‹ Philosophie suivant les principes de saint ThomasChapitre 15 sur 55 · DE LA MATIÈRE PREMIÈRE DES CHOSES NATURELLES · texte numérisé non relu

DE LA MATIÈRE PREMIÈRE DES CHOSES NATURELLES

Il résulte de ce que nous venons de dire qu'il y a deux principes constitutifs de l'être naturel : la matière, et la forme; il faut maintenant successivement traiter de l'une et de l'autre. Si l'on considère l'opinion des anciens philosophes au sujet des principes, on verra clairement que tous ont, de quelque manière, reconnu deux principes : un matériel et un formel , quoique , suivant la remarque d'Aristote , ils n'aient pas été jusqu'au fond ni jusqu'aux conditions intimes de ces deux principes. En effet, ceux qui établissaient comme principe un élément quelconque, le feu, par exemple, ou l'eau, comprenaient la matière par ce principe , et la forme était pour eux dans ces dispositions différentes , la rareté et la densité , la fluidité et la solidité qui déterminaient cette matière commune à être une chose plutôt qu'une autre. Démocrite et Epicure reconnaissaient les atomes comme la matière de toutes choses; et ils comprenaient la disposition des atomes comme une forme au moyen de laquelle les choses étaient diversifiées : comme les pierres sont la matière d'une maison , et la disposition de ces pierres la forme. Il est donc clair que tous acceptaient un principe matériel, point de départ de la production des choses, et un principe formel, par lequel ces choses se différencient et sont constituées dans le mode d'être qui leur est propre.

Toute la difficulté est donc d'abord d'expliquer la nature de cette matière. C'est ce que nous allons faire en cinq articles : dans le premier, nous chercherons ce qu'est la matière; dans le deuxième , nous nous demanderons si elle a un acte entitatif, ou si elle n'est pas plutôt une pure puissance capable de se déterminer à toute espèce de choses; dans le troisième

on verra si elle a une existence propre ; au quatrième , si Dieu lui-même pourrait la faire subsister sans forme; enfin le cinquième nous développera ses propriétés.

ARTICLE PREMIER

qu'est-ce que la matière?

Il est facile de déduire la notion de la matière première de ce que nous avons plus haut établi au sujet du changement en général, et spécialement au sujet de la génération substantielle. En effet, après avoir démontré en premier lieu que tout ce qui change doit nécessairement être composé d'une puissance d'être et d'un acte d'être variés selon les divers changements ; après avoir prouvé que les substances qui sont autour de nous changent non-seulement accidentellement, mais même substantiellement, de telle façon que les anciennes sont détruites , et qu'il en surgit de nouvelles, nous en pouvons conclure que l'essence de ces choses , loin d'être simple , doit nécessairement se composer de cette puissance substantielle que nous appelons matière 2Jremière, et de cet acte substantiel que nous appelons forme. Si l'on ajoute ce fait évident par lui-même , qu'aucune matière n'est par elle-même et actuellement ce qui se fait d'elle, mais seulement une puissance à cet être, comme le bois , qui n'est pas de lui-même quelque chose de façonné , mais seulement une puissance à tout ce à quoi la main de l'homme peut l'appliquer, on aura bien vite la notion naturelle de la matière première. On verra que tout en étant quelque chose de réel et de positif, puisqu'une substance naturelle ne peut prendre ses principes dans ce qui n'est pas réel, elle n'est cependant pas substance actuellement existante, mais seulement puissance réelle apte à toute espèce de substance engendrable : comme l'étendue par elle-même n'est pas quelque chose de figuré, mais une puissance apte à

s'approprier à tous les modes de figure. Et parce que la substance est l'être pris simplement, c'est-à-dire l'être premier non ajouté à un autre précédent, mais vers lequel tendent les êtres accidentels, il en résulte que la matière est une pure puissance dans l'ordre substantiel, et il en suit qu'absolument on ne peut la prendre que pour une pure puissance dans l'ordre de l'être, et qu'ainsi elle ne doit renfermer aucune actualité d'être. Mais, afin de rendre encore plus claire cette notion de la matière, ramenons-la dans cet article à la définition vulgaire. Dans les suivants nous examinerons les difficultés qu'on a coutume d'élever contre cette exposition de la nature de la matière.

Première conclusion. — On définit parfaitement la matière première : le premier sujet de chaque chose duquel, comme d'un élément intime, se produisent toutes les choses naturelles. Cette définition est acceptée par tous • les Péripatéliciens, et revient à celle donnée par Aristote (à la fin du livre I^'' de la Physique) : La niatière est le premier sujet; quand elle est, les choses se font premièrement , et non selon l'accident : c'est ce en quoi elles retournent en dernier lieu, quand elles périssent. Expliquons ces définitions. D'abord on appelle la matière sujet premier, parce qu'elle est au-dessous de toute génération naturelle , et c'est \e premier, parce qu'il n'en suppose pas de précédent. On ajoute : comme d'un élément intime, pour indiquer qu'elle est intérieure et fait partie de la composition de la chose ; enfin l'on dit que toutes les substances naturelles s' en produisent, parce qu'aucune substance ne se fait sans matière.

Outre cette définition, Aristote en donne une autre (liv. VII, chap. III de la Métaph.) : La matière n'est pas quelque chose, ni la qualité d'une chose, ni sa quantité, ni quoi que ce soit des choses qui déterminent l'être: pour exprimer qu'elle n'est d'elle-même aucune espèce d'être déterminé, et que c'est une puissance indifférente à toute espèce de chose.

QUESTION ir. DE LA MATIÈRE PREMIÈRE. dOl

Voici une définition plus courte : La matière est une 'puissance substantielle , c'est-à-dire une certaine nature de laquelle peut se produire toute substance naturelle : comme du bois peut se faire tout objet fabriqué. Ainsi s'exprime saint Thomas (q. des créatures spirituelles , art. i.)

Or il a été nécessaire qu'une matière de cette sorte pouvant se former en toute espèce de chose se trouvât dans la nature, d'abord pour être comme un théâtre sur lequel s'accomplît cette scène merveilleuse des générations et des corruptions substantielles , ensuite afin qu'elle servît à cette admirable diversité de substances que nous contemplons dans la nature : comme un autre Protée, elle se transforme en mille espèces différentes. C'est un titre de gloire pour l'ouvrier que dans son atelier se fassent et se rencontrent différents genres d'ouvrages : le suprême Ouvrier de la nature a ainsi tourné à son honneur et à l'ornement du monde ces productions d'êtres si variés d'espèces, distincts les uns des autres non-seulement par l'accident, mais encore par la substance. Troisièmement, comme nous le disions plus liaut d'après saint Thomas, la beauté du monde exigeait que parmi les créatures il s'en trouvât quelques-unes de plus excellentes et plus semblables à Dieu , et permanentes pour l'éternité, et d'autres plus viles, placées sur les confins de l'être, entre l'être et le néant, qui fussent par suite exposées aux mouvements successifs de la génération et de la corruption; mais il fallait à ces choses infimes un sujet versatile placé entre l'être et le non-êlre substantiel , comme est la matière. Enfin, comme le dit souvent saint Thomas, Dieu , afin de rendre ses créatures parfaitement semblables à lui-même, leur a donné non-seulement d'être, mais encore d'agir : ainsi , dans les choses corruptibles , chaque chose produit son semblable : le feu produit le feu, la plante la plante, et l'homme l'homme. Mais Dieu seul peut faire quelque chose du néant ; il a donc fallu , pour que les créatures produisissent d'autres créatures semblables à elles-

mêmes, leur donner un certain sujet placé, à la vérité, en dehors du néant, et cependant encore indéterminé à tel ou tel genre d'être, au moyen duquel le semblable se peut former.

Seconde conclusion. — La matière se distingue réellement de la forme substantielle. Prouvons-le. Les choses séparées l'une de l'autre sont réellement distinctes ; mais la forme est séparée de la matière : donc elle s'en distingue réellement. La majeure est évidente. Prouvons la mineure. Puisque, après la mort de l'homme, la forme constitutive de l'homme est séparée de sa matière; puisque, une fois le bois détruit et changé en feu, la forme du bois disparaît, et que cependant les matières demeurent, l'une sous la forme de cadavre , l'autre sous la forme de feu , c'est qu'il y a séparation réelle.

ARTICLE DEUXIÈME

SI LA MATIÈRE PREMIÈKE EST UNE PURE PUISSANCE, DE TELLE SORTE qu'elle NE RENFERME AUCUN ACTE ENTITATIF.

La matière étant donnée comme une puissance, afin de mieux connaître son essence , il nous faut discuter plus longuement si dans le genre d'être elle est une pure puissance, de telle sorte qu'elle ne renferme absolument aucun acte. Or il y a deux sortes d'actes : Vacte d'essence, et Vacte d'existence, h'acte d'essence est celui par lequel une essence est établie sous une manière déterminée d'être et sous une espèce déterminée de chose : et l'on dit qu'une puissance manque d'acte essentiel, quand par elle-même elle n'est déterminée à aucun mode d'être, et qu'elle reste indécise et indifférente à l'égard de tous. L'acte d'existence, au contraire , est celui par lequel cette essence , une fois déterminée , est en outre complètement mise en dehors des causes et du néant. Nous reviendrons sur cette distinction en Mé-

QUESTION II. DE LA MATIÈRE PREMIÈRE. i03

taphysique. On demande seulement ici si la matière, dans son entité, selon qu'elle est distincte de la forme substantielle, renferme un acte d'essence ou un acte d'existence. La difficulté relative à l'essence sera résolue dans cet article, l'autre dans l'article suivant.

Conclusion. — La matière dans son entité ne renferme aucun acte d'essence^ c'est une pure puissance dans le genre de l'être^ indifférente par elle-même à tous les 'anodes d'être : comme la cire , qui n'a d'elle - même aucune figure artificielle, mais qui peut se transformer en tous les genres de figures. La conclusion se déduit des fondements déjà posés, et de la notion de la matière que nous avons donnée plus haut. Elle est niée cependant par la plupart des adversaires de notre école, qui, ne pénétrant pas assez la condition de la matière et les principes d'Aristote , tout en admettant la division si connue de la matière et de la forme ^ ne les conçoivent pas encore l'une comme la puissance , et l'autre comme l'acte d'être substantiellement ; ils regardent l'une et l'autre comme une substance actuelle, réduite cependant et fractionnée, et qui concourt à en former une troisième plus complète. Et comme cette accumulation de substances ne présente qu'une idée très-grossière, quelques Thomistes plus subtils attribuent en revanche l'acte essentiel à la matière, sous prétexte que toute différence est un acte métaplnjsique ou même un acte logique. Mais ces derniers ne diffèrent guère de nous que par les mots qu'ils emploient.

Prouvons notre conclusion, d'abord par V autorité d'Aristote. Ce philosophe dit expressément que la matière n'est pas quelque chose, ni la quantité d'une chose, ni quoi que ce soit qui détermine Vêtre. Or, l'être est déterminé par l'acte essentiel : donc la matière ne renferme en elle-même aucun acte essentiel. Et le même Aristote dit que la matière se range dans l'ordre des êtres naturels comme le bois dans

l'ordre des objets fabriqués, parce que, comme le bois ne renferme en lui-même aucune des figures artificielles , et est en puissance à les recevoir toutes , ainsi la matière est en puissance à toutes les actualités naturelles. Saint Thomas parle encore plus expressément, lorsqu'il enseigne à tout moment que la matière est une pure puissance dans le genre d'être. La matière, dit-il (F^ partie, question vu, art. 2), n'est pas un être en acte, c'est seulement une puissance. Et (liv. VII, Métaph., leçon ii) : La matière n'est un être en acte que par la forme, d'elle-même elle est seulement une puissance; et ce sentiment il l'attribue à Platon (Opuscule XV, chap. vu). Saint Augustin est du même avis (11° livre des Confessions , chap. 7) : Vous avez fait deux choses, Seigneur : l'une près de vous, c'est-à-dire la nature angélique; Vautre près du néant, c'est-à-dire la matière (1). Et il dit que cette matière est près du néant, parce qu'en acte elle n'est rien, mais qu'elle est en puissance pour tout. Les anciens poètes appelaient pour cette raison la matière Chaos et Ténèbres, parce qu'elle manque de toute perfection et de toute actualité. ♦

Prouvons parZa raison. La puissance pour le premier acte d'être ne renferme pas d'acte entitatif ; or, la matière est une puissance au premier acte d'être : donc elle ne renferme aucun acte entitatif. La majeure est prouvée par les termes. Car si la puissance au premier acte d'être renfermait quelque acte, cet acte précéderait l'acte auquel elle est en puissance, et ainsi elle ne serait pas une puissance pour le premier acte d'être, ce qui implique contradiction. Prouvons la mineure. L'acte d'être substantiel est le premier acte, car

(1) Un aufre texte de saint Augustin, emprunté aussi aux Confessions (livre XII, chap. m), semble encore plus formel. Le voici traduit littéralement : N'est-ce pas vous. Seigneur, qui m'avez appris qu'avant de recevoir de vous sa forme et sa distinction , cette matière brute n'était pas quelque chose? Elle n'était ni couleur, ni figure, ni corps , ni esprit; et cependant on ne peut pas dire absolument que/le n'était rien.

la substance est le premier acte, et le fondement de tous les autres actes d'être; ceux-ci, en effet, sont appelés accidentels et secondaires ; mais la matière est une puissance pour tous les actes substantiels d'être, comme nous l'avons fait voir; c'est en effet la puissance dont se fait la substance en acte : elle est donc une puissance pour le premier acte d'être; et elle s'appelle puissance à l'être simplement, c'est-à-dire à l'être premier, qui est l'être substantiel. Cette raison est profonde et tout à fait démonstrative, suivant les principes d'Aristote. Mais afin de la pénétrer davantage , remarquons que les anciens philosophes ont nié que l'être, c'est-à-dire la substance, se produisît simplement dans la nature des choses, parce que, comme le dit Aristote, ils ne pouvaient comprendre de quoi se produisait cette première entité substantielle. En effet, disaient-ils, ou bien ce premier être se fait de rien, ou bien il se fait d'autre chose. Il ne se fait pas de rien, parce que de rien rien ne se fait. Il ne se fait pas d'autre chose , puisque ce qui est déjà sous un mode ne revient pas à l'être simplement. D'où ils concluaient qu'aucun être ne se produit de nouveau simplement, et que seulement ce qui est simplement un être se modifie diversement sous certains états secondaires et accidentels. C'est pourquoi, rejetant la génération substantielle, ils pensaient que toute la diversité des choses était seulement attribuable à une disposition accidentelle et variable de l'être pris simplement, selon qu'il se condensait ou se raréfiait , qu'il se coagulait ou devenait fluide , etc.

Aristote, afin de défendre la génération substantielle contre cet argument, enseigne perpétuellement que l'être pris simplement, quand il se produit, ne se produit ni du néant ni de l'être, mais de la matière, qui n'est ni le néant ni un être en acte, mais une puissance réelle d'être, tenant le milieu entre l'être actuel et le néant. D'où il ressort que, poursuivre le sentiment d'Aristote, il faut comprendre que la matière est une pure puissance à l'être simplement , et que par

là seulement elle appartient au genre d'être; et ceux qui donnent l'acte d'être à la matière ne comprennent pas assez la nature de la génération substantielle , comme le remarque saint Thomas (I^e part., q. lxxvi, art. 4).

On nous dira que la matière est à la vérité une puissance dans l'ordre d'être simplement, et que pour cela à juste titre on la nomme être en puissance, ou "^Xviiài pure puissance , mais que sans vouloir dire qu'elle n'ait aucun acte entitatif, on indique seulement que son acte est imparfait et tend à la forme : ainsi à prendre les choses simplement , la matière n'est qu'une puissance ; à les prendre relativement et imparfaitement, c'est un être en acte ; sans cela ce ne serait rien.

Mais au contraire, les termes de cette réponse impliquent contradiction. En effet, l'être simple est le premier acte actuel, qui n'en suppose aucun autre dans lequel il se trouve ; c'est à lui que viennent s'attacher les autres. Si la matière est un être en acte , elle sera le premier être en acte, car on la pose comme sujet de toute production naturelle ; elle sera donc un être en acte simplement, et par conséquent ce ne sera plus une pure puissance pour l'être simple , ce sera un être simplement en elle-même. Bien plus, comme sous le nom de substance on n'entend rien autre chose que le premier être en acte , qui se trouve sous les qualités de la chose , la matière seule se trouverait être proprement la substance de la chose, et le reste qui vient s'adjoindre à la matière , ne lui donnant pas le premier être actuel, mais l'y trouvant déjà, rentrerait dans la catégorie des accidents; il n'y aurait plus alors de génération substantielle pour produire la substance ou le premier être actuel , tout changement se réduirait à un changement d'accidents ; c'est ce que dit à ce sujet saint Thomas (Opuscule XV, chap. vn) : Si l'on veut que la matière soit un être actuel, il n'y aura pas de différence entre dire matière ou substance de la chose : c'est-à-dire, si la matière est un être actuel, elle sera

réellement la substance, et ce qui s'y ajoutera ne pourra être considéré que comme accident : peu importe que cette actualité de la matière puisse ultérieurement être complétée par une autre ; cela ne lui enlève pas la raison d'acte premier et substantiel, cela n'empêcbe pas que la matière n'y trouve toute la raison de substance actuelle.

Quelques-uns répliquent que cet acte propre à la matière est seulement un acte métaphysique, ou plutôt logical, c'està-dire la différence qui sépare la matière d'autre chose, et qui est appelée acte par les Logiciens et les Métaphysiciens, et suivant eux rien ne s'opposerait à ce que la matière prise physiquement et proprement fut une pure puissance et un acte dans l'autre sens.

Mais au contraire, la matière diffère du reste des choses en ce qu'elle est une pure puissance , c'est là son caractère distinctif ; la différence de la matière n'est donc pas un acte, même métaphysiquement. D'ailleurs, si nos adversaires veulent appeler cette différence acte, quoiqu'elle n'en soit pas un, ils abusent d'un nom sans arriver à prouver leur thèse.

Confirmation de la conclusion. D'abord, dans la définilion de la matière, il n'apparaît pas même la trace d'un acte, comme on peut le voir dans les deux définitions d'Aristote que nous avons rapportées plus haut, et qui sont admises par tous les Péripatéticiens. Ensuite, si la matière renferme un acte, cet acte sera simple ou composé d'acte et de puissance. S'il est simple, pourquoi ce nom de puissance? s'il est composé d'acte et de puissance, pourquoi l'appeler première puissance? Enfin, de quelle espèce sera cet acte de la matière? Sera-t-il substantiel ou accidentel, subsistant ou donnant la forme? Il ne peut certainement pas être accidentel et donner la forme, puisqu'il ne suppose rien qui le soutienne, ni rien qu'il doive informer. Il n'est pas substantiel et subsistant ; autrement il serait plus parfait que la forme, qui n'est pas elle-même un acte subsistant.

D'ailleurs comment maintenir la définition de la forme substantielle acceptée par nos adversaires : qu'elle est le premier acte substantiel?

Enfin, je demande aux adversaires ce qu'ils entendent par un acte essentiel. C'est tout ce qui n'est pas le néant, de telle sorte que l'acte soit opposé au néant, et que tout ce qui n'est pas néant soit acte ; en ce sens, la matière, sans aucun doute, sera un acte, parce qu'elle est quelque chose et non rien. Mais employer dans ce sens le nom d'acte, c'est abuser des termes, parce que la puissance aussi est comptée parmi les choses, et qu'elle entre dans la composition de l'être créé; ou bien un acte essentiel est quelque chose de déterminé sur la ligne de l'être, et exprimant un mode spécial d'être, dans le sens où saint Thomas dit que l'acte est ce qui détermine la puissance; et ainsi la matière n'est pas un acte , parce que d'elle-même elle est quelque chose d'indéterminé et d'indifierent à toute espèce d'acte matériel.

Concluons donc avec saint Thomas (Il« partie, contre les Gentils, chap. xlv). On trouve trois degrés dans les choses : d'abord une chose qui est seulement acte, c'est Dieu, trèsbon et très-grand ; ensuite, une chose qui est seulement puissance , c'est la matière première; enfin une troisième chose, qui est mélangée d'acte et de puissance , ce sont les créatures, placées entre Dieu et la '>natière première. Il en résulte que, toujours suivant le même Docteur (pe partie, q. cv, art. 1, rép. cm 2" arg.), de même que Dieu est un acte pur n'ayant aucune potentialité , ainsi la matière est une pure puissance ne renfermant aucun acte , et que , par conséquent, les substances qui se produisent de la matière première sont dites se faire simplement. Elles sont les premiers êtres, et (II" partie, contre les Gentils, chap. xxxvii), elles ne se font pas d'un être en acte, mais d'une puissance d'être simplement, c'est-à-dire de la matière première. Car, ce que l'on nomme l'être simplement, c'est ce qui est premier et non basé sur un être préexistant.

QUESTION IL DE LA MATIÈRE PREMIÈRE. d09

Première objection. Ce qui est semljlable au premier acte est en quelque façon un acte ; or la matière est semblable de quelque façon au premier acte , qui est Dieu : donc , en quelque façon elle est un acte.

Réponse. Je distingue la mineure. La matière est semblable au premier acte : en tant qu'elle est être, je l'accorde ; en tant qu'elle est acte, je le nie; et je nie la. conséquence. En effet, puisque la matière n'est pas un acte, elle ne peut être assimilée à Dieu en tant qu'acte , et cependant , comme elle est à sa façon un être , bien que cet être ne soit que potentiel et commencé , elle est assimilée en quelque façon à Dieu, considéré comme être.

Instance. La matière doit être assimilée à Dieu en tant qu'il est acte : donc la solution est nulle. On prouve V antécédent. L'effet doit être assimilé à sa cause dans le sens dans lequel cette cause a produit l'effet. Or Dieu cause les choses en tant qu'il est acte : donc la matière doit être assimilée à Dieu en tant qu'il est acte.

Saint Thomas (I^epart., q. xliv, art. 2, rép. à la3^obj.) cite cet argument; nous lui emprunterons la réponse. Je nie l'antécédent ; pour la preuve, je distingue la majeure. L'effet doit être assimilé à la cause, en ce sens qu'il est signe de causalité; l'effet pris d'une façon adéquate, je l'accorde ; d'une façon inadéquate , je le nie ; car l'assimilation est la fin voulue par l'agent, et par conséquent elle ne s'obtient pas avant l'achèvement de l'œuvre. Et comme la matière est seulement le commencement de l'effet propre de Dieu , qui est l'être , et que cet effet ne s'accomplit que par la forme , elle ne doit pas être seule pour représenter l'actualité de Dieu , elle n'est amenée à cette représentation que par la grâce de la forme, qui le rend être en acte.

Nouvelle instance. L'effet même inadéquat doit , au moins d'une manière imparfaite et commencée , être assimilé à sa cause, en ce qu'il est pour elle une raison d'agir : donc, la matière sera au moins un acte commencé.

Réponse. La matière est un acte commencé , non parce qu'elle est elle-même quelque chose d'actuel, mais parce qu'elle est une puissance préparée pour l'acte. La puissance, en effet , est un certain commencement d'acte , d'après saint Thomas (I''^ part, de la II^, q. xxvii, art. 3), et la matière peut être dite semblable à l'acte premier d'une façon incomplète.

Deuxième objection. Ce qui n'est pas être en acte n'est rien. Or la matière ne peut être considérée comme un pur néant : donc elle est un être ea acte.

Réponse. La majeure de l'argum^ent que nos adversaires prennent pour fondement de leur opinion est absolument fausse; car, suivant Aristote et saint Thomas (1^^ part, de la Phys., leçon ix^), entre l'être actuel et le néant, tient le milieu la puissance réelle d'être; et Aristote divise l'être réel en acte et en puissance. La raison en est bien claire : si la puissance, comme telle, n'exprimait aucune réalité, elle ne serait qu'une privation ; il n'est donc pas nécessaire , pour que la matière ne se confonde pas avec le néant, qu'elle indique l'acte d'être, il suffit qu'elle soit une puissance réelle susceptible du premier acte d'être. En effet, nonseulement le néant exclut l'acte d'être , mais il exclut encore toute puissance positive et réelle soumise à cet acte.

Instance. Le monde , avant d'être créé , était un pur néant par cela même qu'il était une pure puissance : donc , si la matière par elle-même est une pure puissance, elle n'est rien par elle-même.

Réponse. Je distingue l'antécédent : parce qu'il était en puissance d'une façon purement objective et par une dénomination extrinsèque tirée de la puissance active de Dieu, je l'accorde; parce qu'il était en puissance subjectivernent et par une certaine entité capable d'une actualité d'être comme est la matière, je le nie.

Expliquons notre solution. La puissance se dit de deux manières, objectivement et subjectivement. La puissance

QUESTION H. DE LA MATIÈRE PREMIÈRE. Ili

objective est pure, et ne répugne aucunement à être; elle indique dans un certain agent une vertu active suffisante pour qu'un produit soit. Cette puissance ou plutôt cette possibilité n'établit rien dans la chose ; elle est en effet une pure nonrépugnance à être, ou au moins une dénomination extrinsèque empruntée à la puissance active qui se trouve dans l'agent. Le monde , avant d'être créé , était dans cette puissance objective. La puissance subjective, au contraire, est une entité réelle susceptible d'actualité, et elle ajoute au néant non sans doute un acte positif, mais une entité susceptible d'acte. En effet, comme l'être corporel étant sujet au changement se compose de puissance et d'acte, cette puissance est quelque chose de l'être , c'en est un certain commencement, que l'acte complète et achève. C'est avec elle que l'acte constitue un être en acte. Dans ce sens la matière est dite puissance ; elle n'est donc pas un pur néant; elle n'est pas non plus un être en acte, c'est une entité réelle susceptible de l'acte d'être.

Nouvelle instance. La puissance ne peut être remplie par un non-acte. Or la matière, quand elle est produite, remplit une certaine puissance : donc elle est un acte. La majeure paraît certaine; on prouve la mineure. La m,atière , avant d'être produite , était possible ; après avoir été produite , elle a rempli cette possibilité : donc , elle remplit une certaine puissance.

Réponse. Je distingue la majeure. La puissance n'est remplie que par un acte ; la puissance proprement dite et réelle, je l'accorde; la puissance négative et dite improprement,]e le nie. Et, appliquant la distinction à la mineure, je nie la conséquence. Expliquons-nous. La puissance propre et réelle que , dans la solution précédente , nous avons appelée subjective, est une entité capable d'actes, comme l'intelligence est définie une puissance réelle capable de toutes les sciences , et cette entité n'est remplie que par un acte. Mais la puissance négative et impropre, que nous

dl2 PHYSIQUE. I. PARTIE. THÈSE I.

avons nommée objective et qu'on pourrait plus justement nommer possibilité , est une pure non-répugnance à l'être-; elle est donc remplie par toute entité réelle, que cette entité soit un acte ou une puissance réelle ; l'un et l'autre, en effet, sont possibles avant d'être. On dit qu'il n'y a que cette puissance négative que remplisse la matière quand elle est produite , d'où il ne suit pas qu'elle est un acte , mais seulement une entité potentielle réelle. Saint Tbomas donne la base de cette solution aux passages déjà cités.

Mais, dira-t-on, ce qui est actuellement en dehors du néant est un être en acte; or la matière est actuellement en dehors du néant par sa propre entité : donc elle est yn être en acte par sa propre entité.

Réponse. Je distingue la majeure. Ce qui est actuellement en dehors du néant est être en acte , si vous prenez le m,ot actuellement dans le sens des mots de fait, je le nie; si vous le prenez pour indiquer une certaine actualité, je l'accorde. Et pour la mineure. La matière est actuellement en dehors du néant, c'est-à-dire de fait, je l'accorde; par une certaine actualité, je le nie ; actuellement se prend , en effet, dans deux sens: 1" d'une manière vulgaire et impropre, dans le sens de par le fait : comme lorsqu'on dit d'un homme qu'il est mort actuellement, c'est-à-dire de fait et vraiment mort ; 2" d'une manière propre , dans le sens de par une certaine actualité : comme lorsqu'on dit d'un homme qu'il est instruit actuellement , quand il possède la science actuelle. La matière n'est pas d'elle-même actuellement en dehors du néant dans le second sens , c'est-à-dire par une certaine actualité qu'elle aurait elle-même; mais seulement dans le premier, c'est-à-dire de fait. Mais parce qu'elle n'est pas le néant, il ne s'ensuit pas qu'elle emporte l'idée d'acte , comme il ne s'ensuit pas que la mort emporte quelque actualité dans la personne qui est dite morte actuellement.

Troisième objection. Ce qui est bon a une entité ac-

QUESTION II. DE LA MATIÈRE PREMIÈRE. Ii3

tuelle ; or la matière est bonne : donc elle a une entité actuelle. La mineure est de saint Thomas. Prouvons la majeure; car, comme le dit le même saint, une chose est bonne en tant qu'elle est en acte.

Réponse. Je distingue la majeure. Cela est une entité actuelle qui est bonne actuellement et complètement, je l'accorde ; potentiellement et incomplètement , ie le nie. Or la matière n'est pas bonne actuellement et parfaitement ; mais seulement d'une ÏB.çon inclwative ei potentielle , et, comme le dit saint Thomas (r^ part., quest. v, art. 3), par des qualités qui en font une puissance bonne.

Quatrième objection. Toute différence est acte; or la matière première a sa diff'érence : donc elle est un acte. La majeure paraît certaine. Gomme le genre est une nature potentielle, la différence est- une nature actuelle. La mineure est évidente. La matière diff'ère de la forme , donc elle a sa différence.

Réponse. Je distingue la majeure. Toute différence est un acte. La différence p^'^oprement dite, et celle qu'en Logique nous avons dit naître de la forme, je l'accorde; la différence improprement dite, je le nie. Or la matière n'a proprement ni genre ni différence, parce que se composer d'un genre et d'une différence c'est le propre de l'être complet. La matière n'est pas un être complet, ce n'est qu'un commencement d'être : ainsi répond saint Thomas (l'e part., !''<' quest., art. 8, à la huitième object.).

Instance. La différence de la matière , quelque impropre qu'elle soit, est toujours un acte en quelque façon : donc la solution ne vaut pas. Preuve de l'antécédent. La matière sublunaire diff"ère de la matière céleste, comme on le dira plus bas; or elle en doit différer par un acte, non par une pure potentialité : la différence est donc de quelque façon un acte. On prouve la mineure. Les matières sublunaire et céleste ne peuvent différer par le point dans lequel elles ^'accordent; or elles s'accordent à raison de la puissance} II. ^

puisque l'une et l'autre sont en puissance : elles ne peuvent donc différer par la puissance , mais seulement par un certain acte.

Réponse. Je nie la conséquence, et quant à la preuve, j'accorde la majeure, et je distingue la mineure. La matière sublunaire ne peut différer de la matière céleste que par un acte, indiqué extrinsèquement , je l'accorde; compris intrinsèquement , je le nie. Pareillement pour la conséquence : donc la différence de matière doit être un acte compris intrinsèquement , je le nie; extrinsèquement indiqué, je l'accorde. Ainsi dit saint Thomas (l'e part., quest. Lxvi, art. 2, Rép. au 4^ arg.) : Puisque la puissance est dite relativement à l'acte, les êtres e7i puissance sont divers par cela même quHls sont dits relativement à des actes divers; et la matière céleste est autre que la matière suhlunaire , en ce sens qu'elle n'est pas en puissance pour la forme de Vêlement, c'est-à-dire parce qu'elle n'a de relation qu'avec les formes célestes, tandis que la matière sublunaire en a avec les formes sublunaires : elles diffèrent donc, non parce qu'elles ont un certain acte, mais parce qu'elles tendent à des actes divers.

On dira : La matière est de la même façon , eu égard à la puissance, que la forme, eu égard à l'acte. Or la forme n'est pas un acte tellement pur qu'elle ne renferme quelque potentialité : la matière ne sera pas non plus une puissance tellement pure qu'elle ne renferme quelque actualité.

Réponse. Je nie la majeure et la parité. La raison de la négation et la disparité sont d'abord qu'aucune créature n'a d'être parfaitement en acte , puisque c'est un privilège de Dieu : toute créature a donc son actualité mélangée de puissance, tandis qu'il n'est pas contre la raison d'une créature d'être une pure puissance ; il semble même que cela convient parfaitement à la plus infime de toutes, c'est-àdire à la matière, comme à Dieu, qui est l'Être suprême, il convient d'être un acte pur. Ensuite , il y a disparité en ce

que la forme , comme toute chose créée , est un certain milieu entre le premier acte , c'est-à-dire Dieu , et la première puissance, c'est-à-dire la matière; or le milieu participe à la fois des deux extrêmes : la forme doit donc avoir quelque chose de la puissance ; mais la matière est infime dans les choses : comme, en effet, l'Être suprême n'est nullement en puissance , ainsi la plus infime des choses ne sera nullement en acte. Saint Thomas répond souvent aux adversaires par des preuves qui se ramènent facilement à ces deux solutions. Ajoutons enfin que la forme n'est pas au sommet de l'actualité , comme la matière est au dernier degré de l'état potentiel; et, par conséquent, celle-ci est plus pure dans sa potentialité que celle-là dans l'actualité.

Dernière objection. La matière est composée métaphysiquement ; elle est intelligible , elle est une positivement : donc elle a une certaine actualité minime. La conséquence parait légitime , car la composition métaphysique emporte acte et puissance. L'intelhgihilité , au contraii^e, tient à l'actualité ; bien plus , c'est l'actualité même lorsqu'elle arrive dans une chose comme un attribut et une qualité de cette chose. Enfin, l'unité positive étant quelque chose d'abstrait est aussi quelque chose d'actuel et de formel. On prouve l'antécédent. D'abord quant à la première partie, parce que la matière ne compose que physiquement : elle est donc composée métaphysiquement, en tant qu'il y a en elle quelque chose de commun avec le reste des créatures et quelque chose de différent; il est encore évident qu'elle est intelligible et une positivement, parce que l'intelligibilité et l'unité sont les attributs de toute entité positive ; or elle a une entité positive, car elle n'est pas rien : elle est donc une et intelligible.

Première réponse. L'argument prouve trop; car par le même droit que l'entité de la matière se décompose en acte et en puissance métaphysiques, cette puissance pourra encore se décomposer en un autre acte et une autre puissance^

dlô PHYSIQUE. I. PARTIE. THÈSE I.

et ainsi à l'infini. Puisque cette puissance métaphysique, qui est établie comme une partie métaphysique de la matière, sera intelligible, une positivement, car ce sont là les attributs de toute réalité , et aura ainsi un certain point par lequel elle s'accordera avec une partie de même nature, et un autre point par lequel elle en différera, elle sera ainsi composée métaphysiquement. Il faut donc s'en tenir à l'entité absolument simple de la matière, et réprimer ces excès de l'esprit raisonneur, qui sans aucun fondement s'efforce de réduire en acte et en puissance une réalité si pure et si simple dans sa potentialité.

Seconde réponse. En prenant chaque point en particulier : d'abord quant à la première partie de V antécédent, je nie que la matière soit composée métaphysiquement. Cette composition n'a lieu que dans les espèces; or la matière n'est pas une espèce, mais une partie de l'être transformable en toute espèce de choses matérielles. Bien plus, afin de répondre en règle à l'argument, je prie l'adversaire de me dire ce qu'il entend par cette composition métaphysique, sur laquelle il revient si souvent. Est-ce une composition réelle de parties distinctes réellement, comme l'essence et l'existence^ la nature et la subsistance, qui sont dites quelquefois composer métaphysiquement ? Est - ce l'union des choses que la raison a le droit de distinguer, comme le genre et la différence , qui , métaphysiquement , ou plutôt logiquement, sont dits composer l'espèce? ou bien est-ce une composition de raison sans fondement, comme on la pose quelquefois en Dieu , bien qu'il soit parfaitement simple? La première hypothèse ne peut s'appliquer à la matière, celle-ci est trop simple. La seconde n'y a pas trait non plus, parce qu'elle emporte une certaine composition physique et réelle ; et comme elle n'a pas d'application en Dieu, qui est absolument simple dans son actualité, elle ne peut non plus s'attribuer à la matière première, qui est absolument simple dans sa potentialité : c'est ce que dit

QUESTION II. DE LA MATIÈRE PREMIÈRE. id?

saint Thomas (pe part., quest. 111«, art. 8, Rép. au 3« arg.) La troisième, enfin, pourrait avoir lieu dans la matière comme en Dieu , mais elle ne prouve pas davantage en elle l'actualité qu'elle ne prouve en Dieu la potentialité : en effet, elle est le résultat de la fiction humaine , et n'a aucune réalité dans son sujet.

Quant à la deuxième et à la troisième partie de l'antécédent, je r éjyond s -qne l'unité et l'intelligibilité appartiennent à la matière , non simplement, mais relativement et de la manière dont elles peuvent appartenir à une puissance matérielle : elles ne prouvent donc pas en elle l'actualité, mais seulement la réalité. Que cela soit vrai, on peut le reconnaître d'après les principes mêmes de l'adversaire. Supposez, en effet, comme il le voudrait, que la matière soit composée métaphysiquement d'acte et de puissance : est-ce que cette puissance , en comparaison de laquelle on ne peut rien imaginer de plus pur, sera une et intelligible? Elle le sera certainement, et ne sera- 1 -elle pas composée encore d'acte et de puissance? On ira donc ainsi à l'infini; l'unité et l'intelligibilité ne prouvent donc pas l'actualité, mais seulement une certaine réalité.

ARTICLE TROISIÈME

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