‹ Philosophie suivant les principes de saint ThomasChapitre 26 sur 55 · DE LA NATURE ET DES DIFFERENTES SORTES DE FIN · texte numérisé non relu

DE LA NATURE ET DES DIFFERENTES SORTES DE FIN

Le terme de fin se prend de différentes manières ; d'abord pour le terme de ce qui est continu, le point est la fin de la ligne ; 2" pour les limites, comme les Pyrénées et les Alpes sont les fins du territoire français; 3" pour l'achèvement d'une œuvre, un navire, une fois complet pour la navigation.

est dit fini; 4" pour la consommation d'une chose fongible, comme on dit du vin d'une bouteille, qu'il est fini lorsqu'iVest épuisé; 5° pour la cessation, comme la mort est la fin de la vie. Mais, laissant de côté toutes ces acceptions, nous prenons ici la fin pour cette cause qui excite et invite l'agent à son acte.

Première conclusion. — La cause finale peut se définir: ce pour quoi une chose se fait.

C'est la définition la plus commune, c'est aussi la meilleure ; elle assigne à la cause finale son caractère propre, celui par lequel elle se distingue des autres causes. En effet, tandis que la cause efficiente est celle par laquelle le mouvement commence, la cause matérielle celle dont la chose se fait, et la formelle celle par laquelle elle se fait, la cause finale est celle qui entraîne l'agent à agir, et par conséquent c'est ce pour quoi l'agent agit. Il faut remarquer seulement que le terme ^owr se prend en deux sens : 4° objectivement, et il indique \agracieuseté,el, pour ainsi dire, l'amabilité de l'objet qui sert de fin; ainsi dit-on que les saints travaillent pour Dieu; 2° comme formellement, et il indique l'amour ou la propension à une chose agréable : dans ce sens on dirait que les saints travaillent fjowr gagner le paradis (1).

Le terme pour dans la définition précédente est pris dans les deux sens ; car la fin se fait aimer par sa bonté et son charme, et par cet amour elle excite à d'autres œuvres. Ainsi nous aimons Dieu à cause de sa bonté, et ensuite nous faisons ce qui lui plait à cause de cet amour.

(1) Le terme latin gratia, qui correspond à notre mot pour, exprime ces deux idées d'une façon plus sensible, et Goudin, qui parle en latin, cite à propos de la première le texte du Psalmiste (Ps. XLlv) : Diffusa est gratia in labiis tuis, la grâce est répandue sur vos lèvres; c'est-àdire la grâce, l'amabilité est dans votre langage; et, à propos de la seconde , cette parole de l'ange à la sainte Vierge ( saint Luc , ch. ii ) : Invenisfi gratiam apiid Deum; vous avez appelé sur vous les regards, la grâce de Dieu, Dans le premier texte, grâce signifie obj.ctivement , et formelieuiLnl dans le second.

il. ^U

Seconde conclusion —^La fin est une causevraie et réelle.

Prouvons-le. La cause réelle est celle qui influe réellement sur l'effet; or, la /lu influe réellement sur l'effet, puisqu'elle pousse l'agent à agir en l'excitant et en l'entraînant, si bien que, sans elle, l'agent n'agirait pas et ne donnerait pas la forme à la matière, et l'effet ne s'ensuivrait pas ; c'est donc une cause vraie et réelle. Aussi, quand on nous demande pourquoi une chose se fait, par exemple, pourquoi Alexandre a combattu Darius, nous donnons tout de suite la cause finale : ajin d'être le maître, et nous croyons avoir assigné la cause vraie et réelle.

Objection. La cause est un principe influent ; or, la fin n'est pas un principe, c'est plutôt un terme dernier; donc elle n'est pas cause.

Réponse. Je distingue la mineure. La fin n'est pas un principe, c'est plutôt un terme ; dans l'exécution, je l'accorde ; dans l'intention, je le nie. En effet, la fin obtenue est le terme et le dernier repos de l'action, mais dans l'intention elle est le premier principe qui excite à agir.

Instance. Ce qui n'est pas ne cause pas; or, la fin souvent n'est pas avant l'actioti; ainsi la guérison, qui est la fin du malade, n'est pas avant l'usage des remèdes : donc elle ne peut réellement causer.

Réponse. Je distingue la mineure. La fin n'est pas avant l'action, en fait, je l'accorde; dans l'esprit, je le nie ; or, le propre de la fin c'est de causer dans la mesure où l'esprit la comprend, et pour rester dans l'exemple donné, la guérison voulue meut et excite le malade à chercher les remèdes.

La fin se divise d'abord en fin objective {cujns gratia) proprement dite, et en fin subjective {cui). La fin objective est le bien que nous voulons. La fin subjective est la personne à laquelle nous voulons procurer ce bien ; ainsi, quand un père travaille pour enrichir son fils, les richesses sont la fin objective du travail, et le fils en est la fin subjective.

Elle se divise ensuite en fin dernière et fin interme-

diaire. La fin dernière est celle à cause de laquelle nous voulons tout le reste, tandis que nous ne la voulons que pour elle-même. La fin intermédiaire est celle à cause de laquelle nous voulons quelque chose, en l'ordonnant pourtant vers un autre terme. Ainsi , quand un homme qui veut plaire à Dieu afflige son corps à cause de la vertu qu'il veut pratiquer, Dieu est la /în dernière de cette mortification, la vertu en est la fin intermédiaire.

3° Elle se divise en fin objective et en fin formelle. La fn objective est la chose que nous voulons; la fin formelle est l'acte par lequel nous possédons la chose voulue. Les richesses sont la fin objective de l'avare, et la possession des richesses sa fin formelle. Dieu est la fin objective des justes, la possession de Dieu est leur fin formelle.

■4» Elle se divise en fin de l'œuvre et en fin de l'ouvrier. La fin de l'œuvre est celle vers laquelle l'œuvre tend naturellement; la fin de l'ouvrier est celle que celui-ci détermine à son gré; la fin de V œuvre dans l'aumône est le soulagement du pauvre, et la fin de celui qui fait Vaumône est quelquefois Dieu, quelquefois la vaine gloire.

5° Elle se divise en fin principale et en fin secondaire. La fin principale est celle qui est envisagée premièrement et directement; la fiji secondaire, celle qui est envisagée comme par conséquence. La fin principale, dans la récitation de l'office divin, doit être l'honneur de Dieu, et la fin secondaire peut être la perception d'un honoraire.

Elle se divise en dernier lieu en fin naturelle et fi)i surnaturelle; la fin naturelle est celle qui ne dépasse pas les forces naturelles ; la fin surnaturelle, au contraire, ne peut s'acquérir que par le secours de la Grâce. Ainsi la guérison est la fin naturelle du médecin, qui la produit par des remèdes naturels, tandis que Dieu vu face à face est la fin surnaturelle de l'homme ; en elfet, nous ne pouvons parvenir à cette vision que par la Grâce.

Telles sont les divisions les plus communes de la fin.

ARTICLE DEUXIÈME

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