DE LA FACULTÉ NUTRITIVE, ET DE LA NUTRITION
La faculté nutritive est une force qui convertit Taliment en la substance de l'être alimenté. La nutrition est l'œuvre de cette force. Il y a, dans tout être vivant, déperdition continuelle de la substance. La nature a pourvu à ce que les parties perdues fussent remplacées, c'est la nutrition qui fait cet office.
Pierre Lombard, désigné ordinairement sous le titre de Maître des Sentences^ dans l'ouvrage où il a recueilli et ordonné les doctrines des Pères (au liv. II, dist. xxx), a dit que pas un atome de nourriture ne se changeait en la substance de l'homm.e, que celle-ci avait été donnée tout entière par les parents, qu'elle était même dans Adam , et que la longue série de générations qui nous sépare de lui, n'avait fait que la distribuer dans ses descendants, enfin que la nourriture ne servait qu'à y entretenir la chaleur naturelle.
Cette opinion est rejetée avec raison par tout le monde; elle est évidemment contraire au sens commun et à l'expérience. Si la nourriture n'ajoute rien à la substance du corps , comment expliquer, comment concevoir la nutrition et l'accroissement de notre corps, et sa multiplication toujours si abondante? Qui comprendra que cette molécule si exiguë de substance, parvenue à Noé déjà fort réduite et presque nulle, ait pu se subdiviser encore en tant d'hommes qui depuis le déluge jusqu'à nous ont couvert et couvrent la terre? Qu'on ne dise pas que ces molécules transmises des pères aux enfants se soient toujours plus étendues et dilatées et soient ainsi subdivisées , car il en suivrait que la substance actuelle de l'homme serait moins dense que l'air ; qu'elle ne saurait constituer des membres humains qui doivent être et sont réellement denses , qui acquièrent même de la densité dans l'âge viril. Ensuite, comme
QUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 429
le fait remarquer saint Thomas (l'e part., quest. cxix, art. 1), par la même raison qu'une forme peut abandonner sa propre matière, elle peut aussi en accepter une nouvelle: tout ce qui s'engendre est corruptible , et réciproquement. Or la forme humaine peut abandonner la matière qui lui est soumise, autrement nous ne mourrions pas. Donc elle peut s'étendre à une matière qu'elle n'avait pas d'abord , celle de l'aliment, par exemple, et ainsi l'aliment passe dans la nature de l'homme ; je ne donne pas d'autres raisons ; il n'est point nécessaire de réfuter longuement une opinion aussi extraordinaire.
Le Maître des sentences nous oppose ces paroles de Notre-Seigneur (saint Matthieu, chap. xiii) : Tout ce qui entre par la bouche, passe par le ventre pour être rejeté. Ainsi, dit-il, rien n'arrive jusqu'à la substance de l'homme. Je réponds. Ces paroles s'entendent des parties impures qui se trouvent dans ce que nous mangeons. Le contexte n'indique pas autre chose : les Pharisiens enseignaient que les aliments portés à la bouche par une main non lavée souillaient l'homme : le Seigneur les reprend en leur montrant que tout ce qui entre par la bouche sans être pur est rejeté, il ne s'agissait que de cela; mais que toute la nourriture, même dans ses parties les plus pures, soit rejetée, il ne le dit point, son raisonnement ne l'indique pas, et le Maître des sentences lui-même ne le veut point, puisqu'il avoue qu'une grande quantité d'aliments est retenue par nous , et s'annexe à nous, au moins pour entretenir la chaleur naturelle.
Il est donc constant que l'aliment passe à la substance de
l'alimenté. Disons maintenant de notre mieux comment
cela se fait^, et répondons à quelques questions relatives à la
nutrition.
Comment a lieu la nutrition.
La matière de la nutrition, c'est l'aliment comprenant la nourriture proprement dite et le breuvage, c'est-à-dire les
substances solides ou fluides, qui peuvent se changer en l'être vivant. Toute matière n'est pas de cette sorte, il n'y a que celle qui a le plus d'affinité avec la substance de l'être vivant, qui peut être vaincue et subjuguée par son action. Afin donc de pouvoir distinguer entre les matières , l'animal a reçu deux sens : l'odorat et le goût; par eux il choisit l'aliment qui lui convient, il le porte à sa bouche; si l'aliment est solide, il l'y retient par les dents, qui le broient, et par la salive, qui le dissout. Pour aider cette dernière opération, à l'aliment solide se joint le breuvage, et un suc acide donné par la nature, et qui est contenu dans la poche de l'estomac. Cette nourriture trouve dans les entrailles une certaine chaleur, elle y fermente, toutes ses parties se confondent plus complètement, prennent une forme pâteuse, et, passant de la poche de l'estomac dans les autres intestins, elles trouvent le suc pancréatique et la bile, qui en s'y mêlant la réduisent à l'état d'une pâte presque liquide et blanchâtre appelée chyle. Tandis que la nourriture est macérée ainsi, certaines de ses parties plus volatiles, plus subtiles, se dilatent et s'échappent dans le corps entier par les pores. De là vient qu'aussitôt après avoir mangé on se sent restauré, et surtout quand l'aliment pris est spiritueux : par exemple, si l'on a bu du vin. Quand le chyle est arrivé aux intestins, il trouve les ganglions du mésentère, selon l'ancienne doctrine, ou les veines lactées, selon l'opinion plus récente. Mais il est plus probable que chacun de ces organes absorbe ce qu'il rencontre du suc le plus pur, et apporte sa prise, l'un au foie, l'autre à un réservoir d'où, par un canal qui suit l'épine dorsale, ce suc passe dans les veines sous-clavières , où il ne tarde pas à se mêler au sang. Les parties impures et grossières passent par le reste des intestins pour être rejetées. C'est ainsi que se fait la première digestion de la nourriture, et que se forme le chyle.
Le chyle arrivé dans la veine-porte, mêlé au sang, dans les sous-clavières, comme une liqueur à une autre, est lar-
QUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉCxÉTATIVES. ASi
gement répandu dans la masse de ce sang, et parcourt avec lui tout le corps dans les artères et les veines, où il s'échauiïe, et s'épure des matières inutiles à la nutrition, mais utiles à sa dissolution et à sa circulation. Dans le foie, il dépose le superflu de la bile, celle-ci est recueillie dans une vésicule, et reportée dans les intestins : là elle se mêlera au chyle qui surviendra, servira encore à le résoudre et irritera les intestins pour leur faire rejeter le superflu de la nourriture. Une humeur exubérante et légère s'aperçoit dans de petites glandes : c'est la lymphe, elle se recueille dans les vaisseaux lymphatiques, et se mêle au sang pour en diminuer l'aridité , ce qu'il y en a de trop se perd en salive. Une humeur plus crue et plus grossière est déposée dans les reins, et devient, avec d'autres parties qu'elle a diluées, ce qui est rejeté sous forme d'urine. Au m.oyen de cette urine on peut discerner l'état intérieur du sang; dans les poumons s'expirent les exhalaisons fumeuses ; dans le coeur, enfin , et dans le foie, le chyle se parachève. C'est la deuxième digestion, dite hématose, ou formation du sang, soit parce que le sang s'assimile définitivement la nourriture , soit au moins parce que le chyle se mêle plus intimement au sang. C'est de ce suc plus pur, répandu avec le sang dans les veines et les artères capillaires, et dont la subtilité fait qu'il s'insinue partout, que s'alimentent les parties plus solides, le convertissant en leur substance. Ainsi se fait la troisième digestion ; c'est V assimilation , la nutrition proprement dite. Ici le sang se dépouille, par l'expiration des poumons, de ce qu'il peut encore avoir d'inutile.
Dans les plantes , la première digestion n'a point lieu. La terre leur tient lieu d'intestins et de ventricule, elles lui demandent le suc alimentaire par leurs racines; des racines ce suc se répand dans des vaisseaux qui le distribuent à toutes les parties de la plante. Nous reviendrons sur ce sujet, à propos des plantes et des animaux, en expliquant la structure des organes destinés à la nutrition.
Les parties de l'être vivant qui sont privées de suc alimentaire s'épuisent ou se dessèchent , surtout le ventricule et l'œsophage, et de là proviennent la soif et la faim. Celleci est une douleur qui résulte de l'inanité et de l'exténuation des parties du corps animé, avec un désir de la nourriture qui doit restaurer ces parties. Cette douleur est excitée surtout par une humeur acide qui doit dissoudre les aliments, son âcreté se sent davantage quand le ventricule est vide. Si elle est trop abondante ou trop acre, les aliments ne suffisent pas à la calmer : c'est le cas des faims canines. La soif est une douleur causée par l'aridité, avec un désir de boire, pour arroser les parties desséchées. Aussi l'éprouvet-on surtout quand l'estomac est chargé d'aliments trop secs : le sel, le poivre, tous les astringents produisent une soif qui n'est pas naturelle; ils irritent l'œsophage et certaines parties de l'estomac, et les forcent à appeler quelque humidité, qui les dissoudra ou mitigera leur action.
Quelques questions sur la nutrition.
1" On demande si la nutrition est propre seulement aux êtres vivants.
Je réponds affirmativement. La nutrition proprement dite est une réparation vitale, dans laquelle l'être vivant pourvoit à son existence, se meut par des organes qui lui sont donnés à cet effet, et cela n'appartient qu'à lui.
On dira : La flamme de la lampe se nourrit, elle attire l'huile, elle la change en sa substance, elle remplace continuellement les parties qui se perdent, comme font les êtres vivants.
Réponse. Je distingue. La flamme se nourrit, dans un sens propre , par intussusception , en attirant sa nourriture dans desparties organiques , en la distribuant, en se motivant ainsi, je le nie; dans un sens impropre, par juxtaposition, en changeant en flamme nouvelle la ma-
OUEST. II. DE l'AME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 433
tière qui lui arrive et forme avec la première un corps continu, je le concède.
2° La nutrition est-elle un mouvement continu?
Réponse. C'est un mouvement continu, non que la nourriture passe subitement et continuellement à la substance de celui qui la prend, il faut d'abord que cette nourriture subisse des modifications nombreuses, comme je l'ai dit, et dans ce sens saint Tbomas (Ile part, de la II", quest. xxiv, art. 6) dit que l'accroissement, et par conséquent la nutrition, ne sont pas des mouvements continus; mais on peut lui reconnaître cette qualité, en ce sens que la chaleur vitale s'entretient continuellement de quelque partie de la substance, et qu'ainsi il faut continuellement qu'une partie des aliments se trouve prête à remplacer ce qui s'est dissipé.
3° La nutrition dure-t-elle toute la vie ?
Réponse. La vie ne peut subsister naturellement sans une nutrition continue, au moins arrivant à quelques parties du corps. Bien qu'il soit inutile, pour que les parties plus solides vivent, qu'elles soient alimentées continuellement, il faut pourtant que les esprits qui sont les principaux soutiens de la vie, et qui s'épuisent continuellement, soient réconfortés; autrement l'animal périrait.
On dira : Les malades demeurent longtemps sans nourriture ; l'histoire nous apprend que bien des hommes sont demeurés en santé, et ont conservé leurs forces pendant longtemps sans se nourrir; les loirs, les serpents et un grand nombre d'insectes passent l'hiver sans manger.
Réponse. Chez les malades, la chaleur est comme enveloppée d'humeurs qui l'empêchent de consumer les parties du corps qu'elle épuise en temps ordinaire ; et dans sa langueur elle dissipe encore les esprits vitaux qui se nourrissent eux mêmes par ailleurs; si bien qu'il y a, même chez les malades, une nutrition non de tout l'être vivant, mais seulement des parties les plus nécessaires et aux dépens des autres. Quant à l'état de santé, s'il y a des hommes qui ont m. 28
pu sans miracle le conserver longtemps sans nourriture, il faut l'attribuer aux exhalaisons répandues dans l'air, et que le corps a pu s'assimiler par absorption. L'air apporte, en efifet , son tribut à la nutrition ; on le voit par ce fait qu'un même homme en certains endroits mange plus , et est moins nourri, et paraît ailleurs mieux nourri sans manger autant. On rapporte que Démocrite, qui se laissait mourir d'inanition, prié par sa sœur de ne point souiller par sa mort un jour de fête, approcha de ses narines des pains chauds, dont la vapeur le soutint encore pendant plusieurs jours ; tout le monde sait que les cuisiniers mangent moins que les autres, et s'engraissent cependant beaucoup : c'est l'effet des mets qu'ils préparent , et dont le fumet les entoure perpétuellement. Chez les animaux qui passent l'hiver sans nourriture, la chaleur naturelle est assoupie : aussi les voit-on sans mouvement et comme appesantis par un sommeil de plomb. Il faut dire aussi qu'il y en a quelques-uns qui se nournissent d'aliments qu'ils ont cherchés pendant la bonne saison , et renfermés en lieu sûr : ainsi les loirs emportent dans leurs terriers, pour l'hiver, des fruits et des feuilles.
On demandera : 4° Pourquoi il y en a qui s'engraissent sans beaucoup de nourriture, tandis que d'autres, en se nourrissant beaucoup , n'engraissent point.
Réponse. Chez les derniers , la chaleur du corps est plus acre et plus sèche , elle consume plus de substance : les aliments sont ainsi torréfiés plus que digérés; chez les autres, une chaleur bienfaisante et plus humide consume moins la substance , et la digestion s'opère mieux , et ainsi toute la partie substantielle des aliments leur devient profitable. C'est pour la même raison que le sommeil et le loisir engendrent l'obésité , tandis que le travail , les préoccupations et les veilles amaigrissent le corps.
QUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 435
ARTICLE TROISIEME
DU TERME DE LA NL'TRITION', C'EST- A -DIRE DE LA SUBSTANCE MATK- RIELLE; SI ELLE A DES PARTIES, SOIT EN QUANTITÉ, SOIT HORS DE LA QUANTITÉ.
Que la matière acquière des parties par la nutrition, cela semble certain, d'après ce fait que la nutrition arrive dans la substance par parties ; mais il y a des Thomistes qui le nient, et qui veulent que la matière n'ait pas de parties par la nutrition, même sous la quantité : cette dernière opinion semble tout à fait paradoxale et digne des Stoïciens; d'autres , au contraire , soutiennent que la nutrition donne à la matière des parties tellement inhérentes, qu'en la supposant divinement séparée de la quantité , on ne pourrait pas encore l'en distraire. Expliquons notre opinion , qui tient le milieu entre ces deux extrêmes.
Première conclusion. — La substance matérielle, sans la quantité, n'a point ses parties en acte; elle les a seulement radicalement. Si, par un acte de la Puissance divine, la quantité était soustraite à la substance matérielle, l'entité substantielle qui subsisterait ne serait pas distincte actuellement, ni distribuée en substayices partielles, dont on pourrait constituer une substance totale , mais elle serait, en acte, indivisible et inextensible; elle serait divisible radicalement, et extensible, en tant qu'elle appellerait toujours sa quantité, pour être actuellement et formellement extensible et divisible. Cette conclusion est de saint Thomas {l^^ part., quest. l, art. 3): Enlevez la quantité , dit-il , la substance demeure entiëre- ')nent indivisible; et (au IV^ livre contre les Gentils, chap. Lxv) : La diversité des parties ne peut se concevoir dans la matière sa^is la quantité.
Preuve. L'effet formel de la quantité ne peut se trouver
dans la substance sans la quantité ; or l'extension actuelle en parties intégrales est l'efTet propre et formel de la quantité : donc elle ne peut se trouver dans la substance sans la quantité. La majeure est claire. L'effet formel, c'est la forme même, en tant que communiquée : on ne peut donc davantage le concevoir sans forme que sans lui-même. La mineure résulte de la notion même de quantité. Nous l'avons vu en Logique (F^ part., th. ii, quest. m, art. d). La quantité est essentiellement un accident extensif de la substance en parties intégrantes : donc, quand l'on conçoit l'extension en parties intégrantes , on conçoit aussi la quantité; aucune autre idée ne peut se rattacher à ce terme.
Confirmation. Si la substance, abstraite de la quantité, était distincte et distribuée en parties intégrantes, elle serait quantitative sans la quantité; or cela est contradictoire : donc, etc. Prouvons le conséquent. La substance serait extensible en plusieurs parties, puisqu'une partie n'étant pas l'autre , les parties seraient seulement unies; il faut cela pour que le tout soit plus grand et plus étendu que la partie. Elle serait divisible en ses parties, puisqu'elles pourraient se séparer; elle serait d'une mesure égale à une autre ayant autant de parties; inégale à une substance ayant plus ou moins de parties; elle occuperait un espace égal à ellemême ; or ce sont autant de caractères propres à une chose quantitative : donc elle serait quantitative sans quantité.
Certains philosophes, pour éluder cette contradiction, mettent deux quantités dans la substance : une quantité interne , indistincte de la substance , quantité par laquelle la substance est extensible en elle-même, et une autre quantité , externe et accidentelle , qui réside dans l'extension et l'impénétrabilité.
Mais leur manière déparier les met en dehors de notre question. Ils avouent bien que sans la quantité les parties et l'extension ne peuvent se concevoir dans la substance , et c'est ce que nous disons ; mais ils se ti'ompent sur plusieurs
QUEST. ir. DE L'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 437
points. D'abord ils nomment inutilement deux quantités: en efifet, l'une ou l'autre suffirait, et si la substance a une quantité interne, la quantité externe est inutile. Ensuite 'A est absurde d'imaginer une quantité externe : la quantité d'une chose quantitative lui est intrinsèque. D'ailleurs ils ne savent dire ce que cette quantité externe apporte à la substance : ce n'est pas l'extension, puisque la substance l'a déjà, comme ils en conviennent; sera-ce l'impénétrabilité? mais cette qualité suit toujours l'extension : la substance ne peut avoir l'une sans l'autre, et si elle a l'une par essence, elle ne peut avoir l'autre par un accident. Ajoutons que l'accident, s'il ne donnait que l'impénéti^abilité , ne pourrait se dire proprement une quantité , mais seulement une qualité de la quantité; car l'idée de quantité est comprise absolument dans celle d'extension. Enfin nous avons vu encore en Logique (I^c part., th. ii, quest. m, art. 2) comment la quantité se distingue de la substance : donc on nous donne une quantité distincte de la substance, et en même temps une quantité qui n'en est pas distincte ; donc il est plus simple de distinguer la quantité de la substance , et d'accepter qu'en dehors de la quantité il n'y a plus ni extension ni parties, sinon radicalement.
Objection. La quantité ne peut avoir pour sujet un indivisible : si donc la substance, qui vient avant la quantité, était indivisible et sans parties , la quantité ne pourrait y être reçue.
Réponse. Je distingue l'antécédent. Un indivisible négatif, je le concède; un indivisible jsWraf?'/"^ je le nie. J'entends par indivisible négatif ce qui n'a pas de parties et ne peut en avoir, comme l'ange ; YincUvisible privatif est ce qui, bien que non étendu actuellement en parties, peut cependant être étendu, et même appelle l'extension. Ce dernier est le sujet propre de la quantité, de même que le sujet propre de la lumière , c'est ce qui , comme précédant la lumière en acte, est ténébreux, mais qui est lucide en puis-
sance : ainsi la substance matérielle, qui vient avant la quantité , est indivisible privativement , parce qu'elle n'a pas l'extension, qu'elle peut avoir et qu'elle exige.
Instance. Les diverses parties de la quantité doivent être reçues dans diverses parties de substance : donc la substance, venant avant la quantité, doit avoir des parties.
Réponse. Je distingue l'antécédent. Diverses parties de la quantité doivent être reçues en diverses parties, que la quantité suppose, je le nie; que la quantité produit en acte, je le concède. La quantité fait précisément que la substance soit étendue en parties actuelles, quand par ellemême elle n'est étendue que radicalement.
Nouvelle instance. Ce qui précède ne dépend pas de ce qui suit; or la substance précède la quantité : donc la substance ne dépend point de la quantité ; mais si la substance tenait de la quantité des parties, elle en dépendrait sensiblement : donc, etc.
Réponse. Je distingue la majeure. Ce qui précède ne dépend point de ce qui suit, en ce en quoi il précède, je le concède ; en ce en quoi il vient après à son tour,ie\e nie. Ainsi la substance précède, dans le sens d'être et de sujet, et de cette manière elle ne dépend point de la quantité pour être et subsister; mais la quantité précède dans le sens d'extension , et de cette manière la substance dépend de la quantité.
On dira : La substance précède et ne dépend point de la quantité quant aux choses substantielles; or les parties de la substance sont des "choses substantielles: donc elle a ces parties avant et sans la quantité. La majeure est certaine ; la mineure aussi; car on verra plus loin que la substance a des parties substantielles, au moins sous la quantité.
Réponse. Je distingue la mineure. Les parties de la substance sont substantielles, quant à l'entité, je le concède; quant à leur distinction actuelle entre elles, je le nie. Et pour la conséquence, je dis que les parties de la sub-
QUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 439
stance ne dépendent point de la quantité , quant à l'entité substantielle, comme on dit, mais elles en dépendent quant à l'extension et à la distinction, qui font qu'en acte elles sont constituées comme parties. C'est pourquoi les parties se font dans sa substance avec le concours de la quantité : la substance apporte cette entité qui subsiste, qui est distinguée en parties , et la qxiantité donne à cette substance une extension actuelle en parties. Si l'on soustrait à la quantité la substance , comme il arrive dans le mystère de l'Eucharistie , l'extension subsistera , mais sous cette extension il n'y aura rien de substantiel ; réciproquement , si l'on soustrait à la substance la quantité, l'entité subsistante restera, mais dans cette entité substantielle il n'y aura rien d'étendu. La notion de substance est qu'une chose soit subsistante par elle-même, et la notion de quantité est que ce soit l'extension d'une chose subsistante.
On répliquera : Ce qui est constitutif et ce qui est distinctif sont une seule et même chose ; mais la quantité ne peut constituer une substance : elle ne peut donc la distinguer en parties.
Réponse. La majeure est vraie d'\me distinction essentielle, nond'une distinction accidentelle. Qu'une substance soit étendue actuellement en parties , cela lui est accidentel , et la distinction peut provenir de l'accident.
On reprendra : Deux substances numériquement distinctes , tout en tenant leur distinction de la quantité, comme l'enseignent les Thomistes , la conservent encore après que la quantité est retirée : le seul fait de se rapporter à deux quantités totales les distingue : ainsi les parties d'une même substance, dont la distinction se prend dans la quantité, pourront se distinguer entre elles parle fait qu'elles se rapportent à différentes parties de la quantité; or ce rapport peut subsister sans que la quantité y soit : donc la distinction des parties de la substance subsistera aussi en ce cas. Réponse. Je me la parité. La distinction individuelle des
substances dépend de la quantité, et se contracte dans le rapport qu'ont ces substances à la quantité, mais elle n'est point l'efTet formel de celle-ci: elle subsiste donc, même sans la quantité ; il y a plus , on la trouve dans une forme qui n'est ni ne peut être étendue , dans l'âme raisonnable séparée, tandis que l'extension actuelle en parties est un effet formel de la quantité , et il n'est pas admissible qu'elle soit sans cette quantité.
Je laisse de côté d'autres impossibilités : par exemple que si l'on ôtait la quantité, la substance demeurerait sans parties, et, par conséquent, qu'un bomme pourrait d'un coup avaler l'Océan, toutes les parties de l'Océan se réduisant aussitôt à un point. Tout cela s'appuie sur une fausse supposition, à savoir que, la quantité enlevée, la substance se trouverait encore en un lieu ; comme elle n'occupe un lieu que par la quantité , si elle n'avait plus de quantité , elle n'en occuperait plus, et l'on ne pourrait ni avaler l'Océan, ni réduire l'Océan à un seul point, parce que l'Océan ne serait plus nulle part.
Seconde conclusion. — La substance matérielle a sous la quantité des 'parties substantielles intégrantes. Sous le nom de substance matérielle nous entendons ici la matière, et en outre les formes substantielles qui s'y trouvent et se peuvent diviser à la division de la matière, comme est la forme de l'eau , celle du bois , etc.
Cette conclusion suppose qu'il y a des parties essentielles renfermant l'essence d'une chose : par exemple, dans tout composé, la matière et la forme; et des parties intégrales, dont chacune contient en soi les parties essentielles; jointes ensemble, ces parties intégrales ne font point une essence nouvelle, mais un tout nouveau plus grand, ayant la même essence: ainsi avec plusieurs gouttes d'eau, dont chacune est de l'eau , on fait une seule quantité d'eau plus grande.
Nous disons que la substance matérielle a sous la quan-
QUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 441
tilé , non-seulement des parties essentielles , mais qu'elle peut aussi se diviser en parties intégrales, dont l'union fera une seule substance totale.
Saint Thomas l'enseigne en plusieurs endroits; ainsi (à la Fe part, de la 11% quest. xvii, art. 4) il dit : Le tout, dans le genre de substance, qu'il soit composé de parties intégrales, ou essentielles , est un par lui-même. Ei{quodlihet IX, quest. iv, art. 1 ) il dit : Des formes diverses so7it reçues dans des parties diverses de matière. Et (II^ liv. contre les Gentils, cliap. lxxii) il enseigne que les formes purement matérielles ont une certaine totalité quantitative, différente de celle de l'àrne raisonnable et des animaux parfaits. Ces choses et d'autres de cette sorte, qui se rencontrent chez le saint Docteur, ne pourraient s'entendre, si l'on ne pouvait attribuer à la matière et à quelques formes substantielles des parties intégrales.
Preuve de raison. Ce qui est divisé en parties a des parties actuellement. La division ne se fait que de ce qui est en acte ; c'est Aristote qui le dit, et tout le monde le comprend; or la substance matérielle sous la quantité, se divise en parties ; une quantité d'eau donnera deux quantités d'eau : donc, sous la quantité , elle a en acte des parties substantielles.
Confirmation. La substance sous la quantité a l'effet formel de cette quantité ; or cet effet formel c'est d'étendre la substance en plusieurs parties : donc, sous la quantité, elle a plusieurs parties.
Enfin, ce qui est acquis par parties contient des parties, c'est certain ; or la substance est acquise par parties , nous le voyons d'une manière évidente dans la nutrition et dans la croissance des êtres vivants : donc la substance contient des parties. L'on nous répond que la substance sous la quantité n'a point de parties en acte, elle n'en aurait qu'en puissance et virtuellement : en tant que son entité, qui est la même en acte dans toutes les parties de la quantité, peut, à la
442 PHYSIQUE. lY. PARTIE. THÈSE UNIQUE.
dhision de cette quantité, se réduire en plusieurs parties.
Mais cm contraire : Il répugne évidemment qu'une seule et même chose soit séparée d'elle-même. De là cette notion commune que les choses cjui peuvent se séparer ne sont point identiques. Or dans la division d'un bâton, par exemple, l'entité de substance de la partie A est séparée de celle de la partie B, cela est constant ; elle n'était donc point la même en acte avant la division , elle y était seulement jointe. Ensuite la divisibilité suppose l'extension : donc la substance sous la quantité ne serait point actuellement divisible , si elle n'était étendue en parties. On ne voit pas comment la quantité donnant à la substance la divisibilité, ne lui donnerait point d'être étendue. La raison de ces deux qualités est, en effet, la même. Enfin, sila substance sous la quantité n'était point étendue , elle serait entière sous chaque partie d'elle-même , et, comme dans la division du bâton , aucune partie de substance ne serait perdue pour aucun des bouts séparés, la substance du bâton tout entier serait entière dans chaque partie; ce qui est absurde.
En vain s'efforce-t-on de soutenir cet énorme paradoxe, que la substance de l'eau , par exemple , qu'en puisant l'on enlève à la rivière, était d'abord la même en acte que celle qui y est restée, et que si on la rend ensuite au courant elle reprend aussitôt son identité avec le reste. On ne saurait admettre que ce qui est une seule et même chose en acte puisse se diviser en acte de soi-même, ni que les choses réellement distinctes puissent se réduire à l'identité, en acquérant la continuité de quantité, ni enfin qu'une entité sans étendue actuelle puisse se diviser. Bien plus, si la réunion des parties d'une quantité suffisait pour que les choses de substance distincte pussent s'identifier, et si la division pouvait faire qu'une seule et même entité pût en former plusieurs , on demande pourquoi la distinction des parties de la quantité dans le tout ne suffirait pas pour distinguer aussi la substance en parties ; mais il est inutile d'insister.
QUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 443
Première objection. Saint Thomas (IV^ liv. contre les Gentils, chap. lxvii; et III^ part., quest. lxxvi, art. 3) dit que le corps de Jésus-Christ est tout entier sous la quantité du pain, et tout entier sous chaque partie, parce qu'il y est par mode de substance ; la substance étant toute dans le tout, et toute dans chaque partie. Mais si la substance était actuellement étendue en parties , elle ne serait point toute sous chaque partie. Donc, suivant saint Thomas, la substance n'a point de parties sous la quantité.
Réponse. Je distingue la majeure. La substance est toute sous chaque partie, d'une totalité d'essence, ou de nature, comme dit le saint Docteur, je le concède; d'une totalité intégrale, je le nie; c'est-à-dire que toutes les parties essentielles de la substance sont sous chaque partie de la quantité; par exemple, sous chaque partie du pain il y a la matière et la forme du pain, et par conséquent toute la nature du pain , c'est la totalité d'essence. Mais toutes les parties intégrales qui constituent tel pain , et dans lesquelles il peut se diviser, ne se trouvent pas sous chaque partie. Jamais saint Thomas n'a dit cela; au contraire, il confirme lui-même notre solution, en ajoutant que toute la nature de la substance est sous chaque partie indifféremnnent, que les dimensions soient ou non divisées en acte. L'on nous accorde même qu'après la division la substance du tout divisé n'est pas tout entière de toute façon sous chaque partie , puisqu'elle se divise en deux parties qui s'excluent, et que sa totalité n'est que d'essence. Aussi le saint Docteur {Quest. de l'âme, art. 1) nous dit : Si quelque forme est divisée à la division d'un corps continu, et que l'on demande si elle est toute sous chaque partie du corps, si on V entend des parties quantitatives , c'est-à-dire des parties que la substance trouve dans sa quantité , elle n'est pas toute sous chaque partie, mais dans le tout, elle n'est que partie dans la partie. Mais si l'on parle de la totalité spécifique, elle est toute dans chaque partie.
Instance, Saint Thomas a mis quelque différence entre la quantité et la substance; mais la quantité elle-même est toute delà totalité de son essence sous chaque partie, car toutes ses parties sont quantité; donc, suivant le maître, la substance est toute , non-seulement de cette totalité restreinte, mais d'une totalité absolue, sous chaque partie de la quantité.
Réponse. Je nie le swj)j)Osé^ à savoir que la quantité ait des parties essentielles, elle n'a que des parties intégrales; et celles-ci n'étant pas toutes sous chaque partie d'espace, on doit dire que le tout quantitatif n'est point sous chaque partie. La substance, au contraire, hormis l'extension en parties intégrales, qui dépend de la quantité, a par elle-même des parties essentielles qui la composent, la matière et la forme. Ces parties se trouvent sous chaque partie du composé, et l'on peut dire sans crainte que la substance est proprement sous toutes ces parties.
Seconde objection. La substance n'a pas de parties intégrales par elle-même ; elle n'en aura pas davantage sous la quantité.
Réponse. Je distingue. Elle n'en a point en acte, je le concède; radicalement, je le nie; c'est-à-dire , que la substance est par elle-même la racine de sa distribution en parties intégrales, celles-ci n'en procédant que suivant l'état qu'elle a sous la quantité; tout comme elle est radicalement divisible par elle-même, mais elle ne se divise actuellement que sous la quantité , et les adversaires en conviennent.
Instance. La quantité, pur accident, ne peut donner quelque chose de substantiel; or la distinction actuelle en parties substantielles est quelque chose de substantiel , les termes l'établissent : donc cette distinction ne vient point d'elle ; donc même sous la quantité la substance n'est pas étendue en parties substantielles.
QUEST. II. DE l'AME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 445
Cet argument est le principal appui de l'opinion qu'on nous oppose; j'y ai déjà répondu en disant que ces parties et leur distinction sont quelque chose de substantiel au sens de l'entité que Ton distingue, car c'est bien l'entité ellemême de la substance qui est étendue en parties. Mais elles n'ont rien de substantiel quant à l'acte de distinction pris en lui-même , car il n'est pas de nécessité pour une substance qu'elle soit en acte distincte en parties; cette distinction est un accident qui lui vient de la quantité.
Je réponds en second lieu avec Jean de Saint-Thomas, en distmgtiant la majeure. La quantité ne peut donner quelque chose de substantiel; comme forme constituant l'être, je l'accorde; comme condition complémentaire de l'être, je le nie. En effet, il n'y a rien d'impossible à ce que la substance qui se rapporte sous un certain point de vue à la quantité dépende de cette quantité comme d'une condition complémentaire. Ainsi l'on nous accorde qu'une substance , bien qu'elle soit radicalement divisible en plusieurs substances, ce qui est aussi substantiel que d'être divisible en plusieurs parties, ne peut pourtant se diviser actuellement que sous la quantité, et que par conséquent elle dépend de cette quantité, comme d'une condition. Cette analogie me paraît décider la question, elle éclaire la conclusion, et par elle presque toutes les objections peuvent être retournées contre ceux qui les font.
Nouvelle instance. Si sous la quantité la substance avait des parties, sans la quantité elle n'en aurait plus; il s'ensuivrait que les parties de la substance, distinctes d'abord, s'identiOeraient ensuite, et qu'une goutte d'eau qui se trouve au port de Marseille, serait la même que celle qui est au détroit de Gibraltar, si Dieu voulait enlever à la mer Méditerranée sa quantité ; puis ces parties identifiées se distingueraient de nouveau, si Dieu rendait ce qu'il aurait enlevé. Nous avons ici l'inconvénient qui était opposé tout à l'heure aux adversaires : donc il faut dire absolument que la sub-
stance n'a point de parties sous la quantité, ou qu'elle en a en dehors de la quantité.
Réponse. La quantité étant de son essence l'extension de la substance, il n'y a point d'inconvénient à ce que, si Dieu l'ôtCjla substance ne soit plus ni étendue ni distincte en parties actuellement, et que la distinction revienne quand la quantité est rendue ; ces effets découlent simplement de la notion de quantité. Ce qui est difficile à comprendre, c'est que la quantité se sépare do la substance; mais ce n'est point la question, et nous supposons cela possible à Dieu. Maintenant que, la quantité une fois abstraite, la substance soit encore étendue en parties, qu'elle soit quantitative sans quantité, qu'elle ne soit pas étendue même sous la quantité, et qu'elle reste divisible, et qu'une entité prise sous telle partie de quantité puisse s'identifier avec une autre entité sous telle autre partie, bien qu'elle puisse s'en séparer, et que deux substances s'identifient par la seule réunion de leurs points extrêmes, c'est ce que je rejette comme absurde et inintelligible : voilà pourquoi je nie que l'inconvénient par moi opposé aux adversaires prouve rien contre la conclusion présente.
On insiste. Une même chose ne saurait pas plus se distinguer d'elle-même que s'en séparer; or nous avons dit que les parties de la substance sont identiques, quand on les prend en dehors de la quantité , et qu'elles deviennent distinctes quant survient la quantité : donc nous tombons dans un inconvénient analogue, sinon dans le même.
Nous répondons d'abord. Les parties de substance, en dehors de la quantité, ne sont pas proprement identiques, il est plus juste de dire qu'il n'y en a plus, nous l'avons expliqué : elles se produisent dans la substance par le moyen de la quantité; enlevez cette quantité, elles n'y sont plus. Mais il est inutile de discuter sur les mots.
Seconde réponse. Il faut distinguer l'antécédent. Il est absurde qu'un même être soit distingué de lui-même, s'il
OUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. M?
n'est pas uni à im 'principe distinctif, je le concède; s'z7 y est uni, je le nie. C'est vraiment une absurdité que de séparer des choses qui ne sont point distinctes actuellement ; mais c'est de toute sagesse pour des choses qui ne sont confuses que privativement, c'est-à-dire, parce que le principe de leur distinction leur a été enlevé, de les déclarer distinctes quand le principe de leur distinction leur est rendu. Or la quantité est le principe de la distinction des parties dans la substance. Quand elle y est, la distinction des parties en acte subsiste; quand elle disparaît, la distinction n'existe plus que radicalement , c'est-à-dire dans la racine de la substance : La chose qui était telle et telle partie demeure , mais elle n'a plus d'être en parties; c'est ce que dit Capreoli(IIc liv.jdist. XVIII, quest. i, art. 3, rép. au^^arg.), c'est-à-dire que l'entité qui subsistait sous les parties reste, mais la distinction qu'elle avait dans cet état n'y est plus.
ARTICLE QUATRIEME