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DES SENS EN GÉNÉRAL

Il y a deux sortes de sens : le sens externe, et le sens interne. Nous parlerons ici de l'un et de l'autre en général , nous les examinerons ensuite en particulier.

Le caractère d'une faculté se reconnaît aux actes qu'elle produit; nous aurons donc une idée générique du sens, en le considérant dans son opération propre, et cette opération, c'est la connaissance sensitive. Pour l'expliquer clairement, il nous faut dire d'abord ce que c'est que la connaissance en général, il sera facile ensuite de saisir les caractères spéciaux de la connaissance sensitive.

La connaissance en général , c'est l'opération par laquelle l'être vivant se perçoit lui - même , ainsi que les choses qui sont en lui. Cette définition donne une notion complète de son objet , car on n'entend généralement pas autre chose sous ce nom que cette fonction vitale par laquelle nous percevons , appréhendons et discernons et nous-mêmes et les choses qui sont en nous; assurément l'opération est pour chacun de nous beaucoup plus facile à faire qu'à exprimer.

Il suit de là que la connaissance est renfermée dans le sujet qui connaît ; on ne connaît les choses extérieures qu'autant qu'on les a en quelque sorte fait pénétrer en soi-même ; c'est la doctrine constante de saint Thomas (F^ part., quest. XII, art. 2 et 4; Item, quest. xiv, art. i, etc.).

C'est une conséquence claire de la notion déjà donnée de la connaissance; elle est confirmée :

1° Par l'expérience; en effet , nous ne connaissons nullement les choses extérieures dont il n'y a point en nous d'impression ;

2° Par les noms dont on se sert pour désigner la connaissance ; ils indiquent tous que la connaissance est tout entière dans le sujet qui connaît : percevoir, concevoir, appréhender, apprendre, comprendre, faire entrer dans son esprit, retenir, saisir, intellection ou lecture intérieure;

3" Par le genre, auquel se rattache l'action cognitive; ce n'est point une action transitoire , ce n'est point une diffusion de soi-même, une extension de la perfection intérieure d'un être sur ce qui lui est extérieur; elle ne part pas d'un agent pour être reçue dans un sujet externe passif, et le modifier; c'est une action immanente , autrement dit , demeurant à l'intérieur, c'est une force interne, une perfection assujettie dans l'être vivant, proportionnée à cet être, et qui, loin de dépasser les termes de cet être, pour s'étendre au dehors, se renferme entièrement au dedans d'elle-même.

De ces principes incontestables il résulte clairement, et Durand est seul à le nier (liv. II, dist. m, quest. vi), qu'il y a des espèces dites intentionnelles, autrement dit des idées, ou, sous quelque nom qu'on les veuille désigner, des formes des choses connues, au moyen desquelles les choses extérieures se représentent à celui qui les connaît. Les choses extérieures ne peuvent être connues , si elles ne sont dans celui qui les connaît, nous venons de le dire; or elles ne peuvent y être que par une certaine forme d'elles-mêmes;

car rien n'est, ni ne se rencontre dans un genre quelconque d'être sans avoir une cause formelle, qui lui donne d'être et qui le rattache à l'être ; la forme est l'acle formel de l'être, il faut donc que la forme de l'objet extérieur connu soit dans celui qui connaît; non sans doute la forme naturelle, qui est dans l'objet même, celle-ci ne quitte pas l'objet, mais une autre forme qui la remplace et la reproduit, et qu'on nomme espèce intentionnelle.

De ce qui précède, on conclura clairement : l» la nécessité de ces espèces ou images; 2» leur fonction propre; 3° leur nature. Leur nécessité, car il faut que les objets soient dans celui qui connaît, puisque sa vertu cognitive ne s'étend pas hors de lui; leur fonction, qui n'est autre chose que de représenter les objets , c'est-à-dire de les rendre présents à la faculté de connaissance, afin que celle-ci puisse les percevoir; leur nature enfin, car ce sont les objets eux-mêmes , mais dans un nouvel ordre d'être, dans l'être représentatif; la forme de la maison dans l'esprit de l'architecte, est-elle autre chose que ce que sera la maison extérieurement dans son être propre et matériel? Ceux-là donc changent mal à propos la nature de V espèce, qui veulent qu'elle ne soit pas foi'mellement l'objet lui-même, ou la représentation formelle de l'objetj mais une sorte d'instrument de motion ou d'impression, par laquelle l'objet appelle l'esprit à prendre connaissance de lui. La fonction propre de cette image est de représenter l'objet et de le i^endre présent; elle n'en ferait rien si elle n'était la forme elle-même de l'objet; celui qui la connaît ne percevrait pas davantage l'objet à son contact, il se sentirait seulement modifié par quelque chose d'extérieur et d'inconnu : comme lorsque nous sommes frappés sans voir clair, nous comprenons les coups comme coups , mais nous ne savons rien de celui qui a frappé, parce que les coups ne sont pas son image , mais seulement des mouvements dirigés par lui.

Ainsi l'on comprend ce que dit souvent Aristote ; L'âme,

en connaissant, devient toutes choses, et celui qui connaît s'identifie avec l'objet connu. Telle est , en effet , la nature de l'être qui connaît, que, sans se dépouiller de ce qu'il est, il peut revêtir des formes étrangères d'une manière à lui propre, et ainsi se transformer. D'où il résulte que par la même faculté vivace, par laquelle il se perçoit lui-même, il peut aussi percevoir des choses extérieures, et s'y transformer, et encore, qu'il y a pour une seule et même chose deux états , et comme deux mondes, l'un naturel et l'autre intentionnel. Ce que les choses sont en elles-mêmes naturellement, elles le sont intentionnellement dans ceux qui les connaissent. Ainsi ce que Boèce a dit de Dieu : « Infiniment beau par lui-même, il porte dans sa pensée un monde tout rempli de beauté , »

Mundum meiite gerit pulchruni pidcherrimus ipse,

se retrouve proportionnellement dans la créature douée de connaissance. Voilà pour la connaissance en général.

Avec ces principes, il nous faut expliquer la connaissance sensitive. On voit déjà assez clairement ce qu'elle est. C'est une fonction vitale, par laquelle l'animal se perçoit luimême, et perçoit aussi tout ce qu'on désigne sous le nom d'objets sensibles. Il est également certain qu'il faut pour cette sensation une sorte d'espèce ou image , et nous avons vu déjà qu'en dehors de celte espèce il ne peut y avoir de connaissance, l'objet restant toujours en lui-même extérieur. Quelle est la nature de cette espèce? Voilà ce que l'on cherche, et les opinions sur ce sujet sont fort partagées.

Il est des philosophes qui pensent que ce ne sont point proprement des espèces qui sortent de l'objet pour frapper les sens, mais que les fibrilles des nerfs , ou les esprits que ces nerfs renferment, sont émus diversement par les objets , et que la sensation n'est autre chose que la perception de cette commotion. Descartes veut que la connaissance des choses

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sensibles s'accomplisse quand l'âme, excitée par cette commotion des fibres, devient attentive sur certaines idées qui lui sont naturelles, idées de couleur, de lumière, de son, de saveur, etc., lesquelles ne sont point des images de choses extérieures à Vàme, mais des sortes de fantômes qui n'ont rapport à rien de la nature extérieure. Epicure, enfin, et ses disciples veulent que les espèces sensibles soient des effluves substantiels, et comme de petites membranes partant de la surface des corps pour nous en apporter la figure ; expliquons notre propre doctrine.

Première conclusion. — Les espèces qui produisent la sensation ne sont point des commotions de fibres ni d'esprits, cène sont point de vains spectres, auxquelsrien ne correspond dans l'objet; ce sont les formes intentionnelles des objets qui sont perçues par les sens.

Prouvons la conclusion dans toutes ses parties, au moyen des principes déjà posés. Les objets extérieurs ne peuvent être connus , s'ils ne sont dans celui qui les connaît par une espèce d'eux-mêmes. Ornous percevons par les sens, non-seulement le mouvement qu'y impriment les objets , mais encore ce que les objets sont en eux-mêmes : mes yeux me font voir d'un arbre la figure, la hauteur, la position, la quantité des branches, la différence de ces branches entre elles, etc., et tout cela^ quand je puis le vérifier par un autre moyen, est bien dans les proportions où je l'ai perçu; donc mon âme n'a pas été simplement ébranlée , mes sens n'ont pas perçu un vain spectre, mais j'ai en moi une image vraie de toutes ces choses; c'est cette image qu'on dénomme une espèce. Quand ils passent par l'ouverture étroite d'une chambre obscure, les objets reproduisent cette espèce d'eux-mêmes, ou la figurent sur une feuille de papier qui est au fond de la chambre; nous en parlerons plus loin; or cette vertu admirable, les objets l'ont reçue de Dieu au bénéfice de l'œil animal , où ils peuvent ainsi se peindre tels qu'ils sont. Cette

expérience nous fait voir comment l'image de l'objet est reçue dans les sens, au moins dans celui de la vue, et de ce dernier on peut conclure ce qui arrive pour chacun des autres proportionnellement.

Confirmation. Les sens, ainsi que l'observe si justement saint Thomas (II*' part, de la 11«, quest. clxvii, art. 2), nous sont donnés par Dieu, non-seulement pour protéger notre vie et pour percevoir les mouvements qui nous arrivent des objets extérieurs, nous les avons encore et surtout pour que les œuvres de Dieu nous soient connues , et pour que notre intelligence tire profit de cette connaissance. Or cela ne se ferait pas s'ils ne représentaient que les impressions produites en nous par les choses ; ce but serait même impossible à atteindre, si, comme Descartes le veut, ils ne nous apportaient que des fantômes de couleur, de lumière, etc., nous faisant croire à tort que ces impressions ont leur base dans les objets. Ces impressions sont donc bien certainement les images fidèles des objets.

Descartes répond que les objets sont bien tels qu'ils sont représentés dans Vespèce sensible pour la figure, la dimension, etc., mais non pour la lumière et la couleur, etc., parce que ces derniers accidents sont de pures idées que nous nous faisons , et auxquelles rien ne correspond réellement dans l'objet.

Mais, au contraire : D'abord cette exception est gratuite ; ensuite elle répugne à l'idée que nous devons avoir de la sincérité de Dieu : il ne nous aura pas dopmé des sens trompeurs , nous indiquant dans les choses ce qui n'y est point; or nous ne voyons pas moins clairement la lumière et la couleur dans les choses, que nous ne percevons la figure, la dimension, la quantité , etc. : donc, ainsi que ces dernières, les premières qualités sont réelles; autrement nous serions trompés par la nature même, et nous subirions les illusions les plus absurdes. Vous figurerez -vous jamais qu'en apercevant le soleil , qui brille à nos regards, et en

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prenant occasion d'admirer le Créateur, qui lui a donné ces splendeurs, nous ressemblons simplement à un fou qui, voulant voir dans une fourmi la grosseur d'un éléphant, s'étonnerait d'une pareille taille , et bénirait Dieu d'y avoir mis une manifestation de sa toute-puissance?

Objection. Non moins que les sensations de couleur et de lumière, la sensation de douleur est en nous; or elle n'est point dans les choses elles-mêmes : on peut donc en dire autant de la lumière et de la couleur.

Réponse. Descartes s'est servi de cet exemple ; mais il est plutôt contre lui : car le sens nous dit que la douleur, loin d'être dans les choses, est excitée en nous du dehors; au contraire , la couleur et la lumière nous sont présentées clairement , non comme une affection de l'œil , mais comme une qualité de l'objet. Cette objection prouverait donc plutôt la sincérité des sens, puisqu'ils refusent simplement de reconnaître dans les choses un efïet qui n'y est pas réellement, c'est-à-dire la douleur.

Instance. Le son n'est assurément point dans les choses, c'est une pure idée ; cependant nous le percevons comme s'il existait.

Réponse. Cette instance est une nouvelle preuve de la sincérité des sens : le son ne nous arrive point comme étant dans la chose même, à la façon de la couleur; nous le saisissons comme une modification de l'air ébranlé , qui parvient jusqu'à l'oreille; c'est un signe qui nous prévient de la collision des corps : la sincérité ^des sens est donc certaine, puisqu'ils discernent clairement ce qu'il y a dans les choses extérieures , et ce qui vient en nous et part de ces choses : une épée est pointue, large et grise; je la vois de mes yeux; je la touche de ma main; .ses qualités sont en elle; si on s'en sert pour me frapper, je sens bien que la douleur n'est point en elle, mais en moi par elle; elle rend un son, j'entends bien qu'il ne l'affecte pas elle-même, mais moi , qui suis averti par ce son d'un mouvement de

l'air. Tout cela est bien clair et bien conforme à ce qui se passe réellement.

Si les sens amènent quelques erreurs, c'est par suite d'une disposition défectueuse dans l'objet, dans le milieu ou dans l'organe, et cela prouve encore que leur témoignage est en soi irrécusable , puisqu'ils ne nous trompent que par accident, et lorsque la représentation des espèces est compromise. Écoutons Cicéron rendre grâces au Créateur de cette merveilleuse justesse (liv. IV, des Quest. acad.) : Les jugements des sens sont si clairs, dit-il , qiw si nous étions consultés, et que Dieu nous demandât si nous sommes contents de ce que nous avons , ou s'il nous faut davantage, je ne vois pas que nous jouissions rien réclamer de plus exact et déplus complet.

Deuxième conclusion. — Les espèces ne sont point innées dans les sens, elles sont produites par les objets.

On le voit d abord par l'expérience. Entre les objets extérieurs et les espèces sensibles il y a la même dépendance et la même connexion qu'entre la cause et l'effet; qu'aurait fait Dieu sinon ce qui existe , si , par exemple , il eût voulu mettre dans les objets visibles la vertu de causer leur image dans la qualité visive ?

Par la raison; car à des causes corporelles il faut des effets corporels. Or les espèces sensibles sont des effets corporels ; elles sont reçues dans le sens , qui est une faculté corporelle : à bon droit donc nous leur donnons des causes proportionnées et corporelles, c'est-à-dire les objets dont elles sont les images. Enfin la nature , qui ne fait rien en vain, a donné aux objets visibles la vertu de reproduire leurs images , comme on le voit dans la chambre obscure : tous les objets extérieurs qu'on y présente par une petite ouverture se reproduisent clairement. L'effet en est surtout merveilleux quand ces objets sont éclairés du soleil , et qu'on applique à l'ouverture un verre lenti(iulaire semblable à ceux des lunettes des presbytes. Quant aux sens, la nature

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les a disposés de façon à ce qu'ils puissent recevoir celle image : le moindre examen de l'œil suffit pour s'en convaincre : donc les sens reçoivent les espèces ou les images qui proviennent des objets.

On dira : Il ne convient point que Vûme, qui est particulièrement noble, soit le sujet passif de corps inanimés et moins nobles qu'elle : donc elle n'en reçoit pas les espèces.

Je réponds avec saint Thomas (I^c part., quest. lxxxiv, art. 6, rép. à la 2« ohject.) que si Vûme sensitive est plus noble que les objets sensibles absolument parlant, elle leur est inférieure en tant qu'elle est en puissance pour devenir autre chose que ce qu'elle est, c'est-à-dire ce que les objets eux-mêmes sont déjà actuellement : ceux-ci peuvent donc réduire Vâme de la puissance à l'acte; c'est bien l'objet coloré en acte qui réduit la puissance visive, qui est colorée seulement en puissance, à l'acte intentionnel de la couleur.

Troisième conclusion. — Les espèces sensibles ne sont point des effluves suhstantielles des objets, mais des formes accidentelles.

La première partie de la conclusion est contre Démocrite et Épicure , dont l'opinion déjà citée est si absurde, qu'il n'est pas besoin d'insister sur la réfutation.

Le seconde partie résulte manifestement de ce que nous avons déjà dit. Les espèces sont des formes sensibles au moyen desquelles celui qui connaît est transformé en ce qui est connu, c'est-à-dire s'accroît d'un certain être intentionnel venu de l'objet externe; or cette transformation, cet être intentionnel est quelque chose d'accidentel et de passager pour la substance de celui qui connaît ; car cela y survient quand déjà elle existe intégralement : donc Vespèce qui donne cette transformation est également une forme accidentelle.

On dira : L'accident ne peut point passer de sujet en sujet; or Y espèce sensible passe de sujet en sujet, puisqu'elle est émise par l'objet, reçue dans le milieu, et de la sorte m. 34

apportée jusqu'au sens : donc elle n'est pas un accident , mais une substance subtile qui passe avec une incroyable agilité de l'objet jusqu'au sens.

Réponse. Cette espèce, formée dans le sens, n'a jamais été entitativement dans le milieu ; mais le milieu est ému dételle sorte par les objets, que les espèces puissent se former à distance dans le sens : ainsi l'horloge n'est point dans le marteau , mais l'ouvrier a mis en mouvement le marteau de telle sorte, que, par une série de mouvements, la forme de l'horloge se produit dans la matière. C'est ce que saint Thomas nous donne à entendre , en disant que les couleurs sont dans l'air, comme la puissance de l'art est dans les instruments de l'ouvrier : il n'y a donc pas à imaginer des espèces qui passent dans l'air, ni que dans chaque molécule d'air il y ait d'innombrables espèces de tous les objets qui peuvent se voir d'après ces molécules; mais il y a dans Tair une certaine vertu conductrice des espèces que les objets envoient.

On demandera : 4° de quelle manière les images sont peintes dans le miroir, et sur le papier blanc mis en face de l'ouverture dans la chambre obscure.

Réponse. Les images ne sont réellement point produites dans le miroir; ce qui est vrai, c'est que leur puissance productive , en arrivant sur le miroir, est réfléchie par celui-ci vers l'œil. En effet, si les espèces ou si l'image de l'objet étaient véritablement inhérentes au miroir, et comme peintes à sa surface , il faudrait que dans les mêmes parties du miroir tout le monde vît les mêmes parties de l'image , absolument comme sur un tableau tous ceux qui regardent voient sur la même partie de la toile la même partie de la figure ; or il est certain que , suivant les différentes positions prises pour regarder, l'image de l'objet occupe différentes places sur le miroir : donc l'image elle-même de l'objet n'est point peinte sur le miroir, mais seulement sa puissance forrnative y est reproduite, c'est-à-dire que , comme disent les

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opticiens, les rayons sont réfléchis du miroir vers l'œil. Il arrive donc qu'en variant la position de l'œil , on varie la réflexion et l'apparence de la chose dans le miroir. Cependant sur le papier opposé à l'ouverture de la chambre obscure, quand nous voyons se dépeindre et adhérer véritahlement l'image des objets extérieurs, ce n'est plus seulement la vertu productive de cette image qui se réfléchit vers l'œil : c'est un principe contraire à celui du miroir qui s'apphque alors : tous ceux qui regardent voient les mêmes parties de l'image sur les mêmes parties du papier, et il n'en saurait être ainsi, si l'image elle-même n'était point imprimée sur ce papier.

On demandera : 2° si la connaissance tombe directement sur l'espèce^ ou si elle va jusqu'à l'objet pour le pénétrer tel qu'il est.

Réponse. 'U espèce n'étant point proprement par elle-même, et tenant son être de l'objet dont elle est une pure représentation, elle ne forme point le terme proprement dit de la connaissance, et elle n'est point non plus proprement ce qui est connu, c'est plutôt l'objet qui est connu par son intermédiaire : c'est ainsi que la vertu active donnée pour agir à la substance n'est point proprement ce qui agit, mais plutôt ce par quoi la substance agit. Cependant, de même que la vertu active, même séparée de la substance , ne laisserait pas d'agir : de même si l'espèce était conservée en puissance pendant l'éloignement des objets, la perception aurait lieu comme si les objets étaient présents. Si, par exemple. Dieu conservait dans mon œil l'esjjèce de l'arbre quand l'arbre n'y est plus, je verrais l'arbre comme s'il était devant mes yeux: et c'est ce qui arrive chez les fous, dont l'imagination troublée est affectée par les images qui s'y maintiennent ; ils croient avoir les objets devant les yeux longtemps après qu'ils sont disparus.

On demandera : 3° comment Vespèce concourt à la connaissance.

Réponse. Elle appartient d'une manière diminuée au genre de la cause efficiente; elle complète la puissance qui est le principe effectif de la connaissance : crie complément d'une cause se ramène au genre de cette cause.

ARTICLE DEUXIÈME

DES SliNS EXTERNES EN GÉNÉRAL.

Les sens externes sont ceux auxquels se rapportent d'abord les espèces pro venues du dehors. Il y a dans les animaux parfaits cinq sens externes : la vue, Vouïe, Vodorat, le go{it et le toucher. Tous ces sens sont nécessaires à la conservation de l'animal : par la vue, il saisit la disposition des objets qui l'entourent; par Vouïe, le mouvement de ceux qu'il ne voit pas : les sons lui donnent même les signes des diverses affections qui l'unissent avec son semblable ou le séparent de son ennemi ; par Vodorat, il apprécie le caractère des aliments qui ne sont pas encore à sa portée; par \egoût, avant de les manger il les juge avec plus de soin; enfin, par le toucher, il surveille l'état de son propre corps, et ses relations avec les choses extérieures. Nous allons expliquer maintenant en général , sur ces sens : i° quel est leur objet; 2° combien ils sont; 3« si l'objet appliqué au sens immédiatement peut être senti ; 4'' si l'excellence de la sensibilité altère le sens; 5° si les sens nous trompent sur leur objet propre. Ceci brièvement indiqué, nous parlerons de chaque sens externe en particulier.

Quant au premier point , il faut dire: L'objet du sens externe est le sensible particulier, présent, localement étendu et à une distance voulue.

Explication. Nous disons le sensible particulier, parce que les universels ne tombent point sous le sejis, mais sous l'entendement, et de là vient l'axiome : Le sens est des choses singidières, et V intelligence des choses univer-

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selles; on apnle particulier et présent, parce que les sens externes ne s'appliquent point aux choses absentes : ces sens ne conservent point, comme les sens internes, les espèces des choses, ils ne font que recevoir l'impression subite qui résulte de la présence même des objets; on dit encore localement étendu, parce qu'une chose, pour être sensible, doit être dans un lieu : le corps de Notre-Seigneur, dans l'Eucharistie, n'est point perceptible, parce qu'il n'y est point comme en un lieu ; enfin on dit à la distance voulue, parce que les choses trop éloignées ne sont point perçues : et c'est le cas des odeurs, des saveurs, des sons, quand ils sont à une distance trop grande : ainsi beaucoup d'étoiles dans le ciel ne sont point aperçues à l'œil nu à cause de leur excessif éloignement. L'action intentionnelle dépend du lieu et de la quantité, comme toute action corporelle : de là il vient que plus cette action est éloignée de son principe, plus elle est affaiblie; elle arrive même à s'annuler.

// faut dire ensuite : Les objets sensibles sont de trois sortes : propres, communs et accidentels.

Explication. Des objets perçus, les uns ne le sont que par un sens, comme les couleurs par l'œil, et les saveurs par le goût : ce sont les sensibles propres; d'autres le sont par plusieurs sens, comme les figures par les yeux et le toucher : ce sont les sensibles communs; enfin d'autres ne sont pas perçus directement, parce qu'ils sont latents sous des qualités sensibles : et ce sont toutes les substances : ces objets sont dits sensibles par accident.

Il y a cinq sortes de sensibles propres : le visible, le sonore, Vodeur, le goût et le tangible, suivant les cinq sens. Le sensible commun est aussi quintuple : c'est le mouvement, le repos , le nombre, la figure et la dimension. A ces cinq sortes de sensibles communs se rapportent le temps , la position, Yunité, la distance et la proximité. Le sensible par accident, c'est tout ce qui est latent sous les apparences sensibles , et comme connexe naturellement avec ces appa-

rences : et telles sont la colère, Vamour, la haine, \a vertu. Le sensible propre émet Vespèce, que le sensible commun modifie, et l'un et l'autre sensibles sont représentés par une espèce unique. Mais le sensible par accident n'émet aucune espèce, et n'en modifie aucune; il est seulement rattaché aux objets représentés par Vespèce, comme à des signes naturels.

Disons en troisième lien. Le sensible, appliqué immédiatement au sens, ne peut être senti.

Preuve. Vexpérience nous fait voir que tout sens a besoin d'un milieu, qui reçoive et AëVereV espèce ; nous y reviendrons en parlant de chaque sens en particulier. La raison s'y joint; caria connaissance sensitive a lieu par une transformation intentionnelle d'un sens en la chose sensible, comme je viens de l'établir; or cette transformation n'est pas aidée, mais empêchée par le contact corporel de l'objet qui obstrue l'organe du sens quand il le touche : l'objet n'est donc pas senti quand il est appliqué immédiatement au sens.

On dira : Quand un nerf est lésé, il perçoit la douleur; la saveur, appliqtiée à la langue, est reconnue par elle; le son lui-même, qui se produit dans l'oreille, est certainement perçu.

Réponse. Dans tous ces cas il y a toujours un milieu : lorsque le nerf est lésé, la partie lésée immédiatement par le corps extérieur ne sent point la douleur : elle est devenue obtuse, et ce sont les parties voisines qui sont sensibles; la saveur n'afTecte point non plus le goût immédiatement dans son être naturel : la chair sert de milieu, et propage la saveur ensuite perçue par les nerfs que la chair renferme ; enfin le son que parfois l'on perçoit dans l'intérieur des oreilles ne se produit point dans l'organe lui-même de l'ouïe, mais dans les parties qui l'avoisinent, et que l'humeur, agitée, a mises en mouvement : c'est ce qui fait tinter les oreilles.

En quatrième lieu. L'excellence de la sensibilité ne dé-

truit point le sens par l'action intentionnelle qui forme l'idée dans ce sens : elle le détruit par une action physique, altérative, jointe à cette action intentionnelle : telle est la doctrine de saint Thomas {Supplém., quest. lxxxix, art. 11).

Preuve. La destruction du sens est une altération physique; or l'action intentionnelle n'est point altérative physiquement : donc l'excellence de la sensibilité agissant intentionnellement ne contrarie point le sens. La majeure est évidente. Prouvons la mineure. Une action s'apprécie par le terme que la nature lui donne ; or l'action intentionnelle n'est point ordonnée à changer la nature des choses comme l'action altérative; elle perfectionne la connaissance, et transforme l'être qui connaît en l'objet à connaître sans altérer la nature du premier : elle n'est donc point altérative ni corruptive par elle même; elle est, au contraire, dirigée contre la corruption et l'altération, si bien que plus elle sera excellente, plus elle s'éloignera de la corruption , et plus elle tendra à perfectionner son sujet.

Si donc l'excellence de la sensibilité gêne quelquefois le sens, cela viendra d'un principe étranger ajouté à l'action intentionnelle , d'une superfétation , d'une contention excessive des esprits vitaux, ou bien de ce que l'objet agira sur le sens, non à la manière de l'action intentionnelle, mais par une action physique et altérative : et ainsi le feu change physiquement par sa chaleur l'organe du toucher; la lumière solaire agit sur le cristallin comme sur un miroir ardent qui peut, par la convergence des rayons, brûler le fond de l'œil. L'aigle soutient plus facilement cette lumière, parce qu'il rétrécit l'ouverture de ses yeux , admet peu de rayons , et diminue l'action des rayons en en réduisant le nombre : par 1 a même raison nous pouvons considérer facilement le soleil en approchant la pupille d'un trou d'aiguille pratiqué dans un morceau de papier : le soleil y apparaît tout entier, mais il est incapable de nous nuire.

Cependant, d'une manière toute spéciale, l'objet sensible

blessera le sens, non d'une lésion altérative, mais d'une lésion quasi intentionnelle , quand , sans s'adresser à une sensibilité excessive, il frappera de manière à contrarier les inclinations de l'âme : alors il sera déplaisant et même douloureux : ainsi les voix âpres et discordantes torturent l'ouïe; les saveurs acerbes et repoussantes affligent le goût ; la chaleur et le froid excessifs choquent le toucher. Par suite, quand même ces objets ne nuiraient pas au corps, ils ne laisseraient pas de tourmenter l'âme : et ce genre de tourments est proprement celui des damnés, qui ne souffrent point d'une altération corporelle , mais de la sensation continuelle des objets les plus odieux.

Enfin il faut dire. Le sens n'est pas déçu par lui-même, quant à son objet propre; mais il peut être une occasion d'erreur quant aux sensibles communs et aux sensibles par accident.

Expliquons la preyyiïere partie. La Nature nous ayant donné les sens pour nous révéler leur objet propre, il faut que leur sincérité soit incontestable et persistante sur ce point, il faut que leur disposition même nous garantisse contre toute fausseté de leur part. Si donc ils se trompent, cela provient toujours do quelque défectuosité ou de l'organe quand il est en mauvais état ou éloigné de son objet naturel: ainsi la langue de celui qui a la fièvre est chargée d'humeur bilieuse et amère, et perçoit comme amer tout ce qu'elle goûte; ou du milieu, artificiellement, ou accidentellement modifié; et ainsi , à travers un verre coloré , tout prendra l'aspect de la couleur que porte ce verre, et la réfraction fera voir les choses autre part qu'elles ne sont ; ou enfin de l'objet qui ne sera pas appliqué au sens, à la distance et dans la proportion voulues : ainsi les couleurs les plus vives s'obscurcissent et paraissent ternes, quand on les voit de trop loin.

Pour la seconde partie. La nature n'a pas chargé un sens externe unique d'explorer et de connaître les sensibles communs et les sensibles par accident. Il n'est donc pas

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étonnant qu'un sens, même bien disposé, ne reçoive pas parfaitement d'un objet qui lui est convenablement appliqué tout ce qui est requis pour la connaissance complète et certaine de cet objet, s'il est parmi les sensibles communs ou parmi les sensibles par accident, et l'erreur s'ensuit, si l'âme, ne recevant que ce témoignage, porte un jugement précipité, la chose devant être jugée par le concours de plusieurs sens. Ainsi, dans tout elTet de perspective, l'œil voit les couleurs et en conclut que leurs modifications indiquent une certaine distance : si l'âme se laisse aller à affirmer précipitamment la distance, elle sera induite en erreur. Mais il faut savoir que, comme le sensible propre est connu d'une manière certaine par le sens propre, le sensible commun l'est par le concours de plusieurs sens. Le se^is commun ne se trompe donc pas, quand il est convenablement disposé, et que les sensibles communs ont été suffisamment appréciés par les sens particuliers. Nous trouvons pour nous assurer de la réalité des objets externes, des avertissements très-suffisants dans les sens, et pour le répéter avec Cicéron (liv. V des Questions Acad.) : Les jugements des sens sont si clairs et si certains, que si nous étions considtés et que Dieu nous demandât si nous sommes satisfaits de ce que nous avons, ou s'il nous faut davantage, je ne vois pas que ruyus puissions réclamer rien de plus exact ni de plus complet. Concluons donc avec lui que la phis grande vérité est dans ce qu'ils îious transmettent, s'ils sont en hon état et si tous les obstacles sont écartés.

ARTICLE TROISIÈME

DU SENS DE LA Vl'E.

On peut considérer trois choses dans les sens : l'organe , le milieu et l'objet. Expliquons ces trois choses relativement à la vue. L'organe de la vue est l'œil, c'est le plus beau des

organes corporels ; sa place est au haut du corps, pour qu'il puisse mieux voir et être vu ; sa forme est sphérique, un peu proéminente à la partie antérieure; il enferme cinq membranes ou tuniques, et trois humeurs portées dans ces tuniques.

La première tunique c'est la sclérotique , c'est-à-dire la membrane dure; elle est le développement de la membrane externe, du nerf optique qui dérive de la membrane du cerveau appelée dure-mère, et dans son expansion sphérique elle forme la partie postérieure de l'œil. De celte expansion sphérique se détache et se prolonge une deuxième tunique, appelée cornée, parce qu'elle est dure et lucide, comme une lamelle de corne; celle-ci est comme un bouclier opposé aux humeurs , tourné vers la cavité de l'œil et enveloppant cette cavité.

Entre ces deux tuniques, s'étend en forme de chambre une tunique appelée uvée, parce qu'elle est semblable à l'enveloppe d'un grain de raisin , dont on a détaché le pédoncule; elle est percée d'un trou vers la partie antérieure, ce trou fait \di pupille; dans l'homme la pupille est noire, parce que la tunique uvée est de cette couleur. Cette tunique émerge d'une autre membrane interne du nerf optique qui dérive de la membrane du cerveau appelée pie-mère; elle en est comme l'expansion , et enveloppe tout l'intérieur de l'œil ; sa partie postérieure est appelée choroïde; sa partie antérieure conserve le nom à' uvée. Dans cette tunique, autour de la pupille, on aperçoit un tissu de fibres disposées circulairement , qui se partage en couleurs variées et que l'on appelle iris.

La quatrième tunique est appelée réticulaire, parce qu'elle a la forme d'un filet dans la combinaison des fibrilles qu'elle contient. Cette enveloppe^ qui sort de la substance médullaire du nerf optique, se répand, molle et blanchâtre, dans l'intérieur de l'œil, et autour du cristallin elle émet un tissu de filaments noirs, que l'on nomme \eprocessusçiUaire.

QUESTION m. DE l'aME SENSITIVE. 539

Enfin, la cinquième tunique est la spéculaire, elle est toute lucide : c'est proprement l'enveloppe de Vhumeur du cristallin.

Des trois humeurs, la première est dite aqueuse, parce qu'elle est fluide comme de l'eau ; elle est contenue dans la partie antérieure de l'œil, entre la cornée et la partie antérieure de Vuvée. L'humeur qui vient après, c'est \e cristallin; elle est un peu plus ferme, mais elle ne va pas jusqu'à la dureté ; elle est particulièrement lucide. La forme du cristallin est lenticulaire dans l'homme et dans les quadrupèdes ; elle est plutôt sphérique dans les oiseaux et les poissons , et réunit ainsi plus facilement, comme nous expliquerons plus loin, les rayons qui partent des objets. Après le cristallin, et pour remplir la capacité du fond de l'œil, vient l'humeur vitrée, ou alhumineuse ; elle est parfaitement lucide, elle n'est pas entièrement fluide, mais visqueuse comme du verre fondu ou de l'albumine d'œuf.

Les yeux ainsi disposés sont continués vers le cerveau par deux nerfs appelés nerfs optiques, qui , dans le chemin du cerveau vers les yeux, se réunissent au milieu pour se partager encore, en se prolongeant chacun vers un œil. De ces nerfs naissent, comme je l'ai dit, les tuniques de l'œil ; par eux, comme par des canaux, les esprits de la vie sont apportés aux yeux.

Or, pour se mouvoir en tous sens, cette merveilleuse machine possède six muscles : le premier est appelé le superbe ou Vattolle7is, parce qu'il élève l'œil; le second est Yhumilis, parce qu'il le déprime ; le troisième, Vadducens ou le bibitoire; le quatrième, Yabducens ou Vindiqnatoire. Ces deux derniers conduisent l'œil vers les côtés : le premier vers l'angle de l'œil qui est du côté des narines, comme il arrive quand on boit; le second, de l'autre côté, comme quand l'hommcest indigné. Le cinquième et le sixième muscle sont les muscles circulaires , dits amatorii, parce qu'ils expriment la bienveillance, On demande quelle est de ces par-

lies si variées celle qui sert proprement de siège à la faculté visuelle.

Je réponds que dans la vision il y a trois choses : l'union des espèces dans un très-petit espace, leur réception , et la perception de l'objet représenté par elles; ce sont les humeurs, mais surtout le cristallin, qui sont destinées à recueillir ces espèces. Celles-ci, émises de toute l'étendue des objets placés souslesyeux, abordent le cristallin et sont réfractées par lui, et réunies en un espace très-petit qu'elles traversent pour dessiner sur le fond de l'œil l'image la plus complète, admirablement distincte et brillante. La tunique réliculaire, ou rétine^ est comme la toile, sur laquelle se fait cette peinture. Enfin les esprits animaux qui résident dans les petits nerfs dont la rétine est composée , sont les organes propres à sa perception ; l'individu dont le nerf optique est obstrué par quelque humeur, ne peut recevoir l'effusion des esprits du cerveau dans l'œil; par suite il ne voit rien, quand même son cristallin serait intact et pur, et quand sa rétine, également en bon état, porterait une peinture exacte des espèces.

Ainsi se peuvent comprendre et expliquer les fonctions de ces parties de l'œil. Si à la petite ouverture de la chambre obscure on place un verre lenticulaire , tel que les oculaires des télescopes , ou les verres de lunettes de presbytes, les objets placés en dehors émettront des rayons qui, traversant le verre, se réuniront à un certain point de la chambre, et le papier placé à ce point portera une très-délicate représentation de ces objets. Approchez ou éloignez le papier, l'image sera confuse; si c'est l'objet que vous éloignez, l'image se reproduira comme plus rapprochée. Il faut donc, si l'on veut avoir une image pure, rapprocher du verre la feuille de papier pour les objets éloignés, et l'éloigner pour les objets rapprochés; si les parois de la chambre sont blanches , l'image sera moins nette, parce que la lumière qui pénètre par l'ouverture, est réfléchie sur le papier par ces parois

QUESTION III. DE l'aME SEXSITIVE. 541

et elle en efface les couleurs ; si vous étendez l'ouverture, la peinture sera plus brillante, mais les couleurs seront moins distinctes ; si vous la rétrécissez, vous obtiendrez l'effet contraire. Cet exemple explique la structure et les fonctions des difïérentes parties de l'œil. En disséquant avec soin l'œil d'un grand animal , d'un bœuf, par exemple , on trouvera dans Wivée la chambre obscure, car elle est revêtue intérieurement d'une couche noire, et tourne vers les objets extérieurs une petite ouverture qui est la pupille; contre cette pupille est placé , sous la forme et à l'instar d'une lentille, le cristallin, qui réunit les rayons. En opposition au fond de l'œil se trouve la rétine, étendue comme une feuille de papier; sur elles se gravent les images. Lorsque les objets sont éloignés de l'œil, l'animal resserre cet organe de manière que la rétine, rapprochée du cristallin , rencontre plus tôt les images; s'ils sont plus rapprochés, l'animal , au contraire , allonge l'œil, et la rétine attend d'un peu plus loin les images à percevoir. Nous avons même conscience de ces efforts sans les comprendre. Les vieillards, dont les yeux sont plus flasques , ne peuvent allonger les organes facilement, et les objets trop rapprochés leur échappent. Les myopes, au contraire, dont les yeux sont trop proéminents et trop allongés, ne peuvent apercevoir les objets trop éloignés, et ils ont l'habitude de se rapprocher beaucoup de ce qu'ils veulent voir ; pour obvier à ces deux défauts, les lunettes sont de deux sortes et absolument différentes les unes des autres : pour les vieillards ou presbytes, elles sont convexes, et pour les myopes, concaves. Les lunettes concaves, en étendant les rayons visuels, font en sorte que ces rayons se réunissent moins vite dans l'œil, et n'arrivent que tard à la rétine, quand elle est profonde. Les lunettes convexes, en appelant tous les rayons au centre, les réunissent plus vite, et ceux-ci parviennent à temps à la rétine, qui est plus avancée chez les presbytes. Lorsque nous sommes à la portée d'objets trop éclairés, nous rétrécissons

l'ouverture de la pupille, parce que trop de lumière, en pénétrant dans l'œil, l'éblouirait et eflacerait la distinction des couleurs marquées sur la rétine; si, au contraire, il ne fait pas clair là où nous sommes, nous dilatons la pupille, pour que l'œil plus ouvert reçoive plus abondamment et plus distinctement les esjjèces; ces alternatives de dilatation et de contraction de la pupille sont très-sensibles chez les enfants quand on les fait passer d'un lieu dans un autre diversement éclairé, mais ce changement de disposition demande toujours un certain temps; aussi^ quand d'un lieu obscur, où la pupille était dilatée, nous passons subitement dans un autre plus éclairé, ou en sens inverse, notre vue chancelle tant que la pupille ne s'est pas adaptée à son nouveau milieu.

Le milieu nécessaire à la vue est un corps diaphane : par exemple, l'air, l'eau ou le verre. L'espèce visible, aussi bien que la lumière, est projetée à travers ce corps jusqu'au point où un obstacle opaque l'arrête. Ce qu'il y a de merveilleux, c'est que cette espèce, ou cette lumière, s'avance assez vive pour être réfléchie par le corps qu'elle rencontre, si ce corps est poli : sur ce principe reposent les eflets si connus du miroir; chose plus étonnante encore, V espèce qui, d'un corps diaphane, pénètre dans un milieu plus dense, par exemple, de l'air dans le verre, se réfracte légèrement et s'incline plus ou moins, selon la plus ou moins grande inclinaison de la surface du corps dans lequel elle passe. Les télescopes et les lunettes ne sont exacts qu'en raison du compte qu'on a tenu de cette loi en les faisant; la superficie du verre doit être disposée de manière à recueillir ou à étendre les espèces par cette réfraction. Maintenant, si l'homme trop curieux veut savoir pourquoi la lumière et les espèces se réfléchissent et se réfractent ainsi , comme nous n'acceptons aucune des rêveries de Descartes ni d'Épicure, nous sommes obligés de lui dire que tel est le caractère delà lumière et du rayon visuel ; ce caractère lui a été imprimé par l'Auteur de toutes choses, au bénéfice de l'opération par laquelle nous voyons ;

tout l'artifice de cette opération est dans ces réfractions convenablement amenées, comme je vais le dire.

L'objet de la vue, c'est la lumière et la couleur; nous en parlerons tout à l'heure ; pour faciliter l'intelligence de ce qui a été dit sur l'œil et sur la vision, voir la figure cijointe.

Explication de la figure.

Cette figure donne le plan de l'œil coupé par le milieu verticalement.

D G D est la portion du nerf optique tournée vers le côté. P Q R sont les muscles qui mettent l'œil en mouvement.

E D D E est la tunique sclérotique; elle naît, comme on le voit, sur la membrane extérieure du nerf optique.

La tunique continue à la sclérotique, c'est la cornée E E, elle complète le globe de l'œil ; elle est toujours un peu proéminente, et on a forcé encore ce mouvement sur la figure, pour faire mieux saisir sa distinction. La membrane qui vient après la cornée, c'est la choroïde ou uvée E o 0 E; l'espace ouvert est la pupille, autour de laquelle est l'iris. La partie F a a F qui succède à la choroïde, c'est la rétine, qui naît sur la substance même du nerf optique. En F F se trouve le processus ciliaire.

F F est le cristallin, contenu dans une tunique spéciale; l'humeur aqueuse remplit l'espace 0 0; et l'humeur vitrée ou albumineusc est dans l'espace L L.

L'image de l'objet est peinte au moyen de rayons émis directement par l'objet, mais réfractés par le cristallin, et assemblés par cette réfraction au fond de l'œil. Ainsi de l'objet situé en A partent des rayons dans tous les sens; prenons les trois tracés ici, et qui arrivent au cristallin; ils sont réfractés de manière à s'unir de nouveau , au point de la rétine a; les rayons partis de B et de C convergeront aussi en b et en c au fond de l'œil. Ces rayons sont donc comme autant de pinceaux qui peignent l'image au fond de l'œil, mais il la peignent renversée. La droite de l'objet se trouve à la gauche de l'œil, et le bas de l'objet est en haut dans l'œil. Ce renversement ne nuit pas à la vision, parce que l'attention de l'âme n'est point à l'image , mais à l'objet que l'image représente, et dont elle sait la véritable position. Il y a bien aussi, comme on le voit, quelque réfraction par la cornée et les humeurs , mais il nous suffit d'indiquer la réfraction principale, qui est celle du cristallin. Le rayon perpendiculaire n'est jamais réfracté, il arrive droit au point opposé ; on l'appelle Vaxe de la vision^ c'est la ligne B h. L'art de l'opticien, qui cherche à imiter la nature dans les lunettes, les télescopes et les microscopes, consiste à disposer parles verres, et à l'avance, les réfractions convenables, ou pour que les rayons arrivent à l'œil plus nombreux d'un même point, ou pour qu'ils convergent plus tôt ou plus tard au fond de l'œil, ou pour qu'ils forment un plus grand angle de réfraction.

De la lumière.

La lumière peut mieux se voir par les yeux qu'elle ne peut se définir. C'est ce par quoi \me chose devient visible en acte. C'est comme dit Aristote, Y acte du corps lucide, en tant qiiil est lucide, c'e^■t-à-dire que la lumière est un milieu lucide, par lequel les objets sont vus en acte; si l'objet n'a pas une lumière qui lui soit propre ou au moins une

QUESTION III. DE l'aME SENSITIVE. 545

lumière répandue autour de lui, il ne sera pas vu même à travers le corps diaphane. On dit que la lumièren'esi point un corps, mais une qualité du corps : !<> parce qu'elle est instantanément partout répandue; 2° parce qu'elle disparaît instantanément avec son foyer ; 3° parce qu'elle pénètre les corps , et que même un rayon pénètre un autre rayon, comme on le voit dans les rayons qui se coupent; or toutes ces qualités de la lumière sont contraires à celles des corps. Nous avons rapporté et réfuté (I''"^ part., quest. i, art. 4) l'opinion de Descartes sur la nature de la lumière.

La lumière convient au soleil au suprême degré : les sens le constatent dans les choses suhlunaires; elle convient au feu ; mais beaucoup de philosophes pensent que ce n'est pas au feu uniquement. En effet, bien des choses luisent pendant la nuit, et ne sont point ignées, mais froides, au contraire; il en est ainsi de certains bois putrides, des écailles des poissons, etc.; le diamant que l'Anglais D. Clyton apporta des Indes brille quand il a été frotté, quoique plongé longtemps dans l'eau froide ; il en est de même de certaines escarboucles , mais en petit nombre, qui, dit-on, luisent dans les ténèbres, ainsi que par plusieurs témoignages le prouve Robert Boyle , dans son Traité de la lucidité du diamant dans les ténèbres; dans les plaines de Bologne on trouve une pierre qui , calcinée , brille après avoir préalablement été exposée le jour à l'air : cette expérience est indiquée par le célèbre D. Duhamel (11^ part, de la Physique, dissert, ii) : On a mis quatorze onces de cette pierre dans trois livres d'eau, avec trois onces de nitre, et on les y a laissées vingt-quatre heures; des morceaux de cette pierre ont été ensuite disposés les uns sous les autres alternativement avec des couches de charbon , ce que les chimistes appellent straium super stratum, et les charbons allumés pendant sept heures. Après cette expérience six morceaux île cette pierre se trouvaient être lumineux.

On a trouvé en Allemagne une matière artificiellement lum. 35

mineuse : c'est le phosphore; il est sec ou liquide. Le phosphore sec , comme dit Robert Boyle dans le Traité qu'il a écrit sur ce sujet, s'obtient par une dissolution de craie trèsblanche mise dans de l'esprit-de-nitre ou dans de l'eau-forte très-limpide et filtrée ensuite ; après l'évaporation du liquide, on recueille cette matière dans un vase de terre rond, sans trop de ventre, et de quelques doigts de diamètre; on soumet pendant une demi-heure ou une heure ce petit vase à la flamme de la lampe : le degré de chaleur qu'il doit subir est difficile à déterminer bien nettement; puis on le bouche soigneusement avec un couvercle en verre très -diaphane, et de telle sorte que nul accès ne soit offert à l'air. Cette matière, contenue dans le petit vase, parait lumineuse comme la pierre de Bologne, dont nous avons parlé déjà. Le phosphore liquide peut s'obtenir de diverses manières de l'urine, ainsi que ditl'avoir obtenu souvent l'auteur du Traité. Une quantité d'urine assez considérable est préalablement abandonnée à la décomposition, et amenée, sous l'influence de la chaleur, à la consistance d'un sirop, elle est mêlée ensuite avec trois fois son poids de sable très-fin et très-blanc ; on met le tout dans une forte cornue mise en rapport avec un récipient déjà en grande partie rempli d'eau ; on fait vaporiser par l'action d'un feu découvert ce qu'il y a dans la cornue : cela durant cinq à six heures ; ensuite le feu est augmenté pendant le même nombre d'heures , autant que le fourneau de la cornue , de matière suffisamment compacte , peut le supporter : d'abord une fumée blanche se dégage de la cornue , et quand cette fumée est dissipée , vient un autre genre de fumée d'un éclat bleuâtre, et, la chaleur devenant plus intense, il reste au fond du récipient une substance plus pesante, et cette substance est lumineuse. Certains chimistes ne mettent point de sable , mais ils mettent dans la cornue l'urine réduite à la consistance d'un sirop, et la soumettent au feu jusqu'à ce qu'ils voient des gouttes rouges; ensuite on recueille toute la partie huileuse; on brise la

QUESTION III. DE l'aME SENSITIVE. 547

cornue, et on met à part le caput mortuum : la partie infime, dure comme du sel, n'est d'aucun usage; la partie supérieure et spongieuse est utilisée : de l'huile ils extraient toute la partie aqueuse, et il reste une matière noire et spongieuse semblable à l'autre; ils mettent dans une cornue en terre ces deux dernières parties , et ferment le cou avec de la terre glaise, ils soumettent graduellement au feu jusqu'à ce que la cornue devienne rouge : alors ce feu est augmenté pendant seize heures , et autant que le vase peut le supporter pendant les huit dernières heures. Alors il y a d'abord une vapeur blanche, puis une matière \-isqueuse, et enfin une matière dense le long des parois du récipient. Dans cette matière blanche comme du sucre est la vertu du phosphore.

Le phosphore liquide se conserve dans l'eau ; il est luisant après qu'on a agité et débouché la fiole où il est contenu. On ne peut dire que dans le phosphore il y ait du feu en acte, puisqu'il luit dans l'eau la plus froide; au contraire s'est chauffé fortement , il n'est plus luisant ; le feu , d'ailleurs, consumerait vite la matière qui le contient, car le phosphore prend aisément feu; et, selon Duhamel, des morceaux dephosphore, qu'il avait apportés d'Angleterre dans un mouchoir, s'enflammèrent entre ses doigts; jetés par terre et écrasés sous les pieds , ils s'attachèrent à la chaussure , et ne cessèrent de la brûler que quand ils furent couverts d'une lame de cuivre ; cette lame elle-même resta pendant deux mois brillante au milieu de l'obscurité. Ainsi peuvent être lumineux d'une lumière propre non-seulement le feu, mais certains corps mixtes qui ne sont point ignés en acte , qui ne sont même point inflammables : comme le diamant, l'escarboucle , la inerre de Bologne. La propriété de la Zwmière, c'est de pouvoir être réfléchie et brisée : la réflexion a lieu quand le rayon qui arrive sur un corps opaque est réfléchi sous un angle égal à celui d'incidence ; pour la réfraction, le rayon qui arrive sur le corps diaphane décline

seulement de la ligne droite. Par la réfraction du rayon visuel il se fait que parfois l'objet n'est pas vu au lieu où il est réellement; le regard suit directement le rayon réfracté: si l'on met une pièce de monnaie dans le fond d'un vase , et que l'on s'éloigne des bords de ce vase, la pièce, qui est cachée par les bords tant qu'il n'y a pas d'eau, apparaîtra quand l'eau y aura été versée , parce que l'eau réfracte vers nous le rayon ; c'est pour la même cause que le soleil , le matin, avant d'être réellement levé au-dessus de l'horizon, se voit au travers des vapeurs de l'horizon , qui réfractent vers nous ses rayons. Au sujet de ces réfractions, il y a assurément beaucoup à dire ; mais c'est à l'optique qu'il faut demander de plus amples développements.

De la couleur.

La couleur, c'est la lumière ombrée et modifiée par l'opacité; la lumière, divisée par l'ombre et l'opacité, devient couleur : c'est ainsi que la lumière du soleil produit dans les nuages, ou au milieu des vapeurs, des couleurs diverses. La lumière de la flamme, mêlée à la fumée, forme aussi des couleurs variées. La lumière se divise, dans l'ombre et dans l'opacité, de diverses manières: premièrement, par la réfraction et par la réflexion , lorsque d'un corps diaphane sortent des rayons obliques , affaiblis et en petit nombre : on les voit colorés comme les gouttes de la nuée qui , se fondant en pluie, nous fait voir l'arc-en-ciel : ces couleurs sont apparentes , parce qu'elles ne sont point réellement dans le corps diaphane; à l'observateur qui change de position, le même endroit laisse voir une autre couleur, ou n'en laisse plus voir aucune quand il en voyait tout à l'heure ; deuxièmement, par le passage dans un milieu imparfaitement diaphane , ou même coloré tout à fait : il en résulte que beaucoup de rayons sont ombrés, et que le milieu émet, suivant sa couleur, des rayons qu'il a dissous dans son

QUESTION 111. DE l'aME SENSITIVE. 549

ombre : ceux-ci ont pris la couleur du milieu ; troisièmement, par la réflexion que produit la surface d'un corps opaque, car celle-ci ne renvoyant pas les rayons purs et complets, les altère et les modifie dans une ombre quasi variée : la couleur, dans ces derniers cas , est inhérente et permanente , parce que la cause de la modification de la lumière ne provient point de la position de l'œil , et que la lumière est toujours la même, de quelque point qu'on regarde. Pourtant il peut y avoir dans ces corps une couleur apparente : ainsi est-il dans le cou de la colombe, qui a certaines parties où la lumière , réfractée et réfléchie , se colore de la première manière. On a demandé pourquoi, dans tel cas, nous avions telle couleur, et non telle autre, dans tel corps. C'est une question à laquelle personne n'a pu donner encore de solution satisfaisante.

On peut dire seulement, en général , que pour délimiter ces couleurs, qui sont innombrables, et ces combinaisons de la lumière et de l'ombre, qui se modifient presque à l'infini , il y a deux couleurs extrêmes : le blanc et le noir. La couleur est blanche, lorsque le plus grand nombre des rayons reçus par un objet est renvoyé à l'œil, et que, par conséquent, il n'y a que peu ou point d'ombre; la couleur est noire , lorsque presque tous les rayons étant absorbés par l'objet, aucun ou presque aucun ne revient à l'œil : voilà pourquoi les ténèbres paraissent noires ; pourquoi les corps noirs, sur lesquels la lumière est abondamment concentrée, semblent blancs; pourquoi dans l'ombre les corps blancs semblent noircis; ceci explique encore comment l'écume d'un liquide noir blanchit : beaucoup de rayons sont, en effet, renvoyés par les bulles polies de l'écume; et comment les corps noirs s'échauffent plus vite, et les corps blancs moins vite, sous l'action directe du soleil : le rayon, arrivé au noir et comme absorbé par lui , agit plus énergiquement sur ce noir; il agit moins sur le blanc, parce qu'il est renvoyé plus tôt ; son action est ainsi éludée : aussi

les fenêtres exposées au soleil sont , en été , fermées plus utilement par des toiles blanches que par des toiles de toute autre couleur, et une chambre blanche est moins chaude. Les autres couleurs sont intermédiaires entre le blanc et le noir, et varient suivant qu'elles se rapprochent plus ou moins de l'un ou de l'autre.

On peut considérer la couleur dans un double état, dans l'acte premier et dans l'acte second : la couleur dans l'acte premier, c'est cette disposition qui permet au corps de modifier diversement la lumière, et qui, même dans les ténèbres, se trouve dans le corps ; la couleur est dans l'acte second lorsque le corps , entouré de lumière , renvoie cette lumière modifiée. Mais en voilà assez sur la couleur.

ARTICLE QUATRIÈME

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