‹ Philosophie suivant les principes de saint Thomas (volume 2)Chapitre 43 sur 52 · DES SENS INTERNES · texte numérisé non relu

DES SENS INTERNES

Les sens externes sont comme des entrées vers les sens internes. Le premier de ceux-ci est appelé sens commun, et c'est à lui, comme à l'arbitre commun , qu'il appartient de juger des sens externes et de leurs objets. Aussi les nerfs qui servent aux sens externes naissent-ils de ce sens commun, comme d'une source, et s'y réunissent-ils comme dans leur centre.

Il est défini : la puissance de percevoir et de discerner les objets sensibles et les sensations extérieures. Aristote le dénomme le jjremier se^isorium, et la vertu qui s'étend sur tous les sens et les accompagne, cellepar laquelle l'animal seyit qu'il voit et entend. En effet, ce n'est point par la vue qu'Usait qu'il voit, ni par la vision, ni par le goût qu'il juge , ou qu'il peut juger, la différence entre ce qui est doux et ce qui est blanc, mais c'est par cet organe commun qui est joint à tous les sens {du Sommeil, chap. ii).

Le sens commun se constate d'abord par expérience. Nous comparons toutes nos sensations , et nous jugeons de

leurs rapports : si les yeux nous donnent à croire, sous l'impression de la couleur et de la fornne, que ce portrait est un véritable homme , le toucher se récrie et nous montre que ce n'est qu'une toile sur laquelle l'image est peinte. Le sens commun, appréciant cette discordance, juge que ce n'est point un homme réel, parce que tous les objets sensibles qui appartiennent à l'homme ne sont point là en rapport avec l'image, mais il nous fait accepter la représentation comme exacte. Le sens commun a aussi sa preuve de raison ; pour que l'animal soit parfait, et que la connaissance des objets soit complète, les sens particuliers ne sont point suffisants ; ceux-ci ne nous révèlent les qualités des choses que divisées. Il nous faut une sorte de tribunal suprême, auquel sont déférées toutes les impressions, et qui peut les mettre d'accord ; ce tribunal, c'est le sens commun.

Le deuxième sens interne, c'esiVimagination, ou faculté représentative et perceptive des choses absentes. Sa fonction est double, elle représente les choses absentes, se soumet leurs images, et perçoit dans ces images les choses elles-mêmes.

Cette faculté est sensible par l'expérience. Nul doute que nous puissions rappeler comme il nous plaît les choses absentes, et qu'elles se représentent à nous dans le sommeil et dans la veille; la raison nous la fait reconnaître aussi. La notion des choses absentes peut être utile aux animaux, que ces choses leur soient favorables ou funestes ; donc il leur faut une faculté qui représente et reconnaisse ces choses, afin qu'en étant diversement affectés, ils puissent se comporter vis-à-vis d'elles , comme le bien de leur existence l'exige ; aussi voyons-nous les animaux mus par l'imagination vers l'aliment , chercher à se le procurer. Dans l'homme cette faculté a une puissance particulière : nonseulement nous pouvons former les images des êtres absents, mais nous pouvons les combiner, et de deux images en composer une troisième; ainsi furent figurés les cen-

QUESTION m. DE L'aME SENSITIVE. 555

taures. L'imagination est la mère de toutes les fables et fictions.

Le troisième sens interne, c'est Y estimative, qui perçoit et distingue les choses non senties, non perçues par les sens externes; par exemple, Tinjure et le bienfait, l'amitié et l'inimitié, l'utililé et l'inutilité. Quoique les choses amies ou ennemies de l'animal lui soient connues par les sens externes, ces sens néanmoins ne perçoivent pas la qualité d'arnitié ou d'inimitié, ni les autres semblables, c' est k Y estimative dirigée par un jugement et un instinct naturels, qu'il appartient de choisir les choses qui conviennent à l'animal, et de repousser celles qui lui sont nuisibles ou contraires.

Ce sens est constaté par l'expérience, et la raison lui rend aussi témoignage. Par l'expérience d'abord : les bêtes discernent des choses ennemies celles qui sont amies, et l'oiseau choisit sans se tromper la paille qui peut servir à la construction de son nid , laissant celle qui n'y vaut rien ; la brebis sait distinguer le loup son ennemi du chien qui est son ami, comme celui du berger ; l'attachement qu'elle a pour son agneau, le lui fait retrouver au milieu des autres agneaux. Par la raison : il ne suffit pas que l'animal connaisse les objets, il faut encore qu'il puisse les discerner les uns des autres et s'attacher à ce qui doit lui servir, en fuyant ce qui lui nuirait.

Enfin, le quatrième sens interne est la mémoire, c'est la faculté conservatrice des choses passées, sorte de trésor de l'àme, où les images, principalement celles que les sens externes ont perçues, sont conservées, afin de pouvoir être rappelées au besoin.

L'expérience rions la fait reconnaître dans les animaux : ils se rappellent les choses passées, le bienfait et l'injure reçus. La raison la. montre comme nécessaire : non-seulement il faut que l'animal connaisse les objets qui se rapportent à lui, présents ou absents; la connaissance des choses passées lui est encore nécessaire, afin qu'il

556 PHYSIQUE. IV. PARTIE. THÈSE UiNIQUE.

évite ce qui lui a été nuisible , et cherche ce qui lui a servi.

Par ce sens les troupeaux fuient les pâturages dont ils n'ont point été satisfaits.

Ces facultés sont communes à l'homme et à la bête, mais elles contractent chez l'homme, par leur liaison avec la raison , une activité supérieure. V imagination nous rappelle les choses que nous avons vues ; elle sait encore composer avec ces choses des images qui ne se sont jamais présentées à nous sensiblement. 1j^ estimative découvre les amitiés et les inimitiés cachées , non plus par instinct , mais par des comparaisons et des rapprochements , et par une sorte de raisonnement d'après des signes, des expériences et des effets. C'est l'abus de cette faculté qui nous porte à des jugements téméraires, lorsque, sans étudier suffisamment les choses , nous accusons notre prochain d'intentions perfides sur des apparences légères. Les Latins appelaient cette faculté dans l'homme, cogitative. Quant à la mémoire, nonseulement elle nous rappelle le passé , mais elle déduit, de ce qu'on se rappelle, une série de faits connexes , et comme l'enfant qui déroule sans peine une pelote de fil quand il tient le ,'premier bout , l'homme voit dans son souvenir une longue série de faits et de conséquences qu'une première pensée lui a ramenés.

Ces facultés sont-elles réellement distinctes?

Certains philosophes le nient : saint Thomas, au contraire, répond affirmativement. D'abord, nous pouvons posséder une de ces facultés au suprême degré, sans avoir les autres dans la même perfection ; quelques-uns brillent par la mémoire, d'autres par le sens commun, ou par Vestimative; ensuite, on attribue à ces facultés des organes spéciaux. Le sens commun occuperait la partie antérieure de la tête , d'où les nerfs de la sensibilité tirent leur origine; derrière viendrait V imagination ; pour Vestimative, elle aurait siège au milieu de la tète , et la mémoire se placerait à l'occiput. Toutefois on ne peut affirmer absolument cette distinction

QUESTION III. DE l'aME SENSITIVE. 557

des organes, et même il semble plus probable que les esprits animaux, répandus constamment dans toute la capacité du cerveau, sont les organes propres de ces opérations.

ARTICLE SIXIÈME

DE l'appétit SENSITIF.

L'inclination d'un être quelconque suit la forme de cet être et lui est proportionnée ; saint Thomas le répète souvent. L'inclination naturelle suit donc les formes naturelles, et il y aura une inclination vitale pour suivre les formes acceptées vitalement par le moyen des sens externes et internes. C'est cette inclination qu'on appelle Vappétit sensitif, sorte d'impulsion vitale , en vertu de laquelle l'animal se meut d'après les perceptions de ses sens pour fuir ou poursuivre les objets. Il peut se définir, une inclination vers le bien appréhendé par les sens; les théologiens le nomment sensualité. Mais si le bien sensible plaît, il est quelquefois entouré de difficultés ; Vappétit sensible se divise alors en conçupiscible et irascible : par le premier on désire simplement le bien appréhendé, on éprouve ou on prend horreur du mal contraire ; par le second on s'efforce et s'excite à l'acquisition d'un bien difficile, et à la lutte contre un mal qui détruirait ce bien, ou empêcherait d'y arriver; Vappétit irascible est l'arme et la défense de Vappétit concuinscible.

Ce dernier comporte six mouvements, appelés passions, parce qu'ils concordent avec un état passif du corps : ces mouvements sont V amour, la haine, le désir, V aversion, la joie et la tristesse. La raison de la diversité de ces mouvements, c'est que Vappétit concupiscible, connaissant le bien délectable et le mal opposé, s'impressionne diversement vis-à-vis de ces objets divers : V amour naît quand le bien est appréhendé comme bien , c'est la haine quand le mal opposé apparaît; que le bien ou le mal soit absent, le désir surgira pour le bien, et V aversion nous appellera loin du mal ;

sont-ils présents , vous voyez poindre la joie vers le bien , et la tristesse proteste contre le mal.

L'appétit irascible a cinq mouvements, ou passions : ce sont Vespérayice, le désespoir, la crainte, Y audace et la colère. L'objet de cet appétit est un bien difficile, ou un mal qu'il faut chasser : si c'est le bien , la difficulté appelle d'abord Vespoir; l'impossibilité amène ensuite le désespoir. Si les maux ou les périls qui empêchent la possession du bien sont grands sans être insurmontables, Yaudace est excitée à chasser ces maux et ces périls, à moins qu'ils ne soient menaçants; car l'animal ne sentira pas en lui-même la force de les surmonter, et subira la crainte. Enfin, si ces maux menaçants sont reconnus comme venant d'un ennemi sensible, la colère surgit, qui n'est qu'un appétit de la vengeance contre cet ennemi. Voilà ce que nous avons à dire, au point de vue de la Pliysiqne, sur ces mouvements de l'àme. Dans la Morale nous étudierons ces passions d'une manière plus approfondie.

Nous avons ajouté à la question précédente un appendice sur les plantes. A propos de l'àme sensitive voici un court traité des animaux, considérés au point de vue de la vie sensitive. Nous comprenons dans cinq articles ce que nous avons à dire de ces créatures; ce sont les plus nobles habitants du globe terrestre; une étude sur eux comporterait des volumes , mais il faut nous borner. De ces cinq articles, le premier traitera de la structure et des parties du corps de Vanimal; le deuxième, des divisions du genre animal; le troisième, des opérations végétatives de Vanimal; le quatrième, de la respiration , du sommeil et de la force mO'

trice des animaux ; enfin nous étudierons au cinquième la durée de la vie, la jeunesse, la vieillesse et la mort des animaux.

ARTICLE PREMIER

DE LA STRUCTURE ET DES PARTIES DU CORPS DE L'aNIMAL.

L'âme sensitive est la plus noble des formes corporelles; elle est douée d'une série d'aptitudes variées: elle a dû recevoir un corps qui se distingue entre tous les mixtes par une noblesse particulière , et qui soit doué de tous les organes nécessaires à des opérations très-multiples. Mais comme tout animal n'a pas de la mèrne manière, ni au même degré, la vie sensitive, tous n'ont pas non plus la même structure dans leur corps, ni la même configuration , ni les mêmes membre! ; toutes ces qualités varient en raisen de la perfection de la vie chez les animaux. Dans cette variété si grande , nous voyons toutes ces modifications faites avec tant de soin , que rien d'essentiel n'est omis , ni rien de superflu accordé. Toutes les parties du corps, suivant la nature de V animal auquel il appartient, sont disposées avec tant d'art , que l'on ne saurait rien imaginer de plus ingénieux, de plus élégant ni de mieux ordonné; la Sagesse divine y a tout adapté à la fin de l'ensemble et en même temps à celle de chaque partie. Galien dit (au livre de l' Usage des Parties du Corps, liv. II, chap. viii) : .Si l'on modifiait quoi que ce soit dans quelqu'une de ces parties , on verrait aussitôt cesser toute l'utilité qu'on enpeut attendre. Les Stoïciens , suivant Lactance , avouent que la formation des animaux est une œuvre de sagesse divine. Rien au monde ne prouve d'une manière plus évidente l'intelligence et la souveraine sagesse du Créateur, et, comme dit Platon, une causalité infiniment sage. Enfin le même Galien (liv. XVII , de l'Usage des Parties) nous dit avec raison : Cette

section de la philosophie naturelle est le vêriUible principe de la parfaite théologie.

Examinons donc chaque partie d'une structure si remarquable et si féconde en enseignements, et, comme dans aucun animal celte structure n'est plus frappante que dans l'homme, comme l'homme est le chef-d'œuvre de la création , portons d'abord sur lui notre attention. Pour procéder avec ordre , il faut savoir qu'on divise ordinairement le corps en parties similaires et dissimilaires. Toutes les parties sont certainement contenues dans l'une et dans l'autre de ces espèces : nous ne considérerons toutefois que les parties principales; quant aux autres, telles que les ongles, les cheveux chez l'homme, les écailles, les parties crustacées, la corne et le bec chez les autres animaux , nous n'avons pas lieu ici de les examiner en détail.

Des parties similaires du corps humain.

Les parties similaires sont celles qui consistent en particules analogues entre elles: les Grecs les nomment homogènes, c'est-à-dire de même genre; le dissimilaire et le multiforme se réduisent à l'uniforme et au similaire, autrement il y aurait subdivision à l'infini : les parties similaires composent donc les dissimilaires, et elles se trouvent dans le corps, comme le bois, la chaux et la pierre se trouvent dans la maison partout les mêmes , et composant les autres parties : les chambres, le parquet, la toiture, etc.

Les principales parties similaires du corps humain sont au nombre de quinze : les os, les cartilages, les tendons, les ligaments , les fibres, les membranes , les veines, les artères, les nerfs, les chairs , la graisse, les glandes, la moelle, les humeurs et \es esprits vitaux. Nous parlerons en particulier de chacune de ces parties.

Les OS, remarquables entre les parties similaires par leur nombre et par leur grandeur, peuvent se décrire : une partie similaire froide, sèche , solide, roide et dure, qui fournit au corps sa stabilité, sa fermeté, sa forme et sa rectitude. Il y a un grand nombre d'os dans le corps; on en compte jusqu'à deux cent quarante -sept. Ces os sont combinés entre eux avec une remarquable harmonie, et composent un tout appelé squelette. Voyons d'abord comment, dans ce composé osseux, les os s'emboîtent les uns dans les autres; nous donnerons ensuite la division du squelette en parties.

Quant au composé entier, l'union des os se fait de deux manières. La première manière permet le mouvement ; un os se joint à un autre de manière à être encore mobile : ainsi l'os du coude adhère au bras : cette manière est appelée arthrosis, ou articulation ; Ae la seconde manière, au contraire, l'os est joint à l'os et reste immobile ; ainsi les dents sont unies à la mâchoire : cette manière est appelée symphyse , ou connexion naturelle. U articulation, ou arthrose, se fait de deux manières encore, et se divise en diarthrose, ou désarticulation, et en synarthrose, ou coarticulation : la diarthrose est la connexion des os faite par un mouvement sensible, fort et facile, tel que celui des mains, des bras, du fémur, des pieds ; la synarthrose est une connexion des os pour un mouvement moins apparent, plus affaibli et plus difficile : et tel est le mouvement de la colonne vertébrale.

LdL symphyse, ou connexion naturelle, a lieu d'une manière immédiate ou par le moyen d'un autre corps. La première manière s'opère elle-même de trois façons : il y a suture, lorsque la connexion des parties réunies a de l'homogénéité : et telle est celle des os du crâne supérieur; et harmonie , lorsque la connexion constitue une seule ligne : comme dans la plupart des os de la mâchoire supérieure; goinphosis, c'est-à-dire connexion, lorsqu'il y a emboîtement d'un os dans un auti-e : comme pour les dents avec leurs alvéoles. m, 36

La symphyse qui a lieu au moyen d'un autre corps est aussi faite de trois manières : au moyen de cartilages; et telle est la connexion des côtes avec le sternum , et avec les os et appendices appelés êpipliyses ; diW moyen de ligaments; ou bien encore par de la cliair ou des muscles : comme dans l'os hyoïde, qui sert de base à la langue.

En second lieu, le squelette se divise en tète, tronc et membres.

La tète est composé du crâne et de la face. Le crâne est le siège et la défense du cerveau ; il est composé de huit os principaux : le premier est celui du front; le deuxième est l'os de l'occiput , de tous le plus épais et le plus dur; le troisième et le quatrième sont les os du synciput, les hregmata ou os mouillés, parce qu'ils sont moins durs et plus humides que les autres : l'un est à droite , l'autre à gauche ; les cinquième et sixième os sont les deux temporaux, appelés squammeux, et qui sont véritablement comme de la pierre : on y remarque trois osselets disposés pour l'appareil de l'audition : ce sont Yctrier , Venclume et le marteau. Pour ces trois os, un fait digne de remarque, c'est que tandis que tous les autres os croissent, ils ont la même grandeur dans l'enfant et le vieillard ; le septième os est appelé sphénoïde, cunéiforme et hasiliaire, parce qu'il est à la base du crâne, et contient le cerveau; le huitième os est appelé ethmo'ide, c'est-à-dire crihri forme, parce qu'il est semblable à un crible. Ces os sont joints par des sutures : la suture qui va d'une oreille à l'autre, parla partie supérieure de la tête, est appelée couronne; celle qui se termine des deux côtés à l'os de Vocciput est appelée lamhdoide, parce qu'elle ressemble à une lettre de l'alphabet grec qui s'appelle lamhda (a); la suture qui va de la lamhdoide à la couronne s'appelle sagittale.

La face a deux mâchoires : la mâchoire supérieure est composée de onze petits os, et V inférieure de deux; des dents sont fixées dans l'une et dans l'autre : les quatre dents

du milieu sont appelées incisives; les deux suivantes sont les canines, et les autres sont les molaires : ces dents sont généralement au nombre de trente-deux. Il y a des mâchoires composées de moins de dents, mais il y en a peu où elles soient plus nombreuses. Selon Pline (lib. Vil, cap. xvi), une longue vie est promise à ceux qui sont les mieux doués sous ce rapport. Chez certains hommes, au lieu de dents, il y aurait un os unique emboîté régulièrement dans chaque mâchoire : tel était, selon Pline, le cas du fils de Prusias, roi de Bithynie; mais cela doit être excessivement rare. Les dents, chez les femmes, sont moins nombreuses ordinairement. Pline remarque encore que les dents qui résistent à Faction du feu peuvent se gâter par la pituite et la carie.

Le tronc est composé de V épine dorsale, des côtes, de l'os anonyme, du sternum, des clavicules et des omoplates. L'épine est cette partie composée d'un système articulé d'os depuis le crâne jusqu'à l'origine des jambes; il se distingue en quatre parties : le cerveau, le dos , les lombes et l'os sacré. Le cerveau est formé de sept vertèbres; le dos en a douze, et les lombes cinq: en tout vingt-quatre vertèbres; la dernière se rattache à l'os sacré, duquel dépend l'os coccygien. Les côtes pareilles sont au nombre de douze; quelques-unes sont appelées côtes vraies, et les autres fausses côtes : les vraies côtes, plus fortes que les autres, vont de la colonne vertébrale au sternum : elles sont sept, pareilles des deux côtés; les fausses côtes, moins fortes et plus courtes, ne ferment point la circonférence, mais laissent un intervalle au - dessous du sternum : elles sont cinq de chaque côté. Le sternum, rattaché par devant aux vraies côtes , finit en un cartilage dit xrphoide, c'està-dire en forme d'épée; sa partie supérieure est rattachée aux clavicules, et sa partie postérieure à Vomoplate. L'os anonyme a trois parties, qui sont l'os iliaciue, Yischion et \e pubis.

Il y a deux sortes de membres: les mains et les pieds.

ha. main se divise en bras, coude et main extrême : Vos du bras est unique; le coude forme deux os, dont le supérieur et plus faible est le radius, et l'inférieur, plus épais, est proprement nommé os du coude; V extrême main est formée de plusieurs petits os; elle est divisée en trois parties : le carpe, le tnétacarpe et les doigts; le carpe est composé de huit os, le métacarpe de quatre, et les doigts de cinq, auxquels se rattachent dans les entre-nœuds les petits os appelés sésamoïdes , à cause de leur ressemblance avec la graine de sésame.

Le pied se divise en fémur, tibia et pied extrême : Vos du fémur est unique, et va de la concavité du coccis au genou; le tibia est composé de deux os; celui des deux qui est antérieur, et qui est le plus fort, se nomme os du tibia, l'autre est l'os du mollet : il soutient la partie charnue qui forme le gras de la jambe ; le pied extrême est formé du tarse, ou pedium, du métatarse, ou metapedium , et des doigts. Les os du tarse sont au nombre de sept, le métatarse en a cinq, les doigts quatorze, comme pour la main; les os sésamoïdes sont impliqués dans les entre-nœuds. Outre ces os, l'homme seul possède encore un os large, rond et plat à la partie antérieure du genou : il se nomme rotule , et tout le corps repose sur lui , lorsque le genou est plié : l'homme seul est destiné à fléchir le genou, parce que seul entre tous les animaux il est fait pour adorer Dieu. A cette énumération il faut ajouter l'os hyoïde, ou ypsiloïde, ainsi nommé à cause de sa figure, et qui est à la base de la langue.

Il importait qu'il y eût dans le corps de l'homme des os aussi nombreux et aussi diversement adhérents les uns aux autres, pour que ce corps pût se tenir ferme et droit, et cependant qu'il fût flexible ; ce n'est pas non plus sans un dessein manifeste que la sensibilité a été refusée aux os; sans cela leur exercice continuel , et le poids du corps qu'ils supportent, causeraient à l'animal une douleur continuelle;

néanmoins ils sont revêtus d'une membrane fort délicate, aipipelée périoste , au moyen de laquelle l'animal ressent et évite ce qui pourrait les blesser.

Le cartilage tient le milieu entre l'os et la chair : il peut se définir : une partie similaire plus molle que les os , plus dure que la chair, flexible et dépourvue de sensibilité, donnée au corps pour remplacer les os dans le cas où la solidité devait être unie à la flexibilité ; il ne difl'ère de l'os que comme l'ébauche difl'ère de l'oeuvre achevée, et il finit presque toujours par s'ossifier.

Le tendon peut se définir : une partie similaire forte et tenace, dans laquelle finit le muscle, en forme de corde ou de queue.

Le ligament est presque la même chose que le tendon; il n'en difl'ère que par la fonction qu'il accomplit : au lieu d'être destiné à fortifier les mouvements, il est plutôt fait pour relier les parties fermes, les os, par exemple, et il les rend aussi tenaces que possible.

La fihre est un filament inséré dans les parties charnues pour les fortifier et les rafl"ermir ; il y aide le mouvement , l'attraction, la rétention et l'expulsion : les fibres sont droites, et servent à attirer; obliques, et servent à retenir; et transversales ou circidaires , ces dernières repoussent les objets.

La nieynbrane se définit : une partie similaire étendue , plane , assez solide , en forme de peau , donnée au corps pour revêtir une autre partie , ou pour servir de poche ou de conduit; les membranes les plus étendues couvrent les autres parties : ainsi la plèvre enveloppe les poumons; parmi celles qui ont la forme de poche, on cite X estomac; les plus remarquables de celles qui servent de canaux soniV œsophage et les intestins.

La veine est un canal membraneux formé d'une seule tunique, rond, destiné à contenir le sang et à le distribuer

dans tout le corps; elle se distingue de l'artère, qui a deux tuniques.

Il y a deux veines principales : la veine cave et la veine porte. Cette dernière prend son origine dans la partie intérieure du foie, et elle distribue ses ramifications dans les parties destinées à la nutrition, sans aller plus loin; de son tronc, qui descend jusqu'au ventre, sort la veine appelée gastripiploide, qui se distribue dans l'estomac et l'épiploon ; puis il y a la veine intestinale , qui arrive au duodénum; après la veine intestinale viennent les jumelles cystiques, qui aboutissent à la vésicule biliaire; la dernière est la petite veine gastrique, qui longe les parois de droite de l'estomac. Après avoir émis ces ramifications, ce tronc se partage en deux principales branches, dites splénique et mésentérique : la première conduit à la rate, et la seconde au mésentère ; du mésentère partent de nouvelles veines, dont la principale arrive au rectum, et s'appelle liémorroïdale ; les autres sont disséminées dans les intestins. La veine splénique , ou de la rate, avant de répandre ses ramifications multiples dans la rate, émet des sortes de prolongements : un à la gauche de l'estomac , appelé gastrique ; deux à l'épiploon , et un quatrième vers l'estomac; ce dernier est appelé coronaire, parce qu'il ceint en manière de couronne l'orifice de la poche de l'estomac.

La veine cave, plus considérable , et répandue davantage par tout le corps, forme deux troncs remarquables : celui qui va vers les parties supérieures est le tronc ascendant, l'autre est le tronc descendant. Celui-ci, avant de parvenir au sacrum , forme cinq branches , ou petites veines : la veine adipeuse, qui aboutit à la membrane adipeuse du rein; la veine émulgente, qui est distribuée dans les reins; la veine lombaire, qui va dans les lombes jusqu'à la colonne vertébrale; la veine musculaire , qui se répand dans les muscles lombaires et épigastriques ; et la veine spermatique , qui, dit-on, suggère la matière du sperme; arrivée au sommet

du sacrum, cette veine se partage en deux canaux, appelés canaux iliaques, qui se ramifient des deux côtés, et forment les veines hypogastrique et épigastrique , la veine du sacrum, etc. Toutes ces veines se répandent dans les chairs des cuisses et des pieds, et forment un nombre infini de ramifications.

Le tronc ascendant de la veine cave part de la gibbosité du foie, prend la direction des clavicules en passant par le diaphragme, en chemin il s'unit au cœur et y adhère, et répand le sang dans le ventricule droit du cœur par une grande ouverture. Dans cette marche il s'épand en quatre ramifications : l'une va arroser le diaphragme; l'autre forme une couronne à la base du cœur, et celle-ci est appelée coronaire; la troisième se dirige vers les côtes inférieures et l'œsophage : elle se nomme azyge, parce qu'elle n'a pas de compagne; la quatrième se dirige vers les côtes supérieures, et se nomme intercostale. Lorsque le tronc ascendant est parvenu aux clavicules, il se partage en deux branches importantes, dont l'une va à droite et l'autre à gauche; de chacune de ces branches partent diverses ramifications : les unes vers les bras, les autres vers la tète, et celles-ci dans leur parcours émettent des vaisseaux plus petits sur la face, la langue, les tempes, etc.; enfin elles pénètrent dans le cerveau à travers de petites ouvertures pratiquées dans le crâne, et l'arrosent libéralement.

L'artère peut se définir : un canal membraneux, oblong et vasculaire composé de deux tuniques épaisses et fermes, destiné à contenir un sang rempli d'esprits vitaux et à le distribuer dans le corps. La double enveloppe de V artère devait être épaisse et forte , parce qu'il lui faut retenir les esprits qu'elle porte avec le sang, et résister aux mouvements violents du sang. Ce qui caractérise les artères, c'est une palpitation qui prend sa mesure dans celle du cœur, principe de leur mouvement; on les a nommées veines yid' satiles : c'est en observant ces pulsations qu'on reconnaît la

568 PHYSIQUE. IV. partie, thèse unique.

disposition du cœur, et , par conséquent, la santé ou la maladie du corps entier.

■ C'est du ventricule gauche du cœur que le tronc de toutes les artères prend son origine ; puis il se distribue presque aussitôt en deux branches, dont l'une va en montant et l'autre en descendant. L'artère est en quelque sorte la compagne spéciale de la veine cave, et elle tient constamment ses ramifications au-dessous de celles de cette veine; nulle part il n'y a d'artère qui n'ait sa veine correspondante , ni de veine un peu importante qui n'ait son artère, et l'on comprendra suffisamment les distributions des artères d'après ce que nous avons dit sur la veine cave. Ajoutons cependant que du ventricule droit du cœur sort une veine dite artérielle, parce que son enveloppe, plus épaisse et plus forte, la fait ressembler à une artère, et que du ventricule gauche, au contraire, naît une artère spéciale, appelée veineuse , parce que sa tunique est simple comme celles des veines.

Le nerf est remarquable entre toutes les parties similaires; il y a même entre quelques-unes de ses parties des diflerences, comme entre les veines et les artères, qui autoriseraient à les compter parmi les dissimilaires; on le définit : une partie molle et médullaire à l'intérieur, dure et membraneuse à l'extérieur, destinée à distribuer les esprits animaux dans tout le corps. De même que les veines et les artères distribuent dans tout le corps , depuis le cœur et le foie, le sang et les esprits animaux : de même , depuis le cerveau et la moelle épinière , qui est une sorte de prolongement du cerveau, les nerfs y répandent les esprits vitaux, et avec ceux-ci le mouvement et la sensibilité; quelques-uns leur attribuent même un certain suc qu'ils appellent nerveux; mais d'autres philosophes ne le veulent pas entendre : ces esprits animaux, étant d'une extrême subtilité, peuvent aisément s'insinuer par les pores; les nerfs n'ont point de cavité sensible.

Les 7ierfs se divisent ainsi : il y a les nerfs qui prennent

immédiatement leur origine dans le cerveau , et ceux qui partent de la moelle épinière. Ceux du cerveau se subdivisent en sei^i jjaires, ou conjugaisons: la première jjaire est optique, ou visuelle : elle va à l'œil, et sert à la vision; la deuxième se répand en diverses branches dans les muscles de l'œil, pour y aider le mouvement et l'unifier : tous ces nerfs se réunissent en une seule corde, comme l'a remarqué André Dulaurent, célèbre anatomiste; la troisième paire, après avoir envoyé, le long de son chemin, des ramifications aux muscles de la face , des yeux et du front, et aux racines des dents, finit à la langue, où elle sert à perfectionner le goût: aussi Galien l'a-t-il appelée du nom de ce sens; la quatrième paire arrive en partie au palais, et aussi à la membrane inférieure de la langue : on pense qu'elle sert encore à l'organe du goût; la cinquième paire arrive au tympan de l'oreille pour servir à l'ouïe, et de là elle émet un prolongement jusqu'au muscle du larynx, pour servir au mouvement de la langue, et à l'émission de la voix : il en résulte que les sourds de naissance, ou même ceux qui le deviennent par accident, sont en même temps à peu près incapables de parler; la sixième paire est appelée vague, parce qu'elle se répand plus que les autres : elle va dans les muscles du larynx pour servir à la parole, au mouvement des côtes, au cœur lui-même , à l'eglomac , au mésentère et à d'autres parties inférieures du ventre ; la septième paire est distribuée dans les muscles du larynx et de la langue , pour servir au mouvement de ces deux organes.

Les nerfs qui partent de la moelle épinière se divisent en trente paires , dont sept partent des vertèbres supérieures, douze de celles du thorax , cinq de celles des lombes, et six de celles du sacrum. 11 serait trop long de suivre leurs prolongements dans tout le corps.

La chair est une des parties principales du corps; on peut la définir : une partie similaire plus molle, et comme un suc coagulé du sang, dont la fonction est d'humecter douce-

ment les fibres et les vaisseaux qu'elle entoure, de les défendre contre les excès du froid et de la chaleur, de recevoir comme un bouclier les coups qui leur seraient portés, de remplir les fosses que le squelette laisserait ouvertes, et enfin de se placer comme un coussin sous toutes les autres parties du corps. Il y a quatre sortes de chair : la musculeuse , la viscérale, la membraneuse ei\îi glanduleuse.

La chair musculeuse est celle qui fait le muscle, au moins en grande partie; car le muscle est une chair composée de nerfs multiples, renforcée par des fibres qui la traversent, tissue de filaments de veines et d'artères, revêtue d'une fine membrane , et se terminant en tendons. Le muscle est le ministre immédiat du mouvement volontaire; parce qu'il se contracte ou se dilate à volonté sous la direction des esprits animaux qui du cerveau lui sont transmis parles nerfs; il meut aussi les différentes parties du corps, les ramenant, les retournant, etc. Or, le corps humain étant susceptible d'une quantité de mouvements volontaires presque innombrables, pouvant être fléchi, incliné, élevé, etc. , il a fallu qu'il portât une multitude extraordinaire de muscles variés. La curiosité des médecins sur ce sujet leur en a fait découvrir et compter jusqu'à quatre cent vingt-sept.

L8l chair viscérale, appelée par les Grecs parenchyme, c'est-à-dire épanchement, paraît être du sang concrète et coagulé : telle est la chair du foie, de la rate, du poumon, et des autres viscères ; c'est ce qui lui a valu son nom.

La chair membraneuse est comprise dans la substance plus épaisse des membranes ; car les membranes principales, celles qui sont les plus consistantes, comme l'estomac, les intestins, etc., ne sont point totalement sèches ni dépourvues de sang; mais, outre les fibres qui les composent, elles contiennent de la chair.

La chair glanduleuse est épaisse et spongieuse; sa fonction est de fortifier les points où les vaisseaux se divisent, d'absorber les humeurs superflues , de parfaire les sécré-

lions, et d'humecter certaines parties. A toutes ces sortes de chair, on pourrait encore ajouter celle des gencives, de la langue, et quelques autres qui ne paraissent pas rentrer facilement dans les premières.

La graisse est une portion épaisse et comme huileuse du sang exsudée des veines par leur enveloppe subtile , et qui s'agglomère autour des autres membranes; elle retourne par le même chemin et se réduit pour nourrir les parties épuisées, et elle entretient la chaleur naturelle; on pourrait la définir : le superflu de l'aliinent que l'animal se réserve pour le cas du besoin.

Nous avons vu ce que sont les glandes, en parlant de la chair glanduleuse.

La moelle est une substance molle contenue dans la concavité des os. Il y a deux sortes de moelles : celle du cerveau, qui est la plus noble de toutes les parties; et la moelle commune, contenue dans les os, afin de les nourrir, comme on le croit ordinairement. Pline remarque (lib. VII, chap. xviii) qu'il est des hommes dont les os sont massifs, sans moelle, et qu'ils se reconnaissait en ce qu'ils n'éprouvent jamais la soif, et ne sont i^oint sujets à la transpiration.

Lliumeur est la portion fluide de la substance corporelle. La principale humeur, c'est le sang, de couleur rougeàtre, et distribué dans les veines et les artères. Quoique le sayig ait une apparence homogène , il contient néanmoins trois humeurs : la hile jaune, Yhumeur noire et la pituite, avec lesquelles il sert à l'alimentation des parties plus solides.

Les physiologistes modernes ont découvert une autre humeur, appelée la Igyyiphe. Cette humeur, claire, presque transparente, est renfermée dans de petites veines menues, appelées vaisseaux lymphatiques ; ces vaisseaux répandent dans le corps cette /mmewr sécrétée par le sang, et de nouveau la ramènent au sang ; on a prétendu que ces vaisseaux lymphatiques, par leur rupture, causaient Thydropisie. De

572 PHYSIQUE. IV. partie, thèse unique.

là viendrait, dans cette maladie, la soif; le sang privé de la lymphe cherche, ainsi que les autres parties qu'il arrose, à y suppléer par de l'eau, et la maladie augmente ainsi à mesure que l'humeur s'accumule en dehors de son lieu naturel.

Les esprits forment la portion subtile et aériforme de la substance corporelle. Aristote nomme cette partie un air chaud (IP liv. de la Génération des Animaux) , non qu'elle soit de l'air pur, mais parce qu'elle est aussi subtile que l'air; c'est comme une exhalaison pure ou une vapeur distillée du sang. Hippocrate la nomme la partie qui donne l'impulsion et imprime le mouvement, parce qu'elle sert à mouvoir toutes les parties du corps.

La division de ces esprits en esprits vitaux et en esprits animaux est connue. Les esprits vitaux engendrés du sang dans les ventricules du cœur sont portés à travers les artères, et c'est en eux que réside principalement la chaleur vitale, ils sont comme une flamme allumée dans le cœur, et entretenue par les exhalaisons grasses du sang. Les esprits animat<x proviennent des esprits uitowo; rendus plus subtils à leur passage dans le cerveau, dépouillés des vapeurs épaisses qu'ils contenaient, et mûris, pour ainsi dire.

La transformation des esprits vitaux en esprits animaux est due à des qualités supérieures aux qualités sensibles. Cependant l'on pourrait encore dire que l'ardeur étant la qualité propre des esprits vitaux, puisque jamais ils ne sont en repos, ils sont produits dans le cœur, le membre le plus chaud, et le plus mobile de tous , tandis que le propre des esprits animaux est de luire dans la pureté et dans le calme. C'est une notion générale que les esprits animaux sont dénature lucide, que, pour accomplir leurs fonctions, ils ont besoin de tranquillité, que la colère, l'ivrognerie et la maladie les troublent et entravent leurs opérations sensitives. Les esprits vitaux sont donc transformés en esprits animaux, quand dans le cerveau, organe plutôt froid et notoirement tranquille, ils se défont des fumées qu'ils con-

tiennent. La flamme vitale brille alors d'un éclat plus pur; toute agitation cessant, elle est calme, posée, stable; son ardeur, d'abord adoucie, finit par laisser place à l'éclat, à l'instar des corps célestes qui brillent sans échauffer. De là vient que dans la jeunesse, l'irritation et le tempérament ardent sont plus fréquents parce que les esprits vitaux y sont meilleurs et plus prompts, mais les esprits animaux, et par suite les connaissances, y sont moins parachevés. La vieillesse, posée, d'un sang moins chaud, a les notions et les esprits animaux meilleurs, mais les espritsvitaux y sont plus lents. L'ardeur, l'évaporation et l'impétuosité des esprits vitaux qui du cœur échaufîé montent au cerveau, ne sont pas assez corrigées dans la jeunesse, pour la formation des esprits animaux, le calme lucide et pur qu'on observe quelquefois dans la vieillesse , et lorsque la tète est reposée, leur convient beaucoup mieux.

Quelques physiologistes admettent une troisième sorte d'esprits, appelés naturels, transmis du foie dans les veines. D'autres y joignent des esprits innés, c'est-à-dire formés avec chaque partie du corps, avec les poumons, l'estomac, etc. Quant aux esprits dont nous avons parlé, ils les désignent sous le nom d'influents, parce qu'ils influent du cœur dans les autres parties, mais on peut ramener ce dont ils parlent aux esprits vitaux. La quatrième sorte d'esprits n'est autre que la partie la plus subtile de chacun de ces organes.

§ II

Des parties dissimilaires du corps.

La division du corps en tète, thorax, ventre et membres, est connue; comme il y a quatre opérations animales, la sensibilité, l'appétit, la végétation et le mouvement local, il y a un siège pour la sensibilité, et c'est la tête; un pour l'appétit, c'est le cœur, qui, placé dans le thorax, est le principe des passions ; un foyer pour les opérations végétatives, dans

574 PHYSIQUE. IV. PARTIE. THÈSE UiNIQUE.

le ventre; enfin les membres sont les organes immédiats du mouvement local. Nous allons examiner chacune de ces parties. Commençons par la première.

La tête se divise en partie velue ou crâne et partie glabre ou face.

Le crâne, qui garde souvent le nom de tète, est distribué en cinq parties : la partie antérieure , appelée le sinciput ; la partie postérieure, Vocciput ; la partie intermédiaire, qui est le haut de la tête ou vertex; ensuite les deux parties latérales, nommées tempes. Dans la capacité du crâne, il y a le cerveau, le principe des sens, le chef du corps entier; Platon l'appelle un membre divin, et Démocrite le gardien de V intelligence ; pour Homère, c'est le ciel ou le creux du ciel, parce qu'il porte dans toutes les parties du corps le mouvement, la lumière et la connaissance. Il consiste en une substance médullaire très-compacte, molle, et qui n'a point sa pareille dans le corps. Elle n'est point liquéfiable au feu, comme la moelle des os; elle n'est point diminuée par l'absence de nourriture, ni consumée par les ardeurs de la fièvre. Chez l'iiomme, elle est deux fois plus grande que chez les plus grands animaux , le bœuf et le cheval, par exemple. Quoique toute la substance en soit continue, on la divise en cerveau, cervelet et moelle épAnière.

Le cerveau est la portion la plus considérable; il occupe la partie antérieure de la tète; il est mou, cendré et profondément tortueux. Ses entortillements servent, selon toute apparence, à ralentir l'impétuosité des esprits vitaux partis du cœur, et qui de toutes parts arrivent par les artères, de peur qu'en montant jusqu'au point où les esprits animaux se forment, ils ne troublent ceux qui sont déjà formés ; la partie inférieure, au contraire, prend une consistance solide ; elle est blanchâtre et calleuse. De la partie antérieure iusqn'k la racine du nez descendent les deux tubercules appelés processus mamillaires. Au milieu du corps calleux, il y a deux ventricules, oblongs, mollement recour-

liés, opposés l'un à l'autre par les dos de leurs courbes égales, et séparés, l'un à droite, l'autre à gauche, par une cloison transparente : puis, du côté de Voccijyut, il y a un troisième ventricule qui leur est contigu; ces ventricules sont pris pour les réceptacles des esprits animaux, peut-être même est-ce là qu'ils s'élaborent. Vers ces ventricules parvient dans le mouvement de la respiration, par de petites ouvertures qui servent à Forgane de l'odorat et sont placées à la racine du nez, ou encore par les ouvertures situées dans le fond du palais, une petite portion d'air, et, selon quelques physiologistes , cet air rafraîchit le cerveau et contribue à la formation des esprits animaux. Il arrive aussi parla c/ioroïde^ vers ces ventricules du cerveau, une grande quantité d'esprits vitaux; cette choroïde est un tissu de veines et d'artères, et ces esprits vitaux servent à former les esprits animaux, qui subissent là leur dernière transformation. Ce tissu si compliqué serait, suivant quelques-uns, le filet admirable de Galien; mais ce fîlet^ selon les autres, doit plutôt s'entendre du tissu qui est formé à la base du cerveau par les artères caroh'des et apoplectiques.

Le cervelet est une portion de substance médullaire, un peu plus noire et un peu plus ferme que la précédente ; elle est aussi à peu près dix fois plus petite , et toute contenue dans la cavité de Yocciput . elle a donc aussi son ventricule, qui est le quatrième, et qui communique avec le troisième, dont il reçoit apparemment les esprits animaux par un petit conduit, appelé a^ius. Autour de cet anus, on remarque des proéminences qui sont les testes du cerveau, puis une petite glande appelée conarion, et enfin le processus vermi forme, ainsi nommé parce qu'il reproduit la forme d'un ver; son office est d'ouvrir ou de fermer, selon l'opportunité, le petit conduit du quatrième ventricule. De peur que ces deux cervej^uxne fussent encombrés des parties excrémentitielles qui s'en dégagent, la nature les a pourvus de deux petites ouvertures par où elles sortent et d'une fossette destinée are-

cevoirla pituite; celle-ci tombe goutte à goutte de la glande pituitaire, et par les ouvertures de l'os sphénoïdal, dans le palais, tandis que la partie la plus grossière de la pituite se répand dans les fosses nasales.

Enfin la moelle épinière est la portion oblongue de la substance médullaire, qui, delà partie inférieure du cervelet, se prolonge à travers les vertèbresjusqu'à l'origine des fesses et juqu'au sacrum, de manière à s'amincir et à se durcir en même temps; sa nature et son importance ne paraissent point différer de celles du cerveau; aussi est-elle appelée cerveau ohlong. De la moelle épinière naissent environ trente paires de nerfs, dont nous avons parlé lorsqu'il a été question des nerfs, pendant que sept nerfs partent de la partie inférieure du cerveau, nous les avons également décrits; c'est par ces nerfs que sont distribués dans tout le corps les esprits animaux, et avec ceux-ci la sensibilité et le mouvement.

Il importait que cette substance précieuse du cerveau fût protégée et conservée avec soin. A cet effet, il y a deux enveloppes, dont la première est une membrane très-fine annexée à la substance médullaire, et suivant exactement tous ses développements et toutes ses anfractuosités ; elle s'appelle méninge suhlile; elle est parcourue par de petites veines et par des artères ; non-seulement elle contient et conserve la substance du cerveau, mais elle y apporte le sang, et sert de véhicule aux esprits vitaux qui doivent y pénétrer. En se dédoublant en deux ventricules antérieurs, elle forme le septum lucidum, qui les sépare ; elle forme encore avec ses veines et ses artères le plexus choroïdal. La seconde enveloppe du cerveau, plus épaisse, est la méninge forte; elle est répandue sur toute l'étendue de la précédente. Les Arabes ont appelé ces deux méninges, m,ères ; la première est la pie-mère, et la seconde, la dure-mère ; selon les Arabes, de ces deux membranes provenaient toutes les autres. La méninge forte, ou dure-mère, est un tissu de veines et d'artères nombreuses, qui arrosent le cerveau;

ce tissu contient des cavités remplies et palpitantes d'un sang artériel , et les mouvements qui s'y remarquent sont appelés systole et diastole. Ce tissu forme aussi des plis qui par des fissures pratiquées dans le haut du cen'eaw arrivent jusqu'au cervelet, et partagent celui-ci en deux parties égales.

Outre ces deux méninges, le cerveau est encore pourvu d'une enveloppe osseuse. La partie oblongue, appelée moelle épinière, est également contenue dans une sorte de fourreau osseux, formé par les vertèbres. La partie qui conserve le nom de cerveau est contenue dans la tête , et enveloppée par les os du crâne ; cette enveloppe est la plus dure et la plus forte, destinée qu'elle est à garantir la tête des coups et des injures; en même temps, elle est remarquable par ses sutures et par ses pores, qui livrent passage aux exhalaisons et aux fumées. Enfin la Nature a ajouté au crâne une épaisse membrane, avec un cuir dur et chevelu, afin qu'aucune protection ne manquât à celte noble partie du corps.

La face embrasse plusieurs parties : le front, les sourcils, \es paupières, \es yeux, le nez, les oreilles, \es joues, les lèvres, le menton, la houche et la langue. Nous avons déjà parlé des yeux, dunezeides oreilles, hpro^^osdes sens. Quant au front et aux joues, aux lèvres, aumenton, et à la houche, rien n'est à observer, si ce n'est la physionomie qui en est le résultat, et qui donne l'expression à tout le visage; elle témoigne de la sympathie qui règne entre les parties extérieures et les parties intérieures du corps ; le visage exprime, en effet, si bien la disposition et les mouvements intérieurs, qu'il est appelé le yniroir de Vâme, et Y abrégé, mieux encore , Yinterprète detout le corps. Lesexe,V âge, le tempérament, la santé, la maladie, tous les mouvements et toutes les affections de l'âme peuvent se lire sur la physionomie. La raison en est que la face est plus que toutes les autres parties susceptible de mouvement. Elle reçoit et indique facilement les altérations du corps, comme une feuille légère indique le moindre iir, 37

souffle du vent ; les esprits venant du cœur et du cerveau y affluent en plus grande abondance, et comme ils sont les principaux ministres des mouvements vitaux et animaux, ils en facilitent aussi davantage l'indication. Enfin la face est située entre le cœur et le cerveau, et les mouvements qui vont de l'un vers l'autre sont interceptés par elle et la modifient.

La langue est l'organe du goût et de la parole; rien n'est plus divin que cet instrument , et elle ne tient pas une place infime dans les parties organiques. La langue consiste en une chair molle , dilatée, lâche, spongieuse, souple, et susceptible d'être retournée en divers sens ; cette chair n'a pas sa pareille dans tout le corps; elle est enveloppée d'une tunique remplie de papilles nerveuses, que traversent en tous sens les nerfs sortis de la troisième ou de la quatrième des paires dont nous avons parlé ; elle est irriguée par deux veines venant de la jugulaire externe , et par deux artères se rattachant aux carotides. C'est le plus mobile de tous les membres; elle est munie de dix muscles, dont deux servent à l'élever, deux à l'abaisser, deux à l'allonger, deux à la retirer, un à la porter à droite, et un à la porter à gauche; elle est assujettie par un fort ligament, à l'extrémité duquel naît une sorte de petite corde , appelée frein de la langue; enfin elle part d'un os spécial , l'os hyoïde.

A la racine de la langue on remarque deux canaux , ou plutôt un double canal ; il n'a qu'une ouverture à l'extérieur, mais il se partage à l'intérieur : l'une de ces divisions se nomme trachée-artère, et sert à aspirer l'air et à le transmettre aux poumons, dans les lobes desquels il se distribue par une multitude de vésicules. Pour rendre l'inspiration et l'expiration plus faciles , cette trachée-artère est construite en anneaux superposés et cartilagineux , sans cesse béants : par eux, la nature, toujours prudente, pourvoit à ce que celle-ci , qui est molle et facile à incliner sur elle - même , puisse se relever spontanément, et éviter l'étranglement

que la moindre pression aurait causé à l'animal ; un autre canal, Vœsojihage, sert à transmettre jusqu'à l'estomac le boire et le manger. L'œsopliage est membraneux , bouché quand il ne sert pas à la fonction nutritive, de peur que l'air ne vienne mal à propos pendant la respiration s'introduire dans l'estomac, ou que celui-ci, s'il était ouvert^ puisse trop facilement perdre la chaleur qui lui est nécessaire.

La partie supérieure de la trachée-artère, le larynx, est l'organe de la voix. C'est un instrument vraiment admirable; il doit subir mille mouvements et figures pour rendre toutes les variations nécessaires à notre voix. A cet effet il est pourvu de quatorze muscles, qui lui permettent de prendre toutes sortes de formes, de comprimer en autant de manières l'air qui lui vient des poumons et de produire des sons variés. Cependant, comme nous l'avons vu plus haut, le larynx est cartilagineux, et susceptible en ce sens d'une certaine flexibilité ; mais il prend toutes ces formes sans pouvoir jamais être bouché complètement. Il y avait encore à craindre que la nourriture ne vint à s'égarer dans ce petit orifice ; la nature y a pourvu en le couvrant de Vépiglotte: Y épiglotte, toujours relevée quand les fonctions de déglutition ne s'exercent pas, est abaissée par l'eflet même de la déglutition , et ferme ainsi le larynx hermétiquement; les aliments passent sur Vépiglotte comme sur un pont pour se déverser dans Vœsophage. S'il arrive qu'avec l'air une minime partie des aliments pénètre jusque dans le larynx, une toux violente se déclare , et ne cesse qu'avec l'expulsion complète du corps étranger.

Le thorax est la région du corps qui depuis les jugulaires s'étend jusqu'au cartilage xiphoïde; cette partie est circonscrite en haut par les clavicules, en bas par le diaphragme , dans la partie antérieure par le sternum, dans la partie postérieure par les vertèbres du dos, et dans les côtés par les côtes. Le thorax est réuni à la tête par le cou , qui sert de milieu, et dont nous n'avons rien à dire de spécial.

Il y a dans le thorax plusieurs parties : les unes sont dites contenantes, et telles sont les côtes avec leurs muscles; la plèvre, membrane tendue au-dessous des côtes, qui enveloppe les parties du thorax; le médiastin, corps membraneux qui partage les deux parties de la plèvre, tendu de la gorge au diaphragme , dans le sens de la longueur, et du sternum aux vertèbres, dans le sens de la largeur, séparant ainsi les deux parties du thorax à droite et à gauche, de sorte que la lésion de l'une de ces parties laisse l'autre saine et sauve ; le médiastin soutient aussi les poumons; le diaphragme est un corps composé d'une double membrane charnue, musculeuse, et dont la forme ressemblée celle du poisson que Ton nomme raie : les fonctions du diaphragme sont d'abord de séparer le thorax du ventre : de là lui vient son nom ; ensuite il facilite la respiration : quand il s'étend il appelle l'air, et le chasse, quand il se contracte; il aide encore à l'expulsion des matières fécales ; enfin il fournit une certaine fraîcheur au ventre inférieur. Les autres parties du thorax sont appelées contenues : ce sont le cœur et les poumons, dont il nous reste à parler.

Le cœur est le plus noble organe de l'âme, l'origine première de la vie , le producteur des esprits vitaux , le foyer de la chaleur naturelle , le principe du mouvement vital ; on le peut définir : une partie charnue et le plus ferme de tous les viscères; tissu de fibres droites, transversales et obliques entre-croisées entre elles, il est arrosé par les prolongements des artères et des veines qu'on appelle veines et artères coronaires, parce qu'elles ceignent ce roi de la vie à l'instar d'une [couronne; il est compris dans un faisceau des nerfs prolongés de la sixième conjugaison, recouvert, pour fomenter la chaleur, d'un tissu adipeux et enveloppé dans une tunique propre ; il s'agite sans cesse dans les mouvements alternatifs de systole et de diastole , c'est-à-dire de contraction et de dilatation ; il est de figure pyramidale, et semblable à une pomme de pin renversée; situé presque au milieu du

thorax, il dirige sa pointe d'en bas vers le diaphragme, de manière à être incliné un peu vers la gauche ; il renferme deux ventricules, séparés par une membrane : celui de droite, plus développé, est d'une chair toujours plus flasque et moins épaisse; celui de gauche est plus rétréci, mais sa chair est plus serrée et plus solide. Dans le ventricule de droite se trouve la veine cave, qui s'ouvre par une large bouche, et, dans le mouvement de diastole , verse le sang en abondance. Suivant Galien, la partie la plus subtile et la plus pure de ce sang arrive, par transpiration et par des conduits secrets, à travers la membrane qui sépare les deux ventricules, le septum médium, dans le ventricule gauche, et s'y transforme en sang artériel et en esprit vital : la partie du sang la plus épaisse, appelée artérielle, est reçue par une veine qui se trouve également dans le ventricule droit, pour être chassée et répandue dans les poumons. Le ventricule gauche est l'officine où s'élaborent les esprits vitaux : c'est la source du sang artériel; dans le mouvement de diastole il reçoit, par l'artère veineuse, non-seulement ce sang qui y afflue perpétuellement de la veine artérielle , mais encore le peu d'air pur répandu dans les poumons, qui lui est nécessaire pour rafraîchir le sang et les esprits vitaux; dans la systole, le cœur, rétréci, repousse le sang et les esprits vitaux jusque dans la grande artère appelée aorte, dont les ramifications arrivent aux extrémités du corps.

Au reste, cette translation du sang du ventricule droit dans le ventricule gauche par la veine et l'artère dont nous venons de parler, est admise, grâce aux admirables études d'Harvey, par tous les contemporains; mais beaucoup ne veulent pas accepter qu'elle se fasse par les moyens qu'indique Galien : suivant eux , cette membrane est trop forte et trop épaisse pour se laisser traverser par des infiltrations du sang, quelque subtil qu'on le suppose. Cette translation reste pourtant probable quand on voit les anfractuosités , ou petites cavernes qui des deux côtés du septum sont assez

remarquables et assez profondes : dans leurs profondeurs elles peuvent se rencontrer, et livrer ainsi un passage continu au sang subtilisé. On ne saurait objecter ici qu'en y introduisant la sonde on n'a jamais pu les traverser ; cela peut tenir aux contours multipliés qui s'y trouvent. Gassendi rapporte même que sous ses yeux un chirurgien a introduit une sonde recourbée, qui, tournée en tous sens, baissée ou relevée patiemment, suivant la circonstance, a fini par pénétrer du ventricule droit dans le gauche , sans déchirure, comme le prouva ensuite la dissection.

La prévoyance de la Nature est admirable ici en deux choses : premièrement, dans les deux oreillettes, ou sacs membraneux, et proéminents aux deux côtés des ventricules , l'une à l'orifice de la veine cave , l'autre à celui de l'artère veineuse, qui reçoivent le sang pour en modérer l'impétuosité, et le préparer avant qu'il pénètre dans le sanctuaire du cœur; elles servent aussi de magasins au cœur, en lui mesurant la quantité de sang à recevoir: elles se contractent à sa dilatation, et déversent alors leur contenu dans les ventricules; au contraire, elles se dilatent par sa contraction , et se remplissent du sang qu'elles rendront au premier mouvement opposé.

Secondement. La Nature a disposé onze valvules, dont trois à l'orifice de la veine cave, trois à celui de la veine artérielle, trois à celui de la grande artère , et deux à celui de l'artère veineuse , afin que le sang entré par une voie dans le cœur n'en puisse sortir par cette voie , et qu'une fois sorti , il n'y puisse refluer immédiatement : ainsi le sang qui entre et qui sort du cœur est toujours renouvelé, et comme le cœur reçoit de la veine cave du sang, et de l'artère veineuse de l'air mêlé au sang qui vient des poumons , les valvules sont des deux côtés disposées de manière que, lorsqu'il se dilate, elles s'ouvrent et y versent du sang, et lorsqu'il se comprime, elles se ferment et ne peuvent rien recevoir du sang qu'il rejette; au contraire, les valvules de la grande artère et de

la veine artérielle , qui reçoivent le sang sortant du cœur, se ferment lorsqu'il se dilate et qu'il appelle, afin que le sang qu'elles contiennent ne puisse y retourner, et quand il se contracte et rejette, elles s'ouvrent pour recevoir le sang dont il ne veut plus.

Il fallait que cet organe si précieux à la vie de l'animal fût enfermé soigneusement. Une capsule, ou membrane nerveuse, appeléepericarde, l'entoure, en effet, tout entier; elle contient de l'eau , qui sert à tempérer sa chaleur : c'est peutêtre cette eau que l'Évangile nous apprend s'être écoulée du côté percé de Notre-Seigneur; et comme toute chaleur a besoin d'air pour se rafraîchir et ne pas entraîner la suffocation, comme toute lanterne laisse des ouvertures à la flamme qu'elle entretient, le cœur a deux ventilateurs tout à fait adaptés à ses besoins : ce sont les poumons, substance molle , spongieuse , remplie de petites vésicules , qui reçoivent de la bouche et de la trachée-artère un air toujours renouvelé , et l'emploient à rafraîchir le cœur.

Au sujet du cœur, on peut demander : i° s'il est plus noble que le cerveau.

Réponse. Aristote, les Stoïciens et un grand nombre de philosophes ont pensé qu'oui; cependant les médecins préfèrent le cerveau, qui est l'organe d'une opération plus élevée, de la sensation. Les Stoïciens , pour soutenir leur avis, attribuaient la sensation au cœur, et le langage commun est avec eux; de graves auteurs s'y joignent aussi : Homère, par exemple , plaçait dans la poitrine le siège de la prudence, et l'Écriture sainte elle-même parle du cœur comme du foyer de l'intelligence, de la sagesse, de la pensée et du conseil : de là vient que les qualifications latines de vecors et à.' excors, homme sans cœur, sont synonymes de sot et d'insensé.

Suivant nous , la priorité peut être décernée au cœur, la partie principale du corps, l'origine première de la vie, le principe de toutes les opérations vitales.

Expliquons-nous. Le cœur est l'origine première de lavie, car il vivifie toutes les autres parties : vigoureux , il rétablit en elles la vigueur affaiblie; s'il est lésé, le reste languit, tandis que le reste n'agit pas autant sur lui; selon Galien et Aristote, il est la première partie à vivre et la dernière à s'arrêter. Le cœur est le principe et la racine de toutes les opérations vitales , cela peut encore se démontrer : la vigueur et la chaleur par lesquelles le foie, l'estomac et les autres parties accomplissent leurs opérations végétatives leur viennent du cœur. Quant aux esprits qui produisent la sensation dans le cerveau, ils prennent leur origine dans le cœur : la racine, bien qu'elle ne porte pas le fruit, tient cependant le premier rang parmi les principes de la fructification : ainsi le cœur est le principe radical de la connaissance sensilive; et en ce sens on peut admettre l'opinion des Stoïciens et les autres autorités ; c'est ce que confirme la position elle-même du cœur : entre le cerveau et le ventre ; il est placé comme le soleil au milieu des planètes , pour être le point de départ de tout mouvement, et de lui procède vers l'une et l'autre partie la vigueur de la vie ; de lui, comme de leur principe, dépendent les opérations de l'un et de l'autre.

On peut demander : 2° quelle est la cause des mouvements alternatifs de contraction et de dilatation du cœur connus sous le nom de diastole, quand la pointe du cœur est rapprochée de la base , et qu'ainsi les ventricules deviennent plus volumineux , et prennent davantage la figure sphérique, la plus capable de toutes, et de systole, quand la pointe est éloignée de la base , et que les ventricules se rallongent et se rétrécissent.

Réponse. Il y a des physiologistes qui pensent que c'est le sang qui, de la veine cave, se précipite dans le cœur et le dilate; ce ne serait donc point le cœur qui attirerait le sang, parce qu'il s'ouvre comme un soufflet: ce serait l'influence du sang qui dilaterait le cœur, comme une outre est gonflée

par le liquide qu'elle reçoit. Mais cette opinion rencontre bien des difficultés : 1° Le mouvement est essentiellement naturel au cœur : elle en suppose là un violent; 2° l'impétuosité du sang n'est pas telle, qu'il puisse dilater sensiblement un viscère aussi solide, d'autant plus qu'il n'arrive pas immédiatement au cœur, amortissant d'abord son ardeur dans les oreillettes; 3° la question reste entière avec cette solution , puisqu'on ne dit pas quelle est la force qui porte le sang dans le cœur; or il ne se précipite que parce qu'il y est poussé, et il est poussé par le cœur lui-même dans les artères et dans les veines, et de celles-ci dans le cœur : le mouvement du cœur est donc plutôt la cause du mouvement du sang. D'autres physiologistes donnent pour raison à la dilatation que le sang, en arrivant dans le cœur, est dilaté par la chaleur qu'il y trouve , et exige un plus large espace; mais la dilatation du cœur doit précéder plutôt l'introduction du sang et son échaufîement. Suivant quelquesuns, la cause en est dans la structure du cœtr/'; mais la configuration d'un corps, si elle favorise un mouvement, ne le détermine jamais par elle-même : il faut donc dire, avec saint Thomas (Opusc. XXXIII) , que ce mouvement est une propriété même du cœur, qu'elle suit sa forme comme la pesanteur suit la forme de la pierre , et la chaleur la forme du feu ; car il est nécessaire que tout ce qui est d'emprunt se ramène à ce qui est propre; or le mouvement des autres membres est un mouvement d'emprunt; le membre qui seul leur prête ce mouvement, c'est le cœur; il aura nécessairement le mouvement en propre : c'est pourquoi il n'y éprouve aucune fatigue; il s'y complaît, au contraire, comme dans un exercice parfaitement naturel.

On peut demander en troisième lieu si le cœur est le principe des veines comme il l'est des artères; en d'autres termes, si le sang provient aussi du cœur dans les veines.

Réponse. Arislote attribue au cœwr l'origine et l'élaboration du sang tant veineux qu'artériel , et il veut que les

veines en dérivent; c'est avec raison. Il est vrai qu'on ne voit pas tout de suite par où la veine porte et le sang qu'elle contient sortent du cœur^ parce que cette veine est manifestement implantée , et enracinée dans le foie par de nombreuses ramifications, qui proviennent toutes d'un même tronc, et se prolongent dans les intestins, sans qu'aucune absolument aboutisse au cœur; mais comme la veine cave, qui adhère an cœur, fait le prolongement du ventricule droit, ainsi que l'aorte prolonge le ventricule gauche ; comme elle est subtile à l'instar du ventricule droit, taiidis que l'aorte est consistante comme le ventricule gauche, il parait certain que cette veine puise son sang dans le cœur, non pas immédiatement, mais par l'intermédiaire des artères. A. chaque pulsation, une partie du sang, une goutte, si l'on veut, est puisée de cette veine par \ecœur, et passe dans la grande artère par le ventricule gauche; il faudrait donc qu'en vingt -quatre heures tout le sang contenu dans cette veine, et même dans le corps entier, fût épuisé s'il ne se renouvelait à une source fixe; et les artères s'empliraient d'une trop grande abondance de sang, si elles ne pouvaient le déverser. Or quelle source pourrait sans cesse fournir à la veine cave tout ce sang, si ce n'est la grande artère elle-même, qui doit éprouver le besoin continuel de se décharger, afin de faire place au sang qui du cœur afflue sans cesse vers elle , afin que par un échange continuel l'artère verse le sang dans les veines, et se trouve prête à recevoir celui que le cœur lui fournira, et que la veine cave, recevant sans cesse du sang de l'artère, puisse en fournir incessamment au cœur. Le sang veineux tire donc son origine des artères immédiatement; et du cœur au moyen des artères , et même la circulation est continuelle; du cœur le sang va dans l'artère, de l'artère dans la veine cave, et de celle-ci de nouveau dans le cœur, pour retourner à l'artère.

Cette circulation, dont avait déjà parlé Aristote, et qui a été plus soigneusement décrite de nos jours, a été mise hors

de contestation par de nombreuses opérations anatomiques; une analogie merveilleuse entre le microcosme ou le corps animé, avec l'univers entier ou le grand monde , nous en fournit la confirmation. Dans ce dernier, le principe humide circule perpétuellement ; recueilli dans les bassins de l'Océan , il pénètre par des conduits secrets jusque dans les entrailles de la terre, d'où, sortant en fleuves et en fontaines, il retourne à l'Océan, et ainsi de suite. Ainsi la nature, toujours conforme avec elle-même, met dans le cœur de l'animal un principe humide et vital, c'est le sang. Ce sang est répandu par les artères dans le corps entier, et par les bouches des artères il arrive dans les veines qui le ramènent au cœur, d'où il repart pour les artères qui le rendront aux veines qui le rapporteront au cœur; et comme les conduits souterrains forment à leurs extrémités des fontaines et des sources pour les fleuves , ainsi les artères, en débouchant dans les veines, donnent les sources du sang veineux. Mais si on met empêchement au cours d'un fleuve et à l'écoulement de ses eaux, il reflue du côté de la source, et laisse à sec le lit qui le portait jusqu'à la mer ; ainsi une veine après la ligature se dessèche du côté du cœur, et se gonfle du côté des artères ; si elle est ouverte, du premier côté elle ne donnera pas de sang, tandis qu'elle surabondera et s'étendra le plus possible vers l'extrémité de l'artère, donnant par son ouverture tout le sang qui était dans le corps.

Puis-je ajouter que comme la mer Méditerranée a près d'elle une mer moindre, sans communication apparente avec elle, c'est la mer Caspienne; ainsi près du cœur, qui est comme l'océan du sang, se trouve un réservoir moins grand, le foie avec sa veine porte distincte des autres et toujours pleine d'un sang qui semble s'y reposer; mais comme la moindre mer communique réellement avec la grande par de secrets conduits, ainsi le foie et la veine porte, pour ne pas laisser engourdir ou même corrompre le sang qu'ils renferment, communiquent avec la veine cave et

le cœur, et prennent leur part dans la circulation universelle.

Le ventre est la région inférieure du corps. Il est séparé en haut du thorax par le diaphragme, circonscrit par le cartilage xiphoïde et les fausses côtes, et enfin par Vos pubis. Ses principales parties sont l'esfowîac, le foie, la rate, et les mtestins; disons quelques mots de chacune de ces parties.

h'estomac est une poche membraneuse , rugueuse dans sa cavité, ronde et allongée , semblable à une outre , ou à une cornemuse; il est situé entre le foie et la rate, sous le diaphragme. Il reçoit, décompose et cuit les aliments dans une première opération, appelée chylose; ces aliments lui viennent de la bouche par l'œsophage, et par un autre orifice appelé pylore il les envoie dans les intestins. Ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'étant vide, il peut dans l'homme bien portant se contracter et se réduire à la grosseur du poing , tandis que, par l'ingestion des aliments liquides et solides, il se dilatera jusqu'à contenir trois pintes de liquide, et une ou deux livres de nourriture solide.

Le foie est la troisième des parties principales. Le cœur et le cerveau seuls peuvent se nommer avant lui ; il consiste en un parenchyme , ou chair viscéreuse ressemblant à du sang concrète. Il est enveloppé dans une membrane fine; sa configuration est extérieurement arrondie et lisse ; il est creux à l'intérieur, pour entourer l'estomac, et lui communiquer sa chaleur; il est situé sous le diaphragme et les fausses côtes, au-dessus de l'estomac qu'il entoure, et un peu incliné à droite. C'est au foie qu'adhère la vésicule du fiel, petit vaisseau membraneux, semblable à une petite poire, qui reçoit le superflu de la bile jaune, se déverse dans le canal cholédoïque, et de là dans le duodénum, où, comme un clystère naturel; ce fiel stimule l'éjection des excréments , et leur "étonne une apparence jaunâtre. Le foie est traversé par la veine cave, et donne origine à la veine porte ; il est donc regardé comme le laboratoire du sang veineux ; nous l'avons

dit à propos de la nutrition. Il est certain qu'il contribue beaucoup à la formation du sang, puisqu'il donne à l'estomac la chaleur qui change en chyle les aliments, et que le chyle est le premier rudiment du sang.

La. rate est une chair viscéreuse, spongieuse, molle, de couleur noirâtre, de figure allongée, inclinée vers la partie gauche du ventre et opposée au foie, sinueuse en avant et près de l'estomac, arrondie vers les côtes, pénétrée par de petits nerfs, par des veines et beaucoup d'artères. On ne sait trop quel est son usage; on la considère comme le siège des humeurs noires. Quelques-uns pensent qu'elle verse dans l'estomac, par un vaisseau fort court, ce suc acide qui excite la faim et résout les parties solides de l'aliment. D'autres supposent qu'elle est destinée à purifier le sang, et c'est l'opinion la plus probable.

Nous remarquons ensuite sous l'estomac une glande appelée le pancréas, elle est contiguë au foie et à la rate. Au moyen d'un conduit récemment découvert par Yirsung, cette glande répand son suc dans les intestins et sert à compléter la transformation du chyle.

Les intestins sont des canaux membraneux, creux, allongés, arrondis, qui s'ouvrent à l'estomac pour le décharger et vont jusqu'au podex, recueillant le chyle, et portant au dehors les parties trop grossières; ils affectent pour cette raison une forme allongée et tortueuse , et sur leur chemin se discerne ce qui est utile pour le chyle; en même temps ils empêchent l'éjection prématurée des excréments, pour que l'homme ne soit pas toujours occupé à l'ingestion des aliments et à l'éjection des matières superflues. Quoique les intestins forment une série continue , on les distingue en intestins grêles, eigros intestin. Les premiers forment le duodénum, rattaché immédiatement à l'estomac, ensuite lejejunum, ainsi appelé parce qu'il est presque toujours vide, et enfin Vileiim, qui arrive par une très-longue circonvolution jusqu'aux parties inférieures du ventre. Le cœcum, le colon, siège des

coliques, et enfin le rectum, qui livre le dernier passage aux excréments, forment le gros intestin.

Les intestins sont couverts d'un tissu adipeux, appelé épiploon; et afin qu'ils ne se confondent^ ne s'entremêlent ni ne s'écoulent, ils sont maintenus par une membrane, dite le mésentère, arrosée par une quantité de veines et d'artères, formant un tissu de graisse et de glandes. Une autre membrane adipeuse, fine, mais solide , les enveloppe, les échauffe et les conserve, en s'étendant par-dessus toutes les parties du ventre. Les intestins possèdent un mouvement propre qu'on appelle pcristaltique. Il commence au gros intestin et va jusqu'en bas, serrant V intestin en forme de vis et comprimant les matières fécales de manière à ce qu'elles s'écoulent. Il est produit par les esprits et amené par les fibres sur une voie que la Nature lui a préparée; si cette voie est obstruée, ou si les esprits sont troublés, ce mouvement remonte, il se nomme alors antipéristaltique ; il ramène les matières fécales vers les intestins grêles et jusqu'à l'estomac. Des vomissements violents s'en suivent; quelquefois les excréments remontent à la bouche, le mal que bien des perfconnes éprouvent en mer ou en voiture, les coliques de miserere et la passion iliaque, en sont les effets les plus connus ; c'est que sur mer ou même en voiture les esprits éprouvent un dérangement dans leur mouvement ordinaire, ou bien ils trouvent leur passage fermé par la maladie, et ils sont forcés à rebrousser chemin.

Nous ne parlons pas des autres parties du ventre : les reins, qui forment deux viscères charnus en forme de demilune, et pénètrent dans les lombes pour recevoir le superflu séreux du sang, et le distiller dans l'urètre; la vessie, réceptacle membraneux d'une humeur séreuse appelée urine, que l'urètre lui apporte des reins et qui y séjourne pour ne se répandre qu'à la volonté de l'homme. D'autres parties servent à la génération. N'en disons que ce qu'en a dit Platon, à savoir que ces laboratoires de la décomposition et de

la digestion des aliments, sièges en même temps des appétits grossiers, ont été providentiellement placés loin du cerveau, pour ne pas troubler de leurs rumeurs la placidité de l'entendement , et pour que l'homme comprît que leurs mouvements sans frein comme sans raison doivent être écoutés les derniers, et toujours tenus pour choses indignes et viles.

Les membres sont les mains et les pieds. La main se divise en coude, hras et extrême main; celle-ci est distribuée en cinq doigts. Le pied se divise en fémur, tibia et extrême pied. Leur structure est assez connue pour ne pas demander ici plus de détails.

ARTICLE DEUXIÈME

Page 1