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DE LA COMPARAISON DES CAUSES AUX EFFETS

Nous avons montré comment la cause et l'effet s'ordonnent, et quelles sont la priorité et la dignité de l'un et de l'autre. Deux questions restent au sujet de la production de l'effet par la cause : 1° plusieurs causes totales du même ordre peuvent-elles produire un seul et même effet numérique ; 2° l'effet qui est produit par une seule cause totale pourrailil être produit exactement le même par une autre cause créée. La solution de ces questions éclairera les difficultés sur la dépendance entre l'effet et la cause. Nous y consacrerons deux articles.

ARTICLE PHE.MIER.

PLUSIEURS CAUSES TOTALES DU MÊME ORDRE PEUVENT-ELLES PRODUIRE UN SEUL ET MÊME EFFET?

Cette question peut se discuter à l'occasion de toute espèce de causes ; ainsi l'on peut se demander, si deux formes totales peuvent informer une seule matière, ou si deux matières totales peuvent soutenir une seule forme, ou encore si deux fins totales peuvent servir en même temps à déterminer l'agent. Nous ne parlerons cependant que de la cause efficiente, chacune des autres causes pouvant s'attribuer proportionnellement ce que nous allons dire sur celle-ci. Nous reviendrons d'ailleurs sur la question, en ce qui concerne les autres. D'abord il est évident qu'un seul et même eflet peut être produit par plusieurs causes efficientes partielles: plusieurs chevaux peuvent traîner une même voiture; il est encore évident qu'il peut être produit par plusieurs causes totales d'ordre différent : un seul homme est produit par ses parents , par les astres et par Dieu : ses parents, causes particulières; les astres, causes universelles pour tous les corps sublunaires ; et Dieu , cause universelle absolue ; un même toit est supporté tout entier par les murailles , par les fondations et par la terre , qui est la base universelle de tous les corps graves : la difficulté n'est donc que pour les opérations totales du même ordre , comme serait celle de deux flambeaux auxquels on attribuerait une seule et même lumière, quand chacun d'eux pourrait être cause de cette lumière entière.

Conclusion. — Il est impossible que le même effet soit produit par deux causes totales de même ordre; ainsi s'exprime saint Thomas (F^ p., q. lif, art. 11 ; et V^ livre de la Métaph., leç. if) : Il est impossible, dit-il, qu'il y ait pour un seul effet plusieurs causes dans le même sens ; et quoique quelques-uns entei^ent par là une imposai-

OrEST. Vi. COMPAP.AISO.N DES CAUSES AUX EFFET?:. 357

bilité simplement naturelle, les raisons que l'auteur apporte à l'appui de sa décision semblent indiquer l'impossibilité absolue.

Prouvons la conclusion. Si un seul et même effet est produit par deux causes totales de m.ême ordre , chacune de ces causes sera totale et non totale en même temps; or cela est évidemment absurde : donc l'hypothèse est absurde. La mineure e?t évidente d'après les termes. Prouvons la majeure. D'abord chaque cause serait totale , c'est la supposition; en même temps chaque chose ne serait pas totale. Prouvons-le. La cause totale est celle qui, dans son ordre, est la raison entière de la production de l'etret; or ni l'une ni l'autre ne serait ici la raison entière de la production de l'efTet : donc ni Tune ni l'autre ne serait totale. La majeure est la notion même de la cause totale. Prouvons la mineure. Le tout est ce après quoi il n'y a plus rien; c'est évident d'après les termes : dans un ordre donc, toute la raison de la production est celle en dehors de laquelle aucune autre production n'est possible dans cet ordre ; or ni l'une ni l'autre des causes ne serait ici la raison de la production de l'effet, de manière que , dans le même ordre, il n'y eût p s une autre production : donc ni l'une ni l'autre de ces causes ne posséderait la raison totale de production de l'effet dans son ordre.

On répondra : Les deux causes seraient raisons totales de production , parce qu'elles atteindraient l'effet tout entier : l'ime n'excluant pas l'autre, parce qu'aucune d'elles ne produit l'effet totalement.

Mais, au contraire, la cause qui ne produit pas un effet totalement dans son ordre, le produit partiellement, comme les termes l'indiquent: donc ellene peut s'appelercausetotale.

Première confirmation. Il y contradiction à ce qu'une chose qui est produite intégralement soit encore productible ; elle serait en même temps en puissance et en acte ; or, par une des causes, l'effet arriverait à être produit inté-

gralement : donc il ne serait plus produclible par l'autre. Deuxièmement. La nature veut que chaque cause produise ses effets propres , et non ceux des autres ; un effet ne dépend que d'une seule cause adéquate : donc il ne peut arriver qu'un effet soit de deux causes sans déranger l'ordre naturel ; or cela ne se fera que par l'un des procédés suivants : ou l'on augmentera la dépendance de l'effet, et ce qui n'exigeait qu'une cause en demandera deux; ou on ajoutera à la vertu de la cause, pour l'étendre au delà de sa sphère et jusque sur les effets d'une autre; au premier cas, les causes ne seront pas totales, puisque l'effet exigera le concours de l'une et de l'autre : par conséquent chacune d'elles, prise à part, ne satisfera pas aux exigences de l'effet; au second cas, aucune cause ne sera principale, puisqu'aucune n'agira en vertu de sa nature, et que cette extension lui viendra de la Puissance divine : il n'est donc pas possible , même à la Puissance divine, de faire qu'un seul effet vienne de deux causes totales d'un même ordre.

Troisièmement enfin. L'effet ne peut être produit par la cause, s'il n'est contenu dans la vertu de cette cause; mais, comme nous le montrerons dans l'article suivant, l'effet d'une cause ne peut être contenu dans la vertu d'une autre de même ordre : donc cet effet ne peut être produit par cette autre.

Objection. Deux corps lumineux égaux produisent, par mode de cause totale , la même quantité de lumière dans la partie de l'air également distante de l'un et de l'auti-e : donc, naturellement, deux causes produisent un seul et même effet numérique. On prouve l'antécédent. Dans cette partie mitoyenne et également distante il n'y a qu'une seule lumière, et cette lumière est produite par les deux corps, pviisqu'il n'y a pas plus de raison pour l'attribuer à l'un qu'à l'autre : donc une seule et même lumière est produite par deux corps lumineux.

Je nie le supposé qui appuie tout l'argument, à savoir

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