‹ Philosophie suivant les principes de saint Thomas (volume 2)Chapitre 36 sur 52 · DE LA FACULTÉ AUGMENTATIVE , ET DE L'AUGMENTATION · texte numérisé non relu

DE LA FACULTÉ AUGMENTATIVE , ET DE L'AUGMENTATION

Quant à cette faculté, nous expliquerons trois choses ici : 1° ce qu'elle est, 2° comment elle diffère de la faculté nutritive, 3° combien de temps elle dure.

Sur le premier point, on peut la définir : le principe immédiat de l'accroissement vital , c'est-à-dire la faculté au moyen de laquelle l'être vivant s'acquiert par l'aliment une nouvelle quantité. Quant h V augmentation, c^esX le mouvement vital d'une quantité moindre à une plus grande. L'être vivant n'a pas à sa naissance la masse qui lui convient. Il provient d'une semence assez petite ; il ne pouvait , en effet, sans grave inconvénient pour le générateur, être produit dans sa grandeur complète. Ce que la nature a fait est bien fait; mais cette quantité minime du rejeton à son cri-

gine le force à acquérir ensuite insensiijlement les proportions qui lui sont dues , et il le fait par une vertu innée qui unit à sa matière la matière des aliments. La faculté qui produit cet effet se dit augmentative; son action est Vaugmentation ou Y accroissement.

Siir le deuxième point, il y a quatre principales différences qui constituent la faculté augmentative et Vaccroissèment, à part de la faculté nutritive et delà nutrition.

Premièrement. La faculté nutritive ne fait que réparer les pertes du corps vivant ; la faculté augmentative y ajoute continuellement des parties nouvelles. Deuxièmement. La faculté nutritive nourrit les membres également et dans toutes les dimensions, si ce n'est peut-être que, quand elle est trop abondante, elle favorise plutôt la dimension de largeur. La faculté augmentative, au contraire, agit surtout dans la longueur : l'animal, en effet, ne croît point en devenant plus gros et plus épais, mais en devenant plus long. Troisièmement. La nutrition dure toujours, tandis que le temps de la croissance est limité. Quatrièmement. Toute chaleur naturelle suffit à la nutrition ; pour la croissance, il faut une chaleur plus pure, plus douce, et en même temps plus active que les autres. On ne voit de croissance que dans la jeunesse, lorsque les qualités de la chaleur sont plus aptes à l'action.

On dira : L'âge viril paraît avoir plus de chaleur que l'enfance. La voix est plus mâle, et les mouvements sont plus vigoureux et indiquent une chaleur plus intense.

Réponse. Dans l'âge viril, la chaleur est plus externe, elle provient de labilequi abonde à cet âge; maisla chaleur bienfaisante, active et propre à la végétation , qui se voit dans l'enfance, est plus pure et plus abondante. La raison en est surtout dans l'aliment qui entretient cette chaleur dans l'enfance ; l'humide natif, aliment de cette chaleur qui façonne tout dans l'être vivant, est plus abondant et plus pur. Amesure qu'on avance en âge, cet humide est peu àpeu ab-

QUEST. II. DE l'aME ET DE LA VIE VÉGÉTATIVES. 449

sorbe, l'aliment qui en prend la place n'a plus ses qualités, il n'est plus si pur, et beaucoup de superfluités s'y mêlent. Ainsi pour l'âge viril il fournit beaucoup d'humeur bilieuse; cette humeur rend l'homme plus fort et plus audacieux, mais le sang est alors moins favorable à la vie et au développement que l'humeur plus humide et plus bénigne de la jeunesse, absolument comme la chaleur de la fièvre, bien que plus intense, y convient moins, parce que c'est une intensité qui n'est pas naturelle. Enfin, dans la vieillesse, la chaleur languit, l'humide radical est presque épuisé, la complexion devient sèche et froide, des principes humides venus du dehors surabondent, et étouffent celte chaleur impuissante qui finit par s'éteindre , et par entraîner avec elle la vie même.

Quant ail troisième points il est constaté par l'expérience que la croissance n'a pas lieu pendant tout le cours de la vie.

Les raisons en sont:\° Que, comme je l'ai dit, la chaleur naturelle, par laquelle se fait V accroissement, diminue insensiblement, soit par l'introduction de matières étrangères dans les humeurs, soit par suite des conflits ques uscitent les différentes qualités des aliments. L'organisme se les assimile à la vérité, mais ce n'est pas sans subir une réaction ; tout agent, en effet, subit la résistance du patient; et il arrive à s'affaiblir et à ne plus opérer la digestion que dans la mesure de la déperdition du corps; enfin, dans la vieillesse, il ne fournit plus même de quoi réparer les pertes ; non-seulement alors le corps ne croît plus, mais il se réduit. La substance excrémenlitielle y surabonde , et l'on voit presque tous les vieillards se plaindre de catarrhes, de goutte, d'humeurs, de coryzas, etc.

"20 Que Y accroissement se fait par l'extension des membres, et surtout des os ; or dans la jeunesse les os ont de la souplesse, de la mollesse même, ils sont moins massifs; ils peuvent donc s'étendre, de même que le fer amolli par la m. 29

chaleur devient ductile , et que l'argile imprégnée d'eau se façonne; mais l'humide s'exhalant peu à peu, ils se dessèchent et s'épaississent, se durcissent avec l'âge, ils ne peuvent plus s'allonger, le fer s'est refroidi à l'air, et l'argile s'est desséchée à la chaleur.

3' Enfin la faculté augmentative et Y accroissement ont un terme bien fixe, c'est la quantité voulue pour l'être vivant; cette quantité, il faut l'acquérir à temps pour en jouir avant de mourir; une fois qu'elle est acquise, Y accroissement cesse, comme tout mouvement naturel arrivé à son terme. La faculté augmentative , limitée à cette masse comme à sa sphère, ne peut rien au delà.

Il y a néanmoins quelques êtres vivants, chez lesquels Y accroissement dure, pour ainsi dire, autant que la vie; on le dit du crocodile et.de certains reptiles monstrueux, des haleines et des autres cétacés : plus ces animaux vieillissent, plus ils grossissent. C'est que la faculté augmentative est chez eux plus vivace, et Dieu les aura produits tels pour nous montrer sa puissance ; l'Écriture sainte l'indique maintes fois. Ensuite leur corps se compose de parties plus souples, plus humides, ne se desséchant jamais; cette matière peut donc s'allonger et s'étendre assez facilement. Enfin le suc animal qui les soutient a plus de crudité , et il permet une assimilation plus facile de ce qui leur sert d'aliment, c'est par la même raison que les plantes croissent plus que les animaux. Néanmoins les plantes elles-mêmes trouvent un terme à leur accroissement, seulement il est à peu près le même que celui de leur vie.

ARTICLE CINQUIÈME

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