DES FACULTÉS DE LA VÉGÉTATION EN GÉNÉKAL
Au sujet de ces facultés on peut examiner quatre choses : 1° ce qu'elles sont; 2° combien elles sont; 3° s'il faut les distinguer de la chaleur naturelle; 4° s'il faut les distinguer entre elles.
1" On définit la faculté de végétation, le principe immédiat de la transformation de raliment en la substance de l'être vivant.
Principe immédiat, pour le distinguer de Vâme végétative, qui est le principe premier et le plus éloigné, c'est en cela que cette puissance ressemble aux autres facultés vitales; les autres termes de la définition servent à l'en distinguer : elle n'a, en effet, autre chose à faire qu'à transformer l'aliment en la substance de l'être ; cet aliment est la matière de ses opérations, la substance vivante en est le terme, c'est son objet propre, et son action propre est la conversion de l'aliment en substance vivante.
Les facultés végétatives se divisent en trois sortes : les facultés nutritives, les facultés augmentatives elles facultés génératives.
Cette division s'établit d'abord sur l'expérience; car nous voyons que tout ce qui végète a trois forces : l'arbre se nourrit lui-même, il s'augmente et se re^troduit. Ensuite par la raison; car la vie végétative, étant la première, doit s'occuper exclusivement de ce qui est avant tout dans l'être, c'est-à-dire de la substance vivante ; or toute substance a besoin de trois choses : de la conservation , de la perfection et de la propagation : la faculté nutritive conserve la substance de l'individu, elle remplace les parties perdues, et en apporte de nouvelles ; la facidté d'accroissement l'amène à l'état convenable et à la quantité voulue; car, sortie d'une
semence légère , cette substance est dans l'origine faible et imparfaite, et elle acquiert son développement par la faculté augmentative ; la faculté géncrative propage l'espèce, et dans des productions toujours semblables la continue , pour ainsi dire, sans fin.
Outre ces trois facultés principales il y en a quatre autres, qui sont comme les servantes de la faculté végétative : par elles l'être vivant attire à lui ou il retient les objets, ou encore il les convertit en sa substance, ou enfin il les expulse : en effet, pour que la végétation ait lieu, il faut d'abord que l'aliment soit approché, car il n'est pas à portée; ensuite il faut qu'il soit retenu, s'il tend à fuir, puis digéré et préparé pour l'assimilation ; enfin il faut que le superflu et ce qui ne peut servir soit rejeté.
Il nous reste à distinguer ces facultés les unes des autres, et aussi de la chaleur naturelle, avec laquelle certains philosophes veulent les confondre; quelques-uns même pensent qu'il n'y a point de forces dans les plantes pour accomplir ces fonctions, et que tout s'y fait mécaniquement, grâce à l'agencement des parties et par un mouvement local : par ceux-ci le suc nourricier serait attiré , recueilli et digéré ; ils se chargeraient de le réduire, de l'épurer, de l'amincir et d'en tisser toutes les parties de la planté déjà formée, ou de composer avec ce suc une nouvelle plante.
Conclusion. — Les facultés que nous avons nommées sont des forces données à Vâm,e végétative , et elles sont autre chose que la disposition des organes et que la chaleur innée; elles sont même distinctes entre elles, au m,oins les trois facultés j)rimaires.
Preuve de la première partie. 1" La disposition des organes n'est qu'une chose instrumentale et morte; il lui faut une force particulière pour se nourrir et vivre ; 2" pour la végétation, il ne suffit pas que le suc soit juxtaposé, il faut encore qu'il soit transformé et changé en la substance de la plante; or ce changement ne peut avoir lieu par le mou-
OUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 425
vement local seulement ou par la configuration des organes : il y a donc encore dans la plante une force active distincte.
La mineure est certaine. La configuration n'est point active par elle-même; le mouvement local peut, il est vrai, agiter, mais non changer la nature du mobile. Nous trouvons l'explication de la majeure dans la génération. Le suc, quand il se forme, prend une nature nouvelle, et nous n'apercevons, ni en lui-même, ni autour de lui, aucun organe qui le meuve; à peine est -il dans les vaisseaux qui lui conviennent, que spontanément, par cette force plastique interne que le Créateur donne à tout ce qui a vie, il se transforme en un nouvel être vivant, et de lui émergent ensuite des parties innombrables et toutes habilement construites. La même chose a lieu pour la nutrition et Vaccroissement. 3° Enfin la transformation de l'aliment a lieu surtout par le moyen d'une substance gazeuse, qui n'est point disposée en organes; donc elle n'est point due à la conformation organique des parties, mais à cette force inlerne et plastique confiée aux esprits, et qui forme les organes eux-mêmes.
On dira : Les plantes, par exemple , ne donnent pas à ces sucs une nature nouvelle par une force propre; ce sont les parties de la plante qui y distinguent chacune ce qui lui convient et ce qui peut concourir à sa formation ou à son entretien, à laquelle distinction suffit pleinement la disposition tubuleuse et poreuse de ses vaisseaux. Ainsi un crible distingue et sépare les différentes qualités de grains, suivant la dimension des trous dont il est percé.
Mais on peut réfuter cette assertion par l'expérience que voici : Soit un vase contenant douze livres de terre ; placez-y un bourgeon de plante, ou une semence : de cetle terre arrosée sortira un suc qui prendra la nature de la plante ; une autre plante lui aurait donné une autre nature, quelle qu'elle fût. Admettrons-nous que dans le suc de cette terre il y ait assez de parties différentes pour que cliaque
plante puisse y trouver ce qui lui correspond? Non, sans doute; car, si vous calculez seulement ce que quatre plantes nourries par ce suc ont gagné de substance, vous aurez déjà une quantité plus grande que la masse de terre employée. Que s'est-il passée sinon que les unes, s'appropriant ce que les autres avaient laissé, se sont développées au détriment d'une matière d'abord commune? La végétation ne se fait donc point par une simple sécrétion de parties déjà propres, et toutes faites pour la plante , mais par la transformation en la nature de la plante, d'un suc qui était commun. L'opération de la greffe prouve la même vérité. Le bourgeon appelle à sa nature le suc du sauvageon sur lequel il est greffé ; et ce suc se fût laissé aller à une autre nature si une autre greffe eût été appliquée.
Preuve de la deuxième partie. La chaleur naturelle est une qualité trop simple pour pouvoir former d'une même matière des parties si diverses. Si dans chaque forme il y a des forces propres et distinctes des forces élémentaires; pourquoi V âme végétative n'aurait-elle pas des vertus spéciales, plus nobles que les vertus élémentaires? Enfin, dans un grand nombre de formes , où il n'y a presque aucune chaleur, mais où semble dominer plutôt la frigidité, dans les poissons, par exemple, et dans les arbres, on reconnaît une puissance végétative très-énergique. Celte puissance n'est donc pas la chaleur même : c'est une qualité plus élevée, au service de laquelle la nature a mis la chaleur; Aristote le dit (Ile liv. de la Génér. des Anim., chap iv) : De même que les œuvres d'art sont faites avec des instruments , ainsi la puissance de Vâme végétative se sert de la chaleur et de la frigidité, comme d'instruments.
Confirmation. La chaleur, tout en coopérant principalement aux actions végétatives, n'y coopère point seule, d'autres qualités élémentaires lui sont adjointes. Elle n'est donc point le principe de ces actions, mais seulement le ministre principal du principe.