‹ Philosophie suivant les principes de saint Thomas (volume 2)Chapitre 38 sur 52 · DIVISIONS DES PLANTES · texte numérisé non relu

DIVISIONS DES PLANTES

On peut diviser la plante de deux façons : d'abord en parties intégrantes, ensuite en parties subjectives , c'est-à-dire en espèces. Nous nous occuperons de l'une et de l'autre division.

De l'anatomie de la plante , ou do sa division en parties intégrantes.

Les plantes , comme les animaux , sont composées de parties homogènes, ou similaires, et de parties hétérogènes , ou dissimilaires. Les parties homogènes renferment des particules toutes de même nature et de même nom : ainsi dans l'animal la chair est une partie homogène , parce que toutes les parties de la chair sont chair; au contraire, les parties hétérogènes, ou dissimilaires, sont formées de particules de nature diverse : le pied , par exemple, est partie hétérogène, parce qu'il n'est point formé de particules dont chacune soit un pied.

Les parties similaires de la plante sont au nombre de quatre principales : les esprits vitaux , l'humeur ou la sève, la chair et les fibres; certains naturalistes y joignent l'écorce ou du moins l'aubier, que l'écorce recouvre ; la partie cartilagineuse, l'enveloppe de la graine des courges , par exemple, et même l'enveloppe extérieure du fruit; enfin les os, c'est-à-dire ces parties dures qui couvrent les noix, les amandes , etc. : mais d'abord ces parties se trouvent dans un petit nombre de plantes , ensuite elles ne sont point assez similaires pour être distinguées d'autres parties, comme la chair, les fibres , le suc , etc.

Les esprits sont une substance subtile et aériforme répandue dans toutes les parties de la j)lante, et dans laquelle réside principalement la force de la vie végétative : cette substance n'a point , comme chez les animaux , des réceptacles propres et perceptibles ; elle semble résider surtout dans la sève et dans la moelle. A l'aide du microscope, Malpighi a découvert dans le corps des plantes de petits vaisseaux béants , creux , qui montent dans le tronc , qui dans les feuilles se croisent comme les mailles d'un filet,

et qui seraient pleins d'une substance spiritueuse; il les a nommés vaisseaux spiritueux ou trachées. Les esprits végétaux peuvent y être, bien que l'auteur cité y voie de l'air, et en fasse comme des poumons par lesquels la plante respire à sa manière.

L'humeur, ou sève, est un suc répandu dans le corps de la plante, analogue au sang des animaux, et qui, comme le sang , sert à l'alimentation des autres parties ; il varie suivant les plantes : il est jaune dans la chélidoine, laiteux dans le figuier, oléagineux dans le sapin , gommeux dans le cerisier, et ainsi de suite; quand il s'aperçoit comme rejeté spontanément par la plante ou comme appelé par la chaleur du soleil , ou quand il sort d'une plaie faite à la plante, il reçoit le nom de larme ; si cette larme est fort aqueuse , elle se distille en gouttes, comme dans la vigne, dont Lactance a dit :

Caudice desecto lacrymat sua gaudia palmes.

Le rameau pleure ses joies par son extrémité coupée.

Si cette sève est plus sèche, elle a une nature plus terreuse, et se concrète en gomme; ou plus oléagineuse, et c'est de la résine.

La chair est une partie plus concrétée de la plante : quelquefois elle est dure et solide , comme dans les arbres : c'est le bois; quand elle reste plus molle, comme dans les herbes et les fruits, elle a le nom de pulpe, et dans l'un et l'autre cas elle est appelée parenchyme.

Les fibres sont des parties allongées de la plante, et elles servent comme de trame à la contexture des autres parties. Certaines fibres sont creuses intérieurement, et l'humeur qu'elles contiennent est aspirée et répandue par tout le corps, comme le sang dans les veines et les artères des animaux; d'autres sont solides et dures, et servent à relier et à raflermir le reste : ce seraient les nerfs. Malpighi , dont nous avons déjà parlé, a découvert, au microscope, dans les fibres, des

petits réceptacles qui se croisent, et qui sont superposés symétriquement : l'humeur exubérante des fibres creuses s'y déverserait pour y subir quelques modifications par un séjour plus prolongé.

Ce sont ces trois dernières parties qui font tous les membres de la plante : la vie végétative y est en pleine vigueur; or pour cette vie il faut trois choses: 1° une substance plus solide , qui donne à l'être vivant de la fermeté et de la consistance : la chair fait cet office; 2° des conduits, ou vaisseaux , par lesquels le suc alimentaire s'aspire, se voiture et se distribue : ce sont les fibres creuses; 3° une humeur susceptible d'être transformée en toutes les parties de \a plante, qui produise aussi les esprits, principes de vigueur dans la plante, comme le sang les produit dans l'animal : il suit de là que rien n'est plus préjudiciable à la plante que l'aridité, qui épuise cette humeur vitale, et avec elle toutes les forces et toute la vigueur de la p)lante.

Les parties dissimilaires et hétérogènes des plantes se composent des parties similaires que nous venons de décrire ; elles sont comme les membres de la jilante : elles se divisent en perpétuelles, qui subsistent toujours, et annuelles, dont les plantes se revêtent et se dépouillent chaque année.

Les parties dissimilaires perpétuelles sont: la racine, la tige, les branches, la moelle et Vécorce.

La racine est cette partie qui, cachée dans la terre, y puise le suc alimentaire, et, par analogie, correspond ou à la bouche de l'animal , selon Aristote et Théophraste, parce qu'elle apporte la première l'aliment, ou , selon d'autres naturalistes, au ventre, parce qu'elle digère cet aliment, et le cuit , avant de l'envoyer dans les autres parties ; enfin elle correspondrait encore aux veines lactées des animaux, parce qu'elle n'absorbe pas une nourriture indifférente, comme fait la bouche, mais un suc alimentaire déjà préparé dans la terre, qui sert d'estomac, et qu'elle le répand comme font les vaisseaux chylifères.

La tige paraît la première hors de terre , et sort simple de la racine ; l'humeur alimentaire y afflue pour se répandre dans les autres parties. La tige des arbres s'appelle un tronc; celle des plantes herbacées garde le nom de tige.

Le rameau part du tronc ou de la tige, comme partent du corps humain les bras, les pieds et les doigts; sa partie la plus rapprochée du tronc s'appelle branche^ celle qui est plus éloignée garde seule le nom de rameau. Le bourgeon est à la pointe du rameau ou de la branche; il contient comme dans des entrailles maternelles l'embryon que le printemps suivant fera éclore.

La moelle est située au centre de la plante; elle est, pour ainsi dire, son cœur et son cerveau : c'est le lieu où résident les esprits végétaux; elle est peut-être l'officine où tout s'élabore; suivant Pline, c'est le meilleur de la plante : idlantoe optimum. Elle varie selon les plantes : spongieuse chez les unes , comme dans le sureau ; charnue chez les autres , comme dans la vigne; ailleurs ligneuse, comme dans le pin; elle est très-dure quelquefois , comme dans le cornouiller ; enfin on en a vu imiter la dureté du fer, notamment dans un arbre de Java, dont parle Scaliger (exercice clxxxi, contre Cardan); plusieurs 2ilcintes ne la laissent plus distinguer du reste du bois : on peut observer ce phénomène dans l'ébénier.

Uécorce est le tégument de la plante : c'est le cuir ou la peau des arbres. On la distingue en plusieurs tuniques, dont la plus extérieure , qui est la plus grossière, retient le nom d'écorce; l'intérieure, celle qui adhère de plus près à la plante,, s'appelle phylire, ou liber : les anciens s'en servaient pour y tracer des écritures, et elle remplaçait chez eux le parchemin et le papier : de là vient le nom des livres (1) ; le papier dont nous nous servons aujourd'hui a

(1) Cette étymologie est assurément fort flatteuse pour cette enveloppe (les ai'bres, elle l'est peut-être ti'op ; aussi y a-t-il des savants qui veulent

lui-même pris son nom d'une plante très-commune dans les marais de l'Egypte, et qu'on appelle papyrus : son écorce était préférable à celle des autres picmfes pour cet usage, et on l'employait généralement autrefois.

Les parties dissemblables , caduques ou annuelles sont les feuilles, les fleurs et les fruits.

La feuille est cette partie de la plante qui lui est donnée pour l'orner et pour protéger son fruit : sa chair est verte et plus molle, son suc est plus abondant, et elle a des fibres; deux choses y sont surtout remarquables : d'abord la couleur, qui presque toujours est verte, et sait cependant si bien se nuancer, que sur un nombre presque infini d'espèces il n'y en a pas deux où elle soit semblable : du plus tendre au plus foncé , du plus terne au plus vif, le vert sait se varier à chaque plante nouvelle ; ensuite la structure et la forme de ces feuilles, si elles ne varient pas à l'infini comme la couleur, elles sont au moins toujours telles qu'il convient pour leur fin propre, c'est-à-dire pour orner la plante et protéger ses fruits: il y en a qui adhèrent immédiatement à la tige de la plante, comme dans les lis et les autres jîiantes bulbeuses; d'autres sont rattachées à la tige et aux branches par un pédoncule ; certaines plantes ont ce pédoncule plus long, comme la vigne; d'autres le portent plus court, comme l'olivier ; ailleurs il est plus fort, plus charnu, comme dans la betterave; d'autres fois il est plus mince et plus délié, comme on le voit dans un grand nombre d'arbres. En outre , les feuilles sont allongées , comme celles de l'iris ; ou arrondies, comme dans le nombril de Féwws; ou lancéolées, comme on les voit au liseron ; ou pointues; quelquesunes ne sont même qu'une pointe, comme dans le genévrier; il y en a dont les bords sont réguliers et droits, comme celles

qu'au contraire le Hher végétal ait tiré son nom des livres à cause de la ressemblance que ses couches accumulées dans un arbre un peu vieux ont avec les feuilles pref=sées d'un tivre. (Voyez Dubreuil, Traité d'arboriculture, tome I , p. 11 , 3e alinéa. )

de l'oxalis; ou dentelées, comme pour la rose ; ou largement échancrées , comme dans la vigne et dans le figuier ; d'autres le sont plus encore, comme dans la fougère, etc.

La fleur est la joie et l'agrément de la plante; c'est son plus bel ornement. Les Pythagoriciens appelaient les astres les fleurs du ciel: on peut dire que les fleurs sont comme les astres de la terre. La fleur perce, en règle générale, une enveloppe verdoyante pour en sortir brillante et fière de ses vives couleurs; elle est comme une flamme, et son nom lui vient de cette image, car 'jilôï, (//ox) en grec signifie flamme. Ce n'est pas ici qu'il faut dire combien la structure des fleurs est variée, habilement distribuée, admirable pour la diversité infinie et la délicatesse extrême de ses nuances, et comment toutes les lois de la symétrie la plus complète y sont heureusement observées.

Le fruit est cette partie de la 2)lante vers laquelle arrive en dernier lieu la vie végétative; il est produit par la plante^ au moment où elle fleurit et où la fleur éclôt, mais il vit aux dépens de la plante aussi longtemps qu'il y est attaché : c'est un enfant qui reste à la mamelle jusqu'à ce qu'il soit sevré. Quelquefois le fruit n'est que la semence, simple ou entourée de son enveloppe, comme pour le froment et beaucoup d'autres plarites; d'autres fois c'est une chair surabondante qui est venue se surajouter à la semence : ainsi sont les pommes, les poires , etc.

Outre ces parties principales , il y en a d'autres qui sont comme au service des premières : telles sont dans le lierre ces radicules dont il se sert comme de griffes pour s'accrocher aux arbres et s'élever; dans la vigne, dans les pois et mille autres plantes, ces vrilles, ces clavicules, qui se plient comme nos doigts autour de leurs appuis ; dans les roses, ces épines dont elles sont armées; dans la plupart des fruits, la coque et les autres téguments qui les défendent.

Ces parties dissimilaires ne sont pas toutes dans toutes les

plantes; on en trouve seulement quelques-unes dans chaque plante. Il n'en est point dont quelque x)lante ne manque : ainsi le champignon n'est qu'une racine: il n'a ni tronc, ni rameaux, ni feuilles, ni fruits, etc.; le gui et les autres plantes de ce genre, qui viennent sur l'écorce des arbres, n'ont point de racines propres; le jasmin n'a point de fruit; le figuier n'a point de fleurs; l'asperge sauvage n'a point de feuilles; le jonc n'a point de rameaux. Toutes ]es plantes ne pouvaient pas avoir la même perfection.

Quant à la raison pour laquelle la plante plus parfaite se distingue en tant de parties, elle se trouve dans les fins vers lesquelles son ensemble est ordonné ; ces fins sont au nombre de trois : d'abord la vie de la plante et ses opérations vitales, car chaque être s'adapte avant tout à ses opérations; c'est ensuite l'ornement de la terre; c'est enfin le service des animaux. Comme la vie végétative ne peut subsister sans nourriture, il fallait avant tout à la plante des racines cachées en terre, et chargées d'aller y prendre les sucs nutritifs. Mais tout tie devait pas re-ter enseveli : \di plante devait donner à la surface de la terre un ornement, aux animaux des services : une partie de la plante s'élèvera au-dessus de la racine , et formera la tige ; celle-ci sera protégée contre l'inclémence des saisons et des éléments au moyen d'une ou de plusieurs écorces ; l'écorce sera , suivant les besoins , dure comme une cuirasse ou molle comme un simple vêtement. Les arbres qui , par leur durée, sont plus longtemps exposés aux intempéries , l'auront plus fournie et plus forte ; dans les plantes plus faibles et moins vivaces, pour lesquelles le ciel n'a que des regards bénins, et que le sol favorise, l'écorce ne sera qu'une tendre enveloppe. Les plantes herbacées et beaucoup d'autres, qui vivent peu de temps, seraient, du reste, trop molles pour supporter une enveloppe plus dure. Cependant le tronc ne se prête pas à porter et entretenir les fruits, on lui adjoint des branches et des rameaux qui feront ces offices et distribueront où il faut l'ali-

ment que le tronc porte en abondance. La plante ne pouvait rester nue, la nature y attache les feuilles, qui protègent les fruits et la semence contre les pluies et les grêles, qu'elles arrêtent, et contre les ardeurs du soleil, qu'elles modèrent à propos : aussi les/j?a?<fes dont les fruits sont plus délicats et plus sensibles aux coups des éléments ont- elles des feuilles plus larges et plus fortes, comme le figuier : dans ces feuilles de figuier, les larges échancrures ont pour but de modérer, tout en l'acceptant, l'action des rayons solaires sur le fruit, qui demande une grande chaleur, mais ne veut la recevoir que lentement. Les feuilles des cucurbitacées sont trèslarges, afin de protéger plus complètement les ramifications de la lolante, que leur longueur rend si tendres, et d'ombrager les fruits, qui lors de leur formation ne peuvent supporter la chaleur. Quand les fruits sont plus vigoureux, ou quand ils sont déjà protégés par les enveloppes dures, les feuilles s'amincissent, et ne semblent faites que pour l'ornement : c'est ce qu'on voit dans le pin , son fruit est sous une enveloppe ligneuse; il se cache encore sous une épaisse coque, et il n'a évidemment rien à craindre ni de la chaleur du soleil, ni de l'action délétère de la pluie: enfin l'humeur alimentaire que les fibres transportent, outre la substance spiritueuse, cherche un lieu qui lui convienne : la moelle semble chargée de la recevoir, et sa distribution se ferait par les vaisseaux spiraux ou trachées de Malpighi.

Mais l'œuvre capitale de la vie végétative , c'est la génération, qui perpétue l'espèce; pour elle, le fruit a été donné à la plupart des plantes. Dans ce fruit se consomment les eflbrts, quelquefois même la vie de la plante; il en est la partie la plus parfaite. Pour célébrer avec plus de pompe cette joie de la nature et une œuvre si belle, le fruit est annoncé par les fleurs. La plante exprime à sa manière sa joie et son bonheur, au moment de donner au monde une semence et un fruit qui viennent d'elle. Alors, dit Gassendi, répanchement et la distribution des esprits se font dans la

fleur, qui est toujours la partie la plus subtile de la plante, à rimitation de ce qui se passe pour les animaux.

Mais afin que la plante ne travaille pas pour elle seule, elle donne avec la semence une chair délicate, qui semble moins faite pour garantir la semence que pour nourrir les animaux; il en est ainsi des pommes, des poires, des glands, etc. Les plantes qui n'ont point de fruits bons à manger nous offrent des feuilles recherchées, comme plusieurs légumineuses , ou des aspects majestueux pour l'ornement de nos jardins, comme le cyprès, le cèdre, le peuplier, qui sont dits arbres d'agrément. Impossible de dire avec quel art la nature a protégé cette partie qui est la plus noble de la plante, en la couvrant d'écorces, comme les noix et les pommes de pin, en l'armant de pointes, comme la châtaigne, etc. Le fruit est lui-même disposé avec une délicatesse exquise ; certaines semences ont, pour se transporter au loin, des ailes, tissues d'un coton fin et subtil, que le vent soulève et tient suspendues jusqu'à ce qu'elles aient gagné leur nouvelle patrie, sans doute parce qu'il ne convient pas aux plantes de cette nature de se trouver trop rapprochées les unes des autres.

De tous ces faits et d'autres semblables, que nous ne pouvons rapporter plus longuement et qu'on a pu observer dans les 'plantes, ressort un argument manifeste de la Sagesse divine; ne pas le comprendre, c'est se montrer plus obtus, plus stupide que les plantes et que les pierres elles-mêmes. C'est bien l'œuvre d'une intelligence que de tendre vers une fin, de construire et d'appliquer des instruments à des usages fixes, de pourvoir à toutes les nécessités d'une chose, de disposer tout avec ordre , symétrie et art. L'œuvre de la fortune ou du hasard se reconnaît au manque de direction, à la confusion entre le nuisible et l'utile, le propre et l'impropre, au défaut d'ordre, de symétrie et d'art. En voyant les plantes dans toutes leurs parties si sagement disposées et adaptées à des usages fixe^, fournies avec tant de pré-

voyance de tout ce qui peut leur être nécessaire, si savamment ordonnées avec une symétrie et un art irréprochables , quel esprit pourra se refuser à saluer là l'œuvre d'une Sagesse et d'une Intelligence suprêmes?

Division de la plante en ses espèces.

Les espèces des plantes sont si nombreuses, que pour les énumérer il faudrait plus d'un volume. Nous ne parlerons ici que des plus remarquables.

Premièrement. Les plantes peuvent se diviser en parfaites et imparfaites. La plante parfaite a une racine et une superficie. Les naturalistes entendent par superficie tout ce qui sort de la racine au-dessus de terre , que ce soit feuille, tige ou tronc, hd, plante imparfaite est dépourvue de l'une ou de l'autre de ces deux parties, ou ne la contient qu'imparfaitement et par analogie. Telle est la truffe, racine qui ne germe pas , tubercule que l'on croyait conçu dans le sein de la terre, quand le ciel tonne, que Pline appelle lèpre de la terre; et encore le champignon, qui n'a point de racine proprement dite, mais quelque radicule à la base ; ce dernier se subdivise en plusieurs espèces, dont les unes sont vénéneuses , les autres inoffensives et même agréables à manger, et les autres médicinales. Telle est encore l'agaricée, sorte de racine fongueuse, blanche, luisante à l'obscurité, qui naît sur les arbres, surtout près du Bosphore- Cimmérien, sur les bords du fleuve Agarun. Quelques naturalistes mettent parmi les plantes imparfaites le gui du chêne, si célèbre dans les cérémonies druidiques , et les autres plantes qui, nées sur les arbres, s'y développent et y vivent, sans racines propres, du suc de l'arbre qui les porte, comme ces parasites qui s'entretiennent et vivent à la table d'autrui.

Les plantes parfaites sont ordinairement divisées en arbres, arbustes et herbes. "L'arbre est \xne plante ligneuse, n'ayant qu'une tige appelée tronc, et destinée à croître dans les plus grandes dimensions, comme le chêne, l'olivier, le figuier, etc. 'Uarbuste est une plante ligneuse , à plusieurs tiges partant de la racine et ne s'élevaut jamais très-haut, comme l'auhépine, le noisetier, l'églantier, etc. Uherbe est une plante foliacée à partir de la racine , sans tige ou à tige très-peu ligneuse, comme la laitue, la hetterave, etc. La distinction de ces trois espèces n'est pas tellement marquée qu'on ne voie souvent les herbes les plus fortes, par exemple la sauge et la mauve, chercher à égaler les arbustes, et ceux-ci, en particulier l'arhousier, le houx, et le noisetier, s'élever comme des arhres.

Les arbres sont dits fruitiers, sauvages, ou forestiers. La même division convient aux arhustes et. aux herbes, quoique par nature toutes les plantes soient sauvages; comme il en est qui n'ont pas besoin de culture, ou que la culture n'améliore point, on les distingue sous le nom de sauvages; les autres exigent la culture et les soins de l'homme, et dégénèrent, ou même se perdent quand elles en sont privées.

Parmi les plantes sauvages ou forestières , les unes aiment la montagne, d'autres cherchent la plaine ou même les eaux. Celles des montagnes, au moins les plus remarquables, peuvent se diviser, selon leurs fruits, en glandiferes, conifères et baccifères. Parmi les glandifères , Yesculus, chêne à gland doux, tient le premier rang, et par ses feuilles et par ses branches. Ensuite viennent le chêne commun , \e suber ou chêne-liége, Vilex ouchênevert, le hêtre, et même le châtaignier, dont le fruit, bon à manger, et armé d'une enveloppe de pointes , a été appelé gland de Jupiter ; peul-èive ce nom a-t-il donné lieu à cette idée assez répandue, que les premiers hommes se nourrissaient de glands.

Les arbres conifères sont ceux dont les truits sont contournés en manières de cônes. Parmi eux, il faut nommer d'abord en quelques terres le cèdre; il croît surtout dans le Liban, où on compte encore environ vingt-huit, très-anciens, qui, suivant la tradition, auraient été semés par Salomon ; c'est le plus grand des arbres connus , c'est aussi celui qui se conserve le plus longtemps ; son bois est moins que tout autre sujet à la corruption ; on l'a souvent pris pour le symbole de l'éternité. Le sapin a presque les dimensions du cèdre; le mélèze en imite l'incorruptibilité. On peut nommer encore le cyprès, le j^in, etc.

Parmi les haccifères , il faut compter le huis, toujours vert, dont le bois dur est très -employé aux travaux du tourneur, le genévrier aux feuilles pointues, le lentisque, qui fournit une résine dite 'inastic, etc.

On peut ajouter d'autres arbres encore , moins remarquables par leurs fruits que par les dimensions qu'ils atteignent sur les montagnes : Vorme, le frêne, dont l'ombre est, dit-on, mortelle au serpent, le tilleul, etc. Il faut encore compter certains arhustes, tels que le genêt, V aubépine, le romarin, qui répand un si doux parfum , et mille autres qui croissent sur les montagnes et dans les lieux arides.

Parmi les liantes aquatiques, on remarque le saule, le p)euplier, Vaune, qui se plaît sur les bords des marais ; Vorme, autour duquel la vigne aime à s'enrouler; \q platane, dont les feuilles sont si larges, et les rameaux si abondants, etc.

Parmi \es plantes de jardin, il y en a qu'on cultive pour le parfum ou la beauté de leurs fleurs ; d'autres nous paient de nos soins par leurs fruits. Parmi les premières est le laurier, au feuillage toujours vert et odorant; le myrte, remarquable par le parfum et l'élégance de ses feuilles et de ses fleurs; \ejas)yiin, arbuste qui ne produit point de fruits, mais dont les fleurs sont très-belles; le rosier, toujours et partout chanté, et plusieurs autres petits arbres ou arhustes j

car nous avons dit qu'il ne fallait pas exclure ces derniers de notre énumération .

Varmilesplantes fruitières, les unes présentent, à l'extérieur du fruit, ce qui est bon à manger, et gardent intérieurement la partie dure ; d'autres couvrent un fruit délicat sous une enveloppe consistante; celles-ci ont un fruit tout entier charnu et mangeable. Au premier genre se rapportent le prunier, le cerisier, le pêcher, Yahricotier, etc., et les innombrables espèces où s'épanche la libéralité de la nature envers nous : Volivier, et bien d'autres encore. Au deuxième genre, on rattache les espèces si nombreuses du noyer, parmi lesquelles X amandier, le noisetier et aussi le châtaignier et le pin ; car ces derniers, bien qu'ils parviennent à une grande hauteur dans les forêts , peuvent aussi par la culture être amenés à porter des fruits plus délicats et meilleurs. Les arbres du troisième genre sont, avant tout, \e pommier et \e poirier, dont personne n'a pu énumérer encore les espèces si nombreuses. On y ajoute : V oranger, ou pommier d'or, qui a reçu son nom de la couleur de son fruit, et dont les feuilles sont toujours vertes et odorantes; le citronnier, dont le fruit oblong devient quelquefois très-gros; le grenadier , le figuier, dont le fruit est si suave; lei^ùrier, dont les feuilles, qui nourrissent les vers à soie, font oublier le fruit, cependant assez doux; enfin la vigne, qui nous fournit le vin, et que l'on ne saurait trop louer pour la suavité de son fruit.

Remarquons ici que les arbres fruitiers sont non-seulement assez féconds pour nous donner des fruits en grande abondance, mais qu'ils ordonnent leurs productions de manière à ce qu'elles arrivent toutes à temps. Il y en a qui sont difficiles à conserver, comme les cerises, les prunes, les figues ; d'autres, au contraire, attendent patiemment l'heure où nous voudrons les utiliser : ce sont les noix, les pommes, les poires, etc. Les premières sont précoces, ou viennent pendant l'été; les autres attendent l'automne, et font nos

provisions d'hivei'. Comment ne pas reconnaître sous cet ordre merveilleux, non -seulement la munilicence d'un Père, dont la main est toujours ouverte, mais encore la prévoyance d'un dispensateur sage et économe?

Or presque tous ces arbres sont habitués à nos contrées ; mais il en est d'autres qui nous sont connus et utiles par leur fruit, leur écorce, leur gomme, ou par quelque autre partie d'eux-mêmes , qui n'ont pourtant jamais pu s'acclimater chez nous. Tel est le cannelUer, arbre de Ceylan, delà grandeur de Volivier, par les feuilles pareil au citronnier, vert comme le laurier, blanc par sa fleur, et dont le fruit, noir et rond, ressemble à nos amandes. L'écorce de cet arbre est double, celle qu'on emploie et qu'on nous apporte est la cannelle; c'est l'écorce interne. Ensuite, il y a la caryophyllée , de la forme et de la dimension du laurier, dont les feuilles sont plus étroites , et qui vient de la même île ; ses fleurs sont très-odorantes. Nous les recevons dessé chées, sous le nom de clous de girofle. Le poivrier est un arbuste semblable à nos liserons grimpants ; ou le sème ordinairement près des racines des autres arbres, il donne des graines en grappes qui sont nos grains de poivre. On peut ajouter Varhre à encens, qui vient à Saba en Arabie, et qui par des fissures naturelles, ou des incisions pratiquées à sa surface, laisse couler en abondance cette résine si célèbre sous le nom d'encens. L'arbuste qui produit la myrrhe vient aussi de l'Arabie; il ne dépasse pas huit pieds de hauteur; sa tige est épaisse, dure, épineuse; ses feuilles sont crispées; une incision pratiquée sur cette tige fait distiller cette goutte précieuse de gomme qu'on appelle stade. Le haumier est un arbuste de Judée , haut à peine de trois à quatre pieds, semblable à la rue, et toujours vert. Si une incision est pratiquée sur son écorce, ou par du fer, selon Théophraste et Dioscoride, ou, si l'on craint que le fer n'attaque les principes vitaux de cet arbre, par du verre, de la pierre, ou un couteau en os, suivant le conseil de Pline , \e, m, 31

482 PHYSIQUE, rv. partie, thèse unique.

haumier épanchera cette liqueur précieuse que, dit Gassendi, on ne trouve presque jamais sans altération. Le haume qui nous vient de la Nouvelle-Espagne provient d'un arbre de la grandeur du grenadier. Nous ne mentionnons pas d'autres arbres étrangers, que l'on trouve dans les deux Indes. Mais il ne faut pas omettre absolument cet arbrisseau de Tartarie, connu seulement de réputation, que les Tartares de la horde Zavolha nomment horamez , c'est-à-dire agneau, quand il est dans sa croissance. Cet arbre dont parle Surius (dans ses commentaires de l'an 1640) et aussi Scaliger, et qui a donné mille soucis à bien des savants, aurait la figure d'un agneau ; sa hauteur serait à peu près de trois pieds; ses branches formeraient les pieds, le sabot, les oreilles et toute la tête de l'animal, excepté les cornes ; cellesci seraient remplacées par une sorte de poils , représentant une seule corne. Cette plante serait entourée d'une enveloppe très- légère, dont les gens du pays se servent pour se couvrir la tète ; on dit que sa pulpe interne ressemble à la chair du homard, et elle donnerait du sang aux incisions qui lui seraient faites. Entourée d'herbes, elle vivrait comme l'agneau dans la prairie , et périrait quand les herbes se sèchent. Elle serait fort recherchée par les loups, mais non par les autres bêtes fauves ; cependant on ne dit pas qu'elle manifeste aucune sensibilité, comme les zoophytes. Je ne répète tous ces détails que sous la responsabilité des auteurs que je viens de nommer. Que cette plante reproduise ainsi les formes d'un agneau, ce n'est pas tout à fait inouï, puisqu'on nous rapporte que certaines plantes ont la forme d'abeilles, de mouches, d'hommes dépouillés, de tête d'animaux, de bras , de pieds, etc. ; mais qu'elle en ait ainsi les allures, c'est fort difficile à croire. Voyez sur ce point le Triomphe de la Botanique , par Henri Corvin, rapporté par Kircher (liv. III de la Chaîne magnétique, part. V, chap ii).

Nous avons parlé des arbustes en même temps que des arbres; venons maintenant aux herbes.

Vherhe est une autre division de la plante; elle comprend une multitude inombrable d'espèces. Pour donner un ordre quelconque à ce que nous voulons en dire, observons que les unes poussent sans culture, et que les autres ne réussissent que sous les soins et la surveillance de l'homme; on en trouve de la première espèce sur les montagnes , dans les prairies, au milieu des forêts et au-dessus des eaux douces, saumàtres et même salées; il n'est pas un coin de la terre que la Providence ait oublié, et qui n'ait des herbes appropriées à sa nature.

Parmi les herbes des montagnes, les plus remarquables par leur parfum sont la lavande, le thym, le serpolet, la calamine, la plante dite saxifrage, parce que croissant auprès des pierres, elle arrive souvent à traverser leur épaisseur; Yangéliqiie, dont la vertu est remarquable contre les poisons, la peste et toutes les maladies contagieuses ; le dictame de Crête, qui, dit-on, facilite les enfantements, et fait sortir le fer des blessures qui l'ont conservé. Dans les prairies poussent le chiendent, le coquelicot, le bluet, surtout au milieu des blés; plusieurs espèces de chardons ei mille autres sortes àlierbes.

Les plantes qui recherchent l'ombre ou l'eau sont la fougère, le cheveu de Vénus, \e plantain, employé en médecine, la bétoine, la fumaria, ainsi appelée, parce qu'elle fait pleurer les yeux, comme la fumée; la grande et Isl petite centaurée, salutaires au cœur et au foie , et pour cette raison appelées cardiaca et hepatorium.

Parmi les plantes aquatiques et marécageuses nous remarquons les joncs et les roseaux , dont les espèces sont très-nombreuses. L'espèce la plus digne d'attention est le roseau saccharifère , ou canne à sucre: il est à l'intérieur rempli d'une moelle fort estimée; puis la centimorbe , ainsi nommée parce qu'on lui attribuait la force de remédier à une foule de maladies; pour le même motif, la scrofulaire s'est appelée quelquefois millemorhia. Il y a en outre les

genres si variés des algues, dont les feuilles et les fleurs se reposent au niveau de l'eau. Quant aux herbes marines, elles sont ordinairement auprès des rivages; on y compte des espèces variées de joncs: le jonc marin, le cresson alénois , ]a passenade marine, etc. Cependant il en est au fond même de la mer, et elles forment des sortes de bancs, comme les coraux; on en voit d'autres y occuper de vastes surfaces et former comme des prairies liquides; s'il faut en croire Gassendi, il y en a dans le nombre qui, bulbeuses dans leurs racines et dans leurs feuilles, tout entourées d'appendices longs et tenaces, descendent à plus de cinquante pieds dans l'eau, et s'élèvent hors de l'eau d'environ quinze pieds : elles opposeraient par là, suivant le même auteur, un véritable obstacle à la marche des navires.

Quant aux herbes qui reçoivent la culture, elles sont plantes d'agrément ou potagères ;\\ y en a aussi quelquesunes qui sont médicinales ; mais celles-ci en général viennent sans culture sur les montagnes, ouïes rochers, dans les prairies ou les marais , et réussissent peu quand elles sont cultivées ; ainsi , en peine du péché , nous devons chercher notre nourriture à la sueur de notre front; mais si nous sommes malades, la nature, comme une mère pleine de miséricorde , nous fournit libéralement les remèdes pour ne pas ajouter l'affliction à l'affliction.

Les herbes cultivées pour Yagrément se recommandent par la suavité de leur parfum , ou par l'élégance de leurs fleurs, ou même par l'une et l'autre : ainsi fait le lis, que les Grecs appelaient fleur des fleurs, rose de Junon, don de Vénus, et les Latins fleur royale: ce nom désigne proprement cette fleur admirable par sa blancheur et par l'abondance de ses parfums , que nos jardins renferment , et moins précisément d'autres fleurs encore, notamment le lis que l'Écriture appelle des vallées, que Gassendi croit être le grand muguet ; oni^eutaioulerldLgirofléeelY œillet, siremarquahles par leur odeur, leur structure élégante et l'admirable variété

de leurs couleurs; il y a encore le narcisse, la violette, et mille autres. Les tulipes, au contraire, ne se recommandent que par la multiplicité infinie des couleurs, ainsi que Y anémone, la renoncule, et leurs innombrables variétés.

Parmi les plantes aromatiques, nous distinguons la marjolaine , le basilic, etc.

Les plantes potagères peuvent se réduire à trois principales classes : les grains, les légumes et les siliqueuses. Les premières se cultivent dans les champs, et servent à la panification : le froment, le seigle, V avoine, Vorge; puis le riz, le millet, \e pojiic, etc. Les légumes sont toutes les herbes que dans les jardins on cultive pour les manger, soit dans une de leurs parties, la racine: comme \e panais, la rave, le radis, la carotte, et plusieurs autres; ou la tige, comme V asperge; ou les feuilles, comme le chou, etc.; ou le fruit, comme les concombres , les courges, les melons et les artichauts ; on peut y ajouter des herbes qui servent de condiments: le fenouil, Vanis, la menthe, et autres. 'Lesplantes siliqueuses sont celles qui portent dans des cosses une semence bonne à manger ; tels que la fève, le pois, la lentille.

Si nous avons insisté plus qu'il ne convient pour faire connaître la division des plantes, on nous le pardonnera en admirant dans tous ces détails la Providence divine, si magnifique dans ces ornements de la terre, si sage dans la distribution de ces richesses , si bonne de les mettre ainsi à notre portée.

ARTICLE TROISIÈME

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