QUEST. VI. COMPARAISON DES CAUSES AUX EFFETS
droit à tous les effets possibles en elle, et, par conséquenf, aussi la vertu de chaque individu.
Réponse. Je nie l'antécédent. En l'acceptant, il faudrait admettre que les effets détruits pourraient revenir naturellement les mêmes ; car, puisqu'ils reviennent à l'état de possibilité, ils sont contenus comme auparavant dans la vertu productive de chaque individu existant, si elle contient tous les effets possibles ; bien plus, si l'individu dans sa vertu active contenait tous les effets qui relèvent de son espèce, il se contiendrait lui-même comme la cause son effet, ce qui est absurde. Poiir la jweuve donc , je distingue la majeure. L'espèce et la vertu active de l'espèce sont tout entières dans chaque individu; quant à la raison essentielle et aux principes spécifiques, je l'accorde ; quant à l'extension et aux manières d'être individuelles, ^e le nie; la solution est évidente : l'espèce n'est dans l'individu que d'une manière limitée, la nature et la vertu spécifique de l'un n'est pas dans l'autre, c'est seulement une vertu et une nature semblables qui s'y trouvent, et, par conséquent, les effets qui y correspondent ne peuvent être produits par cet autre; on n'en peut attendre que des effets semblables.
Instance. Au moins les causes universelles contiennent toute la vertu des causes inférieures; donc elles auraient pu produire les effets produits par ces dernières ; ainsi le soleil produirait la chaleur qui a été produite par tel feu.
Réponse. Je distingue l'antécédent, les causes uni\erselles finies, je le nie; la cause universelle infinie, c'est-''' dire Dieu, je l'accorde; en effet, l'être se divise dans les créatures, et aucune d'elles n'en contient une autre parfaite ment, au moins quant aux raisons d'être individuelles : elle ne contient donc pas des effets numériquement identiques à ceux de cette autre; pour Dieu, comme il est la cause universelle de l'être, il contient en lui tout l'être et toutes les différences de Têtre , même individuelles, et, par conséquent,
il peut produire les effets tels qu'ils sont produits par une cause créée.
Nouvelle instance. Deux effets de même espèce peuvent être produits par des causes différentes d'espèce. C'est spécifiquement la même chaleur qui est produite parle soleil et par le feu ; un seul et même effet peut donc être produit par deux causes distinctes numériquement.
Réponse. Je distingue l'antécédent. Si l'une contient l'autre éminemment, je l'accorde; autrement, je le nie. Le soleil, par exemple, contient éminemment en lui le feu et la vertu spécifique par laquelle ce feu échauffe, à cause de cela il peut produire une chaleur semblable spécifiquement; mais, nous l'avons dit, aucune cause créée ne contient la raison d'être individuelle d'une autre, et par conséquent elle ne peut contenir des effets numériquement identiques à ceux que produirait cette autre.
QUESTION SEPTIÈME
Parmi les effets naturels il y en a plusieurs qu'on attribue souvent au hasard , à la fortune, et même au destin ; ces mots pourtant ne signifient pas proprement les causes certaines et propres des effets qui leur sont attribués. Ils indiquent seulement ou un concours de causes efficientes qui sont imprévues et accidentelles pour les agents particuliers; et sous ce rapport , les causes s'appellent fortune et hasard; ou qu'on veut les attribuer à la préordination d'un agent supérieur, et elles se nomment destin. Nous en parlerons ici pour compléter notre thèse des causes. Deux articles y seront consacrés ; le premier traitera de la fortune et du hasard, le second du destin.
ARTICLE PREMIER