‹ Philosophie suivant les principes de saint Thomas (volume 2)Chapitre 44 sur 52 · DIVISION DES ANIMAUX EN ESPÈCES · texte numérisé non relu

DIVISION DES ANIMAUX EN ESPÈCES

Nous ne pouvons traiter cette matière fort vaste que trèssommairement : laissons d'abord l'homme , qui grâce à la vie intellectuelle peut prétendre à former un ordre spécial , et divisons seulement les animaux qui n'ont que la vie sensitive, en animaux parfaits et animaux imparfaits. Les premiers ont toutes les opérations de la vie végétative et sensitive; les autres manquent de quelque opération de l'une ou de l'autre de ces vies, ou n'ont cette opération que d'une manière imparfaite. Ainsi les huîtres ne se meuvent point, les vers de terre ne voient ni n'entendent, etc.

Une autre division est celle en animaux qui n'ont point de sang, comme les abeilles, les mouches, les chenilles, les papillons et plusieurs poissons ; et animaux avec du sang, comme tous les animaux parfaits. On les divise encore en animaux domestiques et animaux sauvages, vivant en troupeaux ou solitaires; en animaux de passage et animaux indigènes, en animaux utiles et animat(x nuisibles,

en animaux muets et animaux qui ont un cri, etc. Enfin ils se divisent en oiseaux, animaux terrestres et animaux aquatiques ou poissons; c'est cette dernière division que nous suivrons.

Parmi les animaux qui volent, quelques-uns n'ont pas de plumes ; leur ailes sont ou des membranes sèches , comme dans \es sauterelles, les mouches, etc., ou des membranes cartilagineuses, comme pour les chauves-souris. La plupart ont des ailes pourvues de plumes, et c'est ce qu'on appelle proprement les oiseaux.

Des oiseaux.

Parmi les animaux du premier genre, il faut remarquer d'abord les abeilles, qui, douées d'un instinct merveilleux, vivent en société et sont gouvernées par une reine, avec tous les signes d'une administration régulière. Elles ont entre elles une distribution méthodique de fonctions, se construisent une demeure commune, envoient des colonies, vont alternativement et en troupe recueillir leur aliment, se constituent en armée pour l'attaque ou la défense, etc. Les plus jeunes sont envoyées aux travaux du dehors, les plus âgées demeurent à l'intérieur de la ruche pour tout mettre en ordre ; elles ont des entrées gardées comme celles d'un camp, prennent leur repos du soir au matin, et cela en ordre; l'une d'entre elles est chargée de donner le signal du réveil. Si le jour promet d'être doux, elles sortent de la ruche et vont à la récolte; s'il menace, et que la pluie soit à craindre, elles demeurent, car l'instinct les prévient de ce que deviendra l'atmosphère. Elles fuient les fleurs vénéneuses, et se portant avec empressement sur celles qui sont utiles, elles y cherchent l'approvisionnement de leurs rayons ; elles veillent toujours à la propreté , ne se posent jamais sur un endroit

souillé, fuient les fleurs mortes et ne recherchent pas, comme les autres mouches, le sang, la graisse ou la chair animale. Toutes les souillures de la ruche, ainsi que les excréments, sont recueillies en un endroit unique et spécial, et au temps perdu portées au dehors. Si par hasard une tempête imprévue les surprend dans les champs, elles ramassent quelque pierre, la tiennent entre leurs pattes, et, ainsi balancées, elles regagnent leur demeure malgré le vent. Elles construisent avec art des maisons pleines de cellules , et y déposent les aliments recueillis pendant l'été; elles ont progéniture sans aucune commixtion de sexe. La reine n'a point de défense , ou n'en fait point usage ; elle ne travaille point elle-même, mais encourage les travailleuses qui l'entourent; elle est plus grande du double que les autres, ses ailes sont courtes, sa démarche est plus hardie, et elle porte sur la tête comme un petit diadème. Les abeilles la soignent, la gardent et la protègent avec une sollicitude admirable. Aristomaque de Solos a employé cinquante-huit ans de sa vie à étudier les mœurs des abeilles.

A cette famille il faut rattacher le frelon, qui cherche toujours à piller le miel des abeilles; la cigale, petit insecte qui, dit-on, ne vit que de rosée; la sauterelle, si nuisible aux champs, et une infinité d'autres insectes. Remarquons seulement \e papillon, dont la vie a deux phases, l'une imparfaite et comme malheureuse, et l'autre plus parfaite et vraiment indépendante : d'abord ver, chenille informe, hideux et se traînant à peine, vorace, et toujours affamé, il s'engourdit bientôt et semble mourir pour arriver à une vie nouvelle. Le voilà papillon, beau déforme, fier de ses couleurs variées, agile et parcourant rapidement l'air; il semble ne plus se nourrir, mais se jouer seulement parmi les fleurs, y trouvant à sa manière une vie douce et agréable. Il semblerait que dans un être aussi peu relevé Dieu ait voulu mettre une image pour soutenir notre foi, et nous montrer comment après la vie actuelle, si pleine de misères, une vie meilleure ni, 38

nous attend, et que le passage en est la mort, sorte de sommeil, dont nous devons nous réveiller un jour.

A ce genre encore il faut rapporter une sorte de serpents ailés dont les ailes sont des membranes cartilagineuses au moyen desquelles ils fendent l'air ; puis certains poissons que l'on a vus sous la ligne, pourvus d'ailes, et quittant l'eau, parleur moyen, pour fuir la poursuite d'autres poissons plus gros; mais leurs ailes sont promptement desséchées, et ils retombent alors dans leur élément naturel.

Les oiseaux forment une partie considérable du genre animal; ils sont revêtus de plumes, armés d'un bec et n'ont que deux pieds. Leurs espèces sont nombreuses, aquatiques ou terrestres, nocturnes ou de jour, frugivores, carnivores, vermivores, piscivores, ou omnivores, suivant qu'ils se nourrissent de fruits, de chair, de vers, de poissons, ou qu'ils mangent indistinctement chair et fruits. Nous les distribuons ici en trois classes seulement : la première comprend les plus gros oiseaux : V aigle, le vautour, etc. ; la deuxième, les petits oiseaux : le rossignol, Valouette, etc.; la troisième, les oiseaux de moyenne grosseur : \ei perdrix, Xescolontbes, etc. Dans la première classe on remarque Vaigle; il est le roi des oiseaux, il est Carnivore; né pour la chasse, il a le vol élevé et rapide, le corps robuste, l'instinct généreuxetlavue perçante; il peut regarder fixement le soleil. On dit que pour mesurer la valeur de ses petits il les force à regarder l'astre en plein midi, et rejette dédaigneusement ceux qui ne résistent pas à l'épreuve. Il vit très-longtemps, et conserve toute sa force malgré les années ; la maladie elle-même ne l'affaiblirait pas au point de le faire périr, mais la partie supérieure de son bec brise et consume peu à peu la partie inférieure; ou bien, suivant Aldrorandus, cette partie supérieure, en se desséchant, se recourbe etne peut plus prendre de nourriture; ainsi Vaigle ne pourrait mourir que de faim. Après Vaigle vient Vépervier, oiseau rapace et avide de sang; il perd, dit-on, ses plumes tous les ans, et rem-

plume ses ailes en les déployant contre le vent du sud. Le livre de Job, chap. xxix, semble faire allusion à ce procédé singulier. 11 faut ajouter le tnilan, qui se réchauffe pendant les nuits de l'hiver, en serrant de ses griffes contre sa poitrine un passereau vivant , qu'il rend ensuite à la liberté, sans doute par reconnaissance; le vautour, oiseau rapace et Carnivore, dont l'odorat est particulièrement exquis; les grues, aimant les fleuves et les lieux marécageux; elles se réunissent en groupes , et organisent instinctivement leurs phalanges en ordre de bataille; les cigognes aiment également les marécages ; elles sont célèbres pour les signes de piété filiale qu'on aurait observés dans leur conduite. Parmi les oiseaux nocturnes, il y a le grand-duc ou grand hibou, gros à peu près comme l'aigle. UatUruche mérite aussi une mention; son cou est très-long, ses ailes sont plumacées; mais elle ne s'en sert que pour s'iiider à courir, car elle court et ne vole pas; elle sort ainsi de l'espèce des oiseaux , et, comme nous le dit l'Auteur sacré, elle dépasse en rapidité le cheval. Au rapport de Pline, de ses pieds Vautruche lance des pierres à ceux qui la poursuivent, elle dévore et digère tout indifféremment. Job nous parle de la stupidité decet oiseau (chap. xxxix), et Pline, suivi par les autres écrivains, nous donne ce détail, qu'elle se croit cachée aux yeux de ceux qui la poursuivent quand elle a pu dérober sa tète derrière un tronc d'arbre; ce qui est certain d'après le texte même du livre de Job, c'est qu'elle n'a aucun souci de ses œufs, et qu'elle est sans instinct pour les protéger ; elle les enfouit dans le sable ; c'est la chaleur du soleil qui les fait éclore; elle ne prend ensuite aucun soin pour nourrir les poussins. La Nature aurait du reste i^emédié à ce défaut; selon Élien, elle pond plusieurs œufs, qu'elle dépose à proximité les uns des autres ; mais tous ne sont pas féconds , si bien que quand les petits sont sortis de la coquille, ils trouvent leur premier aliment dans la chair des œufs stériles, et dans les vers qui s'en dégagent.

Faut-il nommer ici le pliénix? Oiseau-merveille, né en Arabie, mais né pour être seul de son espèce, vivant six siècles entiers, puis se construisant un bûcher de plantes aromatiques pour s'y consumer. Des os et de la moelle échappés à la combustion naîtrait un petit ver, qui deviendrait poussin, et reprendrait enfin la dignité paternelle. Tradition assurément fabuleuse, rapportant des faits impossibles à observer pour l'homme , si bien qu'elle n'a jamais été prise au sérieux par aucun naturaliste. Nous sommes forcés de nous borner, et nous laissons des classes nombreuses d'oiseaux : les paons si beaux par leur plumage; les canards, etc., et les autres gallinacés.

Parmi les plus petits oiseaux, il faut d'abord remarquer \e rossignol, dont le chant est si suave; \e passereau, si vif et si ardent, mais dont la vie est très-courte pour cette raison ; le chardonneret, qui joint à la beauté du plumage un chant très -agréable ; la linotte; V alouette, avec sa crête sur la tête; VhirondeUe , oiseau gazouilleur, qui annonce le printemps, notre hôte six mois de l'année, assez prudent du reste pour passer son hiver dans un climat plus doux ; enfin, car il faut se borner là où la matière semble n'avoir pas de bornes, V alcyon, petit oiseau de mer, qui semble s'entendre avec les vents et les tempêtes; il construit son nid en hiver et fait éclore ses œufs en quatorze jours; mais la mer qui le porte respecte sa confiance, et l'on peut être sûr du calme parfait pendant ces quatorze jours. De là est venu le nom de jours d'alcyon, pour les jours où la tranquillité est persévérante.

A la troisième classe appartiennent la colombe, oiseau sans fiel , particulièrement fidèle dans ses amours, toujours présentée comme symbole de la fidélité et de la fécondité ; la tourterelle, qui, dit-on, pleure la perte de sa compagne, et n'y survit pas; la grive, oiseau de passage qu'on voit tous les trois mois dans nos climats ; la perdrix, qui fait les délices de nos tables; la caille, qui se nourrit d'ellébore et de

graines vénéneuses; la corneille, douée de longévité; Vétourneau, dont les troupes nombreuses volent en tourbillons; \a. pie, célèbre par ses bavardages; \e pivert, qui mange les fourmis, et les petits insectes ou vermisseaux renfermés dans l'écorce des arbres, et fait sortir sa proie en portant contre les troncs des coups de bec répétés; le geai, au plumage éclatant, aussi bavard que la pie; le merle, dont la langue se prête à quelques-unes de nos inflexions. Parmi les oiseaux susceptibles d'éducation , il faut remarquer le perroquet, qui saluait les empereurs ; il vient des Indes , et peut apprendre à prononcer des mots articulés. Sous ce rapport toutefois, Pline lui préfère la pie : La pie, dit cet auteur, est bavarde, elle aime les mots articulés, quels qu'ils soient ; non-seulement elle se prête à les répéter, m.ais elle aime et met tous ses soins à les étudier. On en a vu qui, vaincues par la difficulté, mouraient à la peine. Rien ne leur est plus agréable que d'entendre prononcer le mot qu'elles cherchent. Et nous pouvons noter ici avec Pline que la langue est d'autant plus étendue dans les animaux que leur parole ressemble plus au langage humain. Cette extension de la langue est particulièrement propre à l'articulation des paroles et à la production d'un son qui ressemble à la voix humaine.

Il faut encore remarquer que les oiseaux ont un bec en place de dents, et qu'il leur sert de mains et même d'arme offensive et défensive ; chez les oiseaux de proie, il est aigu et recourbé pour déchirer les filaments les plus tenaces des chairs. Faisons observer aussi comment leurs ailes leur servent de rames, et leur queue de gouvernail pour naviguer et se balancer dans les airs. Chez les uns, le vol est toujours droit, la queue est courte, ainsi pour les canards, les grues, les perdrix, etc. Chez d'autres, la queue est allongée, parce que la direction du vol varie sans fin : par exemple , les hirondelles. Les oiseaux ne boivent guère ou même ne boivent pas du tout. Dans ce dernier cas sont presque tous les car-

nivores au bec recourbé, à l'exception du tiercelet ou milan. La raison en est que le breuvage étant destiné à faciliter la digestion de la nourriture et à humecter le corps, ils n'ont besoin ni de l'un ni de l'autre etTet. Leur chaleur naturelle est très-efficace pour la digestion des aUments, même des plus solides et des plus secs; leur humide radical est plutôt oléagineux et compacte, et, ne se dissipant pas facilement, il n'a pas besoin du breuvage pour s'entretenir. Par la même raison, les gens du Nord, qui ont le tempérament humide et chaud, ont besoin d'un breuvage copieux, tandis que ceux où les principes du chaud et du sec abondent, et qui ont l'humide radical plus compacte, comme les méridionaux, ne boivent pas autant. Ainsi les oiseaux carnivores et rapaces dont le tempérament est plus chaud et plus sec, vivent privés de breuvage; et en général les oiseaux boivent peu. Aussi bien le bec est incommode pour boire, il est plutôt fait pour déchirer, il est crochu, et la partie supérieure dépasse l'inférieure. N'oublions pas non plus que les carnivores peuvent trouver à se désaltérer dans le sang de leur proie; suivant la remarque de Job (au chap. xxxix), les petits de V aigle étanchent leur soif dans le sang.

§11- Des animaux terrestres.

Les animaux terrestres sont ceux qui ne savent ni s'élever en l'air avec des ailes, ni nager dans les eaux. On peut d'abord les diviser en quadrupèdes et en reptiles; ces derniers ont le corps allongé , flexible , pouvant se contourner et formé de spires; ils se gonflent et se contractent à volonté. A ce genre appartiennent d'abord plusieurs animaux qui n'ont point de sang, et sont de petite dimension, comme les vers et les chenilles ; ensuite de saniniaux qui sont pourvus de sang, et que l'on comprend dans le genre serpent, comme

les aspics, dont le venin est si énergique qu'il peut tuer un homme en trois à quatre heures, sans avoir même fait naître une tumeur; les vipères ou vivipares, ainsi nommées, parce qu'elles produisent leurs petits vivants ; leur venin est redoutable, mais leur chair est salutaire et sert à faire un précieux antidote nommé thériaque ; le céraste, ainsi appelé à cause des tubercules qu'il porte sur la tête en forme de cornes; la couleuvre, de tous les serpents le plus commun, qui se rend presque familier. On comprend même sous ce genre des bêtes qui arrivent à des dimensions monstrueuses, après avoir été très-petites d'abord; on dit que quelques-unes atteignent jusqu'à cent pieds de longueur. Ainsi fut trouvé près du ûeu\eBagrada, en Afrique, un serpent qu'Attilius Régulus et son armée assiégèrent comme une forteresse, au moyen de balistes et d'autres machines, et dont la peau mesurait plus de cent pieds.

Les serpents paraissent n'avoir leur venin que pour un profit personnel et non pour nuire ; par exemple, les vipères, qui ont l'estomac fort allongé, digèrent difficilement, surtout quand il arrive que leur proie est un animal assez gros relativement, comme un rossignol; leur venin est un dissolvant très-énergique, et il décompose rapidement dans l'estomac ce qui y est entré. On peut avaler ce venin sans en souffrir, mais s'il pénètre dans le sang et les chairs par une blessure, il les décompose instantanément.

Après les serpents viennent quelques animaux moins considérables, n'ayant pas de sang, et qui sont les multïpèdes ; puis les quadrupèdes. Ceux-ci sont divisés en carnivores eiherhivores, d'après leurs mœurs, ou on les classe d'après la corne de leurs pieds, qui est simple ou fendue , ou d'après la manière dont leurs pieds sont partagés en doigts. On sépare aussi ceux qui ont des cornes de ceux qui n'en ont pas; on les peut distinguer suivant qu'ils sont couverts de poils, de soies, de laine, etc. Il n'y a aucune de ces divisions qui ne soit bonne, si elle contient toutes les espèces.

Nous nous tiendrons à celle entre animaux domestiques et animaux sauvages.

Parmi les animaux domestiques , les uns sont consacrés à la garde, comme les chiens et les chats; les autres au travail, comme les chevaux, les ânes, les hœufs el les c/ia- ^neaux. D'autres encore nous servent de nourriture, comme les hœufs et ceux qu'on élève en troupeaux, comme les hrehis, les moutons et les chèvres.

Les hêtes sauvages se divisent en trois classes, la grande, la moyenne et la petite. Disons par ordre quelques mots de chacune d'elles. Dans la grande, l'éléphant est le premier à nommer ; il a des mœurs douces , il devient même docile et peut s'apprivoiser; en ce cas, il reçoit une éducation, et sert à l'homme aussi bien pour la guerre que pour les travaux domestiques. Quoiqu'en disent Diodore et Strabon, il a les pieds flexibles. Sa peau est dépourvue de poils, mais elle est contractile et rugueuse; ainsi il peut se défaire des insectes qui l'incommodent. Il a une trompe, sorte de nez prolongé et flexible, dont il se sert comme d'une main. A côté des dents intérieures qui lui servent à la mastication, il a, comme le sanglier, des défenses qui, chez lui, descendent de la mâchoire supérieure ; c'est ce qui nous donne l'ivoire pur. La femelle porte les mamelles à la poitrine comme les femmes. L'éléphant des Indes est plus grand que Véléphant d' Afrique ; il peut atteindre seize pieds de hauteur. Le lion, quoique beaucoup plus petit que V éléphant, est par son audace, sa force et son instinct généreux, la première des bêtes fauves ; ce qui contribue particulièrement à le rendre fort, ce sont ses os, qui sont d'une solidité extraordinaire et presque sans moelle. Les lions mâles portent une crinière; ceux dont la crinière est hérissée et courte sont moins audacieux que ceux sur la croupe desquels la crinière s'allonge. Leur respiration est forte, leur rugissement terrible; ils boivent peu^ et peuvent rester jusqu'à trois jours sans manger. Le vieux lion, qui n'est plus assez agile pour

chasser la bête fauve , attaque l'homme, et Polybe raconte que, de son temps, plusieurs villes de Libye, se voyant infestées et comme assiégées parles lions, en avaient mis en croix un certain nombre devant leurs murailles, pour intimider les autres. Le lion devient redoutable à ceux qui lui résistent, et semble indulgent pour qui ne se défend plus. Pline raconte qu'une pauvre affranchie retournant en Gétulie était parvenue à repousser les attaques de plusieurs lions, en prenant la posture de suppliante, et en se disant une femme fugitive , une proie indigne des coups du plus généreux et du plus noble des animaux; sans doute ce ne sont pas ses paroles touchantes qui ont ému un animal sans intelligence ; mais ses larmes, son aspect misérable, sa tenue suppliante étaient des signes naturels que la brute a pu saisir. Le liori ne se jette sur les enfants que quand il est pressé par la faim ; cerné par les chasseurs, il méprise leurs traits, et longtemps se défend par la seule terreur qu'il inspire et dont il semble entouré ; c'est Pline qui le dit, et cet auteur ajoute que le noble animal en agit ainsi pour montrer qu'il ne sévit que quand il y est forcé. Pressé par une meute de chiens, s'il est à ciel découvert, il n'avance que lentement et comme pour leur témoigner son dédain ; mais, arrivé sous bois et dérobé aux regards, il fuit à toute vitesse. Quand il est blessé, il reconnaît celui qui a porté le coup, et va le chercher au miheu des autres chasseurs; mais le maladroit dont le trait n'a point porté, s'il est pris, est épargné comme par mépris : c'est Pline qui parle. Il est sans ruse, sans défiance; il ne regarde jamais fixement et n'aime pas à être regardé de cette façon. Notre auteur ajoute que le lio7i regardé fixement et de front perd sa férocité et se laisse prendre sans résistance, comme si toute sa force était dans son regard.

On peut compter parmi les grands animaux le rhinocéros, qui porte une corne sur les narines. C'est l'ennemi déclaré de l'éléphant; il l'attaque en cherchant à le blesser au ventre, parce que c'est la partie vulnérable, et se prépare

au combat en aiguisant sa corne contre les pierres; la panthère, qui tue les bêtes fauves que son odeur a attirées près d'elle; on a dit que ]& panthère était le même animal que le pardalis ou pardus, dont le poil est moucheté, et qui, s'accouplant avec la femelle du lion, produirait le léopard; l'ours, qui s'engraisse pour l'hiver, qui grimpe sur les arbres et peut marcher quelque temps sur les pattes de derrière; le lynx, dont la vue perçante est hyperboliquement célèbre; le sanglier, en latin singularis, parce qu'il vit solitaire ; il est armé de dents pour la défense; le cerf, dont les cornes sont appelés bois; il est remarquable par sa timidité et la rapidité de sa course; sans parler d'une quantité d'autres.

Les animaux de grosseur moyenne sont : le loup, animal vorace et cruel; il est ennemi des brebis, et attaque l'homme lui-même, quand la faim le presse : les loups qui vivent dans les régions chaudes, en Afrique, en Egypte, sont, suivant Pline, petits et sans énergie ; les loups des contrées froides sont plus grands et plus redoutables ; le renard; rusé plutôt que cruel, et cet instinct est devenu proverbial ; le daim, espèce de chèvre sauvage, animal timide et sans défense; le singe, qu'on prend quelquefois pour un animal domestique à cause du talent avec lequel il suit la tenue et les mœurs de l'homme.

Nous pourrions encore parler du tigre, remarquable par sa férocité et sa cruauté ; il est de moyenne grosseur. Il provient de l'Inde et de l'ancienne Hyrcanie; son corps est tacheté ; il a un grand amour pour ses petits, et quand il suit le chasseur à la piste, le meilleur moyen de lui échapper, c'e.st d'abandonner en fuyant un petit sur la route ; l'amour maternel l'emporte alors sur la rage, et la mère prenant le petit dans sa gueule, le ramène au repaire pour recommencer à poursuivre l'ennemi; le même jeu se renouvelle jusqu'à ce que, parvenu au rivage, on ait pu se réfugier dans un navire avec la capture; le tigre ne peut plus alors manifester sa fureur que par ses rugissements; tel est le récit de Pline. La

hyëne peut être comptée dans cette classe; elle est même plus haute de taille que les animaux que nous venons de nommer. L'opinion vulgaire lui attribuait comme une double nature : annuellement et alternativement mâle et femelle, elle aurait pu donner une portée tous les deux ans sans accouplement; Aristote combattit ce préjugé. Au rapport de Pline, la hyène s'introduit dans les étables en imitant la voix de l'homme; elle pourrait même, chose plus merveilleuse, répéter le nom d'une personne après l'avoir entendu une fois, attirer ainsi cette personne et la mettre en pièces. Nous ne parlons pas d'une quantité d'autres animaux appartenant à cette classe.

Parmi \es animaux de moindre grandeur, nous distinguons le lièvre, le plus timide, et le plus habile à fuir les chiens qui le poursuivent; le lapin, qui se prive assez facilement, mais qui compte pourtant comme un animal sauvage ; le hérisson, sorte d'animal qui comprend deux variétés , la grande et la petite , sous les noms de hérisson et de porc-épic; il est recouvert d'une enveloppe pleine de piquants. Quand il est pressé par les chiens, il se ramasse en boule et ne présente plus que des épines; la belette, célèbre par ses combats contre les serpents; la fouine, ou furet, qui fait la guerre aux lapins en pénétrant dans leurs terriers; V écureuil, qui grimpe sur les arbres, et qui, de sa queue touffue ramenée sur son échine, se défend contre la pluie; le rat des Alpes, ou marmolte, qui dort tout l'hiver et s'engraisse dans cet engourdissement. On peut ajouter la loutre, bête amphibie, mais se rapprochant pour la forme du corps des animaux terrestres; Vichneumon d'Egypte, espèce de loutre, destructeur des serpents et qui va jusqu'à attaquer le crocodile. On lui attribue cette merveilleuse adresse contre l'aspic : quand il le combat, se recouvrant de vase qu'il laisse sécher et durcir au soleil, il échappe par le moyen de cette carapace aux morsures de son ennemi. Ces indications suffiront pour nos lecteurs.

Des amphibies et des poissons.

On appelle amphibies les animaux qui tiennent le milieu entre les animaux de terre et leu poissons, et qui vivent indistinctement dans les eaux et sur la terre : leur nom n'est que l'expression de ces deux genres de vie. Admirons d'abord ici la Providence, qui, fuyant partout les transitions brusques, unit toujours les extrêmes par des intermédiaires, et rend ainsi plus sensible dans l'univers l'unité de la création par la série ininterrompue d'êtres qui tiennent les uns aux autres, et par leur analogie incontestable : ainsi entre les oiseaux et les bêtes fauves, elle a placé l'autruche et la chauve-souris : la première, qui semble une bête fauve avec des ailes; la seconde, un oiseau avec la nature d'un rat: ainsi sont entre les animaux terrestres et les poissons les amphibies , dont la nature semble balancée entre les uns et lesautres. Nous y remarquons d'abord le crocodile, qui nage dans l'eau , qui marche à quatre pattes sur la terre , monstrueuse bête dans l'un et l'autre élément, vorace, énorme, recouverte d'une cuirasse qui brave les coups , n'ayant pas moins de trois cents dents à ses mâchoires; cet animal poursuit hardiment les hommes qui fuient devant lui, mais la moindre attaque l'intimide et le fait fuir à son tour : c'est le seul quadrupède dont la mâchoire supérieure soit mobile; en revanche, il a l'inférieure immobile, comme le perroquet; on le trouve surtout surles bords du Nil et du Niger, deux fleuves célèbres d'Afrique; la tortue, qui porte avec elle sa maison, animal lent, se rattache à l'espèce des amphibies; cependant on en connaît qui ne vivent point dans l'eau; le castor, ou bièvre; ses pieds de devant ressemblent à ceux du chien , ceux de derrière aux pieds du canard , et ils sont palmés : les premiers lui servent à avancer, à creuser dans

la terre, et les seconds à nager; sa queue est aplatie, les poils en sont agglutinés de manière à représenter des écailles.

Les poissons se divisent en plusieurs genres : il y a des poissons avec du sang, et des poissons qui n'ont point de sang. Ces derniers sont partagés en trois espèces par Aristote : les mollusques , mous extérieurement et durs intérieurement : telle est la sèche, qui répand autour d'elle un suc noir appelé sépia, comme pour se défendre quand elle est poursuivie ; le calmar, qui donne, lui aussi, une liqueur noirâtre; et le poulpe , dont les pieds sont armés d'appendices respiratoires qui lui permettent de retenir et d'étreindre sa proie. Dans la deuxième espèce sont les crustacés, recouverts d'une enveloppe dure, non friable, mais plutôt cassante : citons seulement le cancre, ou écrevisse, qui a d'abord huit pieds sur les côtés , et ensuite deux pieds sur le devant en forme de pinces; enfin les testacés, qui cachent une chair molle sous une enveloppe dure et solide, qu'il faut briser: de cette espèce sont les divers coquillages en forme de spire ou de boule, hérissés, pointus, ou arrondis et polis : les testacés comprennent les murex et les pourpres : ces derniers donnent la teinture si fameuse qui porte leur nom, et Yhuître à perles, qui contient son trésor gravé dans l'intérieur de ses écailles, à l'instar d'une verrue.

Les poissons pourvus de sang comprennent les cétacés et les poissons proprements dits, ces derniers ayant, pour la plupart, des ouïes; les cétacés ont, en outre de la trachéeartère, des poumons , des mamelles , des reins , une vessie , et dans la tête un conduit qui sert à rejeter l'eau entrée pendant l'ingestion des aliments. Les poissons k hrafichies îoni cette opération par les branchies; ils n'ont aucun des organes que nous venons de remarquer dans les cétacés.

Parmi les cétacés, la haleine tient le premier rang par sa dimension, qui, dans l'océan des Indes, peut aller jusqu'à neuf cent soixante pieds, suivant Pline. On en prend

sur les côtes de Gascogne de beaucoup plus petites; cepen- ' dant elles sont encore de la dimension des plus grandes trirèmes. En place de dents, elles ont aux gencives, et transversalement, des lames cornées assez longues, dites fanons, qui finissent en" poils ou en soies. Ces fanons sont utilisés par l'homme de mille manières, et connus sous le nom de haleines. Il est merveilleux de dire que cette montagne animée, dont la langue seule peut faire la charge de trois voitures, dont la bouche peut donner entrée, quand la langue n'y est plus, à un cavalier monté, a cependant un gosier si étroit, que deux petits poissons gros comme le doigt n'y passent pas ensemble; ses yeux ne sont guère plus grands que les yeux de l'homme; ses intestins sont aussi fort disproportionnés. Ce qui est plus merveilleux encore, c'est que cette masse stupide ne peut se diriger elle-même : la Nature lui a donné pour guide un petit poisson nommé musculus , qu'elle suit partout; quand elle ne le voit plus, c'est un vaisseau sans pilote : elle échoue misérablement contre des récifs ou sur la plage vaseuse où elle s'est aventurée, incapable de se remettre à flot, parce que les eaux sont trop basses, c'est-à-dire que la Nature a mis d'un côté le conseil et la prudence, et de l'autre la puissance et la force. Sur les côtes d'Amérique il paraît que les haleines se nourrissent des herbes qui croissent au fond de la mer. Après la baleine il y a la scie, bête immense de la mer des Indes, à laquelle Pline attribue deux cents coudées de longueur; elle a les dents fort aiguës, et sa bouche entière se termine en forme de scie ; elle fend très-rapidement les vagues. Le physales, ou souffleur, aussi fort gros, qui, suivant Pline, vient dans l'océan Atlantique : il rejette à une grande hauteur l'eau qu'il avale , et celle-ci , retombant en forme de pluie abondante , couvre pendant quelque temps une surface assez étendue ; le bruit de la trompette l'effraie et le force à plonger. Suivant le même auteur (liv. IX, chap. iv), Vorque, ou épaulard, est moins gros, mais plus hardi; il ose atta-

quer la baleine, la frappe au ventre, et la pousse quelquefois contre les récifs. Le dauphin est aussi un cctacé, mais il est beaucoup plus petit que les précédents ; son agilité est extrême, ses mouvements très-brusques ; il semble aimer les hommes, et s'est montré quelquefois assez familier pour accourir au nom de -Simon; il a une langue mobile, qui ressemble plutôt à celle du porc qu'à celle des autres poissons; son cri ressemble aux gémissements d'un homme. Le phoque, ou veau marin, est un amjihibie; il marche ou rampe sur terre; recouvert d'un cuir velu, il a les allures d'un quadrupède mutilé : \e phoque est docile; il s'apprivoise, il arrive à la voix de son maître, témoigne sa joie par un cri; quand on lui tend la main , il y prend sa nourriture ; il réclame cette nourriture par un souffle bruyant, et lorsqu'il est rassasié, il joue et folâtre à sa manière. Il ne mange jamais à terre, ni la tète dans l'eau : il apporte au-dessus des eaux la nourriture qu'il est allé chercher dans leur profondeur. Nous ne parlons pas d'une infinité d'autres cétacés que produit la mer, et surtout l'Océan, si fécond en monstres. Nous dirons seulement que les hommes marins, si souvent chantés par la Fable , les Tritons et les Sirènes des poètes, ne sont point tout à fait imaginaires : des auteurs dignes de foi affirment qu'on a trouvé dans l'Océan des êtres semblables à l'homme jusqu'au milieu du corps, avec de la barbe au visage chez les mâles, et des mamelles au sein chez les femelles. On peut consulter sur ce sujet Gassendi^ dans la Vie de Peireschius. Il n'y a même pas longtemps, à ce qu'on nous dit, que les Hollandais ont trouvé sur leurs côtes une sirène, qu'ils dressèrent à filer, sans pourtant en venir à lui arracher un son. Si parmi les animaux de terre il en est qui ressemblent aux hommes, et cherchent à imiter jusqu'à nos usages , pourquoi n'y aurait-il pas des poissons doués parla nature de quelque analogie avec nous? Maintenant, si l'on a vu des poissons avec des appendices semblables à une mitre d'évêque, à une coule de moine ou à quelques

autres ornements de l'homme , c'est un pur effet du hasard : la nature peut reproduire les mêmes types à différents degrés, mais elle ne copie pas les créations de l'homme. Les poissons proprement dits, non cétacés, ceux qui ont des branchies , se divisent en poissons de mer et poissons de rivière, ou à' étang : ceux-ci parcourent les étangs ou les fleuves : comme le brochet, la carpe, la tanche, \a perche, et une infinité d'autres qu'il serait trop long d'énumérer; ceux-là habitent la mer. Certains d'entre eux, appelés anadromes , ou voyageurs, remontent les fleuves à certaines époques : ce soniVesturgcon, le saumon ouValose; lesautres, aTpTpé\és pélagiens , se trouvent bien au milieu de la mer, et n'en sortent pas : on peut citer le thon, que tout le monde connaît, et qui vit en troupeaux ; il en est qui ne quittent pas le rivage : le mulet, ou rouget, Vomhre, ou maquereau ; d'autres se tiennent sous les rochers : comme Valouette , la pie, le merle de mer, etc.

ARTICLE TROISIÈME

OrLRATlONS VÉGÉTATIVES DE L'aMMAL.

Nous ne parlerons pas ici de la croissance de Vanimal; nous en avons dit assez à l'occasion de la croissance en général, et aussi en traitant de la croissance des plantes. Bornons-nous à donner quelques principes sur la nutrition et la génération.

Nous remarquons d'abord que tous les ammai/oc prenant leurs aliments par la bouche, les uns ont des dents pour les mâcher, et humectent, au moyen de la salive, tout ce qu'ils prennent : ainsi fait Tliomme ; les autres, comme les poissons et les oiseaux, dévorent sans mastication les aliments, et les font passer en quelque sorte intacts par l'œsophage dans l'estomac; celui-ci, par une vertu qui lui est propre,

et par l'opération du foie qui l'enveloppe et l'échaufie , comme les charbons échauffent une marmite, dissout les aliments en chyle, puis, élaborés par une humeur acre distillée delà rate ou d'ailleurs, ces aliments se macèrent et se liquéfient. Cette humeur acre et noire est facile à reconnaître dans la sepia, dont nous avons parlé, et avec laquelle la sèche dissout le poisson qu'elle a englouti. On sait que par l'orifice du j^ylore, ou portier, ce chyle est transmis dans les intestins, qui le transforment définitivement, en le rendant tout à fait pur et vraiment propre à la nutrition , en même temps qu'ils ségrégent et dirigent dehors les parties excrémentitielles.

Les physiologistes ne savent pas dire bien précisément l'endroit où le chyle se transforme en sang. On avait pensé d'abord que le foie était chargé de cette opération ; mais il fallait dire par quelle voie le chyle destiné à la subir y parvenait des intestins : est-ce par une transpiration, de manière que, sublimé en vapeur et montant jusque-là, il y redevînt liquide, non plus blanc, comme auparavant, mais concrète en sang par l'action du foie, ou bien passe-t-il par un canal qui, de la vésicule du fiel adhérente au foie, va jusqu'aux intestins; alors ce canal, évidemment destiné à porter de celte vésicule bilieuse aux intestins les sécrétions de la bile, et qui s'appelle ordinairement cholédoque , devrait prendre le nom de chijlidoque , puisqu'il mènerait le chyle des intestins dans le foie. L'opinion la plus ancienne et la plus commune, soutenue par Galien, c'est que cette fonction est remplie par certaines veines dites mésaraïques ; elles se ramifient dans le mésentère et aboutissent toutes à la veine porte; elles paraissent d'autant mieux adaptées à celte fonction , qu'elles atteignent les deux termes du mouvement à exécuter. Cependant Asellius du Tessin a découvert récemment une nouvelle voie pour le chyle. Chez des animaux repus et sur lesquels une autopsie fut pratiquée quand ils respiraient encore , il a observé une multitude de vaisseaux m, 39

dispersés dans le mésentère même, et ouvrant sur les intestins autant de bouches pour y puiser un suc lacté qui n'est autre chose que le chyle lui-même, s'en saturer jusqu'à en devenir blancs , et y prendre le nom de vaisseaux lactés; mais on ne les apei'çoit que pendant la vie de l'animal , au plus quand l'animal mort est encore chaud ; ils disparaissent avec la vie , le suc est absorbé par les parties voisines, et les vaisseaux dégonflés se confondent bien vite avec la substance grasse du mésentère. Pecquet, qui a examiné avec plus de bonheur encore l'endroit où les vaisseaux lactés apportent le chyle, a découvert un réservoir du côté des lombes, puis un conduit appelé canal thoracique, qui va le long du dos pour déverser le chyle goutte à goutte dans les veines sous-clavières ; celles-ci le mêlent au sang dans le ventricule droit du ca;ur; et Aristote a pu dire avec raison (liv. du Sommeil et de la Veille, chap. m, et ailleurs) : Le cœur est l'origine de tout le sang.

Peut-être les deux dernières opinions sont-elles vraies ensemble. La partie la plus subtile du chyle arriverait au cœur par les vaisseaux lactés, traversant le réservoir de Pecquet et le canal thoracique, tandis que le reste irait au foie par les veines mésaraïques. Le premier fait est évident, le second est probable : 1° la sanguification dépend si bien du foie, que par une lésion de celui-ci elle est arrêtée; 2» chez les oiseaux on ne trouve point de veines lactées; celles-ci ne feraient point défaut si elles étaient seules à transporter le chyle : il en faut donc d'autres, et ce sont les mésaraïques qui font cet office , et auxquelles la nature s'en rapporte chez les oiseaux ; 3° cela est constaté encore par ce que nous savons de l'économie ordinaire de la nature ; auraitelle fait deux réceptacles du sang veineux, la veine cave et la veine porte : la première dans le cœur, la seconde dans le foie, s'il n'y avait deux officines de l'élaboration du sang? Ce sont le cœur, qui le fait circuler avec énergie par les veines et les artères, et le foie, moins actif, qui le laisse sommeiller

dans la veine porte. Une communication est pourtant ménagée entre l'un et l'autre, si bien que le sang de la veine porte arrive lui-même délinitivement au cœur, où il est plus profondément élaboré. Nous ne parlons pas d'autres raisons qui ont décidé les auteurs modernes à croire que le chyle est amené de l'un et de l'autre côté.

Quant à la génération des animaux, elle a lieu, comme pour les plantes, par un double mode : l'un spontané, qui fait naître Yanimal d'une fécondité naturelle des éléments favorisée par les influences célestes ; l'autre est le procédé séminal, où un animal est produit par son semblable. Du premier mode de propagation nous n'avons rien à dire, que ce qui a été enseigné pour les plantes. Constatons seulement cette différence, que les plantes les plus parfaites peuvent venir de cette première manière, tandis que les animaux imparfaits sont les seuls qui puissent en sortir. Le second mode de propagation est particulièrement propre aux animaux. Remarquons d'abord que si une plante peut d'elle seule produire une plante semblable, il faut chez les animaux le concours de deux sujets, l'un mâle et l'autre femelle.

On peut donner une double raison à cette distinction , que la Nature, qui suit toujours les voies les plus simples, a pourtant établie dans la vertu génératrice communiquée aux animaux. Nous trouvons la première raison dans la fin même de la génération. Le fœtus serait en vain produit, s'il n'était protégé, et s'il ne recevait l'éducation; il ne peut pas, comme les bourgeons des plantes, se suffire à lui-même aussitôt qu'il a vu la lumière; il lui faut des soins: il faut qu'il soit d'abord nourri, et qu'il devienne un peu robuste. Un seul animal ne pouvant suffire à cette nourriture et à cette protection , la Nature en a imposé le soin à deux êtres, l'un mâle et l'autre femelle; ils se le partagent, et c'est ainsi qu'avec moins d'efforts pour chacun d'eux, l'éducation du fruit est pourvue d'un secours plus efficace.

La seconde raison est dans les principes de la généra-

tion des animaux; la chaleur et l'humidité y doivent abonder. U animal est produit par une chaleur spéciale et bien plus puissante que celle que nous trouvons dans les plantes; l'humide radical doit aussi être plus copieux pour entretenir cette chaleur. Or, dans un seul et même animal ne pouvaient se trouver et cette chaleur extraordinaire et cette surabondance d'humidité, parce que la chaleur arrive toujours à dissiper l'humidité. Il a donc fallu que le principe originaire des animaux fût partagé entre deux êtres vivants, dont l'un apporterait surtout de l'humidité, et, sans se nuire à lui-même, fournirait largement ce qui en est nécessaire pour le fœtus : c'est la femelle, qui, dans tous les animaux, porte des éléments plus humides que le mâle; l'autre devait avoir surtout une chaleur active et des esprits abondants pour la porter : c'est le mâle, toujours plus agissant que la femelle.

On peut dire encore que dans la génération l'humide se comporte comme matière, et la chaleur comme agent : le premier est, en effet, une qualité papsive; l'autre, une qualité active; et Aristote a dit avec raison que dans la génération la femelle , d'où vient la matière humide, est sujet passif, tandis que le mâle, d'où viennent la chaleur et les esprits vitaux, est agent actif: ce qu'il ne faut cependant pas entendre en ce sens que dans la formation du fœtus la femelle ne ferait rien ; car engendrer c'est faire , et elle engendre positivement ; mais parce que tout ce qu'elle fait et suggère, quoi que ce soit, se comporte comme sujet passif, et que la vertu principale vient du mâle. Les arguments que nous opposent ici les médecins ne prouvent pas autre chose : ainsi la poule, même sans le concours du coq, pond un œuf; mais la vertu par laquelle se forme le poussin vient du coq, et les œufs qui ne sont point fécondés par le coq sont stériles. Or c'est, toutes proportions gardées, la même chose chez les vivipares.

Saint Thomas nous donne une troisième raison de la

distinction des sexes (I^e part., quesl. cxii^ art. 1) : Dans les plantes, l'opération la plus noble est la génération; il était donc convenable qu'en elles et à tous les moments la vertu passive fût unie à la vertu active , et que , par conséquent , il n'y eût point la distinction des individus par les sexes. Dans les animaux , au contraire , il y a une opération vitale beaucoup plus noble que la génération : c'est la connaissance sensible. Or pour la production plus facile de cette sensation , les deux principes de génération n'ont point dû se trouver réunis constamment, mais seulement quelquefois , et c'est pour arriver à leur réunion dans certains cas que la nature a imaginé un sophisme : sapiens commentum : une sage illusion, comme dit Galien: c'est l'amour mutuel , l'attrait de la volupté, on ne sait quelle ardeur qui stimule et pousse un sexe à rechercher aveuglément l'autre. Les différents modes de génération des animaux se ramènent à deux : les vivipares produisent leur fruit tout viva7it ; les ovipares mettent au jour un œuf, dont Y animal ne sortira qu'après l'incubation et l'éclosion. Tous les bipèdes sont ovipares, à l'exception de l'homme, qui produit son semblable vivant; les quadrupèdes sont généralement vivipares, excepté le crocodile, le caméléon, les lézards, et tous les reptiles qui leur ressemblent. Parmi les poissons, les cétacés sont vivipares ; les autres produisent des œufs , qui, abandonnés dans l'eau , éclosent par l'action des rayons solaires. La raison de cette diversité est d'abord dans la beauté du monde , qui en ressort plus complète ; c'est ensuite le bien-être des animaux , que la nature veut toujours atteindre dans une certaine proportion. Les oiseaux auraient pu difficilement porter dans leur sein un animal parfait, et se soumettre aux délais d'une formation complète du fœtus, ils doivent être toujours légers, toujours prêts au vol, et ce surcroît de pesanteur les eût fort empêchés; ils sont ovipares , et les œufs parachèvent le fœtus avec beaucoup moins d'embarras. Les poissons, dont la fécondité tient du pro-

Gl-4 PHYSIQUE. IV. PARTIE. THÈSE UNIQUE.

dige, n'auraient jamais pu contenir dans leur sein cette innombrable quantité de petits, que leurs œufs font éclore sans peine et sans déchet. Quant aux cétacés, qui dévastent les mers, et les dépeupleraient s'ils devenaient nombreux, on a réduit leurs moyens de propagation : ils produisent un petit vivant : en même temps que ce mode de propagation est plus noble et plus lent, il est aussi moins actif.

Uanhnal, qu'il sorte d'un œuf ou du sein maternel, est préparé à peu près de la même manière. On distingue dans les œufs fécondés une membrane qui sépare l'albumine du jaune; elle porte une sorte de cicatrice, une conglutination grosse comme une lentille^ qui renferme un liquide. Malgré l'opinion commune, le germe de l'œuf est là et non dans ce ligament qui tient le jaune suspendu au milieu de l'œuf et que l'on nomme chalaze. Dans ce liquide réside un esprit plastique, qui provient du mâle, et fournit les rudiments du petit animal, même avant l'incubation. Le travail s'active à la chaleur de l'incubation ; ensuite la force plastique fait ressortir peu à peu la carène des vertèbres d'abord, puis les éléments du cerveau, du cœur, des yeux, et enfin les autres membres se développent jusqu'à ce que l'animal soit achevé; cependant il se nourrissait de la substance même (le l'œuf, et surtout du jaune, au moyen des vaisseaux ombilicaux. Le fœtus, dans le sein de la mère, est par les mêmes vaisseaux nourri du sang maternel, et sous les deux procédés les petits viennent au jour quand ils peuvent prendre leurs aliments par la bouche. C'est aux médecins à donner de plus amples développements à ces études.

Outre ces deux modes de propagation , il en est d'autres propres aux animaux imparfaits. Les mouches, les scarabées et les autres insectes se reproduisent par vermisseaux ; les chenilles, grâce à la plus merveilleuse des métamorphoses, deviennent des papillons. Quand elles sont parvenues à leur complet développement, elles se retirent en un lieu convenable, s'y suspendent, renoncent à tout mouvement et de-

viennent chrysalides. Une assez dure enveloppe les couvre alors, elles ne manifestent à la pression qu'une très-faible sensibilité, semblant vouloir se détourner seulement et éviter les importuns. Plus de bouche, plus d'appareil sensible; mais au bout d'un temps assez long, voilà l'animal mûr, c'est lin papillon ; il a pris des ailes, il s'envole , laissant à terre sa prison vide et brisée ; ainsi font les vers à soie, sauf qu'ils attendent la transformation dernière dans une sorte de nid semblable à un œuf, tout composé d'un fil de soie infiniment long qu'ils ont fait sortir de leur abdomen. La reproduction chez les guêpes est encore plus remarquable : dans une espèce qu'Aristote appelle les ichneiimons, l'insecte, après avoir tué une tarentule, sorte d'araignée, emporte le cadavre dans des crevasses de murailles, le recouvi^e de glaise, et se reproduit des restes de la mort en les couvant. Nous avons observé de nos propres yeux ce fait merveilleux dont parle Aristote {Hist. Natur., liv. V, chap. xx). Pour les abeilles, certains naturalistes n'y distinguent point de sexes , et prétendent que dans chaque essaim la reine remplace le mâle et féconde toutes les autres; suivant quelques-uns, les abeilles recueillent leur progéniture sur les fleurs , ou du cérinthe, ou de l'olivier, ou d'autres plantes : car qui pourra distinguer entre ces poussières infiniment petites? Elles apportent cependant ce butin dans leurs alvéoles , l'y soignent et l'y couvent comme les oiseaux font pour leurs œufs, jusqu'à ce que vie s'ensuive. Saint Ambroise (au liv. I de la Virginité) nous dit : V abeille se nourrit de rosée, ignore la promiscuité des sexes , choisit et cueille avec sa bouche sa progéniture , et avec sa bouche la forme (1). La généra-

(1) Les recherches et les observations multipliées n'ont pas amené, sur le fait de la reproduction des abeilles, des lumières beaucoup plus certaines que celles assurément fort élémentaires que nous proposent et le génie des anciens et la piété des Pères de l'Église. Les derniers livres spéciaux nous offrent à croire le double miracle d'une reine assez puissante pour faire sortir de son sein , durant les quelques années de sa vie , de

tion des anguilles n'est pas moins mystérieuse; suivant Pline (liv. IX, ch. Li), elles s'appliquent aux rochers et détachent de leurs corps des fragments de chair qui forment les anguilles nouvelles. Suivant le même (liv. IX, chap. xv), les grenouilles, en hiver, s'enfonceraient et mourraient dans la vase pour renaître en été. Mais c'est assez parler des modes de propagation chez les animaux imparfaits.

ARTICLE QUATRIÈME

DE QUELQUES OPÉRATIONS PROPRES A L'ANIMAL : DU MOUVEMENT LOCAL, DE LA RESPIRATION , DE LA VOIX , ET DE L'ALTERNANCE DU SOMMEIL ET DE LA VEILLE.

Outre la sensibilité et les opérations de la vie végétative, les animaux ont encore certaines opérations propres : le mouvement local, la respiration , la voix, et l'alternance du sommeil et de la veille.

La Nature n'est jamais en défaut, et comme elle a pris de Vanimal un soin particulier, voyant en lui son plus bel ouvrage, elle a disposé avec une grande prévoyance tout ce qui était nécessaire à lui conserver la vie. L'animal a. besoin d'une ceilaine quantité de nourriture, et cette nourriture doit être choisie par lui ; en même temps il est exposé à mille souffrances, qu'il ne peut éviter qu'en changeant de place ; il

\ingl à cinquante mille œufs d'abeilles, et d'un acte de fécondation unique assez énergique pour mainlenir dans le sein maternel, pendant ces années, le principe qui rendra tous les œufs productifs. Ajoutons que tout en constatant celle différence énorme entre la reine si merveilleusement féconde et ses filles qui sont absolument stériles, les auteurs les plus récents accordent qu'il dépend des ouvrières de décerner la couronne de la ruche future à celle des filles de leur souveraine qu'il leur plaît de choisir. Un œuf devient royal à la seule condition que son alvéole sera plus grand que celui des autres; et s'il péril par maladie ou par accident durant la nutrition, sans, s'en embarrasser autrement, les ouvrières agrandissent l'alvéole d'un de ses voisins, et l'héritière de la couronne est tout de suite trouvée et formée. Voilà bien des merveilles; disons mieuxj bien des mystères.

a donc été, par le mouvement local , mis à même de chercher ce qui lui convient et de fuir ce qui lui est nuisible. Mais ce mouvement local, et la sensation elle-même, ne peuvent se produire sans une abondance d'esprits animaux; ceux-ci ne viennent pas sans la chaleur, et la chaleur ellemême ne peut pas durer dans un être formé de tempéraments et d'équilibres, sans que la fraîcheur survienne de temps en temps. Le rafraîchissement, V animal l'obtient par le moyen des poumons, à travers lesquels tout le sang, véhicule ordinaire de la chaleur naturelle, passe successivement. Les poumons étant de substance spongieuse, le sang y perd facilement ses vapeurs par l'expiration; et la respiration leur substitue un air frais qui se mêle au sang en le rencontrant dans cet organe.

Chez les poissons non cétacés, dont le sang est plus froid et la chaleur plus languissante, ce rafraîchissement de l'air répandu à l'intérieur était beaucoup moins nécessaire; aussi n'ont-ils point de poumons. Libérale dans les choses nécessaires , la Nature n'est jamais prodigue et ne fait rien de superflu : en place des poumons ils ont des branchies autour du cœur, à travers ces branchies ils font passer l'eau, ne retenant que l'air qui y est en dissolution. Aussi quand on les retire de l'eau, ils périssent vite, surtout les poissons les plus chauds, comme le brochet et le saumon, parce qu'ils sont privés du rafraîchissement qu'ils doivent trouver dans l'eau, comme les animaux terrestres le trouvent dans l'air. Quant aux cétacés, la baleine, le phoque et le dauphin, ils ont le sang plus chaud, l'eau qu'ils absorbent par la bouche, ils la rendent par des ouvertures placées sur le haut de la tête, ils en ont extrait l'air, ils viennent même chercher cet air audessus de l'eau, et ont des poumons pour prendre, en le respirant , un plus grand rafraîchissement.

La Nature excelle encore à trouver dans une chose plusieurs utilités : l'air sert non-seulement à ces animaux pour la respiration, mais par lui ils produisent au moyen du larynx,

placé à l'extrémité supérieure de la trachée-artère, des cris ou des sons, qui expriment leurs afTections et ne sont pas toujours dépourvus d'harmonie.

Comme il était impossible à Vayiimal d'accomplir le mouvement local et les opérations de la vie sensitive sans dépenser beaucoup d'esprits vitaux , il lui a fallu du repos ; la Nature l'a donc rendu sujet à l'alternance du sommeil et de la veille. Dans le sommeil , il répare les esprits épuisés pendant la veille, et ses membres fatigués y reprennent une vigueur nouvelle, il redevient alerte.

Mais pour parler plus longuement du mouvement local et du sommeil, on peut se demander, quant au mouvement local, par quelle vertu et par quels organes il s'accomplit.

Réponse. Dans Vanimal, il y a un mouvement naturel et indépendant de sa volonté, ainsi est le mouvement du cœur, et un mouvement volontaire, par exemple, celui des mains et des pieds, dont nous faisons ce que nous voulons, puis enfin un mouvement qui tient des deux premiers, comme celui de la respiration, qui, ayant lieu naturellement, peut cependant être tempéré à volonté. Le mouvement naturel peut avoir lieu par une qualité inhérente à la partie, comme dans le cœur, ou par une certaine affluence des esprits, que des conduits destinés à cet effet amènent à leur siège indépendamment de la volonté : tel est le mouvement péristaltique des intestins. Le mouvement mixte a lieu lorsque c'est la nature qui meut les esprits et leur livre passage, de telle sorte cependant que ces voies et ces esprits soient soumis à quelque principe de volonté. Quant au mouvement volontaire, on peut le diviser en ^nouvement partiel, qui a lieu sur une partie du corps : les pieds, les mains ou la langue, sans que le corps change de place; etle wowvement total, lorsque le corps entier se transporte d'un lieu à un autre , ce qui peut avoir lieu de quatre manières : en marchant, en nageant, en volant et en rampant. Ce que nous avons dit du mouvement volontaire en général, s'ap-

plique à chacune de ces manières, eu égard au caractère de chacune.

On admet généralement que pour la production du mouvement volontaire , il faut surtout le concours de quatre parties : le muscle, le cerveau, le nerf et les esprits animaux.

Le muscle est l'organe immédiat de ce mouvement, il se compose d'une tête, d'un ventre et d'une queue. La tête est le principe du mouvement ; d'elle part une multitude de fibres-tendons qui se répandent et s'insèrent dans un tissu de veines, d'artères, de petits nerfs, de fibres charnues, de sucs concrètes en chair, et enveloppent de leurs membranes le ventre, d'où elles partent de nouveau en un faisceau appelé tendon, qui fait la queue du muscle. Le mouvement se produit par le gonflement du ventre, celui-ci se durcit en amenant la queue, et par la queue les parties qui s'y rattachent.

Le cerveau est le principe premier du mouvement. Suivant les impressions variées du cerveau, des mouvements différents se produisent dans les muscles.

Le nerf unit le muscle avec le cerveau ; il commence dans la substance du cerveau, s'étend vers et sur le muscle, s'insère dans sa tête, se répand dans son ventre, et lui transmet ainsi l'impression et la motion ; quand on obstrue ou que l'on coupe les nerfs, les mouvements n'ont plus lieu.

Les esprits que les nerfs prennent du cerveau pour les répandre dans les muscles apportent à ceux-ci l'impression mobile qui a commencé au cerveau.

Ce qui précède est généralement admis. Mais comment se fait-il que le ventre du muscle se gonfle , se raccourcit et amène la queue de ce muscle à la suite d'une impression qui s'écoule du cerveau. On a cru que du cerveau, à travers les nerfs , arrivaient dans le ventre du muscle des esprits pour le gonfler et le raccourcir en s'y dilatant. Quelques-uns pensent que la liqueur ou les esprits amenés dans le muscle produisent dans le suc qu'il contient une certaine fermenta-

tion, à la suite de laquelle ce suc dilaté gonfle et raccourcit le ventre du muscle, mais tout cela n'est guère convenable pour un mouvement qui dépend de l'àme. Ensuite les mouvements sont subits et forts, mais peu durables; ou ils sont durables, mais lents, et se retenant difficilement une fois excités. Or le mouvement volontaire est tantôt subit, tantôt durable. On a donc dit que ce »nowuewewf n'était point dû à une affluence de substance nouvelle, mais à une variation dans la disposition des fibres, qui, en ouvrant de plus grands angles entre elles, rendaient le muscle plus gonflé et en même temps plus court. Il reste alors à dire ce qui meut les fibres elles-mêmes, et la question n'avance pas. Pour donner notre explication.

Supposons d'abord que la substance des esprits répandue du cerveau par les nerfs jusque dans les m,uscles forme un tout continu avec celle qui est demeurée dans le cerveau. Les nerfs ne sont que des prolongements du cerveau; ils ont une tunique double, dure à l'extérieur, mince à l'intérieur, provenant de deux membranes analogues qui enveloppent le cerveau; dans la tunique intérieure circule une substance médullaire, prolongation de la moelle du cerveau ; en ce sens, Galien a appelé le nerf : « un petit cerveau resserré, parvwn cerehrum constipatum. »

Supposons ensuite que le muscle est construit de manière à se contracter sur sa longueur quand il s'élargit , quand ses fibres se gonflent, et à s'allonger quand il se rétrécit ; l'expérience nous le prouve.

Supposons enfin que les esprits peuvent île leur nature se dilater facilement ou se contracter, comme il arrive aux esprits qui sont au cœur, au thorax et au diaphragme, et qui d'eux-mêmes se dilatent ou se contractent perpétuellement. La moindre impression de joie, de crainte ou de tristesse, y excite un mouvement dans un sens ou dans l'autre. Les esprits que contient le muscle n'affectent point cette alternance que nous voyons dans le cœur, mais ils y f^ont assez

disposés pour que la moindre impression produise en eux l'un ou l'autre de ces mouvements.

Cela posé, on peut dire que le mouvement volontaire s'accomplit par une impression faite dans le cerveau, qui, transmise au muscle par les esprits contenus dans les nerfs, excite les esprits contenus dans le muscle à produire un mouvement d'expansion. Par ce mouvement, les fibres charnues des muscles se développent en largeur , pour se raccourcir, et avec elles le muscle lui-même. Or cette expansion des esprits dépend entièrement d'une impression de l'àme ; elle est donc réglée par le bon plaisir de l'âme, et le mouvement suit sa fortune. Un temps n'est point nécessaire pour la transmission de cette impression du cerveau dans les muscles, parce qu'elle n'a point lieu par un mouvement altératif, mais par un mouvement intentionnel, et par mode d'irradiation, comme dit Galien.

Il est surtout remarquable que cette impression est dirigée à coup sûr, et que ce nerf sorti seul du cerveau, bien qu'il ait diverses ramifications pour divers muscles , ne la communique qu'au muscle qu'il faut mettre en mouvement, tous les autres restant absolument intacts sur le même tronc. On pourrait l'expliquer avec Aristote {du Mouvement animal, chap. x) : L'animal, dit-il, est comme une cité régulièrement constituée et régie. Si la m,arche des affaires y est une fois réglée, il n'est point nécessaire qu'à chaque mouvement l'ordre soit répété, chacun accotnplit ce qui lui appartient, une chose se fait après Vautre et comme par habitude; or dans l'ordre animal la nature fait ce que fait l'habitude dans un autre ordre. Or, comme dans cette cité ce qui est décrété par le magistrat est signifié par un secrétaire à un citoyen , qui accomplit simplement le commandement, ainsi un mouvement particulier des esprits du cerveau met en jeu les esprits de tel nerf et les agite de telle manière, sans rien déranger à l'ordre dans lequel les autres parties sont subordonnées au cerveau. Il nous reste à dire

que ce mouvement des esprits du cerveau, qui doit être transmisaux esprits desnerfs, se produit suivant l'appétit de l'animal, qu'il est réglé par cet appétit, et que par suite l'animal ne se meut localement qu'autant qu'il le veut.

A propos du sommeil, on peut demander ce qu'il est et quelle est la cause qui le produit.

Réponse. Sur le premier point, les opinions des anciens philosophes ont été fort différentes. Empédocle, suivant Plutarque, définit le sommeil, un rafraîchissement modéré de la chaleur du sang ; Alcmœon l'appelle la réception du sang dans les centres ou orifices veineux; le Stoïcien Zenon, la contraction et le relâchement de l'esprit; l'école stoïcienne, la résolution de la vigueur des sens; Platon, la rémission et comme un relâchement des esprits sensitifs; Leucippe, l'excrétion de la chaleur animale ;'Kéï\o~ phane, selon Tertullien, un affaissement; Sfrabon, selon le même Tertullien, tine ségrégation de l'esprit; Démocritc, une indigence de l'esprit ; Pline, le retour de l'esprit dans son milieu; Averroës et Avicenne , une impuissance des sens lorsque l'âme reprend les esprits. Assurément ces définitions ne manquent pas d'une certaine justesse; mais Aristote a mieux dit {du Sommeil, chap. i), décrivant le sommeil, une immobilité, un nœud, un lien de la sensibilité; et la veille, une délivrance de la sensibilité. L'origine première du sens externe étant le sens commun, il s'ensuit que le repos de ce dernier amène les autres au repos : et comme il y a des maladies qui peuvent lier les sens externes, la léthargie, par exemple, l'apoplexie, l'oppression des veines jugulaires; plus exactement encore le Philosophe a défini le sommeil (chap. m) : le lien, l'entrave du sens commun, s' appliquant j)our la santé, c'est-à-dire non à la suite de quelque affection ni contre l'intention de la nature, mais par une loi de la nature favorable à l'animal.

De cette notion du sommeil il n'est pas difficile de déduire ses causes. S'il est une suspension des opérations sen-

sitives, et une sorte de lien, ses causes seront dans l'éloignement ou l'empêchement des principes par lesquels tout agit dans les sens. Ces principes, ce sont les esprits qu'on trouve dans le cerveau , dans les nerfs et dans les organes des sens externes : toutes ces parties se correspondent, communiquent entre elles, et se prêtent une vigueur commune ; les esprits du cerveau reçoivent des espèces des organes, et ces organes reçoivent leur activité du cerveau, excité par les espèces. Quand ce commerce mutuel est arrêté naturellement et sans maladie, le sommeil survient : voilà sa cause.

Cette suspension elle-même peut s'expliquer, quand on observe que les nerfs, au moyen desquels les esprits sont répandus dans les organes des sens , tout ramifiés qu'ils sont, n'ont pourtant qu'un point de départ, précisément à celte partie du cerveau que l'on croit être le siège du sens commun. Or, si à cette partie l'on suppose une obstruction des nerfs, non-seulement le sens commun sera lié, ce qui est l'elTet propre et principal du sommeil , mais la communication entre les esprits qui se trouvent dans les organes des sens avec ceux qui se trouvent dans le cerveau sera interrompue, et, par conséquent, toute sensation externe sera suspendue nécessairement.

Maintenant d'où vient cette obstruction des nerfs? Aristôle dit que c'est une surabondance d'esprits ou de vapeurs qui, des parties basses du corps, se portent en haut, c'està dire au cerveau, poïir en redescendre, enfler les veines, et ainsi obstruer le passage des esprits. C'est qu'il suppose que la sensibilité vient toujours du cœur, et que toutes les parties, même le cerveau, la reçoivent par le moyen des esprits venant du cœur : la suspension de la sensibilité ne vient donc pas , suivant lui , de l'obstruction des nerfs partis du cerveau, mais de l'obstruction des veines ou des artères qui partent du cœur et vont au cerveau. Cette opinion est rejetée maintenant; cependant elle peut s'expliquer en ce sens que le cœur reste le principe de la sensibilité, puisqu'il

suggère les esprits, el que ceux-ci, une fois modifiés par le cerveau, deviennent les ministres des sens. De cette manière, le sommeil aurait lieu par l'obstruction des voies qui amènent les esprits du cœur au cerveau , et parce que le cœur ne fournissant plus d'esprits nouveaux, le cerveau ne peut plus rien envoyer, ot laisse obstruer les voies qui réunissent la sensibilité interne à la sensibilité externe; et cette explication ne manque pas de vraisemblance.

On peut dire encore que les nerfs peuvent être obstrués à leur naissance par une vapeur bénigne et fraîche, qui, détenue ordinairement dans le cerveau , se porte alors vers le point d'où partent les nerfs de la sensibilité, et, s'y accumulant, entrave les esprits animaux, ministres du sens commun et modérateurs des sens externes, en les empêchant de se produire extérieurement; ou bien cette vapeur, concrétée dans le cerveau, humecterait les nerfs, et, les gonflant, fermerait les voies par où passent les esprits. Celte vapeur, une fois dissipée avec l'humidité qu'elle a amenée, le réveil a lieu, comme au ciel on voit le soleil une fois les nuages partis.

Si une préoccupation , une douleur ou un mouvement vifs, ou l'ardeur au jeu, excitent les esprits, les vapeurs se dissipent vite, et avec elles le sommeil; mais si l'animal est épuisé ou affaibli, s'il est habitué à l'indolence, ou si les vapeurs humides sont en lui trop abondantes , il ne sait pas résister : ceci arrive après un travail excessif, ou quand le travail de la digestion commence. Ainsi encore un bruit subit ou une secousse trop vive nous réveillent, les esprits sont pressés de se dégager des vapeurs qui les gênent; ils se fraient vivement passage à travers les nerfs , comme un portier qui, saisi subitement par les rumeurs du dehors, se lèverait en sursaut, ouvrirait ses fenêtres et sa porte et pousserait ses volets.

ARTICLE CINQUIÈME

DE LA LONGUEUR ET DE LA BRIÈVETÉ DE LA VIE; DE LA JEUNESSE ET DE LA VIEILLESSE; DE LA VIE ET DE LA MORT DES ANIMAUX.

La longueur et la brièveté de la vie résultent , pour les animaux comme pour les plantes , de la manière dont les principes, l'humide et le chaud, s'équilibrent. Les animaux qui ont la vie la plus longue ont un principe humide persistant, souple et oléagineux; ce principe alimente une chaleur qui n'est pas subite ni active, mais qui est durable; il doit être copieux proportionnellement à la masse du corps, et ne pas se consumer trop tôt. Quant au principe chaud, il sera robuste pour ne pas s'éteindre facilement; doux cependant, pour ne pas trop consumer à la lois; pur enfin, pour ne pas avoir à lutter contre une fumée qui l'épuiserait inutilement. Quand la vie est courte, ces deux principes ne sont point convenablement équilibrés ; la chaleur sera faible, ou acre, ou chargée de fumée; le principe humide ne sera pas abondant; il sera trop aqueux, maigre , prompt à se refroidir ou à se dessécher.

Ainsi les insectes ne vivent pas longtemps : l'humide radical se refroidit en eux ou se dessèche très-vite ; le principe chaud y est faible et sans persistance. Il en est qui ne vivent qu'un jour, comme ceux dont parie Aristote (Histoire des Animaux, liv. V, chap. xix), et qu'on voit sur les bords de l'Hypanis, près du Bosphore Cimmérien : ils sortent des peaux des grains de raisin, et vivent en voltigeant toute la soirée; ils languissent avec le coucher du soleil, et meurent quand le soleil a disparu, n'ayant pas même vu la journée: ils sont pour cette raison dits éphémères ; d'autres insectes vivent quelques jours, comme les puces, les cousins et les mouches; ou quelques mois, comme les chenilles; peu d'insectes vivent une année: les abeilles seules sont exceptées de cette règle, et quelques auteurs pensent que leur vie III. 40

G26 PHYSIQUE. IV. partie, thèse unique.

se prolonge jusqu'à sept ans, la nature leur faisant grâce et les distinguant ainsi des animaux nuisibles.

Parmi les animaux qui ont du sang, les plus vivaces sont ceux qui vivent sur la terre. Pline nous dit pourtant que les dauphins parviennent à l'âge de trois cents ans (liv. IX, chap. VIII et lui); et il rapporte qu'un poisson qu'on avait mis dans la piscine de César, n'y est mort qu'au bout de soixante ans. Mais qu'est-ce que cela auprès de la longévité de l'éléphant, par exemple? Suivant Onésicrite, cité par Strabon , cet animal vivrait jusqu'à cinq cents ans. En effet, dans les poissons, la chaleur est languissante; l'humide aqueux , qui domine en eux , est plus facile à se dessécher ou à se congeler. Sur la terre, les animaux ont un principe chaud plus soutenu et mieux adapté aux opérations lentes de la nutrition. Parmi les oiseaux, on cite ordinairement le passereau comme vivant très-peu : son tempérament Irop chaud et trop ardent épuise vite l'humide radical; au contraire, le corbeau vit très-longtemps, à cause de la tranquillité de ses mœurs. Le tempérament de l'homme est plus que tous les autres favorable à la longé\ité : notre corps porte des principes humides et chauds bien équilibrés; car sa complexion est particulièrement sanguine. Quoiqu'on donne le nom de quelques hommes qui ont vécu très-longtemps, môme depuis le Déluge , et qu'on en ait vu aller jusqu'à deux à trois cents ans, il faut dire qu'en général l'affaiblissement du corps commence au plus tard à soixante-dix ans. C'est la remarque du prophète, vérifiée par l'expérience quotidienne : l'homme perd, en effet, les bénéfices de ses dispositions naturelles ou par l'intempérance dans les satisfactions du corps, ou parles préoccupations et les chagrins, ou par les travaux excessifs de l'esprit.

La différence de la jeunesse à la vieillesse provient aussi d'une différence d'équilibre entre ces principes de l'humide et du chaud , qui se succèdent et subissent différents modes, distinguant la vie en ses divers états. La jeu-

nesse abonde en humide vital et radical , véritable trésor qui soutient la vie dans l'animal nouvellement formé; il y est plus pur: les matières étrangères n'ont pas eu le temps de s'y mêler. A l'instar d'un voyage assez long pour lequel on a pris en partant une somme d'argent que les dépenses de chaque jour épuisent peu à peu, la vie de l'animal est pour tout son cours pourvue largement de cet humide, qui est son trésor; mais chaque jour lui en soustrait une partie pour l'entretien de la chaleur naturelle, puis la provision s'épuise, et il ne reste plus à la fin qu'un résidu sans valeur.

Il est vrai que les aliments se substituent sans cesse aux parties qui s'en vont, mais ils ne les remplacent qu'imparfaitement; et il en est de la vie, suivant Aristote, comme d'un tonneau où on remplacerait par de l'eau le vin successivement puisé; il n'y aurait bientôt plus que de l'eau: ainsi quand l'aliment remplace l'humide radical par u»e humeur analogue, cette humeur, toujours de plus en plus crue, finit par devenir impropre à l'entretien de la chaleur naturelle. Alors c'est la vieillesse, la chaleur native ou languit par défaut d'aliments convenables, ou s'épuise sur les superlluités amenées avec les aliments, ou cède à une fatigue trop prolongée; ainsi languissent inévitablement toutes les facultés: les organes sont impropres à leurs opérations; les esprits vitaux et la force corporelle défaillent; l'homme est à charge à lui-même; la vie devient une peine plutôt qu'un plaisir.

Ces infirmités de l'âge, ce premier affaissement de l'homme quand il les aperçoit , et sa décrépitude quand il en est écrasé, Salomon {Ecclésiaste, chap. xii) nous en parle en termes admirables : Souviens-toi de ton Créateur dans les jours de ta jeimesse, avant que vienne le temps de V affliction, avant que s'approchent les années dont tu diras : Elles ne me plaisent point ! Avcmt que le soleil, la lumière et les étoiles s'obscurcissent : c'est-à-dire, selon

Gajétan, avant que cet influx vivifiant du ciel qui nous donne la vigueur, ne trouvant plus en ton corps un sujet suffisant, cesse de t'arriver, et qu'il s'obscurcisse pour toi comme le soleil paraît s'obscurcir quand ses rayons sont voilés par des nuages ; n'attends pas le temps où après la pluie viennent les nuages : c'est-à-dire cet état de ton corps où des maux continuellement menaçants troubleront toutes les joies; quand seront ébranlés les gardiens de la maison, et que les forts chancelleront : autrement dit , quand la mémoire , l'attention et la prévoyance , qui sont les gardiens de l'édifice du corps, s'aflaibliront , et que la vigueur la plus indomptable s'abattra; aidant que se rompe la ganse argentée : c'est - à - dire avant que la moelle épinière , blanche comme l'argent, et qui se déroule du cerveau pour y rattacher tout le corps par les nerfs, soit détendue , et laisse ainsi tomber peu à peu l'homme dans le louibeau;,ai;anf que la bandelette d'or se replie sur elleinéme: ou, dans un style plus précis, avant que la membrane qui enveloppe le cerveau se dessèche et se contracte, avant que le front rugueux indique la mort; avant que l'amphore se brise contre la pierre du puits : c'est-à-dire avant que les réceptacles du sang, les veines et les artères, qui puisent, comme dans sa source, le sang au cœur, et l'y ramènent par une circulation continuelle, deviennent des vases trop vieux, rendus insuffisants et comme fêlés par un long usage ; avant que la roue qui est au-dessus de la citerne se brise: ou, si Ton veut l'entendre, avant que la tète, qui s'agite au-dussus du cœur, réceptacle des humeurs vitales, et qui en extrait sans cesse le sang le plus pur et les esprits, fatiguée par cet exercice continuel , se détraque comme une roue qui se brise , et appelle la mort en cessant ainsi le combat que la vie de l'homme impose à la nature fatiguée.

Disons maintenant quelque chose de la mort des animaux.

Galien la définit : l'extinction de la chaleur native.

QUESTION IV. DE l'aME UAISONNABLE. 629

Cette chaleur est, en eflet, le ministre spécial de la vie, et la vigueur de celle-ci en dépend; elles s'afiaiblissent ensemble. L'extinction y survient de deux manières : i^ avant le temps et violemment; 2° naturellement et comme spontanément : c'est, au second cas, la chaleur qui languit, parce que la disposition régulière des organes et la nourriture convenable lui font défaut. La mort violente vient elle-même de deux façons : ou par une cause intérieure, parce que des superfluités nuisibles et des humeurs malignes, que la chaleur naturelle ne peut pas soumettre, s'installent dans le corps comme des ennemis dans une place ouverte, y vicient les organes de la vie, et empêchent la communication entre les parties principales, obstruant les voies, corrompant l'humide radical par des mélanges grossiers, ou étouffant la chaleur native par une alimentation excessive; ou par une cause extérieure: le fer, la suffocation , et une infinité de manières qu'il n'est point nécessaire d'énumérer ici. La nature n'a fourni à l'animal qu'une manière de naître; elle offre, au contraire, mille manières de mourir: non sans doute qu'elle traite ses enfants en marâtre , puisque nous l'avons vue les protéger avec grand soin contre tous les dangers , mais parce que la vie , consistant dans une harmonie et un accord merveilleux d'un grand nombre de créatures entre elles, peut ainsi être troublée d'une infinité de manières. Mais en voilà assez, peut-être même trop sur cette question des animaux.

QUESTION QUxVTRIÈME.

DE L'aME raisonnable.

Des trois genres de vie dont nous avons parlé, il nous reste à expliquer le plus parfait : la vie raisonnable, sorte de participation immortelle de la vie divine. Parmi les animaux, l'homme en a le pi'ivilége, parce que seul il a été

fait à la ressemblance de Dieu. Le principe de cette vie est Yâme raisonnable , cette noble image de la Divinité, souffle de Dieu , fille de Dieu, héritière du Ciel, appelée en partage de l'éternité, souveraine de la terre, juge et arbitre de toutes choses. Trois articles seront employés à examiner ce qu'elle est, et ce qu'est la vie dont elle est le principe. Le premier article la considérera en elle-même; le deuxième traitera de l'entendement; et le troisième de la volonté. Nous terminerons la question par un article^ consacre à l'étude de l'homme.

ARTICLE PREMIER

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