DC NOMBRE DES CIECX
Il résulte clairement de la Tradition et des Écritures, que les deux sont de deux sortes : les uns, destinés au séjour des âmes et des corps des Bienheureux, sont appelés souvent du nom de Ciel Empyrée, ou, dans le langage de l'Ecriture, le Ciel du Ciel ; les autres sont destinés par Dieu au service de ses élus tant qu'ils vivent sur la terre. C'est de ces derniers qu'il s'agit ici. Font -ils un seul tout, une seule masse continue, ou bien sont-ils divisés en plusieurs sphères distinctes? Ceux qui considèrent les deux comme fluides, accordent aisément que ce n'est qu'une seule et même masse , dans laquelle les régions se distinguent par l'élévation, comme chez nous; pour eux le ciel de Saturne, le cielàe Jupiter ne seraient pas autre chose que la région où est situé Saturne, où est situé Jupiter, etc.; ceux qui disent le firmament solide et les espaces planétaires fluides, enseignent que le ciel planétaire est un, que le firmament s'en distingue, et qu'un troisième ciel sera au-dessus de ce firmament, s'il y a par delà encore quelque chose de mobile. Quant à ceux qui disent que la substance du Ciel est tout entière solide, il faut nécessairement qu'ils la croient partagée en plusieurs sphères diverses plus ou moins nombreuses, suivant que l'exige la plus ou moins grande quantité des mouvements observés.
Dans cette hypothèse, il faudrait donc admettre au moins neuf deux mobiles et un immobile , qui serait VEmpyrée,
Quant au Ciel immobile appelé Empyrée, l'enseignement accepté dans toute l'Église et que la raison semble confirmer, c'est que ces sortes d'enceintes dernières du monde sont absolument fermes ; c'est dans leur sein , dans le cercle que leur circonférence enserre , que toutes les révolutions et tous les mouvements s'accomplissent ; tous les cieux ne sont donc pas mus, ce dernier qui contient les autres est immobile. On le nornme Empyrée, c'est-à-dire monde de feu, non à cause de son ardeur, mais à cause de la splendeur ineffable qui y règne sans interruption. Sa clarté est d'une nature bien différente de celle que nous apportent les astres. Écoutons saint Basile, cité par saint Thomas, sur le Psaume xxviii : Le Seigneur a partagé la flam,me du feu : Dominus intercidit flammam ignis. Dans le feu il y a deux choses : la splendeur et V ardeur ; la splendeur sans l'ardeur est dans VEmpyrée pour les délices des saints qui y triomphent; l'ardeur sans la splendeur est dans le feu oit s'enveloppent les réprouvés pour leur supplice.
Prouvons notre thèse quant aux Cieux mobiles. Puisque la sphère solide ne peut tendre en même temps vers diters points, ni subir un déchirement dans ses parties, il faut admettre autant de sphères célestes qu'il y a de mouvements opposés, ou même distincts. Or il y a pour lemoins neuf mouvements de cette sorte; donc il y aura pour le moins neuf sphères célestes. Expliquons la mineure. D'abord on observe un mouvement diurne par lequel toute la machine céleste, dans un espace de vingt-quatre heures, accomplissant sa révolution , ramène tous les astres au lieu qu'ils occupaient la veille, sauf l'espace que ceux qui ont un mouvement propre auront pu gagner. Il y a en outre sept autres mouvements différents , un pour chaque planète, puisque chacune d'elles , à des temps divers, tantôt se joint, tantôt s'oppose aux autres, comme nous voyons la lune faire vis-
QUtSTION 11. nu MOMiK CtXElSTE. /J
à-vis du soleil. Il y a en outre un mouvement commun aux étoiles fixes qui, bien que presque insensible, les éloigne fies pôles du premier mobile. Ainsi l'étoile polaire, au temps d'Hipparque , philosophe plus voisin de nous qu'Aristote, à peu près de deux cents ans, s'éloignait de douze degrés du pôle nord; elle n'en est plus distante maintenant que de trois degrés et demi environ ; il y a donc eu un mouvement spécial et propre qui l'a rapprochée peu à peu de ce point du firmament.
Ce nombre de neuf sphères doit être entendu des sphères les plus importantes, et rien n'empêche qu'elles ne soient à leur tour di\isées en d'autres moindres , qu'elles embrasseraient dans leur étendue; leur multiplicité n'est pas un embarras, puisque nous admettons que ni la matière n'a manqué dans des masses aussi amples, ni l'habileté ou la puissance à l'Ouvrier qui les disposait : ainsi y aura-t-il dans l'épaisseur du ciel de Jupiter quatre deux inférieurs, dans lesquels les quatre satellites se meuvent ; dans le ciel de Saturne seront des sphères où s'agiteront Tanneau et les satellites, etc.
Quelques-uns ajoutent un dixième ciel, mobile d'un mouvement qu'ils nomment de tremblement {trepidationis), "par lequel les astres sont poussés tantôt vers le midi, tantôt vers le nord; mais ce mouvement d'agitation semble moins naturel au ciel, et les inclinaisons qu'on y veut expliquer se comprennent sans ce tremblement. Il faut consulter là-dessus les traités d'astronomie. Notre dessein n'est pas ici d'examiner et de décider sur les observations contradictoires qu'on apporte toujours, soit dans cette question, soit dans les autres ; nous ne nous donnons pas pour astronomes, ni pour juges des astronomes: ce que nous voulons seulement, c'est qu'on no se mette pas, sur les observations les dernières venues, à renverser les principes que les anciens observateurs avaient établis et appuyés par des raisonnements souvent très-solides. Que les dernières observations soient respectables, lors-
qu'ellessontsuffisammentvérifiéeSjnousen convenons; mais il est aussi parfaitement certain qu'on en adjoint à celles-ci beaucoup d'autres de mauvais aloi. J'ai pu observer moimême, et les savants reconnaissent que celles qui ont eu jusqu'à présent quelque certitude pourraient toutes, presque sans contestation, s'accommoder avec les opinions des anciens, si on les discutait avec soin.
Objection. Saint Paul (dans sa /■'e Ép. aux Cor., ch. xn) dit qu'il a été enlevé au troisième ciel; or il a été ravi au plus haut ciel: donc il n'y a que trois deux.
Je réponds, d'après saint Thomas (I»"* p., q. lxviii", art. 4), que le mot Ciel a trois sens dans l'Écriture : le premier, le sens propre, indique un corps sublime, lumineux et incorruptible. Il y a trois deux de ce genre : l'un tout entier lumineux : c'est VEmpyrée; l'autre tout entier diaphane : c'est le premier mobile dans lequel il n'y a pas d'étoiles; le troisième, partie diaphane, partie lucide : c'est le ciel étoile. Quand saint Paul se dit ravi au troisième ciel, il entendrait, suivant ce compte, parler de VEmpyrée. Ensuite le ciel des étoiles se subdivise en huit sphères, sept pour les planètes et une commune aux étoiles fixes. Le mot Ciel est quelquefois pris pour tout corps sublime et capable de lumière : ainsi on dit indifféremment l'air ou le ciel, à ce compte, on distingue encore trois deux ou régions célestes : les airs, les astres et VEmpyrée. Enfin, le mot Ciel se prend métaphoriquement, et il peut ainsi signifier la très-sainte Trinité; en ce sens l'orgueilleux Satana dit : Je m,' élèverai jusqu'au Ciel, c'est-à-dire jusqu'à l'égalité avec Dieu. On entend encore par deux les biens spirituels, suivant cette parole : Votre récompense est abondante dans les deux; quelquefois aussi les trois genres de vision : la corporelle, l'imaginaire et l'inlellecluelle ; c'est en ce dernier sens que saint Augustin explique la parole de saint Paul : il a été ravi au troisième ciel, c'est-à-dire à la contemplation de la très -sainte Trinité elle-même, ou au
QUESTION II. DU MONDE CÉLESTE. iO
comble des honneurs surnaturels, ou à la vision intellectuelle des divins mystères.
ARTICLE TROISIÈME