DES QUATRE AITRES SENS EXTERNES
Ces quatre sens ne demandent pas autant d'étude que le sens de la vue. Nous dirons en peu de mots quels sont l'organe, le milieu et l'objet de chacun d'eux.
De l'ouïe.
L'organe de Youïe est en partie extérieur et en partie intérieur : la partie extérieure est l'oreille : l'audition ne s'y fait pas , mais elle sert à la symétrie du corps , et aussi à recueillir dans ses cavités les sons , qui , réfractés par des chemins multiples , arrivent enfin à l'organe interne ; celuici consiste en une membrane très-délicale, pleine d'air, suspendue à un nerf parti du cerveau, que l'on appelle tympan ou tambour : c'est à ce nerf et à ce tympan que paraît attachée la faculté de Youïe: Y espèce du son est reçue par le tympan, et perçue par les esprits vitaux qui résident dans le nerf. C'est pour épargner une commotion excessive à une
membrane aussi délicate que la nature force tous les sons à se réfracter dans des voies multiples et compliquées avant d'arriver à leur but.
Le milieu de Vouïe est l'air ou quelque autre corps fluide et facile à ébranler; plus il est élastique, plus il transmet facilement le son : aussi les poissons ont Youie fort insensible, parce que le son traverse plus lentement l'eau que l'air ; le son pénètre même les corps solides , comme les murailles, mais c'est au moyen de fissures ou de pores remplis d'air.
L'objet de Vouïe est le son. C'est une qualité sensible provenant de la collision des corps et de la répercussion du milieu : c'est, en eftet, la vibration et comme le tremblement d'un corps subtil. Trois choses sont nécessaires à la production du son : un corps qui frappe, un corps frappé et un milieu; cependant un seul corps peut, en s'ébranlant lui-même , émettre un son : ainsi , lorsque l'air est en vibration, il produit un murmure et un frémissement; ce frémissement de l'air, appelé son , se répand insensiblement et se multiplie jusqu'à ce qu'il parvienne aux oreilles, à peu près comme la pierre jetée dans l'eau d'une mare forme des cercles concentriques jusqu'aux bords de la mare. Si le son rencontre un corps creux , il se réfléchit et se redouble comme les espèces qui rencontrent un miroir : c'est l'écho, qui n'est autre chose que la réflexion du son. J'ai entendu à Bruxelles , dans le palais du vice-roi , un écho qui se répète jusqu'à seize fois. Un écho si bavard n'est pas simple , il se compose de deux réfractions du son disposées de telle sorte, que l'une envoie le son à l'autre, et celle-ci le renvoie à la première, jusqu'à ce que la force du premier son émis soit absolument épuisée.
Du sens de î'odorat.
L'organe de Yodorat se compose de caroncules spongieuses formées comme de petites boules; on les appelle
processus mammillaire, parce qu'elles ressemblent à des bouts de sein ; elles se rattachent à deux sortes de nerfs qui aboutissent au cerveau : l'impression des odeurs est reçue sur ces petites boules , et perçue par les esprits vitaux : le nez sert seulement à recueillir les odeurs par les ouvertures qu'il présente, et il les transmet aussitôt à l'organe intérieur.
Le milieu de Vodorat, c'est l'air ou tout autre corps capable de recevoir les exhalaisons, ou fumets, des corps odoriférants; l'eau peut conduire les impressions de ce sens: tout le monde sait que les poissons sont souvent attirés de loin par les exhalaisons d'un aliment qui leur plaît.
L'objet de Vodorat, c'est Vodeur; Vodeur est une qualité sensible résultant du sec qui domine et réduit l'humide, et le résout en fumée. L'ode?<r se transmet à des distances incalculables; on a vu des vautours venir à Vodeur d'un cadavre d'une distance de plus de trente lieues. Les bêtes ont en général un odorat très-subtil ; les chiens, en particulier, savent à l'odorat reconnaître leur maître au milieu d'une foule, et ils retrouvent sa trace. Mais l'excessive humidité du cerveau de l'homme rend son odorat assez obtus; il faut avoir le cerveau sec pour jouir de ce sens d'une façon notable.
Du goût et du toucher.
L'organe du goût est un nerf ramifié sur la langue. Le milieu est la chair de la langue ; cette langue spongieuse boit les saveurs; l'objet en est la saveur, qu'on définit : une qualité résultant de Vhumide tempéré par la chaleur. L'odorat et le goût oni donc beaucoup d'analogie entre eux. Si l'odorat perçoit l'humide réduit par le sec en fumet, le goût le perçoit à un état plus concrète. Aussi communément les substances sapides sont odorantes.
L'organe du toucher est formé de nerfs répandus sur le corps. Là donc où il n'y a point de nerfs, il n'y a point dQ
QUESTION m. DE l'A.ME SENSITIVE. 553
toucher; on s'en aperçoit à l'occasion des os; mais où il y a beaucoup de nerfs, le toucher est exquis. Le milieu est la chair ou la peau, ou quelque substance analogue, qui défère aux nerfs l'impression de la qualité tangible. Son objet est dans les qualités premières , ou dans celles qui en proviennent : ce sont le dur, le mou, l'âpre, le doux, etc.
Quoique ces qualités affectent en même temps le milieu par une double action, physique et intentionnelle, cependant l'action physiquement altérative n'est pas nécessaire pour le toucher; l'action intentionnelle suffit : c'est pourquoi les corps des damnés , tout en n'étant point physiquement altérés par le feu, le sentiront néanmoins.
ARTICLE CINQUIÈME