‹ Philosophie suivant les principes de saint Thomas (volume 2)Chapitre 7 sur 52 · DES ASTRES · texte numérisé non relu

DES ASTRES

Afin d'expliquer plus scrupuleusement ce qui concerne ces substances nobles entre toutes , nous dirons d'abord ce que sont les astres en général; nous ajouterons ensuite quelque observation particulière sur chacun d'eux.

Des astres en g^énéral.

Nous expliquerons ici quelle est la nature des astres, comment ils se divisent, de quelle grandeur ils sont, et la variété de leurs mouvements. Par nature, les astres sont incorruptibles; ils sont au même rang que les deux, seulement ils ne sont pas transparents , et pour cette raison ils nous semblent d'une densité plus appréciable. Enfin ils passent pour être plus nobles que les cieux qui les enserrent.

Que les astres soient incorruptibles , cela ressort de ce que nous avons dit sur l'incorruptibilité des cieux; car c'est toujours le même raisonnement , il s'applique même surtout aux astres. Quelques anciens avaient rêvé , plusieurs modernes ont répété que les astres, au moins les planètes, sont autant de terres habitées, dans lesquelles les mers, les fleuves , les forêts , les montagnes , les animaux , les plantes et toutes les substances de notre globe se retrouvent. Ces suppositions sont absolument dépourvues de fondement, et Plutarque lui-même (II^ livre des Opinions diverses, chap. xiii) en a fait justice suffisante; Orphée, dans ses fables mystérieuses, aurait été le premier à dire que chaque étoile renferme un monde.

70 PHYSIQUE. 11. iwariE. thèse unique.

Que les astres soient opaques , c'est démontré par ce fait que celui qui pour nous se place devant un autre dérobe cet autre à notre vue; on ne peut le nier pour les planètes : l'expérience journalière nous le montre pour la lune, et au moment des éclipses elle couvre non-seulement les étoiles, mais la partie du soleil qu'elle met derrière elle. La même chose a lieu pour Mercure, quand il rencontre le soleil, bien qu'en raison de la petitesse comparative de son diamètre il ne nous en cache que fort peu. Les autres planètes nous dérobent aussi, par leur interposition, les étoiles fixes.

Les auteurs que nous suivons concluent de cette première observation que les astres ont une certaine densité; car l'opacité ne paraît pas devoir être attribuée à la grossièreté de leur substance : il faut donc l'attribuer à la densité. On le prouve encore par leur qualité lumineuse : ce qui brille doit être dense ; nous le voyons par les flammes de notre feu , qui sont d'autant plus éclatantes qu'elles ont plus de densité.

Enfin les astres sont les plus nobles parties du ciel; les eflels merveilleux qu'on leur attribue en sont la preuve. On reconnaît bien qu'ils exercent sur ce bas monde une influence, et ils sont donnés au ciel comme ornements, ainsi qu'aux champs les fleurs.

On divise les astres en astres fixes et astres errants ou planètes. L'explication de cette division est simple : on voit dans le ciel des astres qui semblent plus élevés, et qui conservent vis-à-vis des autres une position invariable, malgré la révolution quotidienne : on les nomme pxes. Les autres n'ont de position constante ni entre eux ni vis-à-vis des étoiles fixes ; leur course , qui semble vagabonde , les rapproche tantôt d'un astre, tantôt d'un autre: on les appelle errants, ou, d'après un mot grec, planètes. La création de ces derniers n'a pour nous d'explication connue que dans l'office qu'ils remplissent par leurs conjonctions entre eux

OU avec les étoiles fixes vis-à-vis des jours , des années et des siècles de notre globe , variant ainsi et combinant presque à l'infini leurs influences diverses. Rien, en effet, sur notre globe, n'est soustrait aux influences célestes; or si l'aspect du ciel restait toujours le même, nous ne verrions aucune variété ici-bas : toutes ces planètes sont donc utiles à la diversité dans les choses et dans les temps ; elles obvient à l'ennui qui naît de l'uniformité, maintiennent l'activité dans la vie animale , et font germer et croître ce qui est nécessaire à la nourriture des animaux : tels sont , en effet, d'après saint Thomas, les fruits de ces révolutions; et les combinaisons auxquelles les astres sont soumis sont si diverses, que depuis la création du monde jamais la face du ciel n'a présenté deux fois le même aspect, et qu'on ne peut prévoir quand ce qui a été vu une fois reviendra , si ce n'est peut-être après la révolution entière du firmament, c'est-àdire après plusieurs milliers d'années.

Or Celui qui a créé les étoiles en connaît seul le nombre : c'est l'éloge que lui adresse le Psalmiste (ps. CLXVi) : Il compte la multitude des étoiles, et les appelle toutes par leur nom. Il faut nécessairement que ce nombre soit immense , puisque Dieu s'en sert pour promettre à Abraham une race qu'il multipliera comme les sables de la mer. Les astres qui, par un ciel serein, apparaissent et scintillent à toute époque , à l'œil nu , sont notés par les astronomes , et ne dépassent pas mille vingt-deux ; ils se distinguent et se disposent en quarante-huit constellations ou astérismes : on appelle ainsi les réunions de plusieurs étoiles; les douze plus connues sont appelées signes du zodiaque : ce sont celles que le soleil traverse dans sa course annuelle. On leur a donné le nom de certains animaux ou d'autres objets : l'Ourse, la Baleine, le Serpentaire, Andromaque, l'Aigle, etc., afin que l'imagination et la mémoire, soutenues par ces noms, puissent accepter et retenir plus fiicilement leur disposition. Mais il y a encore une infinité de petites

étoiles qui, par suite de leur exiguïté, ne peuvent être vues à l'œil nu; on les voit au moyen du télescope et, ce que celui-ci nous en a fait découvrir est déjà innombrable. C'est un spectacle dont je dois les joies au célèbre Jacques Borelli : c'est lui qui , après avoir su disposer avec une habileté sans égale des télescopes de beaucoup supérieurs à tous ceux qu'on avait faits jusqu'alors, à bien voulu mettre à ma disposition ce moyen d'observer le ciel tout à mon aise; grâce à ses soins obligeants , j'ai pu diriger un télescope de cinq pieds de long; la constellation dite des Pléiades s'est présentée : avec quelle admiration n'ai -je pas vu une constellation qui, à l'œil nu, se montre composée à peine de six étoiles petites et confuses , m'offrir distinctement comme une armée très- nombreuse d'étoiles très -faciles ù apercevoir, une armée dans le dénombrement de laquelle je ne me suis arrêté qu'après en avoir compté de soixante à soixante-dix? Le même étonnement m'a saisi à l'inspection de quelque champ du ciel que ce fût; mais c'est surtout dans Orion qu'il faut remarquer cette multiplicité sans bornes; car il y a des champs du ciel plus peuplés que d'autres.

Il existe un nombre bien moins considérable de planètes; car on n'en compte encore que sept : elles sont désignées par les astronomes chacune par un caractère particulier : T) Saturne, 7J[ Jupiter, (f Mars, <v> le Soleil, $ Vénus, ^ Mercure, ^ la Lune; à quelques-unes de celles-ci en sont adjointes d'autres moindres, et qu'on nomme satellites, mais elles ne peuvent s'apercevoir qu'à l'aide du télescope : il y en a quatre autour de Jupiter ; plusieurs sont aussi autour de Saturne, trois viennent d'être découvertes en même temps que l'anneau : il faut pour les observer un assez puissant télescope; Saturne en aura probablement plusieurs autres; d'autres planètes auront aussi les leurs, mais ils nous sont inconnus à cause de leur petitesse ou de la distance.

Trois caractères principaux distinguent les planètes dtS

étoiles fixes : 1" elles sont beaucoup plus rapprochées de nous , c'est pourquoi elles grandissent sensiblement au télescope, tandis que les étoiles fixes sont toujours aperçues comme des points indivisibles, même avec les plus forts télescopes, et ceci à cause de la trop grande distance; 2° les étoiles fixes ont une lumière vive et scintillante, au lieu que la clarté des planètes est calme et uniforme; 3" les planètes cliangent de situation, ce que ne font jamais les étoiles fixes : ce dernier caractère est le principal , et il leur a donné leur nom.

Pour ce qui est de la grandeur des astres, une chose constante parmi les astronomes , c'est que la distance énorme qui nous en sépare est la seule cause qui nous les fait paraître petits : on veut qu'ils soient en réalité d'une grosseur prodigieuse. Mais comment en donner une mesure, même approximative? Pline (liv. XXIIIe) nous dit avec raison de prendre ici les affirmations des astronomes non pour des lois, mais pour des évaluations conjecturales. La Lune est regardée comme trente -neuf fois moins grande que la terre. Mercure comme deux cent dix-neuf, Vénus comme soixante -trois fois; le Soleil, au contraire, serait cent soixante -six fois plus grand que la terre. Mars serait à peine un peu plus grand, Saturne nous dépasserait de quatre-vingt-onze fois ; or l'étendue de la terre , en mesurant sa circonférence scrupuleusement, est de dix mille deux cent soixante -dix lieues, la lieue renfermant deux mille toises de Paris ; car on s'est assuré qu'un degré de grand cercle contient cinquante -sept mille soixante toises : or le cercle contient trois cent soixante degrés.

Les astronomes distribuent habituellement les étoiles fixes en six classes : celles de la première grandeur surpasseraient cent sept fois le globe de la terre , et les dernières seulement dix huit fois; mais, comme cette détermination a élé donnée d'abord par les disciples de Ptolémée, ceux de Copernic, toujours méfiants à l'endroit du premier, sâ

sont fort éloignés de ses dires : la grandeur des étoiles fixes est par eux augmentée immensément; en somme, tous reconnaissent que l'étendue du firmament est impossible à dire, et que relativement à lui la terre n'est qu'un point pour ainsi dire sans étendue. On a coutume d'en donner cette preuve, assurément significative, qu'un homme placé dans une plaine voit toute la moitié du firmament, absolument comme s'il était au centre même de la terre : la convexité de notre globe n'entrant pour rien comme obstacle à la perception.

Pour dire un mot du mouvement des étoiles, d'abord tout le monde sait que leur armée entière accomplit en vingt -quatre heures une révolution complète sur les pôles du premier mobile; outre celle-ci, qui va d'orient en occident, et qui est commune, chacune d'elles en a un partilier et très- lent, auquel elles emploieraient trente-six mille ans, suivant Ptolémée, et quarante - neuf mille et même plus, suivant d'autres. Cette évolution, que tous les astronomes déclarent devoir être immense, a reçu de Platon le nom de grande année. Quant aux planètes , elles se meuvent sur les pôles du zodiaque , d'occident en orient, d'un mouvement propre : Saturne en trente ans, Jupiter en douze, Mars en dix ; le Soleil nous donne la mesure de l'année , et avec lui Mercure et Vénus ses voisines ; la Lune détermine notre mois ; ces mouvements s'exécutent indépendamment du mouvement que ces astres partagent avec le zodiaque autour de ses pôles, mais leur périodicité exacte n'a pu encore être pleinement déterminée par les astronomes; ils sont encore divisés à ce sujet, et les découvertes des derniers venus doivent toujours corriger les dires des autres.

Outre ces mouvements par lesquels les planètes tournent autour de la terre , il y en a d'autres particuliers, qui les élèvent au-dessus d'elle, et s'appellent apogées, ou qui les abaissent, et s'appellent périgées. Le Soleil suit toujours un cours unifoi'me, mais le^ autres semblent rétrograder, c'est-

à-dire être portés contre leur propre mouvement et revenir sur leurs pas dans l'étendue du zodiaque : tantôt ils sont plus rapides, c'est-à-dire que leur marche accoutumée se double; tantôt stationnaires, c'est-à-dire fixés et immobiles sur le même signe. Dire combien ces mouvements torturent l'esprit des astronomes, ce n'est pas possible, non qu'ils refusent à la Sagesse divine la faculté de les agencer ainsi et d'y voir clair, mais parce que la mécanique humaine est insuffisante à ordonner sans confusion tant de mouvements si différents entre eux.

Ptolémée et ceux qui l'ont suivi, afin d'expliquer ces mouvements , supposent que le ciel de chaque planète se compose de trois sphères : la supérieure serait concentrique à la terre suivant la partie convexe, et excentrique suivant la partie concave; l'inférieure serait concentrique à la terre dans sa partie concave, et excentrique suivant la partie convexe : et ainsi ces deux sphères ne seraient pas égales , mais d'un côté plus minces, et de l'autre peu à peu plus épaisses et plus rebondies; entre ces deux, la troisième régulière et, par conséquent, parfaitement glissante et pouvant facilement se mouvoir entre les autres, qui sont immobiles , porterait la planète , et de chacun de ses côtés elle serait excentrique à la terre , c'est-à-dire qu'elle s'éloignerait du centre de notre globe, tantôt plus, tantôt moins. Ceci posé , il est évident que cette planète , du milieu de son cercle, doit nous paraître plus ou moins rapprochée, suivant les temps où nous la voyons. La figure cijointe rend ce que nous venons de dire facile à comprendre. Le globe du milieu est la terre ; les sphères demi-noires , la plus proche et la plus éloignée , sont d'un côté excentriques et de l'autre concentriques à la terre; celle du milieu, qui est blanche , est excentrique de toutes parts ; le Soleil , qui y est porté , comme on le voit , est tantôt plus éloigné de la terre, tantôt plus proche : lorsqu'il est plus éloigné, il est dit tt/jo^ée ou dans Vapogée; lorsqu'il est plus bas, il in, Ç

esl dit périgée ou dans son joérigée. Le périgée du Soleil est maintenant au septième degré du Capricorne , l'apogée au septième degré du Cancer : ainsi , en été , le soleil est plus éloigné de nous, et dans l'hiver, il en est plus rapproché.

La Lune, par sa conjonction ou son opposition vers les quadratures, est plus éloignée de nous; elle est plus près quand elle s'éloigne des quadratures. Mars, Jupiter, Saturne, sont dans l'opposition du périgée et dans la conjonction de l'apogée; Vénus et Mercure, qui tournent autour du Soleil, sont à l'apogée dans une conjonction , et au périgée dans l'autre.

Mais il faut supposer encore que les autres planètes, excepté le Soleil, sont fixées à un globe ou à un cercle que l'on nomme épicycle, et qui, dans l'épaisseur du cercle moyen, portant la planète, roule autour de son propre centre , comme dans la figure le Soleil est le centre des épicycles de Mercure et de Vénus , et ils se meuvent autour de ce centre, tandis que le cercle qui les porte est mû autour de la terre : il est donc naturel qu'ils nous semblent se mouvoir très - rapidement , puisqu'ils sont entraînés vers un {loint

et par l'épicycle dont ils dépendent , et par le cercle qui les porte ; au contraire, quand on les voit rétrograder, c'est que le mouvement de l'épicycle les entraîne vivement dans un sens inverse à celui où les porte lentement le mouvement de leur cercle propre. Enfin ils nous semblent stationnaires quand ils ne sont appelés par l'épicycle dans ce sens inverse que sous une vitesse égale à celle du mouvement du cercle qui les porte : ces deux mouvements se compensant , la planète paraît stable.

Qui voudra plus de détails , en demandera aux astronomes dans leur Théorie des Planètes; ces indications suffiront à la plupart de nos lecteurs.

On pourrait parler ici de la situation respective des planètes, mais nous réservons cette étude à la question du système du monde ; là aussi nous traiterons de leurs figures , en même temps que des affections des corps célestes.

§ II-

Des planètes en particulier, et d'abord du Soleil.

Avant de dire quelques mots sur chaque planète , il convient de parler d'abord du Soleil, qui est la plus remarquable de toutes. Ecoutons ce qu'en dit Pline (livre 11% chap. vje) : Le Soleil, dit-il , est d'une grandeur et d'une puissance extraordinaires ; c^est le régulateur non-seulement des temps et de la terre, mais des astres eux-mêmes et du ciel. Pour qui voit ses œuvres, il est l'âme dic monde; il est la vie, la 'j^rincipale règle de la nature : c'est comme une divinité. Il donne à toutes choses la lutnière et chasse les ténèbres; il cache les autres astres; il règle la succession des saisons et le cours de Vannée; la nature lui a donné de dissiper la tristesse du ciel, et d'éclaircir même les nuages de Vàme humaine. Cet astre brillant et i^ublime communique m lumière aut autres

astres, etc. etc. Plus brièvement et avec plus de vérité V Ecclésiastique (chap. xuii^) dit que le Soleil est un vase admirable, et par antonomase il l'appelle Y Œuvre du Très -Haut. Entre autres astronomes, le savant Eudoxe était frappé d'une si grande admiration devant le Soleil, que, au dire de Plutarque (livre I^"" contre Colotès) , nonseulement il se serait résigné à être brûlé comme Phaéton , mais il aurait même désiré ce supplice s'il lui eût été permis auparavant de contempler d'un peu plus près la forme, la grandeur et la beauté de cet astre.

Mais nous ne pouvons guère dire du Soleil autre chose que ce que tout le monde en voit. On pourrait demander seulement i° quelle est la nature du Soleil.

Il y en a qui pensent que c'est un feu semblable au nôtre, ou du moins un corps enflammé; car, disent-ils, le Soleil éclaire et échauffe, et ce sont deux propriétés de notre feu. Cependant la démonstration même dont on appuie cette théorie sert à la renverser. D'abord la lumière du Soleil est trop intense pour être attribuée au feu comme nous le connaissons. Cet astre étant assez éloigné de nous pour nous paraître large comme la main, sa lumière devrait diminuer elle-même d'une manière considérable, et cependant elle est encore si éclatante , qu'elle efface complètement l'éclat du feu, quel qu'il soit, et d'aussi près que nous voulions le considérer. Ensuite la manière dont il échauffe est toute spéciale. Le feu n'échauffe pas par sa lumière , mais par une qualité distincte : ainsi une torche répandra dans une chambre beaucoup de lumière et peu de chaleur; un fourneau, au contraire, ou un poêle, donnera beaucoup de chaleur et pas de lumière : tandis que le Soleil n'échauffe que par sa lumière ; c'est pour cela que nous disons que sa chaleur est virtuelle , et non formelle : c'est là une chose certaine, soit parce que les rayons du Soleil, réunis par un miroir ardent, brûlent plus facilement qu'aucim feu, soit parce que la chaleur n'arrive pas là où n'arrive

pas sa lumière, comme on voit en été rester froids les endroits qui sont à l'ombre. Ne voit -on pas le Soleil échauffer difficilement les corps blancs , tandis que les corps noirs reçoivent sans peine la chaleur : les premiers parce qu'ils réfléchissent la lumière , les autres parce qu'ils l'absorbent, et avec la lumière la chaleur. Ensuite le Soleil , qui devrait nous échauffer davantage lorsqu'il est plus près de nous , c'est-à-dire à son périgée , nous échauffe réellement moins : c'est pendant l'hiver, tout le monde le sent, parce que sa lumière , seul véhicule de sa chaleur, ne nous arrive qu'obliquement. Enfin, si le Soleil était de feu, ou il serait flammiC, ou il serait charbon : flamme, ce n'est pas possible ; car dans un mouvement si rapide il ne conserverait pas sa forme ; charbon , il ne serait pas assez brillant. Ne dites pas que c'est un feu pur, car le feu pur manque de densité, et, par conséquent, d'éclat; il est même presque invisible ; ce n'est pas non plus un feu qui brûle dans un autre corps, car, si ce corps est combustible, il sera vite consumé ; sinon, le feu ne s'y entretiendra pas, et tout s'éteindra , comme il arrive ici - bas pour le fer, l'or et les autres métaux, qui se refroidissent quand un corps en feu n'y entretient pas la chaleur. Par ces motifs, nous rejetons l'idée mise en avant par le Père Honoré Fabri , que le Soleil est une masse d'or incandescent.

2° On peut demander ce que sont les taches qui obscurcissent le Soleil.

Je l'ai déjà dit , elles semblent être quelque partie plus dense des sphères célestes qui , en se rapprochant du Soleil, suivant des révolutions inconnues, s'interposent entre cet astre et nous, et obscurcissent son éclat à leur passage : ainsi Mercure a longtemps été pris pour une tache du Soleil. Ce sujet est, du reste, fort peu connu; personnellement je n'en ai pu rien voir, parce que, depuis plusieurs années, les taches n'ont paru que très -rarement. Rejetons cependant les inventions du Père Kircher et de tous ceux

qui prétendent voir dans le Soleil une mer de feu toujours troublée , écumeuse , vaporeuse et fumeuse , et attribuer aux fumées qu'elle dégage les taches qui l'obscurcissent.

De Saturne.

Saturne se voit à l'œil nu : c'est une étoile de première grandeur, mais rien de plus; vu au télescope, il offre aux regards des particularités merveilleuses. Galilée fut le premier à l'observer au télescope ; mais l'instrument dont il se servait étant fort imparfait, il le vit, sans savoir pourquoi, tantôt ovale , tantôt pointu aux deux anses , tantôt en trois sphères, dont deux petites et une plus grosse au centre, tantôt enfin unique et parfaitement sphérique; tout cela amena d'autres savants à étudier cet astre, et un télescope plus parfait fit voir que les prétendues sphères latérales étaient comme des anses ou des bras, qui, creusés intérieurement et arqués vis-à-vis de la sphère du milieu, représentaient assez exactement la navette d'un tisserand. Enfin , à l'aide de télescopes très-perfectionnés et très-longs on put voir que Saturne est sphérique comme les autres planètes , et qu'il est entouré d'un anneau lumineux plus large, comme seraient vis-à-vis d'un chapeau les bords élargis, ou encore le cercle d'une assiette dont le fond serait tombé. Cet appendice de Vastre, qu'on appelait d'abord les anses ou les bras de Saturne, prit dès lors le nom d'anneau de Saturne. Or, comme il est d'un plus grand diamètre que Y astre, et d'une épaisseur relativement minime, quand il tourne vers nous le bord le plus mince et comme la lèvre de son contour, il semble disparaître ; quand il est un peu incliné, il montre quelque chose de son côté le plus large, et nous apparaît comme une ligne traversant le corps de Saturne et se terminant en pointe de part et d'autre. Quand il s'incline davantage, il se montre des deux côtés arqué et pointu en dehors, comme la navette d'un tisserand. J'ai pu

voir cela moi-même, à l'aide des grands et bons télescopes de l'Observatoire royal , si nettement et si clairement, qu'on ne peut rien demander de plus. Enfin l'arc intérieur se développe davantage, les extrémités deviennent moins aiguës à mesure que sa face étendue en largeur se tourne davantage vers nous , et tout ceci est parfaitement conforme aux lois de l'optique : jamais pourtant on ne voit l'orbe de Vanneau entourer complètement Saturne, parce que la face la plus large de cet anneau ne se présente jamais complètement de notre côté , elle est toujours inclinée.

Quant à la nature de cet anneau, on pense en général que c'est un corps adjoint à la planète, afin que, comme elle est fort éloignée de la terre , ses influences s'accroissent à certaines époques voulues par le Créateur, et cela serait quand Vanneau est le plus complètement tourné vers nous. Avouons qu'il doit y avoir là quelque autre but que nous ignorons. En effet, sur ces matières, les lois de la divine Providence, et presque tout, comme le dit Pline (liv. Il", chap. xxxvii), paraît être et se faire par des raisons incertaines, et que dérobe à notre esprit la ynajesté de la nature.

Le docte Jean-Charles Gallet, curé de Saint- Symphorien d'Avignon, aussi intelligent qu'habile observateur, a fort savamment proposé pour cet anneau de Saturne une explication plus vraie peut-être et certainement plus commode. Suivant lui, ce n'est point un corps, mais un cercle lumineux produit par les rayons du Soleil que réfléchit le globe de «Saturne. Il faut observer, en effet, que d'un corps sphérique à surface inégale il résulte deux réflexions des rayons lumineux , l'une se produit sur toutes les parties de la surface rugueuse et rend le corps visible de tous les côtés, les l'ayons se projetant sur toutes les petites facettes qui forment cette surface ; l'autre réflexion part de la totalité de la surface convexe, prend les rayons dispersés çà et là, et en forme un cône lumineux dont la base est un cercle également lumineux, d'autant plus grand que la projection est plus

longue. Ainsi ce serait la distance de Saturne qui nous ferait voir autour de lui un cercle déterminé quand nous n'en voyons pas autour des autres planètes ; s'il nous paraît ovale ou elliptique, c'est que nous voyons sa lumière obliquement. Les principes de l'optique n'ont rien qui combatte cette assertion , et elle explique parfaitement les phénomènes ; on peut prédire à coup sûr, en l'admettant, les états futurs de cet anneau, en suivant la situation de Saturne à l'égard du Soleil et à l'égard de la terre; enfin l'expérience vient l'appuyer ; car en recevant les rayons du Soleil sur un verre convexe, tel que l'objectif d'un grand télescope de dix-huit pieds , par exemple , si on incline ce verre de telle sorte qu'il projette ses rayons sur un tableau noir, les rayons y figureront un anneau lumineux, tantôt plus large, tantôt plus resserré et offrant les mêmes formes que Vanneau de Saturne. Par le même procédé , Gallet explique la queue des comètes; nous en parlerons plus bas.

De Jupiter, de Mars, de Vénus et de Mercure.

Après Saturne vient Jupiter, astre brillant , bien plus grand et bien plus étincelant que les étoiles fixes de première grandeur, mais qui brille surtout d'une façon remarquable entre tous les autres astres quand il est en opposition avec le Soleil. Nous devons au télescope des découvertes merveilleuses et parfaitement certaines sur cette planète : elle ne présente pas une face uniforme, elle est bien circulaire ; mais on y découvre particulièrement deux traces noirâtres , sortes de lignes d'ombre qui la coupent en parties inégales. On a remarqué aussi sur cet astre une tache obscure du mouvement de laquelle le docte Cassini a conclu qu'il tourne sur lui-même dans un espace d'environ dix heures. La conclusion est juste , à moins que , par hasard , ce ne soit la tache seule qui subisse le mouvement.

Un fait beaucoup plus remarquable , c'est que cet astre

royal a des satellites; ce sont quatre petites étoiles secondaires qui l'accompagnent perpétuellement et qu'on appelle pour cela les suivantes , les gardes ou les courtisans de Jupiter. Ils roulent tous autour de la planète , mais non pas tous de la même manière; les uns, plus rapprochés, ont une révolution plus courte , les autres en ont une plus étendue. Le satellite le plus rapproché de Jupiter n'en est éloigné que de trois minutes, et accomplit sa révolution en un jour et dix-huit heures et demie. Le deuxième est à une distance de cinq minutes de Vastre et accomplit sa révolution en trois jours, treize heures et \ingt minutes; le troisième, un peu plus éloigné, est aussi plus brillant ; il est à huit minutes; le temps de sa révolution est de sept jours et quatre heures environ. Le plus éloigné enfin est à treize minutes, et sa révolution dure seize jours et trois heures environ.

Or, par suite de ces révolutions si diverses, quelquefois les satellites sont à droite et à gauche de Jupiter sur une même ligne droite avec le centre de la planète ; d'autres fois on en voit trois d'un côté et un seul de l'autre , tantôt ils sont tous du même côté, tantôt enfin il yen a un ou plusieurs occultés, ou parce qu'ils sont devant l'astre et se confondent avec lui, ou parce que son ombre les éclipse , ou parce qu'ils s'éclipsent mutuellement. Aucun doute n'est possible sur ces faits, et l'obligeance du docte Borelli m'a permis d'observer souvent ces jeux des satellites de Jupiter avec des télescopes de cinq, de sept et même de dix-huit pieds. Galilée le premier a découvert cette marche des satellites, et il s'empressa de leur donner des noms : collectivement ils s'appellent les Médicis; le plus éloigné de Jupiter a reçu le nom de Catherine, l'avant-dernier le nom de Marthe, le deuxième celui de Cosme le Grand, le premier enfin celui de Cosme le Petit. Saturne a aussi des satellites , mais on ne peut les reconnaître qu'à l'aide de télescopes extrêmement puissants. Si j'en ai indiqué quatre dans la première édition de cet ou- ATage, c'était pour me conformer à l'opinion de ceux qui

prenaient encore les anses de l'anneau pour des satellites et les ajoutaient à deux autres observés par Fontana, au dire de Gassendi. Tout bien considéré, il est maintenant constant que les anses ne sont point des satellites , et doivent s'expliquer autrement. Cependant il y a autour de Saturne trois petits astres au moins qui peuvent vraiment être considérés comme des satellites de cette planète, principalement un qui est plus brillant que les autres , et que l'on peut même voir avec un télescope ordinaire.

Sur Mars et Mercure, rien de particulier ne nous a été appris par les télescopes perfectionnés , si ce n'est peut-être que Mars accomplirait une révolution sur son axe, qu'il aurait des taches et qu'il paraîtrait quelquefois privé de lumière sur une partie de son disque.

Pour Vénus, tout le monde sait qu'à l'œil nu cette planète paraît comme étant , de toutes les étoiles qui resplendissent au Ciel, la plus grande et la plus brillante, si bien que quelquefois elle est visible en plein jour. Elle se transporte de droite à gauche du Soleil, de façon qu'à un certain moment , le matin elle le précède à son lever et s'appelle alors V étoile du matin, ou bien chez les Grecs Phosphoros , et Lucifer chez les Latins; et quelques mois après elle suit au contraire le soleil et paraît le soir au couchant; on l'appelle alors Hesperos, en latin vesper; néanmoins, dans ses évolutions autour du Soleil, elle ne s'en éloigne jamais de plus d'un signe et demi, c'est-à-dire d'environ 45 degrés. Nous devons au télescope une observation 'fort remarquable , c'est qu'elle subit à peu près les mêmes phases que la lune; on la voit, en effet , tantôt en croissant , tantôt à demi , tantôt presque pleine, tantôt enfin dans son plein comme notre satellite, cela suivant les différentes manières dont elle se présente au Soleil pour être par lui éclairée, et nous montrer ce qu'elle peut de sa partie lumineuse. De là on a conclu avec certitude qu'elle tourneautour du Soleil, parce quecesphases prouvent évidemment qu'elle doit être tantôt au-dessus,

tantôt au-dessous, tantôt à côté de l'astre du jour; en effet, c'est tantôt sa partie inférieure, tantôt sa partie supérieure qui est brillante. Mais en voilà assez sur ces planètes.

§ III

De la Lune, et de sa face semée de taches.

Nous devons en dernier lieu parler un peu plus longuement de la Lune, c'est le dernier astre et le plus familier à la terre, comme dit Pline, et par là même il est plus facile à observer, et de ce qui s'y rencontre on peut conclure par analogie ce qui est dans les planètes supérieures. Personne n'ignore la variété perpétuelle de circonstances au milieu desquelles on l'observe. C'est elle, dit encore Pline (liv. II, chap, IX ) qui, croissant toujours ou vieillissant , et tantôt recourbée en forme de cornes, tantôt partagée par la moitié, tantôt arrondie en globe, marquée de taches, resplendit tout d'un coup, immense avec son cercle plein, subitement se trouve réduite à rien ; elle qui brille la nuit quelquefois, et quelquefois le soir, ou bien joint sa lu^nière à celle du soleil pendant une partie du jour, etc. Nous dirons la raison de ces variétés dansl'arfic^e suivant, quand nous parlerons de la lumière des astres. Tout le monde peut observer aussi que sa surface n'est pas uniforme et que des taches la sillonnent : taches plus brillantes en certaines parties, en d'autres noirâtres ou blêmes, et ces taches se voient aussi bien quand elle croît que dans son plein; elles ne sont point temporaires et fugitives, comme celles que l'on aperçoit quelquefois dans le Soleil; elles sont stables, perpétuelles et se représentent à nous à peu près toujours dans le même ordre, ce qui faisait dire aux anciens que la Lune ne tourne pas sur son axe , puisqu'elle nous montre toujours la même face.

Rien de plus remarquable ni de plus curieux que ce que

le télescope nous en a appris; les autres planètes sont trop éloignées pour que nous espérions jamais saisir de nos yeux les éléments constitutifs de leur nature; la lune, au contraire, nous apparaît toute détaillée, et on peut y recon- • naître des régions entières , pour ainsi dire , et en décrire les portions les plus saillantes; oui, des hommes ont osé dresser la topographie de cet astre, comme celle de leur terre , et ils en décrivent sur leurs cartes les champs divers ; Pline n'aurait plus lieu maintenant de répéter cette singulière plainte : J'ai vu des hommes s'indigner de ce que nous ne connaissons pas seulement l'astre le plus rapproché de nous. Mais aujourd'hui comme de son temps il pourrait dire : C'est m,erveille de voir où est venue la témérité des hommes excités par quelque petit succès. N'en avons-nous pas entendu quelques-uns qui veulent voir dans la Lune des forêts, des montagnes, des rochers, des plaines, des lacs, des fleuves, des mers, des villes, tout ce que nous avons ici-bas, excepté les maisons, lesanimaux etles arbres? Ne proclament-ils pas le monde lunaire tout à fait semblable au nôtre, essayant de détruire par ces affirmations sans valeur tout ce que l'École a accepté et enseigné de tout temps sur la nature des corps célestes? Ne mêlons pas à la science ces contes puérils et ces absurdes bavardages. Disons ici d'abord ce qu'ont pu observer à ce sujet les plus habiles et les plus sérieux astronomes, nous verrons ensuite d'après eux quelle nature on peut assigner à cette planète , et ce qu'on peut croire des taches qu'elle fait voir.

Et pour commencer par où il convient , tenant pour certain que les observations et les expériences faites sur la Lune à l'aide des télescopes peuvent servir beaucoup à la connaissance des corps célestes , n'ignorant point d'ailleurs combien de péripéties , de faussetés , de conjectures et de doutes sont toujours mêlés à ces expériences, je ne me suis pas borné à recueillir ce que les premiers observateurs ont donné au public de leurs remarques faites à l'aide de té-

léscopes plus courts et moins perfectionnés; je me suis enquis de ce qu'on a pu découvrir de nouveau par suite des perfectionnements apportés au télescope aujourd'hui , et principalement des découvertes du célèbre Jean-Dominique Cassini , qui prépare actuellement une sélénographie trèscomplète, sous les auspices de Sa Majesté Très-Chrétienne.

Je me suis servi également de mes propres observations faites sur cet astre, soit à l'aide des télescopes de l'Observatoire royal , les meilleurs et les plus parfaits de tous ceux qui existent actuellement, soit à l'aide de mes instruments, qui sont assez bons et assez grands, et que j'ai employés durant plusieurs nuits et plusieurs lunaisons; j'ai aussi fait faire une représentation des trois principales phases de la Lune : premier quartier, pleine Lune et dernier quartier, telles que les montre le télescope: ces figures, surtout celle de la pleine Lune , ont été gravées avec soin sur les observations de Cassini, par l'ouvrier même qui, sous sa direction éclairée , a reproduit avec un soin extrême toutes les phases de la Lune pour l'Observatoire royal. Avec toutes ces garanties d'exactitude , voici ce que je puis dire avec toute certitude, l'ayant observé moi-même. Je ne rapporte ici que les principales observations.

D'ahord, vu au télescope, le globe de la Lune paraît énormément plus grand qu'à l'œil nu : ainsi avec un télescope moyen, il paraît soixante et même cent fois plus grand; avec un instrument meilleur, deux cents , trois cents fois et plus encore : on ne voudrait pas le croire d'abord ; mais si l'on applique un seul œil au télescope , et qu'après avoir regardé d'abord la Lune avec l'œil resté nu , on la regarde ensuite dans l'instrument , on sent combien la différence est énorme. Grâce à cela, les différentes parties que l'on observe dans ce vaste corps paraissent , si le télescope est bon , très-nettes et très-bien dessinées; il n'y a même plus rien de cette confusion que l'opacité de l'air nous fait subir quand nous regardons suf la terre les escarpements des montagne^

éloignées : là tout est parfaitement clair et distinct, et vous jureriez que l'objet qui vous apparaît est placé presque à côté de vous, et que vous pouvez le voir sans aucune gène. Il faut cependant habituer d'abord ses yeux à ce spectacle ; car au premier moment la stupeur empêche de rien voir; mais ce n'est pas une illusion que le télescope imposerait aux yeux , comme le croient les ignorants : il ne change pas l'objet, il donne seulement à l'œil la faculté de le voir plus grand et plus distinct , parce qu'il supprime la confusion et l'exiguïté apparentes , résultats de l'éloignement ; il fait voir la Lune , enfin , comme on la verrait en s'en approchant de plusieurs milliers de lieues. Toutefois, par l'effet \de la double convexité , le télescope renverse l'objet ; ce n'est pas une imperfection du verre : c'est un effet d'optique produit par la réfraction du rayon visuel , et on le corrige facilement.

Deuxièmement. On distingue nettement dans le globe lunaire deux genres de taches : les unes sont larges , persistantes : on peut les voir à l'œil nu , elles sont disséminées et étendues , et la Lune échancrée les fait voir aussi bien que la pleine Lune : les taches sont seulement moins noires dans l'une que dans l'autre; même, à l'aide du télescope, on voit ces taches apparaître toutes semblables dans le disque entier de la nouvelle Lune , grâce à la lumière cendrée qui , au moment de la nouvelle Lune, éclaire Y astre d'une façon si remarquable. Les autres taches sont passagères et moins larges ; on ne les voit qu'à l'aide du télescope : de cette sorte sont celles de forme ronde que l'on voit en si grand nombre, principalement aux approches de la bordure, quand la Lune est au second quartier.

Troisihnenient. Les taches , qui sont permanentes , vues avec un bon télescope , ne sont pas d'une teinte uniforme , comme ont cru Gassendi et d'autres savants, qui se servaient d'instruments imparfaits : les saillies les plus petites et les moins nombreuses leur avaient échappé; il y a aussi , au milieu des endroits désignés par ces taches , cer-

taines parties proéminentes qui font ombre, ou qui reçoivent la lumière plus tôt ; et il arrive qu'au milieu d'une partie obscure apparaissent des points éclairés avant tout le reste, ou, au contraire, que sur le bord de la partie éclairée restent quelques points qui ne le sont pas : ainsi la partie obscurcie par les taches n'est pas continue, elle est toujours disséminée au milieu du reste. Nous parlerons plus longuement en temps et lieu des observations que nous avons soigneusement recueillies sur ce point.

Quatrièmement. Les taches plus petites et passagères sont telles que prises de la ligne de séparation, c'est-à-dire au moment où le Soleil commence à se lever sur elles , elles sont extrêmement noires et très-larges, on dirait de vastes trous et des gouffres ; mais lorsque la lumière les dépasse et que le Soleil s'élève sur elles, on les voit décroître peu à peu, et elles montrent peu à peu leurs parois et leur fond ; de plus, dans la plupart commence à se montrer le sommet d'un monticule surgissant du miheu du gouffre ; puis , le Soleil s'élevant de plus en plus, le fond parait enfin tout entier avec son monticule si clairement étalé, que le Soleil quand il est vertical, par exemple au temps de la pleine lune , ne laisse plus rien de la tache, et rend tout bien clair et bien visible , exactement comme il ferait pour un globe enfoncé dans la neige un peu profondément , et qu'il éclairerait verticalement. Quand la Lune décroît, le Soleil s'incline, la tache se reforme et elle grandit à mesure que le Soleil s'en écarte davantage; mais c'est de l'autre côté, c'est-à dire qu'elle est toujours dans la partie opposée au Soleil.

Cinquièmement. Bien que ces taches soient variables, toutefois la Lune revenant à la même place et replacée de la même manière par rapport au Soleil, nous les montre toujours identiques, et rien en elles ne se trouve changé; tout leur changement consisteen une alternancedelumièreetd'ombre, suivant que les parties de la Lune sont éclairées diversement par le Soleil, qu'elles regardent de divers côtés. Quant à cq

que rapporte Msestilinus dans Gassendi {Physique, leç. i, liv. 1, chap. iv), qu'en 1605 il a observé, sur le soir du dimanche des Rameaux, une nouvelle tache sur la lune décroissante, tellement grande qu'elle occupait environ le quart de V astre, ce doit être un fait particulier et d'un autre genre que ceux que nous rapportons ; car depuis que l'invention du télescope a permis d'examiner la Lune avec soin, on n'a jamais remarqué en elle la moindre altération.

Sixièmement. Au premier quartier comme au dernier de la Lune, la séparation de la lumière et de l'ombre ne s'indique pas par une ligne parfaitement droite ; elle est interrompue et comme sciée, moins dans les taches permanentes, davantage dans les portions plus blanches ; en outre, au delà de la section , apparaissent bien souvent dans la partie d'ombre des points plus élevés , comme des sommets ou des saillies, recevant avant les autres les rayons du Soleil. Il apparaît aussi au milieu des taches permanentes comme des sillons de lumière plus brillants et blanchissants ; on dirait des rayons égarés au delà du but des autres. Mille autres particularités ont encore été observées ; nous n'avons pas besoin de les énumérer une à une, puisque les phénomènes que nous avons rapportés sont les principaux et les plus connus.

Voyons maintenant quelle peut être la nature de cette planète, d'après les phénomènes que nous connaissons.

Nous traiterons brièvement ce sujet en quelques conclusions.

Première conclusion. — Cette substance opaque qui est proprement la substance lunaire, différente de la substance céleste essentiellement lucide, bien qu'elle ait la forme d'un globe, n'est pas toutefois parfaitement unie à sa surface; elle a certaines parties déprimées, d'autres plus élevées, comme seraient des vallées, des profondeurs, des montagnes et des collines.

La conclusion est certaine, nul ne peut la nier, s'il a obfservé cette planète au télescope; elle résulte clairement de

tous les phénomènes que nous avons relatés ci-dessus. Il est impossible, en effet , qu'une ombre se produise sur un corps opaque , si la surface en est polie et lisse ; il est impossible qu'une partie de ce corps se trouve éclairée quand celles qui l'entourent ne le sont pas encore, si cette partie n'est pas plus élevée que les autres ; impossible que l'ombre des parties entourant la partie éclairée se trouve peu à peu effacée par le Soleil qui s'élève, si elles ne sont pas déprimées , etc. Or tous ces phénomènes ont lieu dans le globe lunaire ; donc sa substance opaque n'a pas une surface égale et unie , donc elle se compose de portions plus élevées et d'autres plus enfoncées ; maintenant, ces enfoncements sont remplis par une matière quelconque; le vide absolu n'y étant pas possible , il faut croire que cette surface inégale est égalisée par une substance transparente qui laisse tout voir et tout éclairer aux rayons du Soleil : si cette substance est fluide, ou plutôt solide, suivant l'idée péripatéticienne , aucun télescope n'a pu nous le dire. Mais rien n'empêche que nous ne considérions le globe lunaire comme sphérique, en ce sens que les inégalités de sa surface se trouveraient corrigées par des parties d'une matière distincte, solide à la vérité , mais tout à fait diaphane et remplissant les vides laissés par la partie opaque.

Si l'on demande pourquoi cette substance opaque de la Lune a été distribuée avec tant d'irrégularité, la raison en est assez claire : la Lune ayant été faite dans le but de réfléchir vers nous, parl'effet de son opacité, la lumière du Soleil, la matière a dû y être disposée de la façon la plus propre à remplir ce but. Or un globe opaque dont la surface est polie ne l'éfléchitla lumière que par un point, ainsi qu'on peut le voir en exposant au Soleil des boules d'acier brillant; au contraire, quand la surface est accidentée et rugueuse , s'il y a des parties déprimées en forme de vallées, d'autres soulevées en forme de montagnes, la lumière reçue se trouve répandue largement et réfléchie avec plus d'intensité. Il conm. 7

venait donc, pour que la Lune réfléchit sur nous aussi vivement que possible la lumière du Soleil, comme elle fait, que sa matière opaque fût non égale et unie à la surface , mais inégale et pleine d'aspérités, de cavités et de saillies.

Deuxième conclusion. — Ces taches fugitives qui varient suivant la position du Soleil sont les ombres projetées par les parties saillantes sur les parties moins élevées.

Personne ne peut nier cette proposition : il est constant, en eflet, que ces taches suivent exactement toutes les lois de l'ombre ; elles croissent quand le Soleil s'incline, elles diminuent quand il s'élève , elles disparaissent quand il est vertical, elles se montrent toujours à l'opposé du Soleil, etc.

Disons encore que ces taches permanentes visibles à l'œil nu, toujours égales, et dont parlent les philosophes quand ils traitent des taches de la Lune , ne sont point des mers ni aucune masse liquide, elles sont solides. On peut les considérer comme des parties moins denses , et par suite moins aptes que les autres à réfléchir la lumière , par suite encore elles nous semblent plus noires. Il est possible encore que cette sorte de couleur tienne à leur nature même.

Contrairement à la première partie, les Pythagoriciens, et même la plupart des savants modernes , ont depuis l'invention du télescope attendu tous les jours l'occasion de voir des vaisseaux- et des barques sur cette mer imaginaire; grand a été leur empressement à déclarer insoutenables les doctrines des Péripatéticiens, qui ne veulent rien voir de liquide dans les deux. Tout devait, suivant ces nouveaux maîtres, tout devait être au ciel doué de cette qualité. Vain triomphe, affirmation téméraire : l'observation, seul fondement de leurs prétentions , quand elle a été faite avec plus de soin, les a complètement confondus. La substance noirâtre observée dans la Lune n'a point cette surface égale qu'exigerait une nature liquide; elle est tourmentée, elle a des saillies et des creux plus ou moin? nombreux, des taches et par conséquent

aussi des parties saillantes; elle ne peut donc passer pour un liquide, puisqu'il est de l'essence des liquides de se niveler en surface plane ; elle est donc évidemment solide. On pourrait ajouter que la mer, bien qu'elle soit noire au soleil quand elle est tranquille, reluit pourtant au loin toutes les fois que ses flots se soulèvent , parce qu'alors tous forment comme autant de facettes réfléchissant le Soleil à la manière d'un miroir; les mers lunaires devraient donc de temps en temps nous paraître très -brillantes, ce qui assurément n'a pas lieu.

La deuxième et la troisième partie de notre affirmation résultent de ce que l'une ou l'autre hypothèse peut expliquer commodément la noirceur des taches. En effet, si ces taches sont d'une matière moins dense, elles absorbent plus de lumière , et en réfléchissent moins que les autres parties , et, par suite, elles paraissent plus noires ; de même que dans un miroir les parties qui n'ont pas de tain semblent noires à côté des autres, parce qu'elles réfléchissent moins de lumière. La raison de ces taches peut aussi être que certaines parties du corps lunaire ont une disposition naturelle, une sorte de couleur particulière qui ne nous renvoie la lumière que dans cette demi-teinte : tous les astres, en effet , ne réfléchissent point le Soleil de la même manière ; on le voit par les autres planètes.

J'ai dit : une sorte de couleur; car, comme on le dira plus bas, il n'y a pas de véritable couleur dans les corps célestes; celle qu'on croirait voir en eux n'est pas autre chose qu'une aptitude variable qu'ont ces corps à modifier la lumière qu'ils reçoivent et nous renvoient.

Troisième conclusion. — De tous ces phénomènes résulte la preuve de l'incorruptibilité du corps lunaire et de sa différence avec les éléments qui 7ious entourent.

Prouvons-le. Bien qu'on voie dans le corps de la Lune une variété de montagnes, de vallées, on n'y voit pourtant aucune altération, aucun changement, à part les changements

produits par l'ombre et la lumière ; or, s'il s'y produisait quelque altéx'ation comme chez nous, on devrait la voir, puisque nous voyons celle qui résulte de l'ombre et de la lumière, si nettement que , en une demi-heure , on peut , sur un point donné , avec un télescope assez fort , observer les décroissements et les accroissements de lumière et d'ombre; il n'y a donc dans le globe lunaire qu'une succession de lumière et d'ombre : ainsi c'est un corps d'une autre essence que les nôtres.

Nous n'en dirons pas davantage sur la Lune et sa face tachetée.

ARTICLE QUATRIÈME

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