‹ Phocion: tragédie en cinq actes et en versChapitre 8 sur 48 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Par d'éternels discords TEtat s'est épuisé , Son ressort trop tendu s'est à la fin brisé.

Devons-nous essayer de rendre l'existence A cette autorité dont on vit l'impuissance Au sein de nos revers , comme de nos succès , A ce pouvoir détroit par ses propres excès ?

Qu'en pense Chariclès ?

Qu'il n'y faut plus prétendre ; Que cette autorité qui n'a pu se défendre, N'est pas propre à régir un peuple impétueux, Qui donne pour des lois ses cris tumultueux ; Peuple à la fois poli , doux, cruel et sauvage , Que tout émeut, enflamme, à qui tout porte ombrage; Qui transmet la puissance, afin de la ravir, Et fait payer si cher l'honneur de le servir , Sont les bouillans transports ne soufirent point d'obstacles^ De nouveautés avide, affamé de spectacles»

Tournant par «es fureurs un plaisir en poison , Pour tout dire en un mot, oubliant la raison

Jusqu'à subordonner, dans son triste délire, A la pompe des jeux les besoins de l'Empire.

Quand le peuple à ce point a pu se dégrader, C'est à lui d'obéir, et non de commander.

Dans ces lugubres jours, noircis par tant d'orages. Il n'a que trop besoin de l'empire des sages. Cassandre de leurs droits, s'est déclaré l'appui , Il faut les maintenir en combattant pour lui.

Epicare , parlez.

epicure:

Pour unique partage , Je vois qu'on nous destine un indigne esclavage. Que le destin prononce entre les deux tyrans; Leurs succès , leurs revers nous sont indîlTë^ens , Puisqu'à nous enchaîner l'un et l'autre conspire , Neutres dans leurs débats, laissons-les se détruire.

Cette neutralité n*est qu'un lâche parti , Dont j'observai toujours qu'on s'é toit repenti; Elle livre le foible au paissant qui Taccable^ Et l'orage, éloigné, revient plus formidable. Mais n'est-ce pas ici, dans nos murs dévasté», A la lueur des feux dévorant nos cités , Sur nos corps expirans, qu'un féroce courage Du vainqueur des humains dispute l'héritage ? Neutres, ou déclarés pour l'un des conciirrens, Tous les fléaux sur nous vont pleuvoir par torrens, Et peut-être ce jour, d'éternelle tristesse.

Va voir anéantir la reine de la Grèce , Le centre des beaux arts , ^honneur de l'univers.

EPICURE

Quel moyen d'écarter ce funeste revers ? "

Un seul : sans essayer de vaine résistance^ Aux deux chcB ennemis demandez audience. ,

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