fois parvenue dans les régions supérieures, s'est enflammée, et, fumée tout à l'heure, elle est feu maintenant ; ]iar là les charbons ardents sont enflammés {et carbones succensl sunt ab ed) , autrement le feu Ae\di foudre, dans une matière plus compacte et plus épaisse, produit une sorte de charbon : la flamme, en efl"et, est un feu subtil, une matière aériforme; le charbon, au conti-aire, c'est du feu dans une matière plus épaisse. Et pour que nous voyions dans ces redoutables effets la Colère divine descendre vers nous, le prophète-roi ajoute : R a incliné les deux, et il est descendu; les nuées sont sous ses pieds {inclinavit
ccelos et descendit; caligo suh pedihiis ejus); et plus loin : Il s'est caché dans leurs profondeurs , il s'en est enveloppé comme d'une tente; les eaux ténébreuses sont enfermées en l'air par les nuées {Et posuit tenehras latïbidum suum, in circuitu ejus tàbernaculum ejus; tenebrosa aqua in Jiuhibus aeris) : par ces paroles il décrit la nuée chargée de foudre, et par métaphore il nous y montre Dieu comme s'il y était caché; mais comme Dieu , en formant ces météores, se sert souvent du ministère des anges, et que ces nuées chargées de foudres et de tempêtes sont ordinairement amenées sur les ailes des vents, il ajoute : Il est monté sur les Chérubins; il prend son vol sur les ailes des vents {Et ascendit super Cherubim, et volavit, volavit super pennas ventorurn). Tout cela est dit en image : Dieu y est décrit comme un combattant qui a pour coursiers les Chérubins, et qui lance la foudre, et c'est peut-être de là que les poètes païens, qui, suivant le témoignage de Tertullien et d'autres Pères, connaissaient nos Écritures, ont tiré l'idée de leur Jupiter porté par l'aigle, et lançant le tonnerre. Dans les paroles qui suivent, le prophète continue, et nous explique comment l'explosion des nuées engendre la foudre et la grêle : Prœ fulgore in conspectu ejus niibes..., etc.
Des autres météores ignés.
Outre ces deux grands météores, qu'on appelle la comète et la foudre, il y en a d'autres moins considérables , résultats de la même matière, c'est-à-dire d'une exhalaison grasse et oléagineuse, que la flamme, excitée par le frottement ou par les molécules ignées contenues dans cette matière, saisit et dévore : de là proviennent les étoiles fdanles et tombantes que nous apercevons par une nuit sereine, semblables aux étoiles; elles traversent quelquefois toute l'étendue des cieux, quelquefois aussi elles paraissent se précipiter sur la terre. Ce ne sont point de véritables étoiles , mais
bien des exhalaisons plus pures que les autres, qui s'enflamment dans les hautes régions de l'air, donnent un éclat argenté pareil à celui des fusées qui, dans les feux d'artifice, éclatent en répandant des flammes presque semblables à des étoiles. Une exhalaison semblable, mais plus dense et moins pure, produit d'autres météores dans la région moyenne de l'air : ils prennent la figure de chèvres bondissantes, de dragons volants, de torches ardentes, de lances, de colonnes, etc. ; ils ne difl"èrent entre eux que parla disposition diverse de la matière, soit quant à la densité, soit quant à la figure : ces flammes se voient surtout pendant les nuits, où la clarté du soleil ne les éclipse pas ; néanmoins on en a vu même en plein jour. Pline raconte (liv. II, chap. xxvi) que le César Germanicus, donnant en spectacle un combat de gladiateurs, une torche enflammée se fit voir à l'heure de midi à tout le peuple assemblé; et Gassendi rapporte que le 21 juillet, vers midi, par un ciel serein et calme, il vit de ses yeux une flamme d'une blancheur extrême descendre perpendiculairement et s'évanouir avant d'avoir atteint la terre; d'autres auraient vu, selon le même auteur, également en plein jour, des flammes de cette sorte.
Dans la région de l'air la plus basse il se forme aussi des météores : on les remarque surtout en mer, aux mâts des navires et autour des antennes , après la tempête ; quand ils apparaissaient deux à la fois , on les appelait jadis Castor et Pollux; un seul était désigné sous le nom d'Hélène : on les appelle maintenant tous feux Saint-Elme, ou plus exactement Saint-Telme, parce que, dans les périls de mer et au milieu des tempêtes , les marins ont pris l'habitude d'invoquer le saint connu sous ce nom. Ces météores peuvent être attribués aux exhalaisons grasses que nous avons dites^ qui s'agglomèrent autour des antennes et des mâts, et s'enflamment au mouvement du navire ou au souffle des vents. Quand ils s'élèvent à la cime du mât, ils annoncent la fin de la tempête : le vent, qui ne trouble plus les airs, leur
laisse suivre l'appel de leur légèreté native; si, au contraire, ils sont retenus au niveau du pont , c'est que l'air est encore trop chargé, et, par conséquent, la tempête peut encore durer.
Dans cette même région inférieure de l'air se produisent les feux follets; parce qu'ils se voyaient autour de la tête et de la chevelure des hommes , on les nommait autrefois tgnes lamhentes , feux caressants ; l'un d'eux orna quelques instants la tète de Scipion l'Africain, parlant au peuple ; un autre , celle de Martius , soldat romain , pendant qu'il exhortait ses compagnons; ce fut pour Servius TuUius le présage de la dignité royale; enfin Virgile parle ainsi d'une apparition de ce genre sur le jeune Ascagne {Enéide, liv. II, vers 682) :
Ecce levis siinimo de vertice vùus luli Fiindere lumen apex , tnctuque innoxia molli Lambere flamtna comas, et circum tempora pasci.
Une flamme légère autour du front d'Iule, Caressant ses cheveux , sans les brûler circule.
Quelquefois aussi ceux qui cheminent à cheval voient, à la tombée de la nuit, des feux de ce genre se produire autour du cou de l'animal , quand il court : ce sont les gaz qui se dégagent des corps tant du cavalier que du cheval , qui, condensés un moment par le froid, s'enflamment par suite du mouvement. Vraisemblablement ces exhalaisons renferment des esprits ignés latents , analogues à ceux qui se cachent dans la chaux, et, comme nous voyons celle-ci s'échauffer quand l'eau l'atteint , ainsi ces gaz s'enflamment après que l'air froid les a saisis.
On comprendra plus facilement comment des flammes de cette sorte peuvent se former en lisant ce que Gassendi rapporte de l'or fulminant : on le fait avec de l'or dissous dans Veau forte, appelée aussi eau régale, et un sel précipité dit huile de tartre, qu'on y mêle : cette préparation
se réduit en poudre, et quand elle est une fois sèche, il suffit d'une chaleur légère , telle que la chaleur de l'homme qui la porte, pour lui faire prendre feu avec explosion, et briser tout ce qui l'enveloppe. Si une chaleur aussi faible suffît pour enflammer cette matière, il est évident que les exhalaisons de la terre soumises à certaines conditions pourront encore plus facilement prendre feu et devenir des tnétéores.
Dans les cimetières, au-dessus des corps d'hommes pendus au gibet, autour des marais et des terrains gras, s'élèvent souvent de petites flammes, dites feux follets, qui courent au hasard et semblent tantôt fuir ceux qui les poursuivent, tantôt poursuivre ceux qui les fuient. En effet, en fuyant on entraîne l'air après soi , en se précipitant on le chasse devant soi, et la délicatesse extrême de cette flamme fait qu'elle suit tous les mouvements de l'air. Elle s'alimente aux exhalaisons continuelles qui s'élèvent de la terre, ou bien à celles qui sont répandues dans l'air, et elle les attire à elle-même, comme la flamme de la lampe attire l'huile. Il y a cependant des physiciens qui pensent que ces exhalaisons ne sont pas toutes enflammées et ignées, et qu'elles ne projettent que de la lumière, ainsi que le bois moisi et les écailles de certains poissons.
Ces météores se voient principalement au printemps et en automne , ils sont rares en hiver et en été : en hiver, parce que les exhalaisons se dégagent moins facilement; en été, parce qu'une fois dégagées elles se dissipent vite sous l'action de la grande chaleur. Dans les lieux les plus froids, en Scythie, et dans les régions-polaires, il toime plus rarement à cause du trop grand froid; dans les lieux les plus chauds, en Egypte et au centre de l'Afrique, c'est à cause de la trop grande chaleur. Mais là où les chaleurs sont plus modérées, c'est surtout en été qu'on entend le tonnerre , et qu'on voit éclater la foudre, cette température permet aux exhalaisons et aux vapeurs de se dégager de la terre sans être dissipées
aussitôt. Là aussi se forment les nuages épais qui servent de retraite à la foudre.
ARTICLE DEUXIEME
UES MÉTÉORES AÉRIENS ET DES MÉTÉORES AQUEUX QUI SE FORMENT DANS l'air.
Les principaux météores aériens sont les vents, dont la nature n'est pas connue, mais dont l'utilité est manifeste. Les vents purifient Tair, tempèrent les ardeurs de l'été, adoucissent les rigueurs de l'hiver, apportent pour les pluies les nuages féconds de la mer, font marcher les navires , et nous procurent une infinité d'autres avantages. Mais on peut demander en général : 1" quelle est leur matière; 2° d'où vient leur force; 3° combien ils sont, et 4° quelles sont leurs propriétés.
Surla première demande, certains philosophes de l'antiquité qui considéraient la terre comme un être animé, et lui donnaient pour foie la mer, pour veines et artères les conduits souterrains, pour os les rochers, pour narines les gouffres, pour cheveux les plantes, pour sueurs les pluies, pour paroxysmes fébriles les tremblements de terre , pour palpitations ou pour mouvement des poumons, les agitations réglées de la mer, disaient que les vents étaient l'haleine de cet animal immense. Laissant de côté cette opinion fabuleuse, ou plutôt cette fiction poétique, d'autres ont cru que le vent n'était autre chose qu'un courant de l'air qui se déplace; Sénèque a dit : La différence entre l'air et le vent est la même qu'entre le lac et le fleuve; de même que l'eau en s'écoulant forme le fleuve , ainsi l'air en mouvement formerait le vent; et ils en voyaient une preuve dans ce fait, que l'air agité par un éventail ou chassé d'un soufflet devient du vent. Le défaut de cette opinion, c'est que si l'air en mouvement semble se changer en vent, le vent ne
QUEST. V. DES MIXTES nfPARFAlTS , OU MÉTÉORES. 335
consiste pas uniquement dans l'émotion de l'air, il en est plutôt la cause.
Aristote dit donc avec plus de vraisemblance que le vent est une exhalaison sèche et très-subtile, qui en parcourant l'air le met en mouvement. Il en apporte comme preuves d'abord que les vents régnent, surtout quand les exhalaisons sont plus fréquentes , en automne et en printemps ; ensuite que les comètes amènent ordinairement des vents violents , résultats de la partie des exhalaisons terrestres qu'elles n'ont pu absorber à cause de sa sécheresse et de son aridité , encore, que le ciel rouge présage le vent, et que cette couleur vient des nombreuses exhalaisons qui doivent le former; enfin que la pluie qui tombe tempère le vent, en humectant ces exhalaisons sèches. On pourrait appuyer encore sa thèse de ce fait , que les vents tirent leur origine de la terre ferme; la terre seule, en eflet, produit ces sortes d'exhalaisons.
Quant à la force de leur mouvement, la nature en est occulte ; suivant l'Écriture, Dieu produit les vents de ses trésors, c'est-à-dire des causes occultes. Ordinairement on l'attribue à l'influence des astres; on a remarqué, en effet, que, vers la conjonction de certains astres , il se produit des vents violents. Peut-être la cause la plus prochaine des vents sera-t-elle la quantité d'exhalaisons qui , remplissant une région de l'air, s'y dilateraient et se répandraient ensuite violemment du côté où elles trouvent l'accès le plus facile. C'est ainsi que l'eau qui bout et se raréfie dans une chaudière s'échappe et produit un souffle impétueux par l'orifice qu'elle rencontre. Ainsi encore, de l'ouverture des cavernes, il s'échappe quelquefois du vent, par suite de la dilatation des exhalaisons renfermées dans ces cavernes.
Il y a plusieurs divisions des vents. La principale est empruntée aux quatre parties du monde. Le vent qui souffle de l'Orient s'appelait en latin Suhsolanus , les marins le dénomment vent d'Est; le vent de l'Occident, le
Favonius ou Zéphyre, s'appelle vent d'Ouest; celui du Septentrion, ou Borée, est connu sous le nom de vent du Nord. Enfin le ve^it du Midi, Auster, est le vent du Sud. La distinction de ces quatre vents remonte au temps d'Homère; ils sont dits primordiaux ou cardinaux. Des vents intermédiaires y ont ensuite été ajoutés, trois à chacun, ce qui élève le nombre total à seize. Les marins ont ajouté encore à ces distinctions , et l'on peut en compter maintenant trente-deux, que tous les livres spéciaux désignent et classent dans une figure appelée la Rose des vents.
Les ventstirent leurs qualités des régions qu'ils traversent. Celui du septentrion est pour nous très-froid, parce qu'il provient des régions les plus froides; celui du midi est chaud, même en hiver : il a traversé la zone torride, où les chaleurs sont continuelles; celui de l'occident est humide et pluvieux ; il apporte de l'Atlanlique sur la France des vapeurs et des nuages, qui se résolvent en pluie. Le vent d'orient est serftin, parce qu'il n'a point de mer à traverser; au moins s'il en traverse quelqu'une , elle est fort loin de nous, et les nuages se sont résolus en pluie longtemps avant de nous arriver. Par suite, le même vent peut apporter le Leau temps aux uns, et aux autres la pluie. Il y a des vents réguliers qui soufflent toujours à la même époque. En Grèce et dans la mer Egée, ce sont les vents Étésiens, c'est-à-dire anm/eZs; ils commencent avec la canicule et durent quarante jours; ils sont précédés des Chélidoniens ou vents des hirondelles, ainsi nommés, parce qu'ils ramènent ces oiseaux voyageurs. Dans l'Océan, qui nous porte aux Lides orientales et occidentales, il y a des vents réguliers à différentes époques de l'année, et leur concours est habilement utilisé pour la navigation.
Après avoir parlé des vents ordinaires, il faut dire quelque chose des tourhlllons. Il y en a de trois sortes. Les anciens les distinguaient sous les noms HCEcnephias, Typhon et Prœster. UEcnephias sort tout à coup
d'une nuée et se précipite en droite ligne sur la mer ; c'est une cause certaine de naufrage , surtout quand les voiles du navire sont au vent, car alors il se roule dans ces voiles et les agite de manière à renverser età submerger le navire; on n'a pour ressource que de supprimer immédiatement les antennes. Cette sorte de tourbillon est fort connu sur les côtes d'Afrique , quand on approche de la ligne. Le Typhon est un tourbillon aussi sorti de la nuée; il agite et roule l'air en spirale avec un telle violence , que les navires y sont entraînés, brisés et submergés ; s'il faut en croire certains rapports, il les enlèverait même en l'air pour les agiter violemment. Si des exhalaisons ignées se manifestent au milieu du tourbillon, il prend le nom de Prœster; il enflamme et consume tout ce qu'il rencontre.
Les météores dont nous venons de parler sont des exhalaisons de l'air. Plusieurs autres se forment des vapeurs que les eaux dégagent : les pluies , les nuages , les grêles , les neiges , les rosées , le givre , et même , si les vapeurs se mêlent aux exhalaisons, on pourra en voir sortir de la manne ou du miel.
Le nuage est composé de vapeurs d'eau que le froid a condensées dans la région moyenne de l'air. Tout le monde a pu observer que les vapeurs aqueuses se condensent en s'élevant, et, sur les hautes montagnes, elles font déjà comme des nuages épais, et pénètrent d'humidité les vêtements du voyageur.
Quand ces nuages se résolvent en eau et se répandent , nous avons la pluie; ainsi dans l'alambic les vapeurs une fois concrétées tombent en gouttelettes.
La grêle vient quand les gouttes de pluie, congelées par le froid , tombent en grains glacés. Pendant l'été, les nuages chargés de foudre produisent de fortes grêles. Les exhalaisons si chaudes qui font la foudre ont provoqué une réaction, et le froid s'est accru dans la région moyenne de l'air. Ce froid saisit d'autant plus facilement les gouttes de ces nuages ni, 22
chargés de foudre, qu'elles ont été plus échauffées, comme on voit l'eau échauffée geler plus facilement que l'eau ordinaire. Elles durcissent et forment des grêlons quelquefois fort gros. On en aurait trouvé qui pesaient plusieurs livres. Ajoutons qu'il y a dans les nuages où se fait la foudre bien des exhalaisons nitreuses ; or on sait que le sel et le nitre aident à la congélation de l'eau.
Quand un nuage, avant de se fondre en pluie, et encore à l'état de vapeur, se congèle et tombe en flocons blancs, c'est la neige. La vapeur, retenant la nature de l'eau mêlée d'air, blanchit comme l'écume, qui est aussi formée d'air et d'eau. Mais pourquoi la neige féconde-t-elle les champs? /e réj9onds, parce qu'elle contient un certain nombre d'exhalaisons grasses; que son épaisseur persistante défend les semailles contre le froid extérieur, et qu'enfin elle empêche la chaleur interne de la terre de se dégager trop facilement. Écoutons Pline : Elle renferme et comprime l'âme de la terre qui s'épuiserait, c'est-à-dire les exhalaisons et les gaz, et agit par là sur la sève des arbres et sur leurs racines. En outre, elle fournit à la terre une liqueur pure et légère, car elle est l'écume des eaux du ciel.
La rosée est une vapeur menue et subtile qui, attirée par la chaleur du jour, se résout au froid du matin en fines gouttelettes. Le ^iweest de la rosée congelée.
Si à la rosée se mêlent les exhalaisons bénignes des fleurs, des arbres et des herbes, ce mélange soumis à la chaleur du soleil, et extrait des corolles des fleurs et du sein des herbes par les abeilles, forme le miel. Si ces exhalaisons offrent un peu plus de consistance et sont plus abondantes, c'est la manne, que l'on recueille en grande quantité sur les feuilles de certains arbres dans la Calabre,dansle Liban et ailleurs.
On peut adjoindre à ces météores la glace, qui n'est autre chose que de l'eau endurcie par un très -grand froid. En effet, le froid modéré est une propriété des eaux; mais quand elles se refroidissent trop , elles prennent la dureté
de la terre. On dit même que certains cristaux ne sont que des morceaux de glace conservés plusieurs siècles durant, dans des lieux froids, par exemple dans les hautes Alpes et ailleurs. Pline le dit, mais c'est difficile à croire. Le cristal, ainsi que le verre et d'autres minéraux lucides et en même temps solides, n'est pas une pure vapeur aqueuse concrétée, c'est un mixte des plus parfaits, provenant sans doute d'une combinaison terreuse particulièrement purifiée mêlée d'eau. Ensuite la solidité de la glace ne provient que d'un froid excessif; quand ce froid cesse, elle fond d'elle-même, tandis que le cristal ne se dissout point, même à une très-forte chaleur. Ajoutons que la glace surnage dans l'eau, parce qu'elle contient beaucoup d'air, tandis que le cristal enfonce absolument comme une pierre ; il a donc plutôt le caractère de la pierre précieuse que de la glace durcie depuis longtemps.
ARTICLE TROISIÈME
DES Mt'TÉORES QL'I NE CONSISTENT QU'EN L'NE APPARENCE.
Parmi les météores, nous en trouvons qui ne sont pas le résultat d'une combinaison matérielle ; ce sont des effets de la lumière réfléchie en divers sens. Tel est celui qu'on appelle la voie lactée. De ce genre sont aussi Varc-en-ciel, la ■parhélie, le gouffre, les verges et la couronne.
La voie lactée se reconnaît à l'œil nu, par les nuits sereines, et ressemble à un chemin blanchâtre tracé dans toute la longueur du ciel ; elle coupe le zodiaque par le Sagittaire et les Gémeaux.
Laissons de côté les fables des poètes, et voyons ce qu'en ont dit les Philosophes. Suivantplusieurs, c'étaient les parties les plus denses du feu élémentaire; d'autres y ont vu un amas d'exhalaisons dans la région supérieure de l'air, ou bien c'était le point de jonction et comme la couture des deux hémisphères ; le globe céleste aurait eu deux parties.
dont les bords, en s'unissant, produiraient cet éclat lacté. L'opinion la plus vraisemblable est que ce sont les parties les plus denses du firmament, qui réfléchissent vers nous un peu de lumière , et paraissent ainsi blanchâtres. Il est constant d'abord que cette voie lactée est dans le firmament même ; on voit bien qu'elle suit le mouvement par lequel tout le firmament est emporté , et sous lequel s'agitent les planètes. Que ce soient des parties plus denses du ciel, on le conjecture, parce que la densité est, dans le ciel, la principale cause de la réflexion de la lumière solaire , et donne aux astres de produire plus vivement leur propre lumière. Ces parties du ciel sont moins denses que les étoiles ellesmêmes, c'est pourquoi elles rendent moins d'éclat. Au milieu se trouvent un grand nombre de petites étoiles, visibles en partie à l'oeil nu, considérablement multipliées au télescope, qui ajoutent beaucoup à l'éclat de la voie lactée, comme ces étoiles appelées nébuleuses, qui, dans leur exiguïté, ne font parvenir jusqu'à nous qu'une lumière faible, sans scintillement et sans éclat, et sont plus semblables à des nuées blanchâtres qu'à des astres fixes ; cet amas infini d'étoiles, ou trop petites, ou trop éloignées de nous, perd toute splendeur et ne nous laisse voir au milieu du ciel bleu qu'une blancheur nébuleuse, qu'une trace semblable à du lait répandu. L'ins, ou arc-en-ciel , apparaît dans les nuages chargés de pluie, lorsqu'ils sont éclairés par les rayons du soleil : je dis les nuages chargés de pluie, c'est-à-dire ceux qui ne sont point de pures vapeurs, et qui commencent à tomber en gouttes, lorsque ces gouttes sont encore suspendues en l'air. C'est à travers ces gouttes que les rayons du soleil nous font voir ce singulier et admirable phénomène. Il faut remarquer trois choses dans V arc-en-ciel : 4° le mélange des couleurs, jaune, verte et rouge; 2° leur disposition qui varie peu à peu , de telle sorte que la couleur jaune dégénère insensiblement en couleur verte et la couleur verte en pourpre ; 3° la forme arquée.
1° Les couleurs sont formées par la lumière solaire réfractée et réfléchie, non telle qu'elle est ordinairement, mais dans des circonstances d'ombre et de corps opaque intercalé. C'est le propre de la lumière de produire les couleurs lorsque ces circonstances la décomposent, et on définit très-exactement la couleur : la lumière obscurcie par l'opacité. Expliquons maintenant pourquoi la lumière du soleil qui traverse le nuage est ainsi décomposée, et comment il s'y mêle de l'ombre et de l'opacité. Il faut remarquer d'abord que ce nuage est chargé de pluie, c'est-à-dire, qu'il forme au ciel comme une accumulation infinie de gouttes sphéroïdes; celles-ci, dans la partie qui est opposée au soleil, conservent une tache d'ombre ; on peut l'observer dans toutes les gouttes d'eau qui sont au soleil ; le rayon solaire arrive sur cette goutte transparente, il la pénètre et de ses profondeurs revient sur notre œil ; mais il a rencontré une ombre et une certaine opacité, et par conséquent la goutte d'eau ne nous envoie pas un éclat pur, mais une lumière mélangée et décomposée en couleurs plus ou moins vives, selon que l'ombre est profonde. On peut observer la même chose dans le prisme ou cristal triangulaire, dans les gouttes de rosée vues au sommet des herbes le matin ; en considérant ces gouttes de différents points, on y reconnaît les couleurs variées de V arc-en-ciel , parce qu'elles réfléchissent la lumière en la mêlant toujours de quelque ombre.
Quant à la deuxième particularité de ce météore, la multiplicité et les nuances admirables de ses couleurs, quoique l'on y distingue trois couleurs principales, on y remarque facilement des couleurs intermédiaires sans nombre. C'est ce qui fait dire aupoëte {IV Enéide, vers 701) :
Mille trahit ratios adverso sole colores.
Peinte de cent couleurs, humide de rosée, Iris descend des cieux
Mais ces couleurs se continuent sans solution , de telle
manière que l'on ne peut apercevoir où l'une finit et où commence l'autre ; Ovide le dit fort élégamment :
In quo diversi niteant cum mille colores ,
Transitus ipse tatnen spectautia lumina fallit.
Vsque adeo, quod tangit idem est, tamen ultima distant.
Oui sait oi!i tu finis, qa\ sait où tu commences Ruban aux cent couleurs étendu dans les cieux? De tes rayons divers, de tes mille nuances Quel œil a distingué les confins lumineux?
Ce qui fait ainsi varier les couleurs , c'est que la lumière nous arrive réfléchie avec une ombre plus ou moins intense, et l'intensité elle-même de l'ombre dépend des angles de réflexion qui pénètrent plus ou moins dans l'ombre, suivant qu'ils sont plus ou moins aigus ; aussi comme il y a trois points principaux de réflexion dans l'épaisseur de l'arc-enciel, le haut, le bas et le milieu , il y a aussi trois couleurs principales , le jaune en haut, le vert au milieu et le rouge en bas. Mais l'angle de réflexion , dont la variation est plus sensible d'un de ces trois points à un autre, change encore à tous les points de l'étendue de Varc, et l'on ne peut y trouver deux points où les angles de réflexion soient absolument égaux ; il ne peut donc y avoir deux couleurs absolument pareilles ; les nuances s'y multiplient à l'infini , du jaune au vert, du vert au rouge. Et la parole des poètes qui prêtent à ce météore mille couleurs diverses est plus exacte que celle d'Aristote qui lui en donne trois, et celle de Ptolémée qui lui en accorde sept.
Pourquoi la lumière doit-elle être émise de là et non d'ailleurs, arriver à ce point-ci et non à un autre, se réfléchir sous tel angle et non sous tel autre, se modifier et se décomposer par telle ombre et telle opacité? Pourquoi nous arrive-t-elle de ce nuage chargé de pluie et non d'un autre? Pourquoi produit-elle ce nombre de couleurs et les montret~elle dans cet ordre et dans ces proportions? Si on me le demande , je réponds, avec Gassendi, que la Nature le veut
ainsi, et que Dieu a ainsi fait la lumière, Tair humide et la nuée chargée de pluie. Après ce que j'ai déjà dit , je ne vois rien de certain, et il faut bien que l'esprit s'arrête, ou à cette demi-explication ou à la volonté de Dieu. J'ajouterai pourtant que si la lumière réfléchie par en haut est moins décomposée, tandis que le reste l'est davantage et semble renfermer plus d'ombre , c'est que les rayons augmentent de nombre et la lumière d'intensité, à mesure que l'angle de réflexion est plus ouvert ; au contraire , en raison de la fermeture de cet angle , ce nombre des rayons , et par conséquent l'intensité de la lumière, diminuent. Et comme la réflexion est plus grande en haut , il nous en arrive plus de lumière, et par conséquent, suivant la remarque de saint Thomas, vers ce point apparaît la couleur jaune, qui a plus complètement les caractères de la lumière que ceux de l'opacité. En bas, au contraire, la réflexion est affaiblie, la lumière nous arrive comme épuisée dans la couleur rouge, moins claire que les autres et plus aggravée d'ombre. Pour le milieu, c'est le vert, couleur intermédiaire, plus sombre que le jaune, et plus claire que le rouge.
E71 troisième lieu, la raison de cette figure semi-circulaire, qui se reproduit toujours si exactement dans l'arc-enciel, peut se trouver dans la cause même du météore, c'està-dire dans le soleil : il est sphérique et il tend à s'assimiler l'iris, à en faire son image. Saint Thomas le dit après Aristote (Ille liv. des Météor, chap. vu). On peut encore l'attribuer au mode de réflexion , qui déjà produit ces couleurs variées. Elles ne résultent pas d'une réflexion quelconque, la lumière doit être réfléchie obliquement et suivant certains angles ; nous l'avons fait observer. Ainsi la lumière réfléchie qui produit Viris n'est pas celle qui part du soleil, et nous arrive en ligne droite, en traversant le nuage ; le rayon de cette ligne n'est ni oblique , ni anguleux. C'est celle qui entoure la ligne ou le rayon droit , et se brise dans la nuée à une certain distance de ce rayon , telle
344 PHYSIQUE, m. PARTIE. THÈSE UNIQUE.
qu'il le faut pour la formation des couleurs que nous voyons. Or, quand un certain nombre de lignes entourent un point à une distance déterminée, elles forment un cercle; c'est pourquoi Y arc-en-ciel prend cette forme. Toutefois le cercle n'est jamais complet , parce que l'horizon visuel en coupe toujours une partie.
Que telle soit la raison de la figure de Varc-en-ciel, c'est prouvé par l'expérience même. Nous le voyons toujours entourer un point diamétralement opposé au soleil, et l'observateur est toujours entre ce point et le soleil. Le soleil est-il à l'horizon occidental , le point horizontal de l'orient lui est diamétralement opposé, et nous nous trouvons au milieu; alors l'arc- en-c^e^ui a lieu à l'heure du soleil couchant a pour centre ce point oriental, un demi-cercle apparaîtra au-dessus de l'horizon, tandis que l'autre demi-cercle sera au-dessous. Si le soleil est plus élevé sur l'horizon , le point qui lui est opposé n'en sera que plus déprimé, le centre du météore, et par suite la plus grande partie du demi-cercle sera invisible pour nous. Jamais le cercle ne se voit complet; c'est toujours un arc arrivant tout au plus à la demi -circonférence, et il est toujours d'autant moindre que le soleil est plus élevé.
De ce qui 'précède il résulte ; l*' que les couleurs de Varc-en-ciel ne sont pas réelles ni inhérentes au nuage, et que les gouttelettes d'où nous parvient la réflexion , et qui semblent être le propre sujet de ces couleurs, n'ont rien de plus que les autres gouttelettes d'eau de la même nuée, dans laquelle nous n'apercevons point de couleur : la raison pour laquelle elles sont colorées , tandis que les autres ne le sont point, c'est que, par rapport au soleil et à nous, elles se trouvent en position pour réfléchir la lumière sous les angles convenables et pour la faire dégénérer en ces couleurs ; que l'observateur avance vers l'occident ou vers l'orient, Varc lui paraîtra marcher et se produire dans d'autres parties du nuage : un simple mouvement de l'œil suffît pour faire appa-
QUEST. V. DES MIXTES IMPARFAITS, OU METEORES. 0-k>
raître les couleurs dans des parties différentes de la nuée , et il ^aura autant à\ircs-en-ciel que d'observateurs, parce que chaque lieu d'observation reçoit la lumière réfléchie par des gouttelettes différentes , ou au moins prises à des angles difïérents.
On peut conclure encore de ce que nous venons de dire l'inutilité de cette condition exigée autrefois par les physiciens pour la formation de V arc-en-ciel, à savoir que le nuage soit concave, et en forme de halle tronquée, suivant la comparaison de Sénèque; cette condition ne signifie rien : on peut voir Yarc-en-ciel se former sur la pluie quand elle tombe, sans qu'il y ait alors dans cette pluie la moindre concavité; pourquoi n'en serait-il pas de même quand elle est dans le nuage? Ensuite une nuée qui se fond en pluie est trop irrégulièrement disposée pour pouvoir former une figure orbiculaire aussi exacte que le voudrait Yarc-en-ciel; enOn l'on peut clairement expliquer le phénomène sans cela, et Aristote ne paraît pas y avoir jamais recouru.
Il en résulte : 2° que tout corps lumineux peut, dans un milieu moins subtil que lui et chargé d'humidité , former un arc-en-ciel : deux conditions, en effet, sont exigées pour cela : qu'un corps soit là pour éclairer, et un autre pour réfléchir la lumière en y mêlant quelque ombre par son opacité; or cela peut se rencontrer avec tous les corps lumineux. Cependant les couleurs irisées qu'on obtient par les autres corps ne sont pas si vives que celles fournies par le soleil : la lumière de cet astre est plus puissante et plus efficace que toutes les autres, et, par conséquent, elle se décompose en couleurs plus vives. Le bienheureux Albert le Grand a observé Yarc-en-ciel par la lune elle-même; mais les couleurs en sont languissantes et imparfaites.
3° Uarc-en-ciel est vm signe de pluie ; mais il annonce une pluie bénigne et qui veut cesser, parce qu'il ne se produit qu'au moment où le nuage s'écoule et se résout en gouttelettes assez fines.
4» Enfin il est tout à fait probable que Varc-en-ciel a été vu avant le Déluge : les causes qui le produisent, le soleil et les nuées chargées de pluies existaient alors; Dieu a seulement voulu depuis en faire un signe d'alliance entre le ciel et la terre , et rappeler par là aux hommes sa promesse de ne plus bouleverser le globe par une inondation universelle.
Leparhélie, dit aussi les faux soleils, a lieu quand le soleil apparaît double ou triple. Il arrive quelquefois qu'un nuage présente une surface transparente , tandis que le fond en est comme voilé par des parties plus compactes : il fait alors l'effet d'une glace couverte d'une feuille de plomb ; ou bien encore le même effet se produit parce que le nuage est très-profond, et que sa profondeur arrête les rayons que reçoit sa surface, comme il arrive pour l'eau, quand elle est profonde. Si le soleil donne sur des nuages ainsi disposés , son image apparaîtra en face de lui, comme il arrive pour un homme qui se regarde dans un miroir; quelquefois, par ce procédé, deux soleils se sont vus, l'un véritable, et l'autre vaine image ; on peut même en voir trois, s'il y a deux images dans les conditions que je viens de dire, ou si l'image est reproduite d'un nuage dans un autre encore : comme il arriverait si plusieurs miroirs se regardaient.
C'est l'explication la plus généralement reçue du parhélie. Cependant on comprend difficilement comment un nuage peut faire l'office de miroir, et reproduire, avec une grande pureté , l'image du soleil. Ce que nous dit Descartes, que les nuages des parhélies sont concrètes et formés en cercles de glace , est impossible et ridicule : la vapeur des nuages n'étant soutenue en l'air que par sa légèreté et sa variété, le tout tombera dès qu'il s'y fera quelque concrétion, ou quoi que ce soit de tant soit peu pesant, de l'eau, ou, ce qui est plus lourd, de la glace : ces cercles de glace, si pesants, ne sauraient être soutenus par des vapeurs qui s'élèvent : l'ascension de ces dernières a lieu sans effort , et elles sont trop fluides, quand elles s'élèvent, pour faire obstacle à
ce qui veut tomber ; en outre le nuage, tandis qu'il conserve sa nature, est semblable à de la fumée, et, par conséquent, sa surface n'est ni polie, ni unie , comme il le faut pour un miroir ; comment donc pourrait-il recevoir et rendre l'image du soleil?
Si l'on dit que ces nuages ne se composent point de vapeurs seulement, comme les autres, et qu'ils sont chargés de pluie , et tout résolus en gouttelettes , comme nous l'avons dit nous-même pour l'arc-en-ciel , on n'en pourra conclure qu'une chose: c'est que toutes ces gouttelettes ensemble pourront réfléchir vers nous , non point une seule image du soleil , mais autant d'images infiniment petites , puisqu'il y aurait autant de miroirs que de gouttelettes, comme dit Aristote en traitant cette matière, et ces petites images elles - mêmes ne sauraient rendre l'original exactement comme on le dit des parhélies, parce que leur foi'me sphérique est fort peu apte à faire l'effet du miroir. Cependant l'on pourrait dire qu'il y a là une composition de vapeurs et d'exhalaisons due à des causes encore ignorées et inexplicables pour nous , apte à la production de ces images , et qui n'est pas dans les nuages ordinaires , et que la rareté de ces météores est précisément due à la difficulté que trouvent à se former suivant les lois naturelles celte composition et cette disposition des nuages.
Si la théorie que nous venons d'exposer, c'est-à-dire la reproduction de l'image solaire dans un nuage faisant office de miroir, peut expliquer \es parhélies les plus brillants, on peut accepter l'explication de Gassendi, pour ceux dont l'éclat est affaibli et languissant. Lorsque les rayons du soleil produisent dans les nuages ou dans un air plus condensé des cercles lumineux qui se coupent les uns les autres , et forment une sorte de couronne, les points d'intersection sont nécessairement plus brillants, parce que la lumière y est doublée , et leur ensemble fait ainsi sur le nuage comme un second soleil plus affaibli , et semblable à ce que nous voyons
de l'astre quand l'air est chargé de vapeurs : la forme circulaire n'y est plus exacte , et l'œil en peut facilement supporter la vue : c'est une espèce de parhélie que j'ai quelquefois observée moi-même.
Le gouffre, ou hiatus, a lieu quand, la nuit, autour de la lune ou d'un autre astre, des exhalaisons abondantes apparaissent plus épaisses vers le centre, plus rares à la circonférence , et recevant ainsi vers les bords une lumière plus abondante. Le nom de ce météore vient de sa ressemblance avec les gouffres terrestres, dans lesquels le fond est toujours moins éclairé, et les bords moins obscurs : les peintres ne reproduisent pas autrement les cavernes et les précipices qu'en revêtant l'extérieur de couleurs plus claires, et en chargeant l'intérieur de couleurs sombres.
Les verges se voient lorsque les rayons solaires traversent un nuage d'une épaisseur irrégulière et comme entr'ouvert en certaines parties, et que ces rayons tombent sur une atmosphère déjà chargée : ils sortent alors en forme de cordes tendues ou de verges, qui se projettent sur la terre.
La couronne est un cercle lumineux qui apparaît autour du soleil, ou de la lune, ou de quelque étoile de première grandeur. On peut expliquer ce phénomène de deux manières : d'abord .par des vapeurs ou des exhalaisons que l'astre agiterait autour du point de son apparition : comme une pierre qui tombe dans l'eau, et laisse mille circonférences concentriques à l'endroit qui l'a vus disparaître; ensuite, par une disposition telle de ces vapeurs ou de ces exhalaisons que les rayons de l'astre qui les traversent nous arriveraient sous un certain angle, comme pour l'arc-en-ciel; seulement ils seraient pris à des vapeurs qui entourent le point d'apparition de l'astre, et sont au-dessous, tandis que l'arc-en-ciel est en face du soleil : aussi la couronne se voit entière dans le ciel , et ne nous est pas coupée par l'horizon. C'est autour des étoiles de première grandeur que ces cou- ' rennes se forment, et elles servent d'indice de la primauté
de ces étoiles : les Latins les nommaient aire , et les Grecs halon. Si elles se dissipent subitement, elles présagent la sérénité ; si elles se condensent peu à peu , elles annoncent la pluie; si elles s'ouvrent d'un côté, c'est signe de vent.
ARTICLE QUATRIEME
MÉTtORES FORMÉS DANS L'EAU ET DANS LA TERRE ; ORIGINE DES FONTAINES ET DES FLEUVES.
Au sujet des météores ou des phénomènes produits par l'eau, nous avons à considérer trois choses : leur mouvement , le sel qu'ils renferment quelquefois , et les qualités variées qu'y prennent les eaux.
Le mouvement le plus remarquable que présentent les eaux est assurément cette suite d'actions et de réactions qui agitent perpétuellement leurs masses énormes dans l'Océan, et qu'on appelle le flux et le reflux. Dans ce vaste et admirable réservoir, les eaux , pendant six heures , courent vers les rivages, les inondent, et s'élèvent jusqu'à dix-huit pieds, comme en Belgique, voire même, s'il faut en croire Gassendi, jusqu'à soixante-dix pieds sur les côtes de Bretagne : la mer remonte ainsi les rivières sur un parcours de plusieurs lieues; puis, pendant six autres heures, on voit les flots se retirer vers la haute mer. Ce flux et ce reflux ne sont pas partout sous la même règle : sur les côtes d'Aquitaine, le reflux est de sept heures, et le flux ne dure que cinq heures; au contraire, sur les côtes du Canada, le flux est de sept heures, et le reflux de cinq seulement; sur les côtes de Guinée , le flux n'est que de quatre heures , et le reflux de huit. Les doctrines de certains philosophes anciens, qui considéraient la terre comme un grand animal, et disaient que ces mouvements provenaient de l'inspiration et de la respiration, par lesquelles il absorbait et rejetait de l'air et de l'eau, ont été abandonnées, ainsi que l'opinion, ou
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plutôt la fiction poétique de Platon , qui , d'après Stobée, les attribue au Tartare, c'est-à-dire à un gouffre souterrain absorbant et vomissant successivement l'eau de la mer. Maintenant on en cherche généralement la cause dans l'influence de la lune.
Une preuve péremptoire à l'appui de cette opinion, c'est que l'activité ou le retard de ces mouvements concordent avec les mouvements de la lune : nous voyons le flux se produire lorsque la lune passe à notre méridien, et le reflux lorsqu'elle descend à l'horizon ; lorsqu'elle arrive au méridien de nos antipodes, le flux se produit de nouveau, et lorsqu'elle se lève pour nous, le reflux; et, comme la lune se retarde de près d'une heure, ou des quatre cinquièmes d'une heure par jour, et qu'ainsi elle atteint le méridien d'autant plus tard , tous les jours les mouvements de la mer reculent dans la même proportion, si bien qu'on peut, en observant les lois du passage de la lune au méridien, déterminer les marées pour des temps fort éloignés. Il est vrai que le flux et le reflux ne se produisent pas toujours à la même heure sous le même méridien ; mais c'est à cause des accidents du terrain , des différences dans la manière dont les côtes, les îles, etc.^ se présentent au flux, et il est certain que le reflux est partout en harmonie avec la lune revenant au même point du ciel. Outre cet accord entre le mouvement diurne de la lune et celui de la marée, ce météore marche encore suivant les phases de l'astre; il prend son plus grand développement aux pleines et aux nouvelles lunes; il est plus faible au premier et au dernier quartier; enfin cet admirable effet semble vouloir nous dénoncer la lune comme sa propre cause.
On peut demander si la lune cause ce mouvement dans l'Océan, par ébullitions périodiques , en raréfiant l'eau de la mer, pour la faire refluer vers les côtes, à l'instar d'une eau qui bout dans une chaudière , ou si c'est un simple mouvement local qu'elle imprime à cette masse immense , qui se-»
rait ainsi balancée et portée alternativement vers ses rives et vers son centre.
Je réponds que la seconde explication est la plus naturelle. Si, dans les marées, la lune altérait les eaux de telle sorte qu'elle les fit, pour ainsi dire, fermenter et se raréfier, l'efTet se produirait en même temps sur les rives les plus opposées, et comme quand l'eau bout dans la cbaudière ; or il n'en est point ainsi : si le flux est d'un côté , le reflux est de l'autre ; pour cinq heures de flux qu'on sent aux côtes d'Aquitaine, il y a au Canada cinq heures de reflux, et vice versa. La marée n'est donc pas le résultat d'une raréfaction ou d'une surabondance dans l'Océan, mais elle vient d'un mouvement alternatif de ses eaux, qui y sont comme balancées, et ne quittent une côte qu'à la condition d'en occuper une autre. Enfin, si dans le flux les eaux se raréfiaient, elles ne pourraient plus porter les navires, devenus trop lourds pour elles , et dans les îles de l'Océan elles monteraient beaucoup plus haut qu'aux rivages des continents : ce qui est contredit par l'expérience.
Par les mêmes raisons nous rejetons V opinion de Descartes, à savoir que la marée résulte d'une pression de la lune sur le milieu de l'Océan, forcé par là à affluer vers ses bords. Comme nous l'avons dit, l'Océan refluerait en même temps vers toutes les côtes, et cela n'a point lieu. Ajoutons qu'on ne comprend guère l'air servant de moyen de pression : il semble qu'il céderait plutôt en profitant de son élasticité ; enfin le baromètre accuserait cette pression, et le mercure monterait : ce qui ne se fait pas. Je laisse de côté plusieurs autres difficultés que rencontre cette opinion. Galilée n'est pas plus sage quand il attribue les marées au mouvement diurne de la terre combiné avec son mouvement annuel : d'abord le mouvement de la terre reste hypothétique; mais, serait-il prouvé, il n'expliquerait point les phénomènes de la marée; aussi l'opinion de Galilée est abandonnée par ceuxlà mêmes qui admettent le mouvement de la terre.
Il y a des sources, des puits et des lacs où la marée se fait sentir : c'est par suite de communications secrètes avec l'Océan, comme dit Pline, au sujet de certains lacs salés (liv. II, chap. c) , ou ce sont des ébullilions périodiques dont les causes sont encore ignorées, ou bien, par suite de dispositions particulières, ces eaux seront soumises aux influences qui agissent sur l'eau de l'Océan. En eflet, les cieux et les astres influent sur les corps sublunaires suivant les dispositions de ceux-ci. Dans certains endroits, jamais la foudre ne tombe , jamais la grêle ne ravage les cbamps, parce que rien n'y appelle ces météores; dans d'autres, au contraire, où tout s'y trouve approprié, ils se voient beaucoup trop fréquemment : pourquoi l'impulsion du flux et du reflux, reçue dans l'Océan et dans les eaux convenablement disposées, ne pourrait-elle pas être empêchée dans les autres eaux, rivières, lacs et mers , qui ne sont pas disposées de même? Quant à savoir quelle disposition , quel lieu ou quelle forme de terrain sont convenables, cela semble au-dessus de la portée de notre esprit.
Le caractère salé de l'eau de la mer a sa cause manifeste dans la grande quantité de sel qui s'y trouve. Mais qui a donné à la mer tout ce sel? C'est ce qu'on ne dira point facilement. Dieu l'aura faite ainsi tout d'abord , afin que le poisson fût plus nombreux et plus grand dans la mer; car les eaux salées sont plus que les eaux douces propres à la reproduction et à la nourriture du poisson ; on peut dire aussi que des exhalaisons sèches et chaudes se déchargent dans la mer, et ajoutent des sels à ses eaux : en effet, sous l'équateur et vers les tropiques la mer est plus salée que près des pôles , parce que la chaleur y est plus grande. Quelques savants disent aussi , et ce n'est pas improbable , que les entrailles de la terre cachent de grandes mines de sel, et envoient à l'Océan des exhalaisons salines, ou même s'ouvrent à lui , et lui fournissent directement le sel dont il s'imprègne. Les vapeurs qui s'élèvent de la mer se résolvent en
des pluies dont Teau est douce , parce qu'elles sont la partie la plus subtile de cet élément, et qu'elles y laissent le principe terreux et salin; le résidu de cette évaporation, c'est du sel , qui demeure dans la mer. Les sources qui viennent de la mer sont souvent salées , parce que leurs eaux n'ont pas été suffisamment filtrées par la terre sèche; mais la plupart des eaux de source ou de puits, quand même elles viendraient de la mer, sont douces, parce que les sinuosités qu'elles ont traversées sous terre pendant un chemin assez long les ont épurées; elles ont pu dépouiller cette qualité sèche et terreuse qui leur aurait donné le goût de sel. Si, dans l'intérieur des terres, on trouve quelques eaux salées, il faut l'attribuer aux salines qu'elles auront trouvées sur leur passage.
Outre l'amertume du sel, nous rencontrons encore d'autres saveurs et d'autres qualités dans les eaux : les unes sont grasses , oléagineuses et propres à entretenir le feu pendant quelque temps; d'autres, bitumineuses, ferrugineuses, alumineuses, sulfureuses, vitriolées: celles-ci sont chaudes, bouillantes même; celles-là revêtent d'une couche pierreuse les objets qu'on y jette. Mais il serait trop long de dire les propriétés de toutes : le plus grand nombre de ces propriétés vient des lieux souterrains que traversent les eaux : si ces lieux sont gras, les eaux seront oléagineuses; si ce sont des mines de soufre, d'alun, de fer, des excavations chargées de vitriol, elles prendront des qualités analogues; quelquefois ces exhalaisons se sont combinées elles-mêmes dans le sein de la terre , et , suivant la nature de ces combinaisons, l'eau qui les traverse, et quelquefois les absorbe, prend un caractère particulier, comme nous l'avons expliqué en parlant des corps mixtes.
Les eaux thermales se forment ou aux feux souterrains qui avoisinent leur cours intérieur, ou au mélange de gaz sulfureux déjà échauffés: aussi sont-elles généralement sulfureuses.
Hî. 23
Les eaux qui pétrifient ne font que déposer sur les objets qu'on leur confie un sédiment qu'elles contenaient: l'homme en porte trop souvent en lui-même un exemple sensible dajis la pierre que l'urine forme en déposant continuellement dans la vessie quelque partie d'elle-même ; la couleur de celte pierre est, du reste, assez semblable à celle des croûtes pierreuses formées naturellement.
Origine des sources et des fleuves.
L'origine des sources et des fleuves est manifeste parfois, et parfois cachée : ainsi il est visible que certains fleuves naissent d'une sou7'ce,et, petits en commençant, s'augmentent par l'annexion d'autres eaux sur leur parcours : les sources elles-mêmes sortent ordinairement d'un commencement assez faible, et s'expliquent facilement; mais il y a des fleuves dont le lit est large et profond dès l'origine, qui portent de grands navires au pied même de la montagne d'où ils s'échappent ; certaines sources aussi sont remarquables par leur position et par l'abondance de leurs eaux. On comprend difficilement comment il se trouve tant d'eau en un seul endroit, surtout au sommet d'une montagne; plusieurs explications ont été proposées; nous donnerons les trois principales.
La cause première des sources^ celle qui est propre aux sources ordinaires , c'est l'eau de la pluie : la terre la reçoit et la recueille dans des réservoirs naturels, et l'eau s'en échappe par des canaux étroits partout où elle trouve passage : la source est là où elle trouve à sortir de terre. Les hydrographes savent avec quel art admirable la nature a disposé tous ces réservoirs. Dieu a pourvu merveilleusement à l'établissement et à la conservation des sources, en donnant à la surface de la terre sa forme dernière : les parties
centrales s'y trouvent déprimées, celles des bords sont élevées, le tout en forme de réservoirs; les grandes montagnes ne sont pas à pic, l'eau en descendrait trop vite et trop complètement dans la vallée; mais sur leur hauteur, des plateaux sont ménagés, et rien ne s'en échappe qu'insensiblement et par des pentes douces. L'eau de pluie y arrive abondante et fréquente, et elle y reste presque entièrement. Par une prévoyance merveilleuse , le fond du sol y est ordinairement argileux , ou glaiseux , et ce fond retient toute l'eau que la surface a bue ; mais pour l'enfermer et l'empêcher de s'écouler de tous côtés , pour faire les bords de ce récipient naturel , il y a des amas de glaise plus élevés que le reste , et plus près de la surface de la terre : ils se remarquent surtout vers les endroits où commence la pente de la montagne : ainsi toute l'eau qui tombe sur le terreplein de la montagne est recueillie et conservée dans l'argile et dans le sable. C'est à l'imitation de ces précautions de la nature que les ingénieurs construisent des bassins, viviers ou étangs, dont le fond est recouvert de glaise. La quantité d'eau ainsi recueillie et conservée naturellement est quelquefois immense ; toujours augmentée par des pluies nouvelles, elle va, sans doute jusqu'à des distances considérables , entretenir des fontaines qui ne tarissent jamais : car toutes les sources partent de là pour sortir par oiî le chemin leur sera le plus facilement ouvert; il peut même arriver que l'eau , n'ayant pu trouver d'issue dans les plaines voisines, pousse ses recherches, et rencontrant des conduits naturels dans l'argile, les suive comme elle suivrait des tuyaux de plomb ; descendue profondément dans les vallées, elle s'élèvera ensuite sur une montagne pour y apparaître ; elle y sera à un niveau plus élevé que celui de la région qu'elle a traversée, mais toujours au-dessous de la montagne d'où elle est partie : ainsi on voit souvent des fontaines sortir de la crête des monts, et celui qui, creusant profondément dans la vallée que cette eau traverse, saisirait le
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filon au passage , lui ferait certainement atteindre au moins le niveau du sol. Comme je donnais un jour cette explication du mouvement des eaux devant le savant Jean-Dominique Cassini, il confirma mon idée par un fait arrivé sous ses yeux à Bologne: Des ouvriers creusaient un puits, et ils étaient descendus à cent quarante et quelques pieds sans trouver autre chose que quelques suintements; ils les épuisaient à mesure pour pouvoir travailler : étant arrivés à cent cinquante pieds, sur un fond d'argile, et ayant percé ce fond, ils virent monter une fontaine permanente dont l'eau s'éleva bien vite au niveau du sol, et se serait élevée plus haut, comme ce savant put le vérifier par lui-même, si on ne l'eût laissée s'écouler. Souvent l'eau , en cherchant son passage, linit par trouver un fond poreux, sous lequel il n'y a point d'argile : elle est absorbée alors, et on ne la voit plus ; car aucune terre ne conserve si facilement et si longtemps l'eau que l'argile, parce que c'est une terre que la nature a préparée pour cela : cette terre n'a ni pores ni fissures, elle chasse même l'eau en se resserrant naturellement.
Telles sont l'origine et la cause de presque toutes les sources, et les hydrographes n'en observent et n'en cherchent pas d'autres. Lorsqu'ils veulent trouver une source sur un terrain quelconque, ils voient d'abord quels sont dans les environs les terre -pleins les plus élevés, et, d'après les règles de leur art, ils cherchent par où pourra passer l'eau qui y est renfermée naturellement ; ils font creuser de ce côté à quelques pieds de profondeur, et l'on est rarement trompé; l'eau est ensuite amenée au lieu convenable par des canaux. Souvent les terres environnantes sont beaucoup plus basses et restent sèches jusqu'à la profondeur de plusieurs toises; c'est que les bords argileux du réservoir que nous avons décrit tout à l'heure empêchent l'eau de descendre et de suivre sa pente naturelle. Sur cette Providence préparant sur les lieux élevés tous les réservoirs des eaux du globe, écoutons le prophète-roi (ps, cm) ; Les
eaux se tiendront sur les montagnes {super inontes stahunt aquce); c'est comme s'il disait : Votre sagesse, ô mon Dieu, a su retenir dans les lieux élevés les eaux, que leur nature appelait à couler dans les vallées; et de ces retraites vous envoyez les sources au fond des plaines, les eaux passent entre deux escarpements {emittis fontes in convallibus : inter médium montiian pertransibunt aquœ). Ces dernières paroles rappellent ce qu'ont souvent observé les hydrographes, à savoir que, lorsque d'une plaine haut placée, et qui sert de réservoir à l'eau de pluie, on voit descendre et s'abaisser doucement une gorge entre deux monticules, on peut assurer presque infailliblement qu'il y a dans cette direction quelque source d'eau.
La deuxième cause de formation pour les sources, ou au moins pour quelques-unes, peut être l'air chargé de vapeurs d'une part, et de l'autre les vapeurs qui proviennent des eaux contenues dans les profondeurs de la terre. Ces deux principes condensés au sommet des montagnes, dans les cavernes qui s'y trouvent, tombent en gouttes qui s'agglomèrent et finissent par former et donner quelque cours à de l'eau. L'eau de roche se forme peut-être ainsi; elle est toujours en petite quantité, mais elle apparaît toujours trèspure. Notre explication se trouve confirmée par un fait que rapportent plusieurs auteurs. Dans l'île cVOmbros, une des Iles Fortunées, se trouve une colline couverte de bois; les feuilles des arbres y distillent sans cesse des gouttes d'eau , formées des vapeurs que ces feuilles attirent, et de là résulte un ruisseau qui ne tarit jamais sur cette colline.
Mais ces deux causes ne paraissent pas suffisantes pour expliquer la quantité d'eau des sources et des fleuves; la seconde surtout n'y peut presque rien faire. Ce que certains auteurs prétendent que l'on a par le calcul trouvé la quantité des eaux pluviales égale à celle des fleuves, est fort hasardé, et d'ailleurs il faudrait, pour que l'équilibre fût absolu, déduire du compte des eaux pluviales tout ce que la terre hu-
mide donne à l'évaporation , tout ce qui entre dans la composition et l'alimentation des mixtes et ce qui pénètre plus profondément dans la terre par les fissures, tout ce qui tombe sur des pentes rapides et s'écoule aussitôt en torrents, car rien de cela n'entre dans le calcul de l'écoulement régulier des eaux fluviales. Il faudrait enCn tenir compte de tout ce que la terre absorbe de l'eau des fleuves sur leur parcours. Tout cela une fois déduit, ce qui reste des eaux pluviales sera évidemment moins considérable que ce que les rivières portent à la mer.
La troisième cause, celle qui fournira facilement ce qui manque aux fleuves et aux fontaines, qu'on trouve quelquefois si abondants, c'est l'eau de la mer. Par des voies souterraines que lui a tracées la nature, disons qu'elle passe en déposant ses sels et son amertume, et nous expliquerons ces sources immenses, ces fleuves navigables au lieu même d'où ils surgissent. La terre, en effet, n'est pas une masse informe pétrie au hasard, c'est une machine construite par le plus habile des ouvriers : elle a des veines intérieures, des conduits secrets, des réservoirs bien ménagés. On peut la comparer au corps de l'animal ; celui-ci est tout rempli des veines et des vaisseaux par lesquels le sang et les humeurs s'insinuent pour vivifier tous les membres, mais il cache encore plus de ces canaux utiles qu'il n'en laisse voir. Ainsi dans les veines secrètes de la terre, les eaux de la mer circuleront abondamment, et l'on expliquera ces immenses cours d'eau , ces réservoirs si vastes d'eau salée ou d'eau douce qu'on y a quelquefois trouvés. Assurément nos découvertes seraient plus instructives si nous pouvions fouiller davantage dans ces profondeurs ; mais à peine avonsnous entamé l'écorce de notre globe. Il a plus de quinze cents lieues de profondeur jusqu'à son centre , et tous nos travaux nous en font connaître seulement quelques centaines de pieds. Ce sont ces réservoirs qu'indique pour nous le Saint-Esprit, en disant (psaume xxxii) : « Il a mis des
abîmes dans ses trésors : ponens in thesauris abyssos, » c'est-à-dire il a fait au sein de la terre d'immenses réservoirs d'eau , où il puise sans cesse ce que sa magnificence fournit aux fleuves et aux sources. C'est par ces réservoirs que se correspondent la mer Caspienne et la mer Méditerranée, et que celle-ci correspond avec TOcéan. Peut-être aussi ces précipices au milieu de la mer, où la sonde ne peut trouver de fond, seront des ouvertures pour la communication d'une mer avec l'autre.
On peut conclure de ce qui précède, que la masse des eaux est dans la partie du globe que nous pouvons étudier plus considérable que la masse des terres , et c'est aussi ce qu'affirme saint Thomas (II* part., dist. xiv, quest. i, art. 5, rép. à la 3° ohj.). A ne considérer que l'eau qui se voit dans les sources, les fleuves, les lacs, les marais, ou qui est amassée dans la mer, on en trouvera moins qu'on ne connaît de surface terrestre, mais si l'on tient compte de toute l'eau qui est dans le monde, ou mêlée avec la teri'e, ou concrétée dans les mixtes, ou résolue en vapeurs, ou suspendue en nuages , ou cachée dans les réservoirs secrets du globe, il sera facile de comprendre que la masse de cette eau excède de beaucoup la quantité de la terre.
Si Von demande pourquoi , et par quelle impulsion secrète, cette eau renfermée dans les entrailles de la terre s'élève vers sa surface et jusqu'au sommet des montagnes, pour sortir en sources et en fleuves intarissables, je répondrai : 1° Quelquefois les fleuves grandis tout à coup, et ainsi navigables , ne sont pas de nouveaux fleuves ; comme les autres, ils se sont formés peu à peu en recevant d'autres cours d'eau dans leur sein, puis ils ont disparu dans quelque goufl're , pour reparaître trente ou quarante lieues plus loin aussi abondants, ou même plus abondants qu'ils n'étaient d'abord. Toutefois comme beaucoup d'entre eux, ceux-là surtout qui sortent au pied des hautes montagnes, peuvent bien n'avoir pas leur principe dans ces mouvements souter-
rains, et s'épancher simplement du trésor souterrain des eaux du globe ; il faut répondre :
2° Avec saint Thomas (Ile part., dist. xiv, quest. i, art. 5, rép. à la^^ ohject.), que les éléments possèdent deux mouvements : l'un qui leur est propre , l'autre que leur impriment les cieux, et celui-ci n'a de raison déterminante que le bien de l'univers. Bacon l'appelle : moiivemott cosmique; par ce mouvement, dit saint Thomas, l'eau pénètre la terre pour la rendre j)^'opre à la production des minéraux, des plantes et des animaux; et de ces profondeurs, en s'écoulant pour former les fleuves et les sources, elle revient par un mouvement naturel au lieu qui lui est propre, comme dit l'Écclésiaste (chap. i) : Les fleuves retournent là d'où ils sont partis. Les exhalaisons renfermées dans le sein de la terre, comme le remarque saint Basile {Héxaméron, homél. IV), favorisent cette ascension de l'eau. Elles s'agitent et se raréfient, et par là compriment les eaux, les forcent à s'élever, comme le sang jaillit de la veine ouverte. La condition même de la terre favorise ce mouvement d'ascension : la terre l'aspire comme une éponge et l'absorbe ; elle la fait monter par ses veines, ainsi que les veines de l'animal transportent et font monter le sang, et les vaisseaux chylifères le chyle. Cette analogie est expliquée par Sénèque (III<' liv. des Questions naturelles , chap. xv) : peut-être aussi l'agitation continuelle de l'Océan y contribue-t-elle , puisque ces eaux souterraines la ressentent aussi ; peut-être en sont-elles pressées de manière à se porter à leurs orifices par les chemins secrets qu'elles remontent, nous donnant ainsi de force les sources et les fleuves. Il y aura d'autres causes encore qui nous échappent, car nous savons bien peu de choses sur la disposition intérieure de notre globe.
Tremblements de terre ; feux souterrains.
Les tremblements de terre sont le plus ordinairement attribués au vent et aux exhalaisons souterraines. Celles-ci en se dilatant et en s'agitant, pour chercher une issue et prendre leur position naturelle , ébranleraient la terre et feraient ces énormes crevasses que nous voyons engloutir quelquefois des villes ou des montagnes ; on a vu ces crevasses demeurer entr'ouvertes, présentant encore les ruines de ce qu'elles ont consommé ; d'autres fois , la terre se referme aussitôt sur ce qu'elle a englouti.
Que ces exhalaisons, quand elles se dilatent, aient une influence sur les tremblements de terre; on est porté à le croire, quand on pense à la force de dilatation des gaz et aux effets que l'usage nous en montre , par exemple , dans le vent quand il est retenu. Il faut aussi savoir que les tremblements de terre se ressentent le plus souvent dans les terres spongieuses et où les excavations sont multipliées comme en Calabre et en Sicile. En outre , le tremblemetit de terre se produit ordinairement au printemps ou à l'automne , lorsque les exhalaisons sont plus nombreuses et plus actives. Le mugissement lui-même qui l'accompagne presque toujours, indique un ébranlement et une secousse produits par l'action subite de certains gaz trop comprimés. Enûn Pline remarque (livre II, chap. lxxxviii) que les tremblements de terre ne se j^i^odtiisent jamais que par une mer calme et un ciel tranquille, parce que l'exhalaison renfermée dans le sein de la terre n'a en ce cas d'autre moyen de sortir de sa prison. Avant la production de ce météore, l'eau des puits est agitée et répand une odeur fétide j c'est-à-dire que tout est troublé à l'intérieur du sol.
Ainsi Phérécide (1) étonna beaucoup ses compagnons en prédisant un tremblement de terre, après avoir bu de l'eau d'un puits.
Le prophète-roi (psaume xviii) semble appuyer cette explication reçue de ce météore, quand il dit : « La terre s'est ébranlée , elle a tremblé , les fondements des montagnes , » c'est-à-dire ces profondes cavernes que les entrailles de la terre renferment, surtout à la base des montagnes, et qui retiennent ces exhalaisons captives, « se sont agités, ils ont été troublés : Comm,ota est et contremuit terra: fundainenta montium commota siint, et conturhata sunt. » Dans ces paroles du prophète, nous pouvons reconnaître clairement les trois espèces de treïnhlements de terre que les philosophes distinguent : la secousse, le tremblement, le vacillement.
La secousse est dans ces mots, la terre s'est ébranlée, ou, suivant l'hébreu plus énergique encore, la terre a été secouée ; le tremblement, dans ceux-ci, elle a tremblé; et enfin, le vacillement ressort du trouble dans les fondements de la terre. L'auteur sacré indique la cause morale de ce terrible météore : « Dieu est irrité contre les hommes : Qiioniam iratits est eis. y> Et plus loin, c'est l'effet de ces secousses qu'il indique : « Des sources d'eau ont apparu , la terre a découvert ses fondements : et apparuerunt fontes aquarum, et revelata sunt fundamenta orbis terrarum. » La terre déchirée par d'énormes fissures, et crevassée, découvre ses entrailles, pour ainsi dire; elle engloutit les anciens cours d'eau , en fait apparaître de nouveaux , qui s'en écoulent comme le sang d'un corps blessé. Il révèle enfin la cause physique d'un si grand tumulte , en disant : « C'est votre colère , ô Seigneur, c'est l'inspiration
({) Nous avons nommé Phérécide au premier volume de cet ouvrage ; il était né à Scyros vers la moitié du \i* siècle avant notre ère. Disciple de Pitlacus , il fut professeur de Pylhagore. Il s'occupa spécialement de la philosophie naturelle, autrement dit de la physique.
de votre souffle irrité : ab increpadone tua, Domine, ab inspiratione spiritus irœ tuœ. » Oui, cette exhalaison et la secousse qu'elle produit sont bien Yinspiration d'un souffle, c'est-à-dire un ébranlement , une commotion dans un corps aériforme. Le terme hébreu est : Minismath ruach, ce qui veut dire Yhaleine du vent.
Les feux souterrains proviennent d'une matière sulfureuse et bitumineuse, incandescente dans les entrailles de la terre; ils s'échappent et apparaissent à nos yeux du sommet de montagnes qui s'appellent volcans, ou monts ardents, et qui en sont comme les cheminées. Tels sont en Sicile l'Etna, en Campanie le Vésuve, en Islande THécla, etc. Il existe encore des feux qui consument peu à peu les entrailles de la terre ; ils n'ont pas de soupiraux, mais là où la matière qui leur est propre surabonde, ils se précipitent et bondissent, même quelquefois du sein delà mer; cela serait incroyable, si on ne l'avait vu et constaté auprès de l'île Santorin , dans l'Archipel grec. Ce qui est plus merveilleux encore, c'est que non -seulement des flammes s'échappent du milieu de ces gouffres en pleine mer, mais la masse de matières incandescentes déposées est quelquefois assez considérable pour former des iles ayant plus de douze stades de tour, environ une demi-lieue ; c'est le célèbre géographe Strabon qui nous l'apprend. Des communications souterraines existent sans doute entre les divers courants ignés que la terre renferme, car on a observé que les éruptions ont lieu presque au même moment, à de grandes distances. Ces courants sont alimentés par le soufre et le bitume, puis ils deviennent assez puissants pour entraîner des pierres et des métaux. Ainsi, au rapport de témoins oculaires, une éruption a porté sur une voie de cinq cents pas de large, et à une distance de deux à trois milles, du plomb , du verre, du fer, du soufre, du bitume et mille autres corps incandescents.
On peut demander où se prend la matière pour tant de flammes si étendues et si continuelles. Depuis plus de
deux mille ans, l'Etna et le Vésuve sont toujours en feu. Je réponds que les entrailles de la terre produisent et cachent non-seulement de l'eau , mais encore du bitume , du soufre , et d'autres matières incandescibles dans des trésors dont Dieu seul connaît le fond. D'ailleurs dans ce monde sublunaire tout marche circulairement, et chaque chose vient et disparaît à son tour ; il est donc bien possible que ce bitume et ce soufre arrivent à manquer ; le feu s'arrêterait alors, suivant la prédiction de Pythagore, dite par Ovide :
Nec rjuœ su/p/iureis anlet fornnrihus ^Elnn, Igneo semper eril . neque enim fuit ignca seuiper.
La source de l'Elna doit un jour se tarir;
Ses feux ont commencé, ses feux doivent mourir.
On pourrait en donner comme preuve que le Vésuve, jadis très-élevé, s'abaisse vers le niveau du sol aujourd'hui; probablement parce que son foyer s'épuise , et que , la matière manquant, le feu consume peu à peu la fournaise qui le contenait.
Ces matières sont enflammées d'abord , soit par la foudre qui atteint leurs parties déjà préparées, soit par un tremblement de terre qui les agite, soit même par une chaleur quelconque, peu intense en elle-même, mais assez forte pour enflammer ce qui est parfaitement disposé, comme nous avons vu qu'il arrive pour l'or fulminant, soit enfin parce qu'elles sont mises en communication avec d'autres feux souterrains.
On sait que le feu enfermé prend souvent assez de force pour agiter, secouer, et même briser sa prison : les souterrains que l'on creuse pour en faire des mines en sont la preuve, comme le remarque Gassendi (sect. m de la PJujsique , memb. 3, liv. le""). Les tremblements de terre peuvent donc aussi très-souvent s'attribuer à des feux souterrains , et comme il suffit d'enflammer un peu de poudre pour voir la flamme chercher une ouverUu e , et , parce
qu'elle ne s'ouvre qu'un étroit passage, ébranler tous les lieux d'alentour, ainsi les exhalaisons pleines de soufre, de nitre et de bitume, renfermées dans des réservoirs souterrains, s'enflamment, et, trouvant dans la dilatation une force nouvelle, elles pénètrent et déchirent la surface de la terre pour gagner le séjour de la liberté. Quelquefois leur action s'étend à deux et trois cents lieues de distance , quoique Sénèque ait dit que les tremblements de terre ne se continuaient jamais à plus de cent lieues. L'expérience contredit ici le savant : car les éruptions de l'Etna , si fréquentes il y a quelque temps, étaient précédées et suivies de tremblements de terre qui ébranlaient toute la Sicile. On sait que les lieux les plus sujets aux tremblements de terre sont ceux où se trouvent des feux souterrains.