QUESTION IV. DE L'AME RAISONNABLE
justement à leur occasion : Le sage est au-dessus des astres : elles appartiennent donc à une substance incorruptible.
On répondra : Les formes spirituelles peuvent disparaître ; la science se peixl par l'oubli; par la Grâce se détruit le péché; par le vice, la vertu, etc.
Mais, au contraire : Ces formes périssent, parce qu'elles ne sont point des substances, ce sont des accidents qui dans leur être dépendent de la disposition du sujet; changez cette disposition, elles cessent d'être en acte, et ne sont plus qu'en puissance. Mais l'àme est une substance ; elle comprend, et, par conséquent, subsiste par elle-même : donc à ce chef elle ne périt point.
Seconde preuve de la conclusion. La forme qui subsiste par elle-même est incorruptible; or l'âme raisonnable subsiste par elle-même : donc elle est incorruptible. La majeure est évidente. Une chose se corrompt de deux manières : ou par elle-même, ou par accident, c'est-à-dire par la destruction d'une autre. Or la forme qui subsiste par elle-même ne peut subir aucune de ces deux destructions; elle ne périt point par accident , comme des accidents qui périssent quand périt leur sujet: par exemple, l'àme des bêtes, forme non subsistante, qui n'existe plus dès que cesse le composé auquel elle appartient; et encore, une chose peut perdre l'être de la même manière qu'elle l'a reçu ; or la forme qui subsiste a reçu l'être par soi : elle ne peut donc pas le perdre par accident. Elle ne peut pas davantage le perdre par elle-même, parce que l'être suit inséparablement la forme ; or la forme ne peut pas se séparer d'elle-même : elle ne peut donc quitter son être par elle-même. Il faut donc que ces formes , qui subsistent par elles - mêmes , et qui sont assez parfaites pour soutenir leur être par ellesmêmes sans le secours de la matière, soient absolument incorruptibles. Ceux qui veulent que Vâme soit corruptible reviennent toujours à dire que l'être de Vârae est dépendant du corps.
Prouvons la mineure, à savoir que Vâme raisonnable est une forme qui subsiste par elle-même, c'est-à-dire qui peut soutenir son être sans l'appui rie la matière. En effet, l'être se reconnaît à l'opération ; or Vâme raisonnable est capable d'une opération qui lui est propre, et qu'elle exerce sans l'appui de la n)atière, nous l'avons prouvé : donc elle peut aussi subsister par elle-même et sans l'appui de la matière : cette raison est donnée par saint Thomas (l'c part., quest. Lxxv, art. 6).
Dernière confirmation, l» L'homme désire naturellement l'immortalité ; or un désir de la nature ne saurait être frustré : donc l'homme est capable de l'immortalité au moins dans la puissance par laqticlle il la comprend et la désire , c'est-à-dire dans la puissance intelligente; 2° l'homme seul, parmi les animaux, prévoit et se préoccupe de ce qu'on pensera de lui après sa mort; il veut mettre ordre aux choses qui dépendent de lui , et qui lui survivront : or c'est un signe qu'il a quelque chose en lui-même , son âme , qui survivra à son corps, et distinguera le bien et le mal; car la nature ne donne point aux êtres des soucis pour ce qui ne les concerne pas, et qui sr-ra quand ils ne seront plus; 3" enfin, voici une raison morale : il faiit que la vertu soit r'^compensée, et le vice puni ; les choses de ce monde seraient fort mal administrées , s'il n'y avait pour les méchants une punition , et pour les bons une récompense à recevoir du suprême Modérateur. Or dans cette vie les méchants prospèrent, et ne reçoivent pas toujours le châtiment de leurs crimes ; les bons , au contraire , sont affligés : il faut donc que les hommes continuent à vivre quant à la partie principale de leur être, ({ui est Vâme, afin de reeevoir la récompense ou le châtiment qu'ils auront mérité. Ce n'est pas sans crainte que les méchants voient approcher la mort; la joie et la tranquillité sont le partage des justes à ce moment, c'est que leur conscience les rassure^ Pourquoi , si ce n'est parce que Vâme, commençant à se séparer du corps,