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HISTORIQUE

La phlegmatia alba dolens, affection particulière aux femmes accouchées; Mauriceau ; Puzos; White (1784). — Davis (1823,)

RAPPORTE LA PHLEGMATIA DOLENS A UNE LÉSION DES VEINES AVEC COAGULATION DU SANG DANS LEUR INTÉRIEUR. — VELPEAU (1824). — Rorert Lee (1839) reconnaît a la phlérite un point de départ UTÉRIN.

La phlegmatia dolens non puerpérale; M. Bouillaud (1823); M. Bouchut (1844). — L’Ecole française et M. Virchow;

THROMROSE ET EMBOLIE.

L’affection qui porte aujourd’hui le nom de Phlegmatia alba dolens a été mentionnée pour la première fois (1) par Mauriceau, dans son Traité des maladies des femmes accouchées , au chapitre intitulé : Enflure des jambes et des cuisses. « J’ai vu, dit-il, plusieurs femmes, après être accouchées assez heureusement, avoir les jambes et les cuisses enflées et extraordinairement grosses, quelquefois depuis l’aine jusqu’à l’extrémité du pied, parfois d’un seul côté et d’autres

(I) « Cette maladie n’a guère été remarquée parties anciens auteurs. Ce qui semble s’y rapporter dans les écrits d’Hippocrate se trouve toujours réuni à l’histoire de maladies différentes. Il en est de même de quelques traits qu’on a cru remarquer dans Priscianus, Paul d’Egine, Ætius et plusieurs des auteurs dont Wolf et Spachius ont rassemblé les travaux relatifs aux maladies, des femmes. » Velpeau. Recherches et observations sur la phlegmatia alba dolens. Archiv. de méd., VI, 220, 4824.

fois de tons les deux (1) ». Mauriceau attribuait cet accident « à un reflux des humeurs qui devraient être évacuées par les vidanges (2) ».

Puzos en donne un aperçu plus complet. Il le considère comme un dépôt laiteux . « Les dépôts les plus communs, après ceux des mamelles, sont ceux qui se font sur les extrémités inférieures. Il est rare qu’ils soient dangereux, mais ils sont les plus longs et les plus difficiles à guérir. Ces dépôts ne se forment guère avant le douzième ou le quatorzième jour de la couche, et souvent beaucoup plus tard, puisque j’en ai vu n’arriver qu’après six semaines. Il n’arrive presque jamais que ces dépôts attaquent en même temps les deux extrémités : une seule en est ordinairement affectée. C’est dans l’aine et la partie supérieure de la cuisse que le dépôt commence à donner des signes de sa présence par la douleur que l’accouchée y ressent, et la douleur suit ordinairement le trajet des gros vaisseaux qui descendent le long de la cuisse ; elle est même plus vive dans tout ce trajet. On reconnaît l’étendue du mal par une espèce de corde douloureuse que forme l’infiltration du tissu cellulaire qui accompagne ces vaisseaux, et l’enflure se joint presque toujours à la douleur. Quand le dépôt augmente, il y a difficulté de remuer la cuisse. La douleur passe de la cuisse sous le jarret ; elle descend le long du gras de la

(1) Mauriceau. Traité des maladies des femmes accouchées, 7e éd., 1721, p. 446.

(2) Les lochies.

jambe et va se terminer an pied. Quant à l’enflure, elle devient quelquefois si considérable que ]e volume de l’extrémité malade est le double du volume de l’autre. » Puzos a observé ce dépôt avant l’ accouchement et il ne le confond point avec l’œdème des membres inférieurs qui survient dans les derniers mois de la grossesse (1).

Levret (2) et Astruc (3) signalent également les engorgements laiteux des extrémités inférieures.

En 1784 parut le mémoire de White (4), qui contient une description assez complète de cette enflure des extrémités inférieures propre aux femmes en couches, et dans lequel l’auteur substitue à la théorie de la métastase laiteuse, une hypothèse plus vraisemblable sur la nature et sur les causes de cette affection. L’importance de ce mémoire, qui a été le

(1) Puzos ("mort en 1753). Mémoires sur le lait répandu ou dépôts laiteux , 1er mém., Dépôt laiteux sur la cuisse , édition de Morizot, 1801, p. 60.

(2) Levret. Art des accouchements , p. 169, 3e édit.

(3) Astruc. Traité des maladies des femmest édit, de 1765, p. 450. (Du lait répandu ou des dépôts de lait.)

(4) White. An inquiry into the nature and cause of that swelling in one orhoth of the lower extremities wich sometimes happens to lying in women (Recherches sur la nature et la cause de cette enflure de l’une ou des deux extrémités inférieures, qui quelquefois arrive aux femmes en couches). Warrington, 1784.

point de départ de nombreux travaux, m’engage à en faire connaître les principaux passages.

« Les symptômes de cette affection, dans sa forme la plus simple, dit White, sont les suivants : Environ douze ou quinze jours après la délivrance, la malade éprouve de grandes douleurs dans l’aine d’un côté, accompagnées d’un mouvement fébrile considérable, rarement précédé d’un frisson. La région est bientôt le siège de gonflement et de tension, qui s’étendent aux lèvres de la vulve, du même côté seulement, puis descendent le long de la partie interne de la cuisse, de la jambe, du pied et gagnent ainsi tout le membre. Les progrès de la tuméfaction sont tellement rapides, qu’en un jour ou deux le membre devient le double de l’autre et ne peut plus se déplacer qu’avec une grande difficulté. 11 est chaud et extrêmement douloureux, sans inflammation externe. La douleur dans l’aine est généralement précédée de douleurs lombaires et parfois de douleurs dans le bas-ventre du même côté. Les régions les plus douloureuses sont l’aine, le jarret et le milieu du mollet. La douleur, cependant, s’étend à tout le membre, ce qui est dû à son brusque développement. Au bout d’un jour ou deux elle devient moins intense. — La tuméfaction est générale et égale sur tout le membre. A toutes les périodes de la maladie, elle est plus dure et plus ferme que dans l’anasarque; à aucune elle n’est aussi froide; elle ne diminue pas autant par la position horizontale. Jamais il ne reste d’empreinte par la pression

du doigt, jamais il ne s’en écoule de sérosité lorsqu’on la ponctionne avec une lancette. Elle est très lisse, luisante et pâle et offre la même consistance en tous les points, sinon dans les régions où l’on trouve des glandes conglobées qui sont dans quelques cas noueuses et dures, comme à l’aine, au jarret et au milieu de la partie postérieure de la jambe. C’est généralement la deuxième semaine ou la troisième après la délivrance qu’éclatent les accidents; dans un cas, j’ai observé l’enflure vingt- quatre heures après l’accouchement, et dans un autre cas, au bout de cinq semaines. La douleur et le gonflement disparaissent d’abord de l’aine et des lèvres de la vulve, puis de la cuisse et enfin de la jambe. Parfois les deux membres inférieurs sont pris, ce qui est rare. Ces phénomènes ayant persisté une ou deux semaines, il n’est pas exceptionnel de voir la jambe saine augmenter de volume et s’cedématier vers le soir ; mais alors l’aine et la cuisse ne sont pas affectés de ce côté et la jambe est molle au toucher et conserve l’empreinte à la pression du doigt.

Elle n’attaque jamais les bras ni les autres parties du corps. Je ne l’ai jamais vue suppurer ou se terminer fatalement, je n^ai jamais vu d’inconvénients matériels en naître quelques mois après sa disparition, si ce n’est un peu de gonflement de la jambe après une fatigue, la marche en particulier. »

Voici maintenant la partie doctrinale du mémoire de White. L’auteur admet : « 1° que la cause pro-

chaîne du mai est une obstruction, rétention et accumulation de lymphe dans le membre ; 2° que les lymphatiques sont obstrués, au moins jusqu’au point où ils entrent dans le bassin, sous le ligament de Poupart ou de Fallope ; puisque toutes les parties auxquelles se rendent les lympbatbiques situés audessous de ce point, telles que l’aine, les lèvres vulvaires, la cuisse, la jambe et le pied du même côté, sont tuméfiés et que les paquets de ganglions comme ceux de l’aine, du jarret et de la partie postérieure de la jambe sont douloureux. »

Pour expliquer l’obstruction des voies lymphatiques, il cherche une cause locale et dépendant de raccouchement. il se demande si cette cause ne serait pas Tinflammation des lymphatiques du bassin, consécutive aux froissements qu’ils auraient subis pendant le travail ; ou bien ne s’agirait-il point d’une déchirure du ligament de Poupart, ou du péritoine, dont les débris étrangleraient les lymphatiques? « Mais, dit-il, si cela était, ies veines crurales seraient comprimées, et il *y aurait obstacle au cours du sang aussi bien qu’à celui de la lymphe, ce qui ne paraît pas avoir lieu. » White, il est bon de le dire ici, n’a pas pu vérifier cette hypothèse, n’ayant pratiqué aucune autopsie.

Après lui, l’oblitération des lymphatiques est encore longtemps soutenue. Brandon Trye (1) place

(1) Ch. Brandon Trye, An essay on the swelling of the lower extremities incident to lying in women , 1762.

la lésion dans les ganglions, Ferriar (1) dans les vaisseaux, Allard (2) compare la 'phlegmatia àl’éléphantiasis; mais cette doctrine, que bien d’autres (3) auteurs ont acceptée sans y introduire de modifications; n’était qu’une simple vue de l’esprit (4).

Boer (b), Albers (6), Dugès (7), ne voyaient dans la phlegmatia qu’une affection des nerfs de la cuisse ; Reuter (8) en faisait une inflammation rhumatismale, Andral (9) un phlegmon véritable, Rayer (10)

(1) Ferriar. Medical histor. and reflect. London, 1798.

(2) Allard. Histoire d'une maladie particulière au système lymphatique. Paris, 1806. :

(3) Voyez Dronsart, Monographie de la phlegmatia alba dolens , Paris, 1846; Pfeiffer, Versuch über die phlegmasia dolens, Leipsig. 1837; Ghérard, Essai sur la maladie connue sous le nom dePhlegmasie blanche et douloureuse ( phlegmatia alba dolens puerper arum), thèse de Strasbourg, 1835.

(4) On l’étaya cependant de quelques examens cadavériques, mais qui n’ont pas, comme je le montrerai plus loin, la valeur qu’on leur a attribuée.

(5) Boer. Naturalis medicinæ obstetriciæ. Vienne, 1812.

(6) Albers. Journal der practischen Heilkunde, 4817.

(7) Dugès. Revue médicale, t. III.

(8) Reuter. Dissert, de phlegm. alba. Berol., 1826.

(9) Andral. Rapport fait à V Académie sur le mémoire de M. Velpeau. Archives gén. de médecine, 4824.

(10) Rayer. Dict. de méd. en 21 vol., art. OEdème des nouvelles accouchées.

« une inflammation complexe qui attaque à la fois plusieurs des tissus élémentaires des membres, et spécialement le tissu cellulaire, les vaisseaux et les ganglions lymphatiques. »

En 1823 parut le mémoire de Davis (1), dans lequel l’anatomie pathologique de la phlegmatia dolens est établie pour la première fois d’une façon positive.

Pour Davis, « la cause prochaine de la maladie est une violente inflammation d’une ou de plusieurs des principales veines du bassin ou de son voisinage immédiat produisant un épaississement de leurs tuniques, la formation de fausses membranes à leur intérieur, la coagulation graduelle de leur contenu, et quelquefois la suppuration destructive de toute leur texture ; il en résulte une telle diminution de la cavité de ces importants vaisseaux, quelquefois totalement obstrués, que la circulation y est devenue impossible. »

Le mémoire de Davis contient la relation de

(1) An essay on the proximale cause of the disease called phlegmasia dolens (Essai sur la cause prochaine de la maladie appelée phlegmasia dolens). Ce mémoire est enrichi de fort belles planches coloriées.

quatre autopsies qui servent de base à son opinion. Dans la première, « la veine fémorale, dans toute son étendue, et les veines iliaque externe et iliaque primitive étaient distendues et faisaient corps avec une substance qui ressemblait à du sang coagulé... La matière qui remplissait les veines ressemblait au coagulum feuilleté d’un sac anévrysmal, avec un léger mélange de parties rouges ; elle obstruait complètement la lumière des vaisseaux et adhérait fortement aux parois. Au centre toutefois, il y avait une cavité contenant environ une cuillerée à tbé d’un liquide épais, de la consistance du pus, d'une teinte légèrement brunâtre, et d’apparence pultacée. » La seconde observation est celle d’une femme qui mourut subitement, en se mettant sur son séant; l’accouchement datait de six semaines. « La veine iliaque externe et la fémorale étaient très adhérentes à la gaîne celluleuse. Leurs parois étaient épaissies et leur tunique interne était parsemée de dépôts de lymphe plastique. »

Le dernier cas de Davis nous montre les lésions veineuses à une période peu avancée, car la phlegmatia s’est développée quelquesjours avant lamort. « Les veines iliaques des deux côtés étaient énormément distendues, mais sans adhérences avec les parties voisines. L’iliaque externe contenait un coagulum sanguin, ferme, non adhérent; dans l’iliaque primitive ce coagulum était adhérent. L’iliaque interne était très enflammée, et l’épaississement morbide de ses parois la rendait imperméable

au sang. La veine iliaque interne et l’iliaque primitive du côté droit contenaient un coagulum qui se réunissait à celui du côté gauche et obstruait la partie inférieure de la veine cave. »

Davis suppose que la compression des grosses veines du bassin par l’utérus gravide, et la dilatation qui en est la conséquence, constituent une prédisposition à la flilegmatiaalba dolens. Quant à la cause de cette « violente inflammation des veines, il la voit dans un état d’irritation de l’appareil vasculaire. » Mais Davis s’embarrasse peu de cette hypothèse; son travail est une œuvre d’observation et c’est là son principal mérite.

Pendant que Davis communiquait ses observations à la Société médico-chirurgicale, Velpeau, alors chef de clinique de la Faculté, lisait à l’Académie de médecine son mémoire sur la 'phlegmatia alba dolens (1), dans lequel il fait remarquer que les accidents observés sur le vivant se rapporteraient aussi bien à une lésion grave des veines profondes qu’à celle des lymphatiques; mais jusqu’à pré sent, dit-il, il reste encore à démontrer que ces der-

(1) Velpeau, Mémoire cité .

niers organes soient véritablement la cause de la phlegmatia alla dotons . De l’étude de plusieurs autopsies il conclut que, dans certains cas au moins, la lésion consiste dans une inflammation des veines et des symphyses .

Velpeau, comme on le voit, est loin d'être aussi affirmatif que Davis ; on peut dire cependant qu’il a entrevu la véritable lésion anatomique de la phtog matia.

En 1826, dans un mémoire sur X Inflammation des veines consécutive aux amputations, Guthrie (1) suggéra qu’il serait important de suivre les vaisseaux jusqu’à l’utérus, et pensa que la maladie pouvait prendre naissance dans cet organe.

Robert Lee reprit cette idée ; après avoir, dans un premier mémoire (2), fourni de nouveaux faits en faveur de l’opinion de Davis, il attira l’attention, dans une publication nouvelle (3) sur l’état des veines utérines, où il avait trois fois trouvé les

(1) Guthrie. Med. and physical journal, 1826.

(2) Robert Lee. A contribution to thepathology of phlegmasia dolens. Med. chir. transactions, vol. XV, pp. 132-151, 1829.

(3) Robert Lee. Pathologicalresearches on Inflammation ofthe veins of the utérus with additional observations on phlegmasia dolens. Med. chir. transactions, vol. XV, pp. 369-439, 1829.

mêmes lésions que dans les veines du membre inférieur. Lee crut donc pouvoir énoncer « qu’en général la 'phlegmciüd dolens commence dans le système veineux utérin, et que ce n’est pas une simple affection locale du membre inférieur. » Puis il compare l’inflammation des veines utérines consécutives à l’accouchement (1), à celle qui prend naissance au niveau des plaies d’amputation, « Après la délivrance, dit-il, les orifices des veines utérines, au point d’implantation du placenta, restent ouverts; une communication est indirectement établie entre le système veineux et l’air atmosphérique, d’une manière quelque peu analogue à ce qui se passe dans une amputation et dans les autres blessures étendues. Pareil état des veines utérines, consécutif à la séparation du placenta, peut être favorable à la production de l’inflammation. Une fois établie, elle se limite rarement aux orifices, mais s’étend avec une rapidité plus ou moins grande par l’intermédiaire delà tunique des veines utérines, aux veines utéro-ovariennes, ou hypogastriques, et de là à la veine-cave et aux principales, branches qui ramènent le sang des extrémités inférieures. »

(1) A la même époque, Dance publiait ses recherches sur la phlébite utérine (Ar ch. gén. de méd., 1828-29), Dance a surtoutétudié la phlébite dans ses rapports avec l’infection purulente puerpérale. Son mémoire ne contient rien qui se rapporte directement à la phlegmatia .

Jusqu’ici la phlegmatia alha dolens nous apparait comme une affection spéciale aux femmes accouchées. Mais on reconnut bientôt que cette affection pouvait se développer en dehors de l’état puerpéral ; le cercle s’élargissait.

Dès l’année 1823, M. Bouillaud (1) avait rapporté des observations d’hydropisie partielle des membres inférieurs et des membres supérieurs , aussi bien chez des cancéreux, des tuberculeux, des typhiques que chez les accouchées ; dans tous les cas l’autopsie avait montré les veines oblitérées par des caillots. Morgagni, Hodgson, Breschet(2),Hunter (3) avaient signalé des faits semblables.

Andral, dans son Rapport à l’Académie sur le mémoire de Velpeau (1824), en faisait connaître deux autres (l’un chez un phthisique, l’autre chez une femme atteinte de cancer de l’utérus) et montrait les analogies qui existaient entre la plilegma -

{{) Bouillaud. De V oblitération des veines et de son influence sur la formation des hydropisies partielles ; considérations sur les hydropisies passives en général. Arch. gén. de méd., II, 188, 1823.

Observations et considérations nouvelles sur l'oblitération des veines regardée comme cause d'hydropisie , Id.;V, 94, 1824.

(2) Cités parM. Bouillaud. Arch., II, 194.

3) D’après Breschel, Notes à la traduction de Hogdson .

Troisier. 2

tia alba dolens des femmes en couches et ces hydropisies partielles. Lee, Lawrence (1), Cruveilhier ( 2 ) en fournissaient de nouveaux exemples. L’observation devenait vulgaire , et M. Bouillaud, au début même de son article sur la 'phlegmatia alba dolens du Dict. de médecine et de chir. prat. (12® volume, 1834), s’exprimait ainsi : « On a désigné sous ce nom le gonflement aigu et douloureux des membres abdominaux dont les femmes sont quelquefois atteintes à la suite de couches. Toutefois un gonflement du même genre peut se manifester chez des femmes qui ne sont point accouchées ; et les hommes eux-mêmes n'en sont pas toujours à l’abri. »

La 'phlegmatia alba dolens , quelle que soit son origine, restait d’ailleurs dans le cadre de la phlébite où Davis et Lee l’avaient placée.

La phlébite, étudiée pour la première fois par Hunter (3), venait à proprement parler de faire son apparition dans la nosographie avec les travaux

(1) Cité par Lee.

(2) Cruveilhier, Anat. path. du corps humain , 27e liv.

(3) Hunter. Trans. of a Soc, for the improvement , etc., 1793.

de Kibes (1), de Dance (2) et surtout de Cruveilhier (3), qui en établirent défini tivement l’existenceparrexpérimentationet par la clinique.

A la phlébite suppurative appartenait l’infection purulente ; la phlébite adhésive constituait une variété de phlébite locale dans laquelle les veines étaient oblitérées par du sang coagulé. L’une et l’autre étaient ou traumatiques ou spontanées, et cette dernière pouvait se développer dans tous les points du système veineux (phlébite utérine, phlébite des sinus de la dure-mêre, phlébite de l’artère pulmonaire, phlébite des veines caves, phlébite hépatique, phlébite rénale, splénique, testiculaire, hémorrhoïdale, etc.).

La phlébite spontanée des membres supérieurs et inférieurs n’était autre que la plilegmatia alba dolens ; ces deux expressions étaient devenues synonymes. « La phlébite avec œdème, disait Cruveilhier (4), est généralement désignée sous le nom d’œdème douloureux, d’œdème actif, de plilegmatia alba dolens ; elle survient le plus ordinairement chez les femmes en couches et se manifeste presque tou-

(1) Ribes. Exposé succinct de quelques recherches anat ., phys. et path. Soc.méd. d’ém., 1816. — Exposé succinct des recherches sur la phlébite. Revue méd., 1825.

(2) Dance. De la phlébite utérine et de laphlébite en général considérée sous le rapport de leurs causes et de leurs complications . Arch. gén. de méd., 1828-29.

(3) Cruveilhier. Anatomie pathologique du corps humain, 1833, livraisons IV, VII, XI, XIII. — Article Phlébite du Dict. de méd. et chir. pratiq.en 15 vol., XIIe vol., 1834.

(4) Cruveilhier. Art. cité du Dict* de méd. et,de chir. prat., p. 671.

jours dans les membres abdominaux. Je l’ai cependant quelquefois observée à la Maternité dans les

membres supérieurs L’œdème douloureux n’est

pas propre aux femmes nouvellement accouchées.»

La question doctrinale écartée, on peut dire que la phlegmatia alba dolens non puerpérale était alors établie sur un nombre suffisant de faits : mais les observateurs se préoccupaient surtout de l’analogie que présentaient les cas de ce genre avec la phlegmatia puerpérale.

On ne considérait ces œdèmes partiels qu’au point de vue anatomique, pour ainsi dire.

Il appartenait à M. Bouchut(l) de faire voir que la phlegmatia dolens non puerpérale (comme il la désigne), se développe dans les maladies chroniques, en vertu de la cachexie et de démontrer une subordination pathologique que les auteurs des observations publiées jusqu’à lui n’avaient pas conçue. Il apporte lui-même de nouveaux faits à l’appui du rapprochement qu’il cherche à établir entre la phlegmatia non puerpérale et l'œdème douloureux des maladies chroniques. Il signale cette

(l) Bouchut. Mémoire sur laphlegmatia alba dolens. Gaz. méd. de Paris, 1844. — Mémoire sur la coagulation du sang veineux dans les cachexies et dans les maladies chroniques. Gaz. méd., 1845.

coïncidence et il avoue qu’il en ignore la cause. « Il n’est pas suffisant, ajoute-t-il, de dire que l’oblitération veineuse spontanée se développe dans le cours de telle ou telle maladie, car cela ne démontre rien ; il faut dire par exemple pourquoi et en vertu de quelle disposition générale ce phénomène se développe. Or, le seul travail capable de jeter quelque lumière sur ce sujet n’a pas été entrepris. Aucune analyse du sang ne fait connaître la composition de ce liquide lors de sa coagulation dans les maladies chroniques.il est cependant certain que c’est là ce qu’il faudrait connaître pour déterminer les causes du phénomène qui nous occupe... Si les rapports qui existent entre la coagulation du sang veineux et les maladies chroniques sont inconnus, du moins leur existence est démontrée ; c’est déjà quelque chose. »

De la phlébite il n’était plus question.

A l’époque où M. Bouchut publia les observations qu’il avait recueillies avec Trousseau, Rayer, Piédagnel, etc., et où Legroux poursuivait ses recherches sur les Concrétions 'polyyi formes du cœur , des

artères et des veines (1), il y avait en France (2) une idée en germe.

Ce fut M. Virchow qui la développa dans une série de travaux bien connus sur la thrombose et l'embolie (3). A partir de ce moment la plilegmatia alba dolens, ne possède plus d’autonomie, elle appartient à la thrombose, et son nom disparait pour ainsi dire du vocabulaire médical, du. moins en Allemagne où il est rarement prononcé ; ce n'est plus qu’une des localisations de la thrombose marastique.

Cependant elle donnait encore lieu par elle-même à d’intéressantes recherches parmi lesquelles je citerai particulièrement le travail de MM. Charcot et Bail (4) et les remarquables leçons cliniques de Trousseau (b) qui contribua de son côté à vulgariser parmi nous une doctrine qui aurait pu nous appartenir !

(1) Legroux, thèse inaug ., 1827. Voyez également les articles publiés par lui dans la Gaz. hebdom. en 1856, 1857 et 1859.

(2) Pour apprécier l’étendue des progrès qui se sont alors accomplis en quelques années, op consultera avec fruit la thèse de M. le professeur Hardy ( Recherches sur les concrétions sanguines formées dans le cœur et les gros vaisseaux ), qui donne un exposé intéressant de l’état de la question à l’époque du concours d’Agrégation de 1838.

(3) Virchow. Handbuch der spec. Path. uni Thérapie. Erlangen, 1854. — Gesammelte Abhandlung. zur wissensch. Medicin. Frankfurt,

(4) Charcot et Bail. Sur la mort subite et la mort rapide à la suite de V obturation de V artère pulmonaire , par des caillots sanguins , dans les cas de phlegmatia alba dolens et de phlébite oblitérante en général ; Gaz. hebd., 1858., — Bail , Desembolies pulmonaires, thèse inaug., 1862.

(5) Trousseau, Clinique médicale. {Leçons sur la Phlegmatia alba dolens et Vembolie pulmonaire), t. III, p. 695 (5e édit.).

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