SCÈNE IL
AGNONIDE , OLYMPE , femme de la suite
d'Olthipe.
OLYMPE
C'est à vous que je dois uh titre qui m'honore; Lorsqu'il me fut offert j'ëloîs bien Jeune encore ; A peine commençoient les jours de mon printemps, £t Phocion toucholt à Phiver de ses ans.
Dépositaire alors de la toute-puissance Que vous légua sur moi Tauteur de ma naissance, Vous me fîtes sentir qu'un généreux guerrier , Un capitaine illustre , un front ceint de laurier, Sevoit plaire à tout âge, et qu'une gloire immense^ Su temps qui nous sépare, effaçoit là distance. Les bontés d'Agnonide ont passé mes souhaits. Chaque jour à mon cœur rappelle ses bienfaits, Et me les rend plus chers. J'aime à le reconnoitre, Il fut un dieu pour nâol ; mais II cesse de l'être; X!t mon époux , par lul^ dlt-on , persécuté , Doit, après un affront, craindre une atrocité.
AGNONIDE.
Votre fratichise, Olympe, excitera la mienne.
Deux partis opposés, Il faut que j'en coiitîeniie,
Ont choisi pour leurs chefs , et votre époux et moi.
Le mien prévaut; vsilmez cependant votre effroi;
Car, lorsqu'à Phociôn je donnai pour épouse
La gloire et rornernént de la Grèce jalouse ,
Lorsque pour embellir ses destins fortunes.
Ecartant loin de vous cent rivaux consternés, A son sort j'attachai par d'éternelles chaînes, Et les vertus de Sparte, et les grâces d* Athènes, Je crois avoir prouvé que j*étois son ami; De nos divisions )*ai le premier gémi :
Agnonide , au-dessus d*un soupçon téméraire , Ne peut être d'ailleurs qu'un loyal adversaire.
OLYMPE
Dois*je me rassurer, si de Tambition L*arme la plus terrible attaque Phocion ?
Vous prétendez en vain garder quelque mesure ; De votre anciep ami la mort n'est que trop sûre ^ . Si vous n'enchainez pas Tinstinct de cruauté , Qui toujours pousse au crime un peuple révolté. Vous savez cependant ^ue la seule imposture Pourroit oser noircir une vie aussi pure.
Je ne vous parle point de ses faits immortels^ Des drapeaux que sa gloire offrit à nos autels , Des temples qu'ont ornés ses heureuses batailles; D*autres ont noblement tapissé leurs murailles; Mais quel cœur s'est jamais montré plus généreux? S'approprîant toujours le sort des malheureux. De ses concitoyens mon époux fut le père , Et sa main bienfaisante adoucit leur misère; De ce peuple inconstant inébranlable appui, Phocion n'a vécu, respiré que pour lui.
Toujours en son absence, élu chef de Tarmée,