QUEST. VI. COMPARAISON DES CAUSES AUX EFFET
qu'une partie de l'air puisse ainsi tenir le nnilieu entre deux flambeaux , par exemple , et se trouver également distante de l'un et de l'autre : toute partie de l'air, quelque minime qu'on la suppose, se comprend divisible en deux moitiés; par l'une , elle sera plus éloignée d'un des deux flambeaux , elle en sera plus rapprochée par l'autre : aucune partie n'est donc tout entière également éloignée des deux extrêmes, et le milieu exact n'est qu'un point indivisible. Il faut donc dire que dans le cas donné chaque molécule d'air est éclairée par le flambeau le plus rapproché d'elle , et ne reçoit rien du plus distant.
On dira : Si deux flambeaux sont allumés aux deux extrémités d'une chambre , le milieu en sera plus éclairé : donc chacun des deux envoie une certaine quantité de lumière aux molécules de l'air mitoyen.
Je réponds que cette plus grande intensité de lumièi'e n'est pas due à la coopération réciproque des deux flambeaux pour produire une seule et même lumière dans chacune des deux parties de l'air, mais bien à ce qu'aucune partie de l'air n'étant absolument pure ni absolument diaphane, et toutes renfermant quelques atomes de poussière, comme ceux que laisse apercevoir dans une chambre obscure un rayon de soleil, ces atomes , qui auraient fait ombre dans le cas d'un seul flambeau, illuminent eux-mêmes grâce au second, et la lumière parait ainsi plus intense, tous les sens de l'air étant éclairés et toute ombre ayant disparu.
Instance. Dieu peut faire que ces deux corps lumineux se pénètrent : donc, au moins alors, ils produiront une seule et même quantité de lumière dans toutes les molécules de l'air.
Réponse. Dans ce cas, il arriverait ou que les deux corps détruiraient mutuellement leur influence, ou que le plus fort détruirait celle du plus faible, ou, ce qui est plus vraisemblable , qu'ils se tempéreraient l'un l'autre dans une
opération unique , se réduisant à un concours partiel : comme deux chevaux qui, attelés ensemble à une voiture que chacun d'eux suffirait à traîner, modèrent leurs efforts de manière à n'avoir qu'une action partielle sur la marche de cette voiture.
Nouvelle instance. Deux prêtres consacrent une seule et même hostie, s'ils prononcent les paroles de la consécration dans le même temps , avec la même intention et devant les mêmes espèces : donc deux causes totales produisent un seul et même effet. On prouve la conséquence. Chaque prêtre est cause totale dans la consécration.
Réponse. Les prêtres sont seulement des instruments dont Dieu se sert à son gré pour ce qu'il veut produire , et il est indifférent qu'un ou plusieurs y soient employés, surtout parce que, comme dit saint Thomas (Illep., q. lxxxh, art. 2 , rép. à la 2^ ohject.) , tous les prêtres étant unis dans une seule et même vertu totale et principale, ils peuvent produire à plusieurs un seul et même effet.
ARTICLE SECOND
l'effet produit par une cause aurait-il pu être produit
PAR UNE autre?
Deux causes ne peuvent produire un seul et même effet en même temps. Le peuvent-elles produire séparément; autrement dit, un effet produit par une cause aurait-il été produit identiquement le même par une autre? C'est ce que nous allons examiner.
Conclusion. — Il est impossible qu'un seul et même effet, étant dû à une cause, ait pu être produit par une autre. Alexandre le Grand, par exemple, n'eût pas été Alexandre le Grand, s'il fût né d'autres parents que Philippe et Olympias. Saint Thomas {Quodlih., III, art. 25) nous dit : Il est impossible que l'essence du fils ne