SYMPTÔMES — FORMES CLINIQUES
La phlébite après appendicectomie à froid peut se ‘traduire par plusieurs symplômes : accélération du pouls, température, crampes, fourmillements, œdème dur, blanc, douloureux.
L’accélération constante et permanente du pouls, signe mis en valeur par nos maîtres Pinard et Wallich, pourra permettre de déceler une phlébite ne se manifestant pas encore par d’autres symptômes, cette accélération du pouls ne manquant jamais dans toute phlébite.
Au lendemain ou au surlendemain de lopération la température mettra, elle aussi, le chirurgien sur la voie du diagnostic, l'élévation thermique étant un des symptômes les plus constants de la phlébite. Nous disons : des plus constants, car ce symptôme peut manquer
comme dans le cas de Dieulafé que nous rapportons, (observation 1).
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Aussi distinguerons-nous dans cette étude des formes: 1° Pyrétiques ; 2 Apyrétiques ; 3° Emboliques d'emblée,
1° FORME PYRÉTIQUE. — Dans cette forme, constatée dans nos observations IIL, IV, V et VII, l'élévation de la température coïncide avec l’apparition de la phlébite ; le tracé thermique reste ordinairement élevé pendant trois, quatre, cinq jours, puis redevient nor-
mal ou presque normal.
Examinons quelles ont été les variations thermiques chez le malade qui fait l’objet de notre observation IV:
Le deuxième jour après l'opération la température monte à 383: en même temps se révèlent les symptômes d’une phlébite au membre inférieur gauche. La courbe thermique redescend les jours suivants aux environs de 37° et y reste pendant dix--huit jours. Le dix-neuvième jour il y a apparition de douleurs et de gonflement au membre inférieur droit: la température est alors de 38°5.
Dans l’observation III la phlébite apparaît au lendemain de l'opération: elle est accompagnée d’une température de 39°%5. Quatre jours après la température redescend à la normale et y reste pendant quarante jours. A ce moment le malade fait une phlébite de l’autre membre et l’on constate une nouvelle ascension thermique (38°6).
Aussi dans la grande majorité des cas, une élévation
de température apparaissant trois ou quatre jours après
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l'opération, pourra faire craindre l’apparition d’une phlébite.
Le début de la phlébite est en général lent, insidieux {comme la phlegmatia alba dolens des nouvelles accouchées) apparaissant en général entre le huitième et le. vingtième jour après l'opération (observation V: dixhuitième jour; observation VI: seizième jour). Quelquefois elle se manifeste plus tard: dans l'observation IV la phlébite apparaît le trentième jour après l’opération. D’autres fois plus tôt:"dans les observations III et VII elle apparaît le lendemain.
Les signes fonctionnels observés sont au nombre de deux : la douleur et l’impotence fonctionnelle.
Au début, la douleur siège au point où s’est produite la thrombose : tantôt au niveau de la racine de la cuisse (observations IV ei V), tantôt à la partie médiane de cette dernière, au niveau da canal de Hunter, tantôt au milieu du mollet (observations III et VIT).
C'est le plus souvent une douleur lente, sourde ; quelquefois cependant une douleur vive suivant le trajet des nerfs: c’est la forme névralgique qu’ontsignalée MM. Vaquez et Quénu.
L’impotence fonctionnelle accompagne la douleur ; | elle est complète, absolue.
L'examen physique du membre atteint de phlébite nous montre ce dernier augmenté de volume, déformé, arrondi. La jambe est ordinairement à demi fléchie sur la cuisse et la cuisse fléchie sur le bassin ; le membre est en même temps en légère rotation externe.
Mais le signe caractéristique est l’œdème blanc, dur,
douloureux (alba dolens). L'œdème accompagne ou suit la douleur ; il débute auniveau de la racine du membre (observations IV et V) et de là, gagne l’extrémité infé” rieure.
Comme dans toute phlegmatia alba dolens, on peut constater dans ces phlébites de l’hydarthrose au niveau du genou.
La recherche des veines doit être évitée dans la crainte de provoquer le détachement d’un thrombus.
Nous signalons en passant, parmi ces formes pyrétiques, une forme douloureuse (observation IIT) où l’opéré se plaint d’un point douloureux localisé en une région du membre inférieur. Ce dernier peut en même temps présenter un léger œdème péri-malléolaire. On peut, de même, constater une faible élévation de la température (38° 3 : observation IIT).
Le chirurgien doit tenir pour suspectes ces formes douloureuses. Souvent, alors que la température est normale depuis au moins trente jours, si l’on permet au malade de se lever, une embolie plus ou moins grave pourra se produire (obs. II).
2° FORME APYRÉTIQUE. — La deuxième forme ou forme apyrétique, est celle où la phlébite se manifeste par des phénomènes douloureux et de l’impotence fonctionnelle, mais nes’accompagne nullement d’ascension thermique.
Dans le cas du D° Dieulafé (obs. I) la phlébite fut simplement caractérisée par une douleur au niveau du mollet et du creux puplité, plus tard par de la gêne fonctionnelle, mais aucune modification du tracé ther-
mique ne fut notée.
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3 FoRME EMBOLIQUE D'EMBLÉE. — La troisième forme que nous nous sommes proposé de décrire, ou forme phlébitique à début embolique, évolue d’une façon latente, sans signes permettant de la prévoir. Elle ne se manifeste que par sa complication la plus grave : l’embolie.
Ces embolies bien étudiées par Petit dans sa thèse (1903) surviennent à l’occasion d’un mouvement, d'un effort (cas de Guinard),et brusquement le malade meurt.
Les embolies survenant dans les phlébites déclarées, c’est-à-dire dans les phlébites où il y a de la-température, de la doulenr, de l’œdème,apparaissent presque en même temps ou peu après Ja phlébite (2”° jour.obs. VIT).
D’après Sonnenburg ces phlébites sournoises occuperaient les veines abdominales. Voici son epinion : « Le
diagnostic des thromboses, possible toutes les fois que
« la lésion intéresse les membres inférieurs, est impos- « sible dès qu’il s’agit des veines abdominales. J’ai pu « me rendre compte que ces thromboses précédant les « embolies pulmonaires ne s'annonçaient généralement « ni par une élévation de température, ni par une fré- « quence anormale du pouls, ni par des symptômes dou-
loureux. »
En résumé, si une phlébite se déclare après appendicectomie à froid, elle s'annoncera suivant ses formes cliniques par de la douleur, de l’ædème plus ou moins étendu avec ou sans élévation de température, ou sim-
plement par une embolie.